TOME I
loi BÀPPOBT rilT A LA CHAMBRE 0B8 PAIRS
c les mdttresne portent pas leur enseigcement au delà c de ces limites. > Cette exagération est bien moios fiSicheuse que la première , mais elle a aussi ses incoiH vénienls graves , qui peu à peu se sont fait sentir. En effet , rinsiruetion primaire ainsi abaissée , la Toilà séparée par un intervalle immense de rinstruction secondaire ; et une classe très-nombreuse de citoyens qui ne peuvent atteindre jusqu'à celle-ci , et auxquels celle-là trop limitée ne suffit plus', manquent d^une instruction qui convienne à leur situation et à leurs besoins. Ou ils se réduisent à Tinstruclion primaire, et descendent au lieu de monter dans la culture de rintelligence ; ou ils s'élèvent à force de sacrifices juS' qu'à l'instruction secondaire , qui s'efface bientôl et ne laisse aucune trace dans leur esprit s'ils rentrent dans les modestes professions de leurs pères , ou qui les pousse à en sortir. Ainsi se forment dans nos collèges de nombreuses générations , qui , contractant de bonne beure des babitudes incompatibles avec leur destinée naturelle , la rejettent , et , se répandant dans la société , y chercbant une place qu'elles ne trouvent pas toujours , portent partout une inquiétude fatale , toujours prêtes à se jeter dans tous les désordres. Le mal est grave , messieurs ; il est déjà ancien ; il tourmente , il menace la société ; et il tient en trèsgrande partie à une mauvaise solution d*une question d'instruction primaire.
Une instruction primaire trop étendue qui n'est pas accessible à tous , ou une instruciion primaire trop
sum L'iNsniHmoN prouirb. i o5
bornée qui ne suffît pas à un grand nombre , sont deux partis extrêmes dont les inconvénients sont manifestes. Le seul moyen de sortir de cette difficulté est de ne pas chercher à satisfaire d'une seule et même manière des besoins différents , de ne pas imposer une solution simple à une question complexe , c'est-à-dire d'établir deux degrés entièrement distincts dans Finstruclion primaire : Tun, qui , étant destiné à tous y peut être assez limité sans inconvénient ; l'autre , qui , n'étant pas destiné à tout le monde , peut être agrandi avec avantage. C'est là ce que fait la loi : elle divise l'instruction primaire en instruction primaire élémentaire et en instruction primaire supérieure. La création et l'organisation d'une instruction primaire supérieure a paru à votre commission une innovation prudente qui» bien ménagée , peut devenir un bienfait social.
L'instruction élémentaire étant destinée à tous les citoyens , même à ceux qui seraient hors d'état de la payer , et devant être universelle s*il est possible , peut être et doit être même resserrée dans des limites assez étroites. L'instruction élémentaire perd en solidité tout ce qu'elle gagne en étendue. A ce degré » il importe moins de savoir superficiellement un grand nombre de choses que d*en savoir bien quelques unes» celles qui sont indispensables. De sages limites sont aussi bonnes pour les maîtres que pour les élèves , et à la longue elles impriment aux uns et aux autres d'excellentes habitudes d'esprit , et leur sont un point de départ ferme et solide pour tout leur développement
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ultérieur. Nous approuvons donc le projet de loi d*avo)r fixé ainsi qu'il suit le minimum de rinstruclion pri* tnàire élémentaire : rinstruclion morale et religieuse, la lecture , V écriture , les éléments de la langue française et du calcul, et le système légal des poids et mesures, La langue française ajoutée à la lecture et à récriture , le système légal des poids et mesures ajouté au calcul , sont deux enseignements qui doivent être universels pour que le langage uniforme des lois soit partout compris , et pour resserrer de jour en jour ^davantage les liens qui unissent déjà toutes les parties de la populalion , et augmenter encore cette admirable unité française qui est notre gloire et notre force. Il était nécessaire que, parmi les divers objets de Tinstruction primaire , l'éducation morale et religieuse eût le rang qui lui appartient , c'est-à-dire le premier : car c'est l'éducation morale qui seule peut faire des hommes et des citoyens , et il n'y a pas d'éducation morale sans religion. Cette maxime de l'expérience , écrite en quelque sorte à la tète de la loi , lui conciliera le respect des gens de bien , le concours de tous les pères de famille , facilitera son exécution , et en fera aux yeux de l'Europe entière une loi digne d'une grande nation civilisée*
Votre commission approuve paiement la manière dont le projet de loi constitue l'instruction primaire supérieure. Elle pense qu'aucun des objets que le projet assigne à Técole primaire supérieure ne pourrait en être retranché sans mettre en péril le but même de
SUR l'instruction PRltfAIRir. «05^
