INTRODUCTION
L'authenticité des Fragments philosophiques ne saurait être mise en doute. La comparaison de ces documents avec les lettres autographes de Malebranche nous a permis de constater que les écrits dont il s’agit sont bien de la main du Philosophe.
Ces Fragments disséminés dans plusieurs dossiers formaient, à l’origine, un ou plusieurs cahiers dont les pages ont été coupées par la suite. Les folios qui subsistent portent les numéros 56, 57, 58, 99, 60 et 62 ; ces chiffres inscrits au haut de chaque page, à droite, paraissent être de la main de Malebranche.
Le folio 56 porte comme titre : Remarques sur l'in-49 de la Recherche de la Vérité, et les références indiquées dans la marge, en regard des Remarques, renvoient à la Recherche
de la Vérilé (4 édition revue et augmentée de plusieurs
éclaircissements, Paris, Pralard, 1678, 1 v. in-49). Notons toutefois qu'aucune référence n’a été mentionnée par Malebranche au début du Fragment figurant sur les folios 59 et 60; le texte, en outre, prend fin au milieu du folio 60 (verso). Ce Fragment appartenait-1l au cahier contenant les Remarques sur la Recherche de la Vérité ? Nous ne le croyons pas; en effet, le folio 58 (recto et verso) est consacré à la Remarque sur l’Eucharislie; le folio 59 qui
(1) Nous donnons à tous les textes philosophiques découverts dans les papiers de Malebranche le titre général de Fragmenis philosophiques.
Les Fragments philosophiques ont été trouvés aux Archives municipales de Honfleur et sont classés à 15 11, fonds Adry, n° 2.
devrait logiquement contenir la suite de cette Remarque se rapporte à une question toute différente (les supersti- Lieux et les impies) ; en outre, aucun trait n’mdique la fin du premier texte, aucun titre, le commencement du second. Nous avons donc lieu de présumer que ce texte devait être indépendant des Remarques et appartenir à un autre cahier.
Enfin le Fragment figurant sur le folio 62 ne porte point de titre et ne contient pas de références à la Recherche de la Vérilé; aussi, dans l'incertitude où nous sommes, ne saurions-nous le rattacher aux Remarques.
Vers quelle époque Malebranche a- SR composé ses Remarques ° À
Si l’on met à ‘part les textes dont nous venons de parler, ces notes ont été rédigées après la publication de l'ouvrage de M. de la Ville intitulé : Sentiments de M. Descartes, touchant l'essence el les propriétés des corps, opposés à la doctrine de l'Eglise cl conformes aux erreurs de Calvin sur le sujet de l’Eucharislie qui parut à Paris en 1680 (1). L'une des Remarques de Malebranche Sur lEucharistie en plusieurs lieux contient probablement la première rédaction du Mémoire pour expliquer la possibilité de la lranssubslanlialion ; or, si nous ne connaissons pas la date exacte de la publication de cet ouvrage (2), nous savons du moins que Bayle le vit imprimé vers 1682 (3). Cet auteur l’a mentionné dans ses Nouvelles de la République des lelires (4) et rétmprimé dans le Recueil de pièces curieuses concernant la philosophie de Descartes (5). Selon toute probalité, Malebranche a composé ses Remarques entre la publication du livre de M. de la Ville et celle de son Mémoire
(1) Chez Michallet, 1 v. in-12.
(2) Nous n’avons pu trouver la première édition de ce mémoire.
(3) P. André : Vie du R. P. Malebranche, publiée par le P. Ingold, p: 56, note 1.
(4) Nouvelles de la République des leltres. Mars 1684, p. 39.
(b) Amsterdam, Desbordes, 1684, 1 vol. in-24.
se expliquer la possibilité de la lranssubslanliaiion,
’est-à-dire entre 1689 et 1682 environ; elles n’ont cernn pas été écrites postéricurement à 1683, car si elles avaient été rédigées après cette date, Malebranche eût renvoyé le LOVE non plus à l'édition de la Recherche de 1078, mais à celle de 1683 qui fut publiée à Paris, chez Pralard (3 vol. in 12).
[Les superstitieux et les impies |(1)
(£ 59 et 60)
Le culte extérieur de la Religion ne doit être établi que pour élever notre esprit à Dieu, nous détourner des objets sensibles, nous exciter à l’amour des vrais biens, en un mot, faire en sorte que toutes les idées de notre esprit et tous les sentiments et les mouvements de notre âme se rapportent à celui qui les produit en nous. Mais l'imagination dérègle toujours ce culte : presque tous les hommes sont superstitieux ou impies ; et, s'il y a quelques personnes assez retenues pour ne tomber Jamais dans l'impiété, 1l y a très peu d’esprits assez forts pour ne pas donner quelquefois dans la superstition. |
Comme l'esprit est plus étroitement uni au corps qu’à la raison universelle, 1l est aussi (2) bien plus sensible aux inspirations confuses de l'imagination qu'aux réponses claires et évidentes de la vérité; ct, comme ses passions le répandent au dehors et le livrent à tout ce qui l’environne, il ne faut pