Pensées
ver le repos ; ce sont les choses du cœur et du sentiment, les choses de rameur, c*est-à-dire, en définitive, de la volonté. Déjà Descartes nous avait introduits dans la région de l'absolu véritable et du véritable infini ; selon Pascal, cette région n'est pas moins supérieure à celle de la pensée logique que la pensée est supérieure à la matière. Son dernier mot, semble-t-il, qui nous révèle le but et le pian de tout son livre, est dans les sublimes pages que la charité lui inspire.
« La distance infinie des corps aux esprits figure la dis- )) tance infiniment plus infinie des esprits à la charité...
» Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et » ses royaumes ne valent pas le moindre des esprits, car » il connaît tout cela, et soi; et les corps, rien. Tous les » corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes )) leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement )) de charité; cela est d'un ordre infiniment plus élevé.
)) De tous les corps ensemble, on n'en saurait faire » réussir une petite pensée : cela est impossible, «t d'un )) autre ordre. De tous les corps et esprits, on n'en saurait » tirer un mouvement de vraie charité : cela est impos- » sible, et d'un autre ordre.*. * »
Maintenant, quelle est l'essence de cette charité devant laquelle Pascal veut désormais anéantir la pensée, comme il avait déjà anéanti devant la pensée même l'univers matériel? — C'est ici que sa doctrine, après s'être approchée des conceptions de la philosophie la plus moderne, va revenir au mysticisme du moyen âge. Au fond de cette charité où il voit avec raison le principe absolu de toutes choses, Pascal n'aperçoit pas une liberté vraiment digne de ce nom. Sans doute il a soin d'attribuer la liberté infinie à Dieu, et il prétend bien aussi laisser son libre arbitre à l'homme; mais quel libre arbitre? Avec les jan-