TO«E I
ttO DOCUMENTS INÉDITS
dk-U , sur l*époqtie où cet enlèTcmeot d^on i saspect de jansénisme a pn avoir lien , je crois qs^o» pent assurer que cet enlèvement a eu lieu avee discernement par un de ceux à qui Touvrage avait dépla , et qni voyaient dans Tabolilion de Tancienne censure IV néantissement de Tobstacle apporté jusque-là à la publication du manuscrit, h feeit ctd predesL >
Nous n^avons point retrouvé Técrit si regrettable de Prévost de la Jaunes , mais nous sommes à pea près certain de connaître et de posséder la source à laquelle il avait puisé lui-même les documents audien*tiques dont il avait pu se servir. Dans le manuscrit de la Bibliothèque royale {Supplément français, n® 1485) qui contient les Mémoires de Mai^erite Perrier sur sa famille et sur les amis de sa famille, avec une foule de lettres et de pièces de toute sorte , nous trouvons (p. 268) un écrit intitulé : Mémoire pour servir é l'histoire delaviedeM. Domat, avocat du roi auprésidial de Clermont en Auvergne. Ce mémoire ne pa^ rait pas de la main de Marguerite Perrier, puisqu'elle y est citée , mais il a été composé évidemment sur des renseignements fournis par elle. Il est plus étendu que Tarticle de Perrière , et c'est la source première et parfaitement sûre de tout ce qui a été écrit siur Domat ; car Marguerite Perrier Tavait longtemps connu à Paris et à Clermont , à différentes époques ; elle partageait ses opinions , elle avait vécu dans le même parti et avait été mêlée à toute sa vie. Plusieurs écrivains jans^istes , par exemple Tauteur du Recueil de plu
SUR DOUAT. ill
pièces pour servir à Fhistoire de Port-Royal (Utrecht, i 740) et celui du Supplément au Nécrologe de Port- Royal (1'® partie , 1755) , ont eu connaissance de ce mémoire. Prévost de la Jannès, qui était imbu de Tes* prît de Domat, et qui , comme Pothier y était lié au parti janséniste, Favait eu probablement sous lesyeux, ainsi que les pièces qui raccompagnent , c'est-à-dire plusieurs lettres inédites , les seules de Domat qui soient venues jusqu'à nous , et des Pensées ou trou* véés dans ses papiers après sa mort , ou recueillies dans sa conversation et qui portent un caractère manifeste d'authenticité. Nous publierons ici intégralement le mémoire, en y joignant divers morceaux de Domat, qae contient ifotre manuscrit; et nous terminerons par les Pensées elles-mêmes dont quelques-unes s'élèvent au-dessus du style ordinaire des Lois civiles et jusqu'à la manière énergique et mélancolique de Pascal. Ces divers documents , en faisant mieux connaître Domat, mettront encore plus haut sa mémoire , et ajouteront à Tadmiraiion universelle excitée par le jurisconsulte le respect singulier que mérite Thomme par la beauté de Fàme et la vigueur soutenue du caractère. ,
« MÉMOIRB POUR SERVIR A l'hISTOIRB DE LA VIE DE H. DOHAT, AVOCAT DU ROY AU PRÉSIDIAL DE CLERMONT BN AUVERGNE.
« M. Jean Domat naquit à Clermont , le 50 noveml^re 1625. Son père, qui s'appeloit Jean comme lui^
lit DOCOMBHTS INÉOITS
éioiibom^eois. Sa mère s*appeloK Mai^erite VaogroB, petite-fille de M. de Basmaison , célèbre commentatear de la cootome d'Anyergne. U avoit un frère qui se fit jésuite , et deux soeors qui forent mariées. Le père Sirmond, jésuite, grand-oocle de M. Domat, confesseur du roi Louis XIII , se cba^ea de son édacation. Il le conduisit à Paris , le mit au collège de Clermont, où , avec les humanités et la philosophie, il apprit encore le grec , Titalien , Fespagnol et k géométrie. La TÎyacité « la beauté , Télévation et b justesse de son esprit , lui donnoient une merveilleuse facilité pour toute sorte de sciences (t).
c Après le cours des études du collège , il revim dans sa famille. Il ^it ensuite prendre tes licences ea droit dans Tuniversité de Bombes. M. Émmlios (t) lui trouva tant de capacité , qu^il lui offrit le bonael de docteur, quoiqu^il n^eût que vingt ans. Au reloor de Bourges , il suivit le barreau et commença à pUi-* der avec on succès extraordinaire. Il oontînoa cet exercice durant neuf à dix ans , et, pour remplir plus dignement cet emploi , il s^appliqua sérieusemeol à l'étude du droit. Â cette étude il joignit celle de la rdi-
(1) Ferrière , dans Taisand, ajoole que « après avoir inl soo cours de philosophie, il en soutint des thèses générales avec le fils de M. le prince de Cooti. »
(2) Ferrière: Émerv!i/e,Tem$%on, arec raison : Edmond Mérii/e, professeur de droit à Bourges, mort en 1647, el dont la notice est dans Taisand , tandis qn^Émerville on Eaiértlle est absolument inconnu.
SOR DOMAT. il5
gion , et se désabusa bientôt des fausses préventions qu'on lui avoît inspirées dans le collège des jésuites.
c II fit une liaison étroite avec le célèbre M. Pascal. Leurs premiers entretiens et leurs premières conférences furent sur les mathématiques ; ils firent ensemble plusieurs expériences sur la pesanteur de Tair, elc. Dans la suite ils s'entretinrent sur les importantes aflaires de TËglise, troublée , comme Ton sait, par la faction des jésuites. Personne ne fut plus parfaitement uni de sentiment avec M. Pascal sur les affaires de la religion que M. Domat ; c'est sans doute ce qui engagea M. Pascal à lui confier, préférablement à tout autre , quelques écrits qu'il a voit faits sur la signature du formulaire. M"' Perrier a dit au P. Guerrier que son oncle avoit prié M. Domat , en lui remettant ces papiers , de les brûler, si les religieuses de Porl-Royal se soutenoieni dans la persécution qu'elles souffi'oient à ce sujet , et de les rendre publics , si eltes plioient. M. Domat fut aussi très-lié avec la famille de M. Pascal , et avec messieurs de Port-Royal, qui l'estimoient beaucoup etprenoient ses avis sur des matières de théologie. S'étant trouvé à Paris durant la dernière maladie de M. Pascal, après lui avoir rendu les devoirs d'un ami sincère , il reçut ses derniers soupirs.
c  l'âge de vingt-deux ans, M. Domat épousa M"° Blondel , de bonne famille , suivant plutôt la volonté de son père , à qui il étoil parfaitement soumis , que sa propre inclination. Dieu bénit ce mariage en
Si 4 DOCUMKïfTS DftolTS
lenr donDant plasieors enfants (i), après la i desquels , réponse prêtant pas moins eliréUenne qve répoux , ils firent connoître par lenr conduite le lootif qui les ayoît unis.
c Sept on huit ans après son mariage , il fat ponra d^une charge d'avocat dn roy an si^e présidtal ée Glermont, dont il remplît les devoirs avec digùté pendant près de trente années ; ses eonclosions fonnt toujours suivies à Fezeeption de trois oo quatre. Il étoit ferme dans Texercice de ses fonctions; mifle considération humaine ne Paffsiiblissoit : apnt fait mettre en prison un homme qui fat surpris dans me action contraire aux bonnes mœurs et à la police, et M. rinteiidant de la province , dans une visite aux prisons , après avoir appris du prisonnier la cause de sa détention, Payant élargi , M. I>omat le fit remettre eo prison.
