‹ Fragments littérairesChapitre 46 sur 56 · DISCOURS SUR LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA RENAISSANCE

pour mainteoir la paix nous touchons presque à U guerre, ou que du moins Tavenir est couvert d'épaisses ténèbres , et le repos du monde remis entre les mains du hasard. Devant ces grands objets tout autre intérêl languit, et les questions intérieures semblent indifférentes. Cependant , messieurs , je vous demande la permission d'arrêter un moment votre attention sur un point de la plus haute importance à mes yeux , sur un danger faible encore, je Tespère, mais qui, s'il n'était promptement conjuré et dissipé, pourrait devenir menaçant pour la tranquillité publique : je veux parler de la renaissance de la domination ecclésiastique.

Le sujet est si grave et si délicat que je n'ose l'approfondir. Je me bornerai a signaler le mal ; je ne dirai que ce qu'il sera indispensable de dire pour avertir le gouvernement et pour m'absoudre moimême. Je vous demande donc seulement^, messieurs , quelques moments d'une attention bienveillante; je n'ai point assez de forces pour être tenté d'en abuser.

Je placerai d'abord mes paroles d'aujourd'hui sous la protection de ma conduite passée. Sous la restauraration , inquiété , destitué , persécuté jusque sur une terre étrangère par une déplorable influence, poitêtre n'a-t-on pas oublié comment, en 1850, je me suis souvenu de mes injures personnelles. Quand j'ai vu , en 4830, la religion ainsi que la monarchie, ces deux fondements nécessaires de tout ordre , de tonte vraie civilisation , menacées et attaquées , je n'ai plus senti qu'un besoin , celui de concourir à leur défense ,

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el je n'ai point hésité à jouer dans celle Iulie pénible le peu de popularilé qu'avaienl pu me faire quinze années de travaux el de sacrifices. Grâce à Dieu , nous avons traversé , nous avons surmonté les périls qui eniouraient le berceau de la dynastie nouvelle ; notre royauté nalionale est sortie des émeutes el des complots révérée el puissante , si puissante , messieurs , qu^à vous dire toute ma pensée , je ne lui connais plus d'autres périls que ceux qu'il lui plairait de se créer à elle-même. La religion a eu le même sort que la monarchie. Dans la» crise violente, mais salutaire, qui semblait Tavoir à jamais séparée des affaires politiques , retirée dans le sanctuaire , réduite à sa propre dignité, la religion n'en parut que plus imposante et plus sainte. En livrant la terre aux puissances de ce monde et à leurs vicissitudes , en se contentant de montrer le ciel aux âmes égarées ou affligées , le clergé reconquit bien vite une considération méri* tée. C'est un fait honorable pour la révolution de juillet , et c'est un fait incontestable que depuis longtemps les temples n'avaient vu autant de fidèles , et que jamais peut-être les ouvrages philosophiques et littéraires n'avaient témoigné d'un reloiH* plus désintéressé et plus vif au christianisme. De son côté , le gouvernement s'empressait de payer à la religion en justes respects eten déférences légitimes le bien qu'elle faisait à la société. Pour me borner à rappeler ici ce qui s'est passé dans le département de Tinstruction publique , c'est le gouvernement de juillet qui , dans

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une loi destinée à devenir la charte de réducation da peuple, a inscrit au premier rang des objets de Têdstruction primaire, non-seulement la morale, mais rinstruetion religieuse. C'est le gouvernement de juillet qui, dans cette même loi de 1833, malgré une vive opposition , a fait intervenir de plein droit la puissance religieuse dans la surveillance des écoles populaires. La chambre n'a point oublié ces importantes discussions , et je m^honorerai toujours d'avoir été à cette époque son interprète et celui du gouvernement (i). Enfin, s'il m'est permis d'entrer dans ce détail , quand des préjugés , qui chaque jour s'affaiblissent , proscrivaient les frères de la doctrine chrétienne , en dépit de la liberté d'enseignement , c'est encore le gouvernement de juillet qui les a défendus dans le cercle de la loi ; et je suis fier aussi d'avoir , pour ma faible part , contribué à sauver d'une persécution aveugle ces bons religieux , dont les statuts ont été examinés et approuvés par le conseil d'État et par le conseil de l'université de l'empire (s) ; renfermés tout entiers dans leurs modestes et saintes fonctions ; si dociles envers l'autorité , si charitables envers le peuple, dont ils partagent la pauvreté et les humbles habitudes.

