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chercher d'abord le principe dans le soleil G^est en effet le soleil qui, en paraissant ou en se retirant, produit les variations de la chaleur pendant le jour, la fraîcheur des nuits , la différence des saisons et celle des climats, et les phénomènes de tout genre que cette différence amène à sa suite. C'est le voisinage du soleil qui allume les feux de Féquateur, comme son éloignement hérisse les pôles de glaces. C'est encore le soleil qui, échauffant la surface de la terre, en tire les trésors de la vie végétale et animale. C'est la chaleur forte , mais variable, qu'il dépose dans les premières couches, et la chaleur plus faible, mais plus constante, des couches qui suivent, c'est cette chaleur nourrie et accu-* mulée par les siècles, qui, dans sa répartition inégale, s'ajoute à l'inégalité de la chaleur solaire pour entretenir et fixer la différence des saisons et des climats. En un mot , des faits aussi variés qu'éclatants proclament la puissante influence du soleil sur la chaleur de la terre et sur sa distribution. Aussi le genre humain à son berceau l'a-t-il salué comme le père à la fois de la lumière, de la chaleur et de la vie. I^ science a fait comme le genre humain ; aussitôt qu'elle s'est occupée de la chaleur, elle l'a rapportée au soleil. Et le soleil est certainement une cause de ce grand phénomène ; mais est-il la seule? La science, dans sa faiblesse et dans sa témérité, a d'abord répondu oui; plus avancée et plus circonspecte, elle a fini par répondre non.
Si la chaleur de la terre venait uniquement de celle du soleil, elte aurait ce caractère nécessaire de décroi-
▲ L^LOGE ÎHË M. FO0RIBR. IS
tus sans cesse à mesure qo'^elle s^éloigne davantage de sa cause ; et c'est aussi ce qui s'observe jusqu'à une €ertaine profondeur. Mais au delà, c'est un fait incon* lestable que la chaleur s'élève toujours, comme le prouvent les sources d'eau chaude, la chaleur des mines, les feux des volcans. Et cette chaleur nouvelle ne s'épuise pas comme la première, en s'éloignant de la surface : à mesure qu'on s'enfonce dans les abîmes du globe, elle s'accroît dans des proportions gigantesques. Ces proportions ont été mesurées. Trente-deux mètres donnent un degré entier ; de sorte que l'on est conduit à admettre , au centre de la terre, un brasier immense.
Voilà donc un foyer de chaleur différent du soleil. Au lieu d'un seul principe, en voilà deux. Il y a plus : des raisons puissantes portent à penser que la chaleur propre de la terre , indépendante de celle du soleil , n'a pas toujours été distribuée comme elle l'est aujourd'hui , qu'elle n'a pas toujours été ramassée dans le centre dé notre terre, mais qu'autrefois elle l'a embrasée tout entière, et que d'abord ce globe lui-même a été une matière enflammée qui, se refroidissant avec le temps , a peu à peu permis à la vie de paraître à la surface. Ainsi nous sommes ramenés à l'idée de Descartes et de Leibnilz (i), que la terre est une espèce de soleil à moitié éteint. Buffon , au dix-huitième siècle ,
(1) Descarled : Petit soleil éteint dont la surface seuld est refroidie. Leibnitz : Toutes les planètes sont de petits soleils encroûtés. • .
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s'empara de cette idée , qui éiait passée presque ina^ perçue, et la développa avec la paissaoce de soa admirable talent ; mais, passant tout à coup d'une extrémité à Tautre, comme auparavant on n'avait vu dans la chaleur de la terre qu'une émanation de la chaleur solaire^ Buffon n'y reconnut plus qu'une émanation affaiblie du feu cenlral ; et il en vint jusqu'à prédire que le refroi* dissemcnt du globe, qui d'abord avait produit la vie, s'augmenlant avec le lemps, la détruirait, et réduirait peu à peu les régions intermédiaires et celles de Téqualeur lui-même à l'élat des régions polaires : triste, mais rigoureuse conséquence du nouveau principe considéré exclusivement. Grâce à Dieu , ce n'est là que la menace d'une hypothèse. S'il est vrai que notre terre est une planète refroidie, que ce refroidissement a été et est encore la condition des phénomènes de la vie, et qu'il doit aller sans cesse en augmentant, il est vrai aussi que ce refroidissement est d'une lenteur qui peut rassurer les imaginations les plus craintives , et que, fût-il arrivé demain à son dernier terme, les phénomènes de la vie qui se passent à la surface de la terre n'en souffriraient presque aucune altération , parce que le soleil serait encore là , et que le soleil joue un très-grand rôle dans la production de ces phénomènes. Voulez-vous savoir, en effet, combien à peu près cette matière enflammée que fut la terre à son origine, a pu meitre de temps à se refroidir dans un degré appréciable ? Supposez-la échauffée à telle température qu'il vous plaira d'imaginer , et devinez