c Les grands jours étant venus à Glermont en 1665, M. Domat fit avec MM. les présidents de Novîm, Pelletier et Talon , une étroite liaison qui a duré jusqu'à la mort. Ces messieurs, après avoir reconnu sa capacité et son intégrité, lui confièrent le soin depfai-
(1) Perrière, 1. 1. : «Son père ravait marié, le 8 JQiDet 1648, avec la fille dn sieur Blondel, avocat an prétidial de Clermont. Il en eut treize enfants. Hail monrorent trèsjeunes, et les cinq autres, qui restèrent, étaient trois filles et deux garçons, Jean Domat, chanoine de la cathédrale de Clermont, et Gilbert Domat , conseiller à la cour des aides de la même ville, n
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sieurs affaires importantes, et en particalier la recherche de la noblesse qui abusoit de son autorité (i). Ny les menaces de plusieurs gentilshommes qui avoient juré sa perte , ni quelques coups de fusil tirés sur lui , ne furent point capables de Tintimider dans les fonc^ tions de sa charge.
c Au commencement de Tannée 1662, les jésuites employèrent bien des artifices et des fourberies pour s^emparer du collège de Clermont. MM. les chanoines de réglise cathédrale écrivirent à M. Domat , qui étoit à Paris , et lui envoyèrent une procuration , en le priant de s^opposer en leur nom à cet établissement , qui ne peut » disoient-ils , produire d'autre effet que l'interruption de cette quiétude que noe pères nous ont conservée depuis tant d^années, M. Domat fit de son mieux pour rendre service en cette occasion à sa patrie , mais sans succès , le père Annat , confesseur du roy, ayant sçu tromper ce prince par ses impostures (s).
c Quelquesannées après, un ecclésiastique, M. Légerat, de la communauté de Saint-Joseph, établie à Lyon , qui est mort leur supérieur général , après avoir prêché deux années consécutives deux avenls et deux
(1) Terrasson dit que les présidents de Novion , Lepelletier et Talon, lui confièrent le soin de plusieurs affaires importantes, sans désigner la nature de ces aCFaires. Les détails donnés dans cette partie du mémoire sont entièrement nouveaux.
(9) Foyez plus bas.
819 DOCOMBHTS INÉDITS
carêmes dans la cathédrale de aermont avec an concours , un applaudissement et un succès extraordinaires, fit un bon et beau discours sur Tamour de Dîeo. Les* jésuites , ennemis jurés de ce grand précepte, engagèrent M. Tévêque (M. Barbouze) à interdire ce prédicateur, qui se disposoit à prêcher Favent et le carême suivant à Riom. M. Domat , ne pouvant faire autre chose pour réparer Tinjure faite à la religion et au premier précepte par Tinterdit de cet excellent prédicateur des vérités de TÉvangile , ramassa plusieurs attestations de gens d'honneur qui rendoient témoignage qu'il n'avoit rien dit que de conforme k la doctrine de TÉglise , et les lui remit entre les mains.
c Vers le même temps , M. Domat fit un voyage à Aleth pour consulter le grand évêque (H. Pavillon) qui en remplissoit le siège. Sa famille et plusieurs de ses amis le pressoient de se défaire de sa charge d'avocat du roy, afin qu'ayant plus de temps à travailler dans son cabinet , les émoluments qui lui en reviendroient le missent en état de fournir aux besoins de sa famille, car il n'étoit pas riche. M. d'Aleth, connoissant la manière dont il remplissoit les fonctions de sa charge , fut d'avis qu'il ne s'en déHt pas (i).
c Le désintéressement de M. Domat ne pouvoitêtre plus grand ; il aimoit tendrement sa famille, qui étoit assez nombreuse , il en seutoit les besoins , et néanmoins ses amis ne pouvoient lui persuader de diminuer
(1) BUl. de Port-Royal, t. IV, p. 465.
SUE DOUAT. Sin
les gratis dans les affaires où il étoit employé ; il refusa même consiamment le don d'un bien considérable qu'un ami le pressa longtemps d'accepter, et lorsqu^on lui représentoit qu'il laisseroit ses enfants sans bien : f Si c'est la volonté de Dieu, disoit^l , je ne dois pas m'y opposer (i). »
4 L'estime générale qu'il s'étoit acquise par son savoir, par son intégrité et par sa droiture, le rendoit l'arbitre de toutes les grandes affaires de la province.
c 11 avoit un grand amour pour les pauvres (s) et les soulageoit selon son pouvoir, et prenoit un soin particulier des affaires des hôpitaux (s). Mais, s'appliquant ainsi à rendre service au prochain , il ne négligeoît en rien les devoirs de sa charge ; il étoit laborieux et n'étoit jamais détourné par aucun amusement. Si on le pressoit de prendre quelque repos : c Travaillons, disoit-il , nous nous reposerons dans le paradis (a). >
c Ayant partagé, dans les premières années de son établissement , la succession d*un oncle chanoine , il remit aux pauvres, dans la suite, avec une scrupuleuse exactitude , tout ce qu'il put soupçonner y avoir de bien ecclésiastique dans cette succession (s).
(1) Suppl. au Nécrologe, p: 461.
(2) Ibid., et Hist. de Port-Royal, t. IV, p. 4Ô5.
(3) Additions de Ferrière , p. 638.
(4) Suppl. au Nécrologe et Hist, de Port-RoyaL C'est le' mol qu'adressa aussi, dit-ou, Arnauld à Nicole.
(5) Ibid.
Sltt DOCUMENTS INftDITS
< Dica avoit donné à M. Domat de grand» smiiiments de religion ; il s'affligeoit sor tons lea maux de rËglise, il gémissoit conlinuelleroent du déli^ d'erreurs qui, par la négligence ou la foiblesse des pasteora, ternissoienl la pureté de la foy ^ renversoient la r^le sainte des mœurs, et faisoient mépriser celle de la discipline, c N aurois-je jamais, disoit-il , la consolatioa ie voir un pape chrétien sur h chaire de saint Pierre (i) ! > 11 n^estimoit que les prédicateurs qui annonçoient les vérités de TÉvangile avec une simpii> cité digne de la parole de Dieu.
' c n ne permit point à monsieur son fils, Tecclésia»tique, de prendre des grades en Sorbonne, parce qa^il étoit fort opposé aux signatures que Ton y exige, quoiqu'il lui eût été très-facile d*obtenir on bénéfice pour ce fils , et que les affaires de sa famille dussent , selon Tusage du monde , le porter à faire quelque démarche pour cela ; il ne voulut ni en faire, ni consentir qu'on en fît (s). Les jésuites dans la province « le r^rdoient comme leur grand ennemi (3) ; il Tétoit en effet , non de leurs personnes, mais de leurs mauvaises doctrines, de leur morale corrompue et de leurs
(1) SuppL au Nécrologe.
(2) Ibid.
(3) Le Supplément ao Récrdoge parle de Ténorgie avec laquelle, en 1673, « il réprima le P. Duhamel , jésuite , qui avait osé, dans la cathédrale de Clermont, prêcher rinfaillibi* lité du pape et contredire les maiimes du royaume et les seotimenU de TÉsli^ gallicane. «Voyez plus bas le détail àm cette affaire.