(1) Chambre des pairs , séances des ^ mai et 21 juin 183S.

(2) Décret impérial du 17 mars 1808, art. 109. « Les frères des écoles chrétiennes seront brevetés et encouragés par le grand maître, qui visera leurs statuts intérieurs, les admettra au serment, leur prescrira un habit particulier, et fera surveiller leurs écoles, n

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Avec une telle conduite de la part du gouvernement et de la part du clergé , le bien se faisait en silence ; et sans avoir besoin de recourir à des faveurs qui naguère Pavaient si mal servie , la puissance religieuse reprenait peu à peu parmi nous, aux applaudissements de tous les gens de bien , Tautorité naturelle qui lui appartient.

Par quel mauvais génie , au lieu de persévérer dans cette voie de progrès paisibles , reprend-elle depuis quelque temps le chemin qui a manqué la conduire à Tabime ? Je vous le demande , messieurs , je le demande à la notoriété et à la conscience publique , n'est-il pas manifeste que depuis quelque temps la paix dont nous jouissions est de nouveau troublée par des actes nombreux et divers, attestant de toute part le retour d'une domination intolérante, qui recommence à lever la tête et à effrayer tqus les vrais amis de l'a religion et du gouvernement de juillet ?

La France entière a retenti des scandales de Glermont. Le cri de Tindignation publique a fini par entraîner le gouvernement lui-même ; le conseil d'État est saisi de l'affaire. Dans cette situation , je sais quels ménagements me sont commandés , mais je sais aussi ce que je dois, ce que nous devons tous à une illustre mémoire , particulièrement confiée au respect et à la protection de la chambre des pairs. Il s'est donc rencontré une autorité religieuse en France pour refuser la sépulture ecclésiastique au chrétien intrépide qui , dans un temps où l'esprit de révolution mettait la

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main sur le christianisme el, au lien de notre Tieitte et gioneose Église gallicane, voulait nous îére un cki^ civil , a trouvé les paroles les plus vraies et les plus éloquentes peut-être qui aient jamais été entendue» à riionneur de la religion et du clergé: c Vous vonks c enlever aux évêques leurs palais, s*écriait à rassemc bice constituante M. le comte de Montlosier : ik c iront dans les chaumières ; vous leur ôtez leur croix c d'or, ils prendront une croix de bois. Cest une c croix de bois qui a sauvé le monde ! > Eh quoi ! ces paroles, qui ont éié répétées avec transport d*un bout à Fautre de l*Europe chrétienne, n*ont pas plaidé pour lui à son heure suprême , et n'ont pu lui obtenir un peu de terre et quelques prières? Et nous , à notre tour, ne pourrions -nous pas dire au clergé : Avezvous donc oublié que cet homme , que vous rejetez, a été votre défenseur quand la plupart des vôtres vo«s abandonnaient? Hélas! j'ai vu tel évêque assez peu apostolique de cette époque, après une vie médiocrement édifiante, mourir environné de toutes les pompes de rÉglise ; et celui qui , n'étant pas dans les ordres , ne devant au clei^é que le respect , l'avait défendu avec une énergie désintéressée et par le seul enihoo* siasme d'une foi naive et profonde » celui-là , après avoir persévéré pendant une longue carrière dans les mêmes sentimenu, après les exemples de la vie la plus honorable , chrétien humble et fervent , ne parlant jamais, même dans cette assemblée , sans rappeler sans cesse et TÉvanirile et les sainu pères et les