▲ l'éloge de h. FOURIER. 27
ce qu'en ce cas il lui faudra de temps pour se refroidir tout juste autant que le ferait en une seconde une sphère d'un mètre de diamètre semblablement composée et semblablement échauffée? Quel nombre d'années répond, pour notre terre, à la seconde pour celte petite sphère? douze cent quaire-vingt raille années. Voilà pour nous l'équivalent de cette seconde. Jugez combien de secondes pareilles il a fallu à notre globe de feu pour arriver au refroidissement aciuel ! Et ne TOUS étonnez pas de ces nombres. Le temps est relatif à l'espace, et les siècles sont à leur aise dans un système planétaire qui a plus de douze cent millions de lieues d'étendue. L'univers est vieux si l'homme est jeune. Que de temps , que de révolutions il a fallu pour préparer à ce merveilleux personnage une scène stable où il pût déployer librement son génie ! L'homme désormais n'a plus rien à craindre pour sa demeure : d'une part, la durée et la stabilité de notre globe résident dans les conditions mêmes du système solaire,^ et la vie qui se développe à sa surface n'a besoin que du soleil ; et d'une autre part, l'aciion de la chaleur intérieure, qui pourrait bouleverser celte surface, soulever les mers en montagnes, ou convertir les montagnes en vastes bassins , cette action perturbatrice , ou plutôt ordonnatrice , a presque partout cessé ; et l'immense foyer contenu dans les entrailles de la terre n*exhale plus qu'une chaleur à peine sensible. Les siècles sans doute pourront modifier encore la chaleur des couches inférieures, mais à la surface tous les grands change-
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men(8 8ont accomplis, ei nulle déperdition de chaleur ne peut causer aucun refroidissement de climat. Depuis Técole d'Alexandrie, la lempéralure de la surfaee terrestre n'a pas diminué , par suite du refroidissement progressif de la terre, de la trois-centième partie d'un degré ; et cette inQuence à peine sensible que conserve la chaleur centrale sur celle de la surface , pour la diminuer de moitié , il faudrait trente mille années.. Nous n'habitons, il est vrai, que des débris de révolu^ tions de toute espèce , mais ces débris, nous pouvons les habiter avec sécurité. Les monuments de la société humaine n'ont plus rien à redouter que des hommes. Et encore les révolutions humaines, comme celles de la nature , sont-elles aussi des pas calculés d'avance par l'éternel géomètre vers un état meilleur et un ordre plus beau.
Nous avons reconnu deux foyers de chaleur , l'un sous nos pieds, l'autre sur nos têtes, et la théorie de la chaleur doit admettre deux principes au lieu d'un seul; ni Tun ni l'autre exclusiyement , mais tous les deux combinés et réunis. Mais n'y a-t-il pas d'autres principes encore ? La vraie science ne peut répondre à cette question qu'en recherchant si les deux principes admis épuisent l'explication de tous les phénomènes obser-ivables, et s'il n'y a pas encore quelques phénomènes^ inexplicables par ces deux principes , et qui en demandent un nouveau. Une observation délicate, dirigée par un raisonnement sévère, atteste l'existence de pareils phénomènes.
▲ l'éum» dm m. fooubr. h
Si la chaleur centrale agit à peine à la surface , et s*il faut rapporter au soleil presque toute là chaleur qui s'y observe, il ne reste plus , aussitôt que le soleil se retire , pour eipliquer les phénomènes de la vie qui subsistent, que le peu de chaleur déposée par le soleil ei accrue par ses retours périodiques dans les premières couches de la terre. Or, quand on mesure Tin* fluence de cette cause , on la reconnaît évidemment insuffisante à expliquer un très-grand nombre de phénomènes thermométriques.
Gomment, dans le jour, quand le soleil est subitement intercepté) un froid soudain, d*une rigueur extrême, ne succède-t-ii pas à une extrême chaleur? Gomment , quand le soleil n'est plus sur Thorizon, la fraîcheur de la nuit arrive-t-elle par des approches aussi légères et avec des gradations aussi délicates, et commenl cette fraîcheur n'esi-elle pas incomparablement plus grande ? Gomment le passage de la nuit au jour est-il ménagé avec tant de mesure? Gomment, sur une plus grande échelle, y a-t-il tant de gradations d'une saison à Tautre ? Gomment les différences des climats ne sont-elles pas plus tranchées ? Gomment tant d'harmonie dans la ilistribution de la chaleur à la surface du globe, s'il n'y a d'autres principes de chaleur qu'un foyer interne, aujourd'hui sans influence , et le soleil qui paraît et disparaU sans cesse avec une régularité parfaite, mais sans gradation? Si Tespace dans lequel roule la terre , était condamné à un froid absolu , il arrêterait aisément, dans Tabsence du soleil, la faible