SUR DOMAT. tl9
pratiques dangereuses ; aussi ne voulut-il jamais leur confier Téducaiion de ses enfants.
€ La confusion que M. Domat remarqua dans les lois le détermina à en faire une étude singulière , et à s*appliquer en même temps à un travail qui ne devoit être qtie pour son usage particulier et pour ses enfants qui voudroient prendre le parti de la robe ; mais , rayant fait voir à quelques-uns de ses amis , ils le trouvèrent si beau, et jugèrent qu'il pourroit être si utile au public , qn^ils l'engagèrent à le communiquer à des personnes habiles et constituées en dignité.
c En 1681 , il fit un voyage exprès à Paris. Le plan de son ouvrage et ce qu'il avoit déjà fait, fut si goûté, que Sa Majesté lui ordonna de le continuer, avec promesse d'une pension de 2,000 livres («).
c M. Domat se retira donc tout à fait à Paris, pour «^appliquer uniquement à cet ouvrage, c'est-à-dire aux Lois civiles dans leur ordre naturel, et travailler sous les yeux de ceux qui l'y avoient engagé ; il le leur communiquoit à mesure qu'il avançoit. Ces messieurs goûtoient déplus en plus Touvrage, et M. d'Âguesseau,
(1) Perrière dit que ce fui M. Lepelletier qui fut le prolecteur de Domat auprès du roi. « L'atteution que M. Lepelletier avait pour le bien public fit quMl se résolut di*en parler à Sa Majesté de maDière à en être écouté favorablement. Le roi , qui connaissait sa candeur , sa probité et son discernement , très-satisfait du rapport quMl lui venait de faire, lui répondit qu'il fallait que l'auteur restât à Paris pour le conduire à sa perfection , pour raison de quoi Sa Majesté lui accordait une pension de 2,000 livres. » Terrasson fait le mémo récit.
110 DOCD1IBNT8 INÉDITS
conseiller TÉtat, lui dit en loi remettant an eahier où étoit le traité de Tusare : c Je sa vois, monsieur , que c Tusure éioit défendue par rÉcriture et par les lois ; € mais je ne la savois pas contraire au droit naturel : € votre écrit m'en a persuadé (i). > M. Domai ne pocivoit s'empêcher d'applaudir lui-même à son ouvrage et de marquer en quelques occasions Testime qaHl en faisoît ; s'en étant expliqué de la so^te à un ami, il dit tout de suite : c Je suis surpris que Dieu se soit servi c d'un petit homme , d'un homme de néant comme c moi, pour faire un si bel ouvrage, pendant qu'il y c a à Paris des personnes d'un si grand mérite (i). >
c Lorsque son amour pour la justice et pour h vérité l'obligeoit à s'élever avec force contre tout ce qui y étoit contraire « il conservoit dans son cœur de vifs sentiments de mépris pour lui-même, et ces sentiments se produisoient quelquefois malgré lui ao dehors, comme il parut dans une rencontre où va ecclésiastique de mérite , parlant dans une compagnie très-avantageusement d'une personne, après en avoir fait un éloge accompli : Il vous ressemble , lui dit-il. M. Domat, par un mouvement subit, répondit avec sa vivacité naturelle : C'est donc quelque chose de bien horrible I
« L'application au travail causa à M. Domat de grandes infirmités qui le conduisirent au toiùbeau ; il
(1) Cf. le Recueil d^Utrecht. Il s*agit ici de M. d^Aguesseau, conseiller d*état, père de illustre chancelier.
(2) Cf. Suppl, au Nécrologe et Hisi. de Port-MoraL
SDR OOHAT. «It
BOiiffroii de violents aecès d^asthroe et de vives douleurs de la pierre : ces deux maux furent Texercice de sa patience et le moyen dont Dieu se servit pour le purifier plus parfaitement. H disoit souvent avec actions de grâces, pendant ses grandes douleurs : • C'est UB excelleni moyen dont Dieu se sert pour
< purifier les hommes. » Un de ses amis Tétant vend voir dans un violent accès d'asthme, M. Domat, voyant cet ami touché de son état : c Ce mal n'est rien , lui 4 dit-il , en comparaison de l'autre ( c'est-à-dire des I douleurs de la pierre) ; vous voyez, a]ouia-t-il, que
< je suis bien impatient, mais je ne puis m'empêcher .< de crier. » Il disoit encore à cet ami que, s'appliquant quelquefois au travail durant les plus vives douleursde la pierre, il ne les sentoit plus; il lui dit aussi que par oubli, lui étant arrivé de faire deux fois les mêmes titres et les mêmes sections, il les avait trouvés si parfaitement conformes, qu'il n'y avait pas eu un mot de différence. Souvent , après avoir médité pendant U nuit la section ou le titre sur lequel il devoit travailler en se levant, il récrivoit couramment, et le donnoit en même temps au copiste pour le distribuer aux personnes à qui il le communiquoit.
< 11 s'étoit fait une si grande réputation à la cour, que feu monsieur le régent, qu'on nom moi t alors M. le duc de Chartres, voulut avoir avec lui une conférence sur son ouvrage, dont le prince parut fort content (i).
(I) Perrière et Terrasson disent seulement que Domat,
FRAGHERTS LlTTiR — T. I. 19
222 DOCUMENTS INEDITS
c Les Lois civiles dans leur ordre naturel forent imprimées par Coignard, en 1694, en 3 tomes in«4*; le Droit public , qui est une suite des Lois civiles , fui aussi imprimé chez le même libraire, après la mort de M. Domat, en 1697. M. Domat, pendant Texercice d'avocat du roy , avoit fait plusieurs harangues q«tt Ton trouvoit belles, mais qu'il n'a point revues, et qu'il auroit même jetées au feu, si se^ enfants ne l'en avoient pas détourné (i).
c Enfin , consumé par le travail et par ses grands maux, il mourut à Paris , le 14 mars 1696 (t), dans une grande paix , âgé de 70 ans 5 mois 4 jours. Il voulut être enterré dans le cimetière de Saint-BenoH, sa paroisse ; il laissa en mourant cinq enfants , dont trois filles et deiix fils. Mesdemoiselles ses filles sont mortes dans un âge assez avancé ; elles ont été le modèle des vierges chrétiennes de leur temps par leur piété, leur modestie, la retraite et l'éloignement de ce
conduit par M. Lepelletier, fut admis à présenter à Louis XIV ^68 premiers volumes des Lois ci viles à mesure qu'ils parurent.
(1) Ces harangues se trouvent dans Tédition in-félio de Domat , de 1735. Elles furent prononcées de Tannée 1657 k Tannée 1683. Elles occupent quarante pages in-folio à deux colonnes. Presque toutes ces harangues roulent sur les devoirs 4es juges et des avocats* EHes ont un caractère partioaKer de sévérité. Les lois romaines y sont très-rarement citées; mais, en revanche , la Bible et TÉvangile y reviennent si fréquemment, qu^on prendrait ces harangues pour des sermons, si Ton ne connaissait le nom de Tauieur.
(S) Terrasson donne la même date. Ferrière, mars 1696.
SUR OOMAT. 225
que le monde estime et recherche ; monsieur son fils atné est chanoine de la cathédrale de Clermont, et le second , conseiller à la cour des aides de la même ville. >
Le mémoire jusqu'alors inédit sur la vie de Domat^ i|ne nous venons de transcrire, contient bien des particularités nouvelles. Il nous initie aux sentiments les plus intimes , et nous découvre le fond de cette âme qu'une religion forte et éclairée avait préparée et en quelque sorte consacrée au service de Thumanité et de la science. Deux points obscurs de la vie de Domat reçoivent surtout ici de vives lumières , ses rapport» avec Pascal et ses démêlés avec les jésuites.
