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Vensées, I et II

2. Voir, dans notre Histoire de la philosophie y le chapiU'e consacré k Descartes.

» nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne » saurions remplir ^ . » Par la pensée rhomme est capable de progrès, par la pensée Thomme est fait pour l'infinité, par la pensée le genre humain tout entier, comme un homme universel, vit en apprenant toujours.

Ainsi reparaissent d'abord, dans la doctrine de Pascal, les deux premières régions de la philosophie cartésienne : matière et pensée. La matière, infiniment grande par Tétendue, a été réduite devant la pensée à l'infinîment petit ; la pensée, à son tour, ne sera-t-elle pas réduite à Tinfîniment petit devant un principe supérieur ?

IL Ce principe, que Pascal élèvera au-dessus des dcjux autres, Descartes l'avait déjà fait entrevoir : c'est la volonté, en qui seule réside, selon Descartes, l'infinité véritable, parce que seule elle est absolue, parce que seule elle est libre. Pascal, ici, suit encore Descartes, mais il ne passe d'un ordre de choses à un autre qu'après avoir anéanti l'ordre inférieur devant le supérieur, changeant ainsi, à mesure qu'il monte, sa première admiration en mépris.

Cette pensée de l'homme qui dépasse de l'infini la matière , comme elle est petite et misérable en elle-même, par les bornes et les contradictions qu'elle rencontre en son sein ! <( La dernière démarche de la raison, c'est de » connaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpas- » sent. Elle n'est que faible, si elle ne va jusqu'à connaître )) cela*. ))

Pascal accumule ensuite tous les raisonnements dirigés parles sceptiques contre la raison même; il avait opposé la pensée à la matière , il oppose maintenant la pensée à la pensée. Mais son scepticisme, quelque exagéré

i. Pensées, I, 6.

î. XUI, 1.

qu'il soit, n'est cependant qu'un scepticisme provisoire, qui a pour but le mysticisme final *.

Le principal argument de Pascal contre la raison est emprunté à Descartes lui-même : c'est qu'en définitive notre seul critérium de vérité est notre sentiment intérieur d'évidence; or, « ce sentiment naturel n*est pas » une preuve convaincante de la vérité.» « Qui sait si » cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est » pas un autre sommeil un peu différent du premier? » « La nature confond les pyrrhoniens, et la raison con- )) fond les dogmatiques *. » Descartes a bien proposé un autre critérium, la véracité divine, unité suprême de la vérité et de la volonté en Dieu, et là en effet, selon Pascal, est notre vrai motif de croire ; mais précisément ce ne peut être encore qu'une croyance, non une science •• Pascal évite le cercle où s'enfermait Descartes; il n'admet pas que nous puissions, au sens propre du mot, savoir si Dieu existe, ni que nous puissions embrasser Dieu dans aucun raisonnement. La preuve des causes finales n'est une preuve que pour ceux qui sont déjà convaincus, et c'est d'ailleurs ce que Descartes lui-même avait fait voir : « La nature montre Dieu, dit Pascal; « mais en même temps elle le cache. » «Nous envoyons « trop pour douter, trop peu pour croire.» Quant aux preuves métaphysiques, «elles sontsi^loignées du raison- » nement des hommes, et si impliquées, qu'elles frappent » peu ; et quand cela servirait à quelques-uns, ce ne se- » rait que pendant l'instant qu'ils voient cette démons- » tration ; mais une heure après, ils craignent de s'être

1. C'est ce (lai ressort clairement de Y Entretien avec de Saci, où on trouvera indiqué d avance tout le plan des Pensées,

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