‹ Fragments littéraires (volume 3)Chapitre 9 sur 59 · DISCOURS D^OUVERTURE · texte numérisé non relu

DISCOURS D^OUVERTURE

Grâce à ses succès toujours croissants, la science de l'homme a conquis enfin le rang qui lui appartient parmi les sciences dont s'enorgueillit notre siècle. Mais combien de mauvais jours n'a-t-elle pas traverses pour arriver jusqu'à celui-ci ! Pendant combien de siècles ne lui a-t-il pas fallu se cacher sous un vêtement étranger? Les plus libres académies de l'Europe ne l'admettent pas encore pour elle-même : elles lui demandent ou de parler un langage harmonieux, ou de s'allier à une érudition profonde, ou au génie des sciences mathémathiques. Il était réservé à la révolution française, qui a émancipé l'homme tout entier, d'en émanciper aussi la science, et de créer, au sein de l'Institut de France, une Académie spéciale pour les sciences morales et politiques/ Regardez autour de vous : nulle part vous ne trouverez une institution semblable. Partout les sciences morales ne reçoivent qu'une hospitalité clandestine. Ici, et ici seulement, elles paraissent sous leur nom propre et avec les titres qui font leur gloire. L'existence de cette académie est un fait considérable qui atteste un progrès immense.

Mais vous ne l'avez point, oublié : l'Académie des sciences morales et politiques, à peine créée par la révolution française^ a été une fois supprimée ; elle n'a reparu qu'avec cette seconde révolution, qui est venue consacrer la première, re-

io SÉANCE DE L ÂCADËMIÊ DES SCIENCES, ETC.

miettré en honneur ses principes, rétablir ses légitimes résultats.

Lès sciences inorales et politiques ont rétrouvé leurs (Iroits quand le pays retrouvait les siens; et aujourd'hui, comrtie la liberté ellfe-mênie, cettte Académie n'd jplus qu'à affermir de plus en plus soii autorité par les monuments soHde d'un zèle réglé et persévérant.

Nous nous efforçons de ne pas manquer a cettfe tache, et, cette année particulièrement, tious pouvons montrer avec quelque confiance les travaux

que nous avons exécutés nous-mêmes et ceux que nous avons inspirés.

Le troisième volume de nos Mémoires vient de paraître : cbaque section y esl représentée par des écrits d'un ordre élevé, el l'histoire de l'Académie, retracée par la plume habile de M. le secrétaire perpétuel, fait connaître de quelles riches communications le zèle de nos confrères nà cessé d'ahimer nos séances.

A côté de ce volume en parait un autre, le premier du nouveau recueil consacré aux ouvrages de savants, étrangers ou nationaux, dont l'Académie a voulu honorer les travaux en les publiant av6C les siens; noble institution que nous avons emprùùtée à l'Académie des sciences, et qui fait de la nôtre le centre et le foyer du mouvement des sciences morales et poUtiques dans toutes les par-

DiScbonâ D'ÔUVfeRTttiE. It

m dé la Fkiicé et dé l'Eùroiic. Oii trouve ici des.hiëihbire6 vëhiU deb bords du RhiH, de lîtàlié^ de l'Ecosse, avec des dissértatiohs bti profondes bâ ingénieuises qiié hbus devons à dé jétlnés sâVâiiti de Paris, et même de la province, dont rAcadéiiiië |)eut se féliciter d'avoir siiscilë le talent et èricbu- H^é les prehiiëi^ effotts.

Parmi ces travaux qui se prëseriteht à rèstimé |)tlbliqùe, isous là garantie de là vôtre, pèrmetteriiibi de distinguer celui d'un jeune Piëihontais, M, Pallia, qtié là science vient de Jperdre, encbné à la fleur de Tâge, au moment où il poursuivait avec ardeur ses récherches sur là philosophie ârâbci fet lorSqtlë à peine il venait de teriniher un jpremier essai sur Algazali, iiri des |)hiIosbphes lès plîi^ célèbres de l'école de Bagdad. Là tempêté poliiiqiie avait jeté M. Pallia siu* cette terré dé France qui autrefois avait recueilli Gampanéllâ au sortir de sa prison de vingt-sept années. Plusieurs* dé seè amis , qui portaient une épée, là mirent au service de nobles causes^ aujourd'hui triomphantes, alors iiicertaines. Quelques-uns d'eiitire eiit àllêteht arroser de leur sang les châmpà dé là Grèce et ceux du nouveau monde; lui, îl est mort aussi au champ d'honneur : car il s'est éteint àîi milieu des peines de l'exil supporté .avec dîgnitë, et dans les luttes d'une pauvreté fièrë et febofiëùse. L'Académie, qui l'avait entendit

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avec intërét» a voulu publier ses travaux inachevés, et je crois être l'interprète de ses sentiments en rendant ce modeste hommage à une mémoire qu'elle honore et qui m'est particulièrement chère.

Mais c'est surtout dans ses concours annuels que l'Acadëmie cherche à donner une impulsion utile aux sciences qui composent son domaine. Elle ne propose que de grands sujets qui puissent produire de sérieux travaux, et elle tient un peu haut ses couronnes pour exciter une généreuse ambition.

Cette année elle avait à juger quatre concours.

La section de morale avait provoqué l'examen de la question délicate de Y abolition de Vesclavag$ dans nos colonies. Six mémoires lui ont été adressés : elle a distingué les mémoires n^ 4 et n^ 5^ sans toutefois les juger dignes du prix ; et comme la question proposée est passée récemment des régions de la théorie dans les conseils du gouvernement, l'Académie, fidèle à sa mission d'éclairer tous les grands problèmes à la lumière de la science et de l'histoire, en s'arrétant religieusement sur le seuil des discussions législatives, a retiré un sujet qu'elle remercie le gouvernement de lui enlever, et elle le remplace par le sujet suivant, qui intéresse à la fois la morale et l'économie poUtique : « Rechercher par quels moyens^ sans gêner

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la liberté de l'industrie, on pourrait donner à Forganisation du travail en commun dans les manufactures, et k la discipline intérieure de ces établissements, une influence favorable aux mœurs des classes ouvrières. »

La section de législation, de droit public et de jurisprudence, a été plus heureuse que la section de morale, sans que toutefois ses vœux aient été entièrement remplis. Elle avait demandé à la science des lois, éclairée par la morale et par la philosophie, de rechercher quelles réformes l'adopûon du système pénitentiaire devait apporter dans celui de nos lois pénales. Dès que la peine, gardant le caractère de châtiment qui lui appartient avant tout, et la terreur salutaire qu'elle doit exercer sur les imaginations et sur les âmes, peut avoir aussi pour effet l'amendement du coupable et sa réconciUation avec l'ordre, il est évident que plusieurs points de notre Code pénal ne peuvent subsister. La perpétuité des peines n'est-elle pas en contradiction avec un régime qui se propose d'améliorer le condamné pour le rendre un jo^ir à la société ? L'infamie légale^ maintenant attachée à des peines afflictives temporaires, peut-elle continuer k dégrader l'homme et à le rendre par cette dégradation incapable de reprendre sa place parmi ses semblables ? L'échelle actuelle des peines peut-elle être maintenue ? Devançant donc

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