On sait déjà que les mathématiques avaient été un des liens de Pascal et de Domat. Le recueil de plusieurs pièces pour servir à l'histoire de Port-Royal le dit expressément (p. 274) :c L'amour qu'il (M. Domat) avait pour les mathématiques fut ce qui lui donna occasion de se lier si étroitement avec M. Pascal, i L'Histoire de l'abbaye de Port-Royal (t. IV, p. 464) le répète ; mais ce que nous ignorions jusqu'ici, c'est que Domat eât fait avec Pascal les célèbres expériences sur la pesanteur de l'air. Il est fâcheux que ce renseignement ne soit pas plus détaillé.
Nous connaissons beaucoup mieux le rôle que joua Domat dans l'affaire alors si importante de la signature du formulaire que l'autorité ecclésiastique imposait aux religieuses de Port-Royal. Ce qui se trouve, à cet égard, dans notre mémoire est confirmé et développé
3S4 DOCUMBNTg INtOITS
par les deux écrits jansénisies que nous afons dtés. Le Suppléroeniau Nécrologe de Porl-Royal (p. 460) s'exprime ainsi : < Se trouvant à Paris dans le tenaps que Ton coininença à exiger la signature du formulaire, il (Domat) assista à toutes les assemblées qui se tinrent pour chercher les moyens de faire signer les religieuses de Port-Royal d'une manière qui contentât les supérieurs sans donner atteinte à la pureté de leur foi m aux règles de la sincérité chrétienne... M. Pascal n'approuva aucune des résolutions où Ton s'arrêta. 11 prétendit que non-seulement on ne devait pas laisser soupçonner que l'on attribuât les cinq propositions à Jansénius , mais encore qu'il fallait avoir soin , en signant leur condamnation , de mettre à couvert le sens de Jansénius , parce que c'était celui de la grâce efficace par elle-même, et par conséquent la pure doctrine de saint Augustin et de toute l'Église. M. Domat fut de l'avis de M. Pascal. > Le recueil d'Utrecht, qui expose d'aprèfli. Marguerite Perrier tout le détail de cette affaire , raconte page 512 , que dans une dernière conférence qui eut lieu à ce sujet chez Pascal , celui-ci, voyant la plupart de ceux qui étaient présents passer à l'avis d'Arnaud et de Nicole, c en fut si pénétré de douleur, qu'il se trouva, mal et perdit la parole et la connaissance ; tout le monde fut surpris et on s'empressa pour le faire revenir. Ensuite ces messieurs se retirèrent et il ne resta que M. de Roanès et M. Domat (qui eut grande part aux écrits de M. Pascal) et M. Perrier le fils. >
SUA IMUUT. «iS
Qveb penvenl être ces écrits de Pascal auxqueb Dqmat aurait eu une grande part? Seraient-ce quelques parties des Provincial^? Gela n'est guère admissible. Il reste donc que ce soient les faclums pour les curés de Paris, que la tradition janséniste attribue à Pascal, ou ses écrits aujourd'hui perdus contre la signature du formulaire. Nous inclinerions à penser qu'il s'agit de ces derniers ; du moins le Supplément au Nécrologe de Port-Royal nous apprend que Domat écrivit comme Pascal pour défendre leurs sentiments communs; c Quel sujet le public n'a-t-il pas de se plaindre de ce que, pour des raisons qu'il ne saurait approuver, on Fa privé jusqu'à présent des lumières qu'il eût pu tirer de ce que ces deux grands hommes avaient écrit en cette occasion ! > Le Recueil d*U- Irecbt, en 1740, confirme ce que disait en 1735 le Supplément au Nécrologe. Recueil, page 322 : c Pour les écrits de M. Pascal on ne sait s'ils existent encore. Il les confia à M. Domat préférablement à tout autre, et le pria de les brûler, si les religieuses de Port- Royal se soutenaient, et de les faire imprimer, si elles pliaient. M. de Roanès, qui en avait des copies , les brûla. Pour H. Domat une lettre de M. l'évéque d'Aleth témoigne qu'il fut vivement sollicité d'en faire autant, i Notre manuscrit contient quatre lettres de cet évèque à Domat où cette affaire est rappelée. Il . paraît qu'il s'était élevé quelque différend entre Domat et la famille de. Pascal , particulièrement en ce qui regardait les écrits que Pascal avait confiés à Domat,
§46^ Doccimrrs iMteirs
et que celuî-ei refusail de rendre à MM. Peirier. Troisième lettre de M. d'Âleih à Domat : c J*ai re^ gardé, monsieur, comme une marque de cottiance et de votre amitié la connaissance que vous avez voulu me donner par M. P^e de ce qui s^est passé entre vous et la famille de M. Perrier. La part que jepr^ids à ce qui vous touche et Testrme particulière que j*ai pour votre personne me portèrent dès lors à vous écrire pour vous porter à faire toutes les avances qui dépendent de vous pour une réconciliation sincère et vraiment chrétienne... IL y a encore un autre poini qui n'a rien de commun avec cette affaire et qui néanmoins peut beaucoup nuire ou beaucoup contribuer à votre réconciliation : c'est touchant certains écrits de feu M. Pascal qui vous ont été confiés. On croit, par la qualité de ces écrits et vu Tétat de votre famille, quil y a beaucoup d'inconvénients que vous les gardiez ; el comme on ne voit pas quelle utilité, on en pourrait tirer à l'avenir, et qu'il y a, an contraire, tout sujet de craindre qu'on en abuse d'une manière préjudiciable h la vérité et à la mémoire de M. Pascal, on pense que vous êtes dans l'obligation de les remettre à ses pa» rents, entre les mains desquels ils ne courent pas le même risque, ou de les brûler en leur présence, sans en retenir de copie comme a fait une personne de . qualité et de mérite, ami de M. Pascal, qui avait une copie des mêmes écrits. C'est , monsieur , ce que je crois que vous devez faire par principe de conscience et d'honneur, et même vous servir de cette occasion
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cmnne d'un tnoyen pour faetlîter et affermir votre réconciliation... Nicolas, évoque d*Âleth, à Aleth, ce ^(» septembre 1676. > On ignore ce que fit Domat ; on voit seulement par une autre lettre de M. d'Aleth qu'il se réconcilia avec les Perrier. c Je n^ai point eu, monsieur, Toccasion de vous écrire depuis que j'ai su votre parfaite réunion avec la famille de M*** Perrier : j^en ai été extrêmement consolé et édifié... i*' août 1677 (i). •
Puisque Domat fut le confident , et peut-être le collaborateur de Pascal, puisqu'il l'assista dans sa dernière maladie et reçut ses derniers soupirs, comme nous rapprend l'auteur inconnu de notre mémoire, nul n'était plus capable que lui de témoigner des derniers sentiments de son ami et de la fausseté de la prétendue rétractation que Pascal aurait faite à son lit de mort, entre les mains de M. Beurier, curé de Satnt- Étienne (%), Aussi, quand M. dePéréfixe, archevêque do*Paris, voulut faire usage de cette prétendue rétractation, personne n'eut plus d'autorité que Domat pour s'opposer à ces bruits mensongers et attester que Pascal était mort comme avait écrit l'auteur des Provinciales. Un M. Audigièr, ayant eu l'idée de publier
(1) Let quatre lettres de M. d^Aletb sont terminées par cette note dans le manuscrit : u On a copié ces quatre lettres sur les originaux, qui sont entre les mains de M. Domat, conseiller à la cour des aides, fils de celui à qui elles ont éié écrites. »
(2) Voyez, sur cette rétractation , le Recueil d'Utrecht^ p. 347, et le Supplément au Néeroioge;i^, 380.