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maxknes de TÉglise , celui-là , qui pourtant avait pu trouver un prêtre pour le confesser et pour l'absoudre , n'a pu trouver un curé , un évéque pour en obtenir la simple sépulture ecclésiastique! Voilà bien du nouveau, messieurs; et, sans faire ici de théologie, il est permis de trouver étrange que , lorsqu'un prêtre non interdit, et par conséquent possédant, comme on dit canoniquement , le pouvoir des clefs , le pouvoir de lier et de délier ; lorsqu'un prêtre a dit à Fâme fidèle : Allez , le ciel vous est ouvert ; une autre autorité s'arroge le droit de refuser à la dépouille mortelle de cette âme un lieu bénit pour y reposer ! Et pourquoi , messieurs , cette persécution inouïe ? Pourquoi ? Vous le savez ainsi que moi , ainsi que la France entière. Ce n'est pas qu'on accusât l'illustre défunt de nourrir quelque opinion peu orthodoxe en matière de religion. Non ; vous le savez , c'est parce qu'il n'a pas voulu rétracter l'acte le plus pieux de sa vie , le fameux Mémoire à eomuller, cette pétition mémorable adressée à la chambre des pairs , pétition qui a eu pour rapporteur favorable un des plus dignes magistrats, M. le comte Portalis, qui a été appuyée et défendue par un noble duc , que nos yeux cherchent en vain dans cette enceinte ; par M. de Barante , dont la modération est aussi connue que le talent; parce vertueux citoyen, M. Lainé ; enfin, par l'homme d'État éminent qui est aujourd'hui président de cette chambre et chancelier de France. G*est ce grand acte , messieurs, qui avait entouré de

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Uni d'éclat le nom de M. de MenUetter* e*eilgrand senrice , toajomrs présenl à la recoanaîa du pays , qoi avait appelé M. de Montlooer p»M ▼008 : di bien 1 c'est ce mène acte qoi* s'il eèt été compris, aurait sauvé à la fois et rancienne dynastie et le clei^ de la restawation , c'est cet adrq» Fa privé à son heure saprème des consolations de ll^Use, et qui lui a fait refuser la terre sainte ! Ansî , me»sieon, la piété la mieux éprouvée ne sofib plss k protéger notre darnière heure. Quelles qu'aient éié notre vie et notre foi, si nous ne rétractons pas toutes les maximes de l'Église gallicane , si nous ne renions pas notre attachement aux lois , notre fidélité k l'État, nos derniers momenu peuvent être privés de ces saintes cérémonies qui assurent et adoucisnnt le passage à une autre vie. Où en sommesHious , messimret dans quel temps vivons-nous? et est-ce bien après la révolution de juillet que je sois condamaé à porl^ à cette tribune une pareille plainte?

Cette affiûre est si triste que j'éprouve le besoin ë'en détourner les yeux. Malheureusement elle n'est point la seule. Â Reims, à Lyon, des troubles éclatait presque en même temps , provoqués par un sèle mal entendu ; et voilà que le gouvernement loinnêrae ae met h détruire de ses propres mains, et comme à plaisir, les barrières salutaires que la sagesse du grand législateur impmal avait posées à l'invasion du dogé dans l'imseignement public. D'étroites bienséances se sont ici plus particulièrement imposées ; mais il ne

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t^agil que de Caite officiels, d'actes tombés dans le domaine public, et qui ont eu déjà le plus grand retentissement ; de sorte que mon silence serait à la fois et inutile et coupable. Conseiller de Tunitersité, je dois au corps auquel j'appartiens ; pair de France , je dois au gouvernement du roi mon ayis public sur des actes qui annoncent un système de concessions aussi funestes au clergé qu'à Tuniversité elle-même.

L'université, messieurs , repose tout entière sur les deox grands décrets de 1811 et de 1808, et particulièrement sur ce dernier qui contient les fondements de l'organisation universitaire. Ce décret est une loi ; c'est donc avec une douleur profonde que j'ai lu dans le Jlf onttour du 29 août dernier une ordonnance royale, rendue sans le préavis du conseil de l'instruction publique, et comme écliappée à un ministre dont je connais et respecte les intentions , laquelle ordonnance abolit plusieurs dispositions fondamentales de la loi de 1808, ou du moins en ajourne l'exécution jusqu'à Fan de grâce 1850.

Et quelles sont ces dispositions , messieurs ? Précisément celles qui établissent de sages conditions pour l'admission aux fonctions de l'enseignemeut dans les facultés de théologie du royaume. Le décret de 1808, auquel avaient concouru pour la partie théologique les plus pieux et les plus savants ecclésiastiques de Tempire, dispose dans l'article 7 (i), en conformité

(1) Décret Impérial du 17 mars 1808 , li(re 11, art. 7. « L'évéque ou Tarchevéque du chef-lieu de racadémie présentera

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