rinstîtalion. Il s'agît de diminuer le nombre des élèves de nos collèges, au profit des éludes classiques ellesmêmes ; or , on ne peut obtenir ce résultat qu*à la condition d'offrir comme en dédommagement une in^ struction assez libérale pour suffire à une partie de ta population , qui n'est dépourvue ni d'une certaine aisance ni d'un amour-propre légitime. Voilà pourquoi votre commission adopte la rédaction de la cbambre des députés , qui , aux applications de la géométrie pratique, substitue les éléments de la géométrie et ses applications usuelles ; rédaction ,plus rationnelle d'abord , et qui ensuite élève un peu l'instruction, en faisant enseigner les éléments de la géométrie en euxmêmes , pour arriver à leurs applications usuelles , parmi lesquelles la commission a vu avec plaisir que la loi ait mentionné spécialement le dessin linéaire. L'arithmétique et les éléments de la géométrie pratique , avec les notions des sciences physiques et de l'histoire naturelle , applicables aux usages de la vie , représentent en petit , dans l'école primaire supérieure, l'enseignement scientifique de nos collèges. Les éléments de l'histoire et de la géographie, et surtout de l'histoire et de la géographie de la France, en représentent l'enseignement littéraire, dans la mesure qui convient aux besoins du grand nombre. Enfin , le chant ajouté au dessin linéaire est à toutes les autres parties un complément de culture qui n'est pas perdu pour l'éducation intellectuelle et morale. L'instruction primaire supérieure doit embrasser tous ces objets pour
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atteindre son but ; mais elle ne le manquerait pas moîot en s^élendant trop. Le projet de loi porte que : c Selon < les besoins et les ressources des localités^^rinstmc*c tion primaire supérieure pourra recevoir les déve* c loppements qui seront jugés convenables. > La chambre des députés a supprimé répilhète de $upé^ rieure. Si nous adoptons ce retranchement , c'est surtout pour éviter de provoquer dans la loi même et d^uoe manière spéciale une extension excessive de Tinstruetion primaire supérieure. Nous ne voulons pas dire que , selon les besoins et les ressources des localités » l'instruction primaire, soit élémentaire soit supérieure» ne puisse utilement recevoir quelques développements ; mais nous approuvons qu'en ce qui regardera les écoles publiques , ces développements soient soumis au jugement des autorités compétentes. Sans doute il y à* des localités où il sera nécessaire d'ajouter aux objets prescrits par la loi tel ou tel cours accessoire; par exemple , un cours de langue allemande dans les provinces du Rhin , peut-être un cours de langue italienne ou espagnole dans certaines parties du Midi ; et dans des communes manufacturières, quelques leçons sur les parties d'industrie propres à ces communes. Mais il ne faut pas multiplier ni même admettre lé^rement ces cours accessoires, car ils auraient le double inconvénient d'enlever un temps considérable aux cours obligés déterminés par la loi, et par là de les affaiblir , et ensuite d'ôter à l'instruction primaire soa vrai caractère. L'instruction primaire doit être gêné-
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raie ; eUe prépare à toutes les carrières sans conduire à Tune plutôt qu'à l'autre : elle ne forme pas des artisans , mais des hommes. Ces considérations s'appliquent surtout à l'instruction primaire supérieure, dont Fextension illimitée irait précisément contre le but même qu'on se propose. Il est évident , en effet , que si l'instruction primaire supérieure s'élève ou tend à s'élever jusqu'à Tinstruction secondaire , alors , loin de remédier au mal que nous avons signalé , elle le répand et le fait descendre plus profondément dans la société. Votre commission m'a donc chargé de déclarer à la chambre , qu'en acceptant le dernier paragraphe de l'article premier , elle le fait sous toutes lea réserves que je viens de vous exprimer.
Mais elle ne pouvait qu'applaudir au juste hommage rendu à la liberté des consciences et aux droits sacrés des familles par l'art. 2, qui déclare expressément que le vœu des pères de famille sera toujours consulté et suivi en ce qui concerne la participation de leurs enfants à l'instruction religieuse.
EUe vous propose également d'adopter l'art. 5 avec le léger amendement de la chambre des députés, qui cnumère les deux genres d'écoles que comprend l'instruction primaire dans l'ordre même qu'elles occupent dans le titre II et dans le titre 111 de la loi. Ces deux titres se rapportent aux écoles primaires privées et publiques.
Les deux grands principes de la liberté de l'enseignement et de l'intervention de l'État dans l'éducation,
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principes ennemis jusqu'à ce jour, sont heureusement réconciliés dans le projet du gouvernement, au grand profit de rinstruction primaire. La liberté de renseignement est dans la Charte ; elle est dans le droit des familles ; elle est dans celui des particuliers ; elle est dansTiniérèl général de Tinslruction primaire, qu'elle vivifie par la concurrence , et qu'elle enrichit par de perpétuelles innovations , parmi lesquelles il faut bien qu'il s'en rencontre quelques-unes d'utiles. Le projet de loi reconnaît donc et consacre la liberté de l'enseignement. Jusqu'ici, pour fonder une école privée, il fallait une autorisation préalable que l'administration accordait ou refusait à son gré. Ce système ne subsiste plus. Toute autorisation préalable est retranchée, et tout citoyen peut à son gré lever une école primaire, élémentaire ou supérieure, et tout établissement quel* conque d'instruction primaire , dans toute espèce de commune, urbaine ou rurale, sans autre condition que de présenter au maire de la commune où il veut tenir école un brevet de capacité obtenu après examen , et un certificat de moralité qui atteste , selon l'heureux amendement de la chambre des députés, qu'il est digne de se livrer à l'enseignement. La première condition est celle de toutes les professions libérales, et le maître d'école ne peut se plaindre d'être à cet égard sur le même pied que l'avocat et le médecin. La seconde est une garantie nécessaire à l'instruction primaire ellemême et à la société tout entière, et elle est dans la main de l'autorité municipale. Le projet de loi ôte