«if DOCCmiiTf INÉDITS
la déchiraUcm que M. l'archevêque avait aiirprise au curé de Saint-ÉtieDne, Domal se joignit à IL*** Perrier, alin d'empêcher la propagation de cette calomnie. Noire manuscrit renferme la lettre suivante^ jusqu'ici enltèrement inconnue, de Domat à, ce M. Âudigier : c Vous serez peut-être surpris de la liberté que je prends de vous écrire sur le même sujet dont ||me Perrier vous écrit aussi , parce que la considération que je sçay que vous avez pour son mérite, et pour le grand intérêt qui l'oblige à vous faire la prière qu'elle vous fait, devroit me persuader que rien de ma pari ne peut vous toucher à l'égal de sa prière et de ses raisons. Mais, monûeur, j'ai cru par une autre veue que je manquerois à ce que je dois ^ la mémoire de M. Pascal, si je négligeois de témoigner, dans une occasion de cette conséquence, combien je m'attache à tout ce qui peut intéresser l'honneur de son non. Vous savez» monsieur, les raisons qui me donnent ces sentiments ; car vous eonnoissez beaucoup mieux que le commun le mérite extraordinaire de M. Pascal , et surtout quelle éloit sa sincérité et sa fermeté propor* tionnée à l'élévation de son esprit. Et, quand je n'aurois pas eu la pan singulière qu'il m'a fait l'honneur de me donner dans son amitié, je ne pourrois me dispenser, en cette rencontre, de vous faire conneltre, monsieur, que le sujet de sa prétendue rétractation est une calomnie, la moins vraisemblable à tous ceux qui ont connu M. Pascal , et la plus faussé, en I, qui ait jamais été pensée ; et aussi le malentenda
SUROOMAT. ' tSO^
qui en fut la caikse a*est expliqué par la rétraetation de la personne qui avoil donné sujet à ce bruit , de la manière que M"*" Perrier vous l'expliquera par sa lettre : et je dois ajouter à son témoignage et à sonrécit que personne au monde n'a jamais sçu mieux que moy les sentiments de M. Pascal sur ce sujet, et pendant sa vie, et pendant sa maladie et à sa mort; et je pais, monsieur , vous assurer par ma connoissance de la vérité de cette histoire, dont je ne répète pas le récit que vous en fait M*"" Perrier. Ainsi , monsieur je m^assure avec elle et sa famille et tous les amis de M. Pascal, et pour Testime que vous avez de son mé** rite, que vous laisserez à M*^ Perrier le droit naturel du sort de la pièce qui est tombée entre vos mains, et qa*au lieu de Tobligalion du bon office que vous pen* serez rendre, on vous aura celle de n'en pas rendre un très-mauvais et à la mémoire de M. Pascal el au repos de M"^ sa sœur. En voilà trop pour vous recomman* der une demande aussi juste, et où vous êtes sans autre intérêt que d'obliger les personnes qui vous prient de le faire d'une autre maièière ; je profite de cette occasion pour vous assurer... Dohat. â Glermont^ le 45 janvier 1682. Copié sur Toriginal. >
Mais, sans contredit, la partie la plus curieuse de notre mémoire est celle qui nous peint Domat eomme Tadversaire infatigable des jésuites. Quand tout pliait sous leur autorité, lui seul, après la mort de Pascal, avec quelques amis fidèles, luttait, dans un coin dà royaume, contre leur astucieuse tyrannie. Vaincu dans
«SO DOCmSlITS 1MÊD1T8
Hne première rencontre, il revient à la charge el leur tient tête jusqu'à sa mort.
Cette première rencontre, où Domat se montra le digne ami de Pascal , est raffaiire du collège de Oermont en Auvergne , dont les jésuites s'emparèrent à Taide de leurs artifices accoutumés. Notre mémoire nous donne à cet égard des détails intéressants, et qui ne sont point ailleurs. Le Recueil de Marguerite Per* rier les confirme et les développe : il contient pla<sieurs pièces où paraissent les efforts des jésuites pour attirer à eux l'éducation de la jeunesse , jusqu'alors confiée, dans Glermont , à la savante et libérale con^ grégation de l'Oratoire, et en même temps la vive résistance et de l'Oratoire et de la ville entière, et la part de Domat dans ce démêlé. Voici quelques lignes d'une plainte des pères de l'Oratoire de la ville de Clermont contre les jésuites , p. 542 de notre manuscrit : c Aussitôt, dit cette plainte , qu'un des nôtres prêche avec quelque succès, ils l'accusent d'héré«e. Ils ne parlent jamais de nous à leurs écoliers sans nous traiter de suspects en la foi. Ils ont dit à quelques-uns de nos écoliers qu'on s'expose à la damnation éter^ nelle quand on étudie dans notre collège. » A cette plainte les jésuites répondent (p. ^7) par une relation de l'état présent du jansénisme dans la ville de Clermont où ils représentent la ville de Clermont comme un foyer de jansénisme , et Domat comme le chef du parti. Le jansénisme n'a pas ptntôt paru en France, qu'il a eu des sectateurs dans Clermont; et ;
SDB DOUAT. tSl
gî TAuvergne â fomenté celle secte dans sa itaissancc, ayant élé le lieu d'origine de MM. Ârnauld, Bourzées, Brousse « Rebours , Laporte , Mauguin et Pascal ^ la ville de Glermont contribua beaucoup à son progrès et à sa conservation. .. La secte est composée de plu* sieurs laïques des deux sexes; les plus. considérables sont les sieurs Montorcier, président en la cour des aides, le sieur Perrier, conseiller en ladite cour, la demoiselle Pascal, sa femme, le sieur Guerrier, avocat... Mais le plus signalé est le sieur Domat, avocat du roi audit présidial, lequel, ayant quelque vivacité d^esprit et s'étant employé uniquement à Tétude de ces matières, passe pour le plus habile, fait leçon à ses confédérés, et corrompt une partie de la jeunesse... Pour fomenter leur liaison factieuse, ils font beaucoup d'assemblées secrètes... Le lieu des conventicules ordinaires et réglés est la maison de Bienassisy à deux cents pas des murailles de la ville, appartenant audit Perrier. C'est là où ils s'assemblent hommes et femmes, les dimanches et jours de fête.. . Les précautions qu'ils prennent pour le secret font conjecturer quelque mys* tère d'iniquité. > Après avoir habilement semé la car lomnie, les jésuites s'occupèrent d'en recueillir le fruit, et, par le crédit de leur P. Annat, confesseur du roi, ils firent rendre un ordre du cabinet , qui les mettait en possession du collège de (ilernionl , en dépit des janciennes et des nouvelles ordonnances, qui portaient qu'aucune communauté religieuse ne pourrait s'établir <)ans aucune ville sans le consçntemeot de cette ville*
tSS 00€UllSifTS INÉDITS
Dès que cet ordre da cabinet fut connu à Ol^noift, ce fat une réclamation universelle. On s'adressa à Domat pour qu'il prit en main cette afiaire. Donat n'faésita pas à s'en charger. Il écrivit lui-même (ms. p. 901) une requête au roi Louis XIV, au nom de la ville de Clermontf et, à la tète d'une députation de vingt de se; compatriotes , il alla à Paris la porter au roi. Nous donnons ici cette pièce (ms. p. 390), qui est un des meilleurs morceaux sortis de la plume de Domat.
