‹ Fragments philosophiquesChapitre 7 sur 41 · Provinciales, \y m, AOI · texte numérisé non relu

Provinciales, \y m, AOI

» voir? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier. Mais )) celui qui aime une personne à cause de sa beauté, Faime- » t-il?Non; car la petite vérole, qui ôtera la beauté sans » tuer la personne, fera qu'il ne Taimera plus. Et si on » m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime- )) t-on, moi? Non, car je puis perdre' ces qualités sans me » perdre, moi. » Jusqu'ici, Pascal est dans le vrai; mais aussitôt, par un évident oubli de la volonté libre : « Où » est donc ce Moi, » demande-t-il, a s'il n'est ni dans le )) corps ni dans l'âme? Et comment aimer le corps ou )) l'âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui » fait le moi, puisqu'elles sont périssables? Car, aime- » rait-on la substance de l'âme d'une personne abstraite- » ment, et quelques qualités qui y fussent? Cela ne se peut, )) et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais )) seulement des qualités*.» Pascal laisse ici de côté la personne même, qui ne réside ni dans une substance abstraite ni dans des qualités abstraites, mais dans la vivante liberté, seule digne d'être aimée et capable d'aimer, seule aimante et aimable '.

D'après cette doctrine de Pascal, notre amour pour les autres hommes ne peut plus être au fond que l'amour de Dieu, auquel toutes les qualités des hommes sont empruntées, « car on n'aime personne que pour des qualités empruntées; )) et l'amour même de Dieu n'est qu'une grâce surnaturelle qui nous arrive d'en haut sans être notre oeuvre libre. Voilà pourquoi Pascal refuse d'admettre aucune charité naturelle, provenant de nous ; la charité se confond pour lui avec la grâce : elle est, dit-il expressément, « surnaturelle. »

Notre croyance en Dieu, simple résultat de l'amour, ne

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