‹ Fragments littéraires (volume 3)Chapitre 8 sur 59 · DU PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

DU PRÉSIDENT

Messieuks,

Les sciences diverses dont la culture est confiée à cette Académie se rapportent toutes à un sujet unique, et ce sujet, c'est la nature humaineJ La philosophie étudie cette merveilleuse intelligence qui, de ce point de l'espace et du temps où elle semble enchaînée, s'élance dans l'infini, embrasse le système du monde et s'élève jusqu'à son auteur. La morale s'applique à reconnaître les difierehts motifs qui sollicitent notre libre volonté : ici les

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passions qui charment ou agitent la vie, là le devoir qui lui donne sa dignité et son prix. La lë^ gislation et la jurisprudence soumettent à un examen équitable les constitutions civiles et politiques qui jadis demeuraient inaccessibles dans leur ^lajesté mystérieuse, et qui aujourd'hui comparaissent et s'expliquent elles-mêmes devant la raison publique, depuis que leur principe avoué est le développement le plus libre et le mieux assuré de toutes les facultés humaines. L'économie politique recherche quelles sont les véritables sources du bipn-être et de la prospérité pour les Etats et pour les particuliers. L'histoire enfin, j'entends l'histoire générale et philosophique, appuyée sur les travaux accumulés de l'érudition et delà critique, interroge tous les grands événements, toutes le? grandes époques, pour leur arracher le secret des lois qui gouvernent le monde moral , soutiennent l'humanité et l'élèvent sans cesse au milieu du perpétuel renouvellement des générations et des empires.

Le lien de ces grandes études est manifeste ; elles ne sont en réalité que les branches diverses 4*une seule et même science, celle de l'homme.

Qui pourrait coqtester k une telle science ses droits et sa dignité? Qui oserait dire à l'humanité

'homme

qu'il ne lui a point été donné de se connaître ? Une fois la légitimité de la science de l'hon

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ébranlée, que deviendrait celle de toutes les autres sciences'? L'esprit humain, condamné à s'ignorer lui-même, répandrait ses propres ténèbres sur toutes les connaissances dont il est le principe et le fondement.

Les sciences vraiment dignes de ce nom se reconnaissent à deux signes éclatants, leur durée et leur progrès.

Ce qui dure toujours doit avoir une racine immortelle : ce qui brille un jour et s'évanouit n'est qu'un fantôme de l'imagination ou du cœur. Où sont aujourd'hui tant de fausses sciences qui, plus d'une fois, ont abusé l'humanité ! Ecloses dans la nuit de l'esprit humain et dans les rêves de quelques génies égarés, la lumière de la raison, en se levant, les a fait disparaître ; l'état passager du monde qui leur avait donné naissance les a emportées sans retour. Il n'en a point été ainsi de la science de l'homme. Dans quel pays un peu civilisé, à quelle noble époque de l'histoire ne la rencontrez-vous pas! Elle accompagne l'humanité dans toutes ses vicissitudes ; elle grandit et s'accroît avec elle. Platon et Aristote s'élèvent à côté de Périclès et d'Alexandre; Descartes et Leibnitz ont respiré le même air que Richelieu, LouisXIV et Pierre le Grand, et la dernière révolution philosophique est contemporaine de la révolution française.

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