BBQUÈTB PBÉSBNTftB PAB LB9 HABrrANTB BB Lk VIU.B DB CLBBMONT EN AUVBBONB CONTBB LB9 BÉVÉBBIIDS PÈBBS JÉSUITES.
€ Au Rot.
c Sire, vos très-humbles, très-obéissants et trèsfidèles sujets les échevins et habitants de cette ville deCiermont viennent se jeter aux pieds de Votre Majesté pour lui demander justice contre les jésuites, qui, pour s'établir dans Glermont , malgré toute la viller, sont venus supposer à votre conseil qu'on les y demande , et , ayant obtenu sur ce faux exposé un arrêt et des lettres de cachet, en ont abusé d'une manière injurieuse à la clémence de Votre Majesté , et digne de cette attention avec laquelle elle écoute les plaintes de tous ses sujets.
c Ces pères , sire , voyant les habitants plus aliénés que jamais par cette conduite et prêts d'en venir informer Votre Majesté , feignirent d'avoir du serapule
SVRDdlIAT. SS3
et da repentir de ce qu'ils atroient ainsi obtena cet arrêt et ces lettres de cachet , et promîreni par écrit aux échevÎDS unesorséance qu'ils deaandoîent pour recôarir à Votre Majesté ; et, comme ensuite les babitattts s'alloient assembler promptement dans Thôtel de ville poar députer , ils enfoyèrent dé nouveau leur recteur tie Aiontferrand pour protester à cette assemblée qu'ils ne vooloient point du tout entrer dans Clermont sans le consentement de toute la ville, et porter parole que, quand même on les y voudroit forcer sous prétexte de cet arrêt et de ces lettres de cachet , ils n'y consenti* raient jamais. Et cependant , sire , dès le lendemain, ils vinrent avec ce recteur et s'emparèrent du collège à la vue de ces mêmes^ habitants à qui ils avoieni donné cette parole le jour précédent , et qui accooroient à cette surprise , mais qui n'opposèrent que la modération à toute cette conduite des jésuites; car la fidélité si ancienne et perpétuelle de la ville de Clermont est à toute épreuve, non-seulement pour le service de ses roys , dont cette ville a cet honneur singulier de ne s'être jamais départie, mais pour les moindres choses qui portent leur nom. Ces habitants , sire t oseftt espérer que Votre Majesté ne permettra pas que , seus un règne tel que le sien , les jésuites jowissent du succès de leurs artifices , et que , pour être ainsi entrés dans Clermont et pour empêcher que eette ville n'ait eu Tboniienr d'être ouïe de Votre Majesté , elle soit condamnée à les y souffrir contre ses intérêts et contre son gré.
TOHI I. 20
i54 DOCDHENTS INÉDITS .
c Ces inlérèU , sire , sont si grands et appuyés de raiiions si fcurles , et de la part des habitants de Cler- Biont et de la part même des jésuites et de leur propre conscience, que ces habitants osent s'assurer que Votre Majesté en seroit touchée , si elle vouloit souffrir qu'on Ten informât. Mais ces raisons , sire , sont en si grand nombre et fondées sur tant de titres, édits, traités , arrêts , privilèges , et sur tant d'autres considérations , qu'ils n'oseroient l'en importuner.
i Mais comme les roys, prédécesseurs de Votre Majesté, dont les jésuites ont autrefois obtenu de pareils ordres pour s^établir dans Clermont sur de semblables faux, exposés qu'on les y demandoit , ont toujours révoqué ces ordres aussitôt qu'ils ont seulement connu la répugnance des habitants, il y a présentement , sire , bien plus que cette raison si naturelle du gré des villes : par une déclaration solennelle de Tannée 1659, qu'elle a voulu faire publier dans tout son royaume, elle a très-effectivement deflendtt tous établissements de communautés religieuses sans le consentement des villes. Ces deffenses de Votre Majesté ne doivent pas être nécessaires pour les jésuites ; car leurs statuts , Sire , leur font encore d'autres deffenses bien plus étroites , non-seulement de s'établir malgré les villes, mais de demander même d'y être reçus.
c Et cependant , sire, non-seulement ils demandent et ils insistent d'entrer dans Clermont contre les statuts qu'ils font vœu d'observer, mais ils y entrent
SUR DOUAT. «3S
par force et s'opiniâtrent à y demeurer, qnoyqn^oii persévère à lear dire qu'on ne les veut pas , et contraignent les habitants à venir importuner Votre Majesté.
€ Ils espèrent , sire , qu'elle leur fera cette justice de ne pas souffrir cette désobéissance des jésuites à vos ordonnances et à leurs statuts, et qu'elle n'obligera pas de très-fidèles sujets , pleins de zèle et d'amour pour son service , à recevoir contre leur gré des religieux qui, professant d'enseigner la piété et les bonnes mœurs , commencent par forcer ceux qu'ils veulent instruire à venir d'abord demander justice contre eux , et qui , pour le premier exemple de leur piété, violent en un jour ordonnances, édits, traités, vœux, statuts, parole , et qui ont violé le respect même qu'ils de^ voient à Votre Majesté sacrée par la supposition qu'ils ont faite à votre conseil qu'on les demaudoit , et par la manière dont ils ont usé des lettres de cachet qu'ils ont obtenues par cette surprise.
c La ville de Clermont, sire, a fait élever sa jeunesse jusqu'à présent par d'autres maîtres que par ces pères ; elle a eu la gloire de produire, dans tous les siècles , des personnes de mérite pour la religion et pour l'État ; mais surtout, sire , elle a eu l'honneur de n'élever dans tous les temps que de véritables serviteurs des rois , et qui même par leurs services en ont mérité ce que demandent aujourd'hui à Votre Majesté avec tant d'instance les habitants de cette même ville, d'être dispensés de recevoir les jésuites.
tsa DOCDMKJm INÉDITS •
c Le roy Henry le Grand, ayeul de Votre Majesté, a été Tun des roys qui a conservé la liberté de la ville de Clermont contre les entreprises de ces pères. Ce grand prince, sire , aimoit cette ville, et avoit la bonté de vouloir bien reconnoHre qu'elle lui avoit rendu en service bien important, et d'autant plus considérable qu'il regardait aussi lÉut.Car, pendant la Ligue, les habitants de Clermont ne s'étoient pas seulement conservés fidèles au milieu de la rébellion de presque tout le royaume , mais, par un zèle extraordinaire et tout inoui, étant sortis de leurs murailles, et, avec le peu desttjeu qui restoientau roy, qui s'y étoient réfugiés, avoîent exposé leurs vies, attaqué l'armée des ligueurs, repris sur eux une ville , et gagné cette bataille d'issojre dont toutes les histoires remarquent qu'ayant rendu au roy l'Auvergne entière et toutes les provinces voisines, et qu'étant arrivée, comme par une espèce de miracle, le même jour que ce prince gagna en personne celle d'Ivry, ces deux batailles avoient été la fin de la Ligue et le rétablissement de ce grand roy dans son patrimoine, qui est aujourd'hui l'héritage de Votre M:^té.
