‹ Fragments philosophiquesChapitre 6 sur 41 · Pensées, XXII · texte numérisé non relu

Pensées, XXII

sénistes, Pascal considère la liberté humaine comme tellement diminuée, corrompue, asservie par le péché originel et par la prédestination étemelle, qu'elle est plutôt une liberté de nom que de fait. Dès lors, l'amour ou la charité dépendent-ils vraiment de nous et de notre volonté personnelle ? Nullement : c'est Dieu qui fait tout en nous par sa grâce : il est libre, lui seul, d'une liberté gratuite et arbitraire; nous, nous sommes ce qu'il nous fait, et nous ne l'aimons que si lui-même se fait aimer de nous. Le moyen qu'il emploie pour cela est un moyen de séduction et d'attrait : le plaisir*.

Ainsi, au moment même où Pascal allait, ce semble, fonder la morale du désintéressement et du véritable amour, il retombe, en méconnaissant notre liberté naturelle et personnelle, dans une morale de plaisir et d'intérêt.

Son principe, c'est que « l'homme est né pour le plaisir; « il le sent, il n'en faut point d'autre preuve. » (( On ne » quitte les plaisirs que pour d'autres plus grands ' . » a La volonté ne se porte jamais qu'à ce qui lui plaît le )) plus'.)) Au reste, Pascal n'entend pas seulement par plaisir la sensation physique, mais encore et surtout l'attrait spirituel. Il n'en fait pas moins de l'amour une attrkction fatale, un sentiment victorieux de délectation où la liberté n'a guère de place. Aussi, quand il recherche les causes les plus intimes de l'affection qu'une personne humaine peut avoir pour une autre, il revient à l'idéalisme abstrait dePlaton et ne voit pas que le véritable objet de l'nmour est la volonté libre, qui constitue la personne même. « Un homme qui se met à la fenêtre pourvoir les passants, » si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est rais là pour me

i, Pensées f I, 110, 47.

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