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Pensées, V, i

volonté libre, qu'est-il encore en sa grandeur apparente ? Devant la vraie et libre charité, celle qui vient de moi en même iem{fô que de Dieu, votre charité prétendue s'éva* nouit à son tour, comme s'est évanouie déjà la matière devant la peasée ; et du haut de cette région supérieure où j'aime par ma propre force, je vois votre amour passif, mêlée d'une crainte intéressée, s'anéantir.

N'ayant point admis de charité naturelle, Pascal ne pouvait admettre ni morale naturelle ni droit naturel, car la morale et le droit reposent également sur l'idée de la personne libre et librement aimante, « On ne voit, dit-il » avec Montaigne, presque rien de juste ou d'injuste qui » ne change de qualité en changeant de climat. Trois de- )) grés d'élévation du pôle renversent toute la jurispru- )) dence. Un méridien décide de la vérité... Le droit a » ses époques. L'entrée de Saturne au Lion nous marque » l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivière » borne I Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà... )) Rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi ; tout )) branle avec le temps. La coutume fait toute l'équité, )) par cette seule raison qu'elle est reçue * . »

Comme nous n'avons plus aucune mesure de la justice que la mesure surnaturelle, qui nous dépasse, nous ne pouvons plus juger ni de la justice divine ni de la bonté divine. De là ces dures paroles qui, détruisant l'idée de Dieu conçu comme justice et bonté inûnie, détruisent en réalité toute vraie raison de croire en Dieu. <( Il n'y a pas )) si grande disproportion entre notre justice et celle de )) Dieu qu'entre l'unité et Tinfini. Il faut que la justice de )) Dieu soit énorme comme sa miséricorde : or, la justice )) contre les réprouvés est moins énorme et doit moins » choquer que la miséricorde envers les élus ^. )> Ainsi

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