c Les habitants de Clermont , sire, ont cette confiance que Votre Majesté aura toujours pour cette viUe les mêmes bontés qu'ont eues pour elle tous les roys ses prédécesseurs, pour tous lesquels elle a conservé une fidélité plus ferme et plus inviolable qu'aucune autre ville de son royaume, et qu'elle ne leur refusera pas la même grâce qu'elle accorde à tant de villes qui
rétsMent avx jésahes» de ne pas les oUîger, non pins q«e les aulres, k les recevoir, et qu'elle ordonnera à ces pères de retourner dans leur collège de Mont- .fenrand ; si ce n'est que celte affaire étant trsp peu digne d occuper les soins de Votre Majesté, elle veuille la renvoyer k son parlement de Paris, qu'elle a rendu juge naturel, à cause des déclarations et des édits qu'elle a fait vérifier en ce parlement et qui font Htte partie des moyens- décisifs contre cette entreprise des jésuites ; et toute cette ville redoublera, sire , les^ prières publiques et parlieulières qu'elle fait incessamment pour Votre Majesté , et s'animera de plus en plus de œle et d'ardeur pour son service et 4e tous les roys que Dieu fera nattre, jusqu'aux derniers siècles, du sang de Votre Majesté, le plus illustre de toute la terre comme elle en est le plus grand roy. i
c M. Domat , avocat du roy, ajoute notre manuscrit, futdéputépour présenter à Sa Majesté la requête cy-dessus. Ëtant arrivé à Paris, il rassembla vingt Auv^gnals, avec lesquels il alla porter sa plainte au roy, qui ayant fait avertir le P. Ânnat, son confesseur, pour lui dire que c'éloit contre ses confrères qu'on agissoit, ce jésuite répondit que Sa Majesté ne devoit point s'inquiéter de cette a£&tire, qu'elle étoit accommodée, et par cette fourberie il obligea les suppliants de se retirer. Ceci se passoit en 1663. Ainsi les jésuites s'étdi>lirent à Glermont malgré M. l'évéque, les doyen, cbanoines et chapitre de la cathédrale, syn*
t38 DOCUMVH'K IMADITS
die du diocèse, le gardien des cordelien, lesovt^ prieur des carmes et les échevins de la ville de Cl«mont... »
Ce n'est pas la seule affaire oh Domai ait osé combattre ouvertement les jésuites. Dix ans après, un de leurs prédicateurs, le père Duhamel, ayant fait, dans la cathédrale de Clermont, un sermon où il soutenait rinfaillibîlité absolue du pa|[>e, ce qui éuit contre lea maximes de TÉglise gallicane et contre Tordonaance du roi , qui interdisait de traiter des matière» étrangères au salut des âmes et préjudiciable» à la paix pubKque, Domat, ceonme avocat du roi et chargé de l'exécution des ordonnances royales , informa contre le père Duhamel , dressa lui-même un procès-verbal détaillé, et écrivit à M. le procureur général une lettre pour accompagner ce procès-verbal. Nous donnons ici ces deux pièces pour montrer et Tesprit généreux de Tancienne magistrature et Tintrépidité de Donat en face du parti puissant qui persécutait le cartésianisme , menaçait TOratoire , écrasait Port-Royal « et dominant sur la conscience du roi , entraînait TËUat dans ses querelles et en faisait Tinstrument de ses desseins.
PROGÈS-VEMBAL.
I L'an 1675 et le dernier jour de février , nous , Jean Domat, avocat du roy en la eénécbaussée et siège présidial d'Auvergne, à Clermont, ayant appris par le
SUR DOUÂT. 239
bniH commun que ce joiird*hui mardy d'après le deuxième dimanche de carême, le père Dnhamel, jésuite qui prêche pendant ledit carême dans Téglise cathédrale de ladite ville, ayant pris pour texte Super vathedram Moysi sederunt, eic, auroit pris pour son sujet rinfaillibilité de FÉglise et celle du pape , et auroit traité en deux points de ces deux sortes d'infaillibilité , et entrepris de prouver séparément celle du pape seul , nous aurions été obligé par le devoir de notre charge, en Tabsence du S' procureur du roy audit siège, de nous informer plus particulièrement des propositions que ledit père Puhamel avoit avancées touchant ladite infaillibilité, pour exécuter , en ce qui dépend de nous, Tarrèt de la cour du parlement du 30 may i665, par lequel la cour auroit ordonné la publication et enregistrement de six articles de certaine déclaration de la faculté de théologie de Paris, du 3 may. .. touchant Fautorité du pape avec deffenses de soutenir aucune doctrine contraire, et aussi la déclaration de Sa Majesté avoir ordonné que ladite déclaration de la faculté de théologie de Parts seroit publiée et enregistrée dans tous les parlements et autres juridictions de son royaume, avec deffenses à toutes personnes de soutenir, deffendre et enseigner aucune proposition contraire à ladite déclaration , à peine de punition exemplaire, lequel arrêt et déclaration ont été publiés et enregistrés à ladite sénéchaussée, et à cette fin, comme nous n'aurions pas ouy ledit sermon, nous étant enquis de plusieurs personnes qui
i40 DOCOMBKTS INÉDITS
y auroîent agfti^é, nou». aurions appris par tous les récits conformes que ledit père Duhamel a pris pour son texte dans ledit sermon ce passage de TÉvangile du jour. Super cathedram Moysi sederuntf etc., et pour son sujet rinfaillibilité de TÉglise et celle du pape ; qu'il a divisé son sermon en deux points, le premier pour rinfaillibiliié de TÉglise, et le deuxième pour rinfailUbiiité du pape; que, dans le premier point, rapportant quelques preuves de TinfaiUibiHté de rÉglise, il a dit que comme celle du pape s'établirsoit aussi sur les mêmes preuves, il prouvèrent Tune et Tautre dans les dei\x points , et que , dans Tun et dans Faulre, il rapporte diverses preuves de rinfaillibilité du pape seul, et a avancé entre autres preuves de cette infaillibilité les propositions suivantes :
c i^ Que les théologiens étant souvent contraires c dans leurs opinions sur les matières de la foy, < comme les horloges qui ne s'accordent pas, il falloit i une règle , et que , comme le cadran solaire ^est la i règle infaillible des horloges, le pape est le cadran f solaire de TÉglise , qui est la règle infaillible dans c les matières de la foy.
c 2° Que Notre-Seigneur avoit dit à saint-Pierre : f Ego aulem rogavi pro te ut fwn defUial fides tua et c tu aliquando convenus confirma fratres tuos , pour c marquer rinfaillibilité qui lui a été communiquée 1 et à ses successeurs, et que ce passage se doit entenc dre de rinfaillibilité de saint Pierre et de ses suoi cesseurs , et non de celle de TËglise , ce qu'il a
•Oft BOIUT. 241
|Kr4Mi?é par deux réflesioDs Mir ce patas^, rme «ur ces mots |)ro te, en dmant que c*étoîi le pronom de la seconde personne qui s'adressoit à la personne de Pierre et non à TÉglise , qni ne s'appelle pas Pierre; Tautre sur ce mot fralreê, en disant que ce mot s*entendoit des papes successeurs de saiia Pierre , qui sont ses frères , et non de l'Église^ et que , si Notre-Seigneur avoit prétendu parler de rÉglise, il auroit dit ses enfants et non ses frères.
c 30 Qu*il est impossible que le pape enseigne une doctrine fausse , erronée et scandaleuse « et qu'il arriveroit plutôt de ces trois «boses Tune, ou qu'il changeroit de sentiment comme il arrtra au pape Vigile, ou que le Saint-Esprit se mèleroit dans ses expressions pour lui faire dire la vérité malgré <]u'il en eût et lors même qu'il voudroîldire une fausseté, comme il est arrivé à Balaam et à Gaiphe ; ou qu'il mourroit d'une mort subite ava^t que de prononcer une erreur selon le sentiment de B.
c 4® Que le pape est infaillible dans les décîsms qui concernent la foi, la doctrine et les moMirs, et que, dans le reste, il est homme comme les antres et sujet à faillir ; sur quoy il a ajouté et fait remarquer qu'il se rendoit d'autant plus exact en cette matière qu'il s'y agissoit du salut, c 5** Qtie certains théologiens de robe courte semblent jeter des scrupules dans les esprit foibles, lesquels il est important de lever, et qu'il y en a qui
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c vont déterrer de vieux grimoires ponr prouva qa^lt c y a eu des papes qui ont failli.
c 6* S'étant objecté comment il se pouvoit fiiire c que le pape fût infaillible, il a répondu que, dans les c choses de la foy , il ne falloit pas demander corn- < ment. Je sçay, a-t-il dit, que, dans le mystère de la c Trinité , Dieu est un en trois personnes ; mais , si c on me demande comment cela se peut faire, je n*en c sçay rien. Je sçay que, dans le mystère de Teuchac ristie , le corps et le sang de Notre-Seigneur sont c sous les espèces du saint sacrement ; mais comment, t je n'en sçay rien : je sçay que d'abord qu'un homme ( est élevé à la chaire de saint Pierre , il ne peut plus € enseigner une doctrine fausse , erronée , scandac leuse, mais si on demande comment, je n'en sçay « rien. >
c Et comme toutes lesdites propositions de ce «ermon tendent à persuader l'infaillibilité absolue da pape, et que cette doctrine que ledit P. Duhamel a prétendu établir par ledit sermon est directement contraire auxdits articles de la déclaration de ladite faculté, et notamment au sixième, concernant rin*faillibilité du pape , nous avons cru qu'il étoit d'une nécessité indispensable de faire , en cette rencontre , ce qui peut dépendre de nous dans notre fonction pour contribuer à réprimer une telle entreprise contre lesdits arrêts et ladite déclaration de Sa Majesté et contre les lois de son État, et, ne pouvant y pourvoir avec prudence par d'autres voies, nous avons jugé qu'ea
sut OOJIAT, t45
ttne affaire de telle conséquence, où nous voyons cette doctrine de rinfaillibilité du pape aussi publiquement ensei^ée avec Tapprobation et rapplaudissement de la plus part des ecclésiastiques et principalement des religieux, et consentement tacite du peuple, qui n'étant pas informé de la fausseté et des pernicieuses conséquences de cette doctrine, la reçoit comme véritable, nous devons au moins en donner avis à monsieur le procureur général , afin qu'il lui plaise d'informer la cour de cette entreprise contre son arrêt, et Sa Majesté, s'il le juge à propos, de cet attentat contre sa déclaration ; et nous nous voyons aussi obligé en même temps de supplier très-bumblement mondit seigneur le procureur général d'agréer que nous lui remontrions l'importance singulière que nous y remarquons d'employer son zèle, sa prudence et son autorité, comme il a fait cy-devant si utilement en toutes sortes de pareilles «KU^asions , pour achever en celle-cy d'arrêter toutes les entreprises semblables de ceux qui publient ou débitent en particulier cette doctrine au préjudice dudit arrêt et de ladite déclaration ; et , ce qui nous oblige à ces remontrances , c'est que nous voyons en cette ville un exemple de la nécessité d'y exécuter avec éclat ladite déclaration et ledit arrêt, parce que cette ville éunt le siège d'un des plus grands évêchés du royaume, et une ville capitale des plus fidèles au service des roys, comme elle en donna d'insignes preuves pendant les ligues, nous y voyons néanmoins que le sentiment de l'infaillibilité du pape y est insinué et s'y
94* DOClTMBNTS INÉDITS
répand eomme une doctnae de foî« et que la pias pari erojent que la doctrise coniraîre est une doctriM hardie, ce qui est arrivé non par éeè prédications on leçons publiques que nous n'aurions pas dissimulées, mais par le eours universel que donne à cette doctrine le grand nombre de ses partisans, et particulièrement des réguliers et autres ecclésiastiques.
« Et il est facile de juger que si ce sermon da P. Duhamel demeure impuni, cette doctrine de HnfaiMibilffté du pape , publiquement établie par cette Yoie et sans contredit , passera pour une vérité de foy et un dogme qui ne peut être contesté ; et , comme nous apprenons de ladite déclaration de Sa Majesté que c'est son intention que les sentiments de se» sujets soient uniformes sur lesdits articles, et que nom voyons que, tout au contraire, ils se rendent uniformes dans la créance de Tinfaillibilité du pape , et que cette créance s'établissant pourroit mettre les sujets du roy, dans cette ville si fidèle à son sernee , en péril de tomber dans les suites pernicieuses qu'elle pottrroit produire contre leur devoir, s'il arrivoit des occasions où Tautoriié des papes pût les porter à s'en départir, nous croyons que ces considérations nous obligent à supplier mondit seigneur le procureur général d'y faire les réflexions qui lui sont plus propres qu'à nous et qu'il saura beaucoup mieux faire, et de souffrir que nous lui exposions les faits et les considérations particulières qu'il ne peut apprendre que de nous, et dont le devoir de notre charge nous oblige de
90B BOMT. 415
ravertir par ce préteiic procès-yerbal que nous avons' dressé de tout ce que dessus, affîn qu'il plaise à mondii seigneur le procureur général d*y pourvoir ainsi qu'il avisera par sa prudence , et nous sommes souscrit avec notre greffier en toutes pages, et avec M. Claude Labourieux, ancien chanoine de FégKse cathédrale et ancien officiai de Clermont; M. Etienne de ta Mare, docteur en théologie, chanoine et théolo- ^1 de ladite église ; M. Antoine Dufour, chanoine de la même église ; M. Etienne Perrier, conseiller ^n la cour des aydes de ladite ville ; M. François Pascal , prieur et seigneur de Termes et de la Faghe ; M. Robert Mauguin , avocat au parlement ; M. Antoine Bourlin , avocat en ladite cour; M. Georges du Gourd, docteur en médecine; M. Jacques-Antoine Sarret, avocat au, parlement ; aussi souscrits avec nous en toutes pages , pour attester, par leur signature , la vérité du contenu en notredit présent procès-verbal touchant ledit sermon , après qu'ils ont fait lecture d*icéluy et des propositions avancées par ledit P. Duhamel dans ledit sermon , auquel ils ont assisté. Fait ledit jour et an. Signé Domat, premier avocat du roy ; Labodbibux, etc.. ; Baptiste, greffier, t
« LETTBB DB M. DOMAT A M. LE PBOCOBEOB GfiNÉBAL » POUR ACCOMPAGNEE LE PROCiBS-VEBBAL.
a Ce 1" mars 1673.
< Monseigneur, m 'étant rencontré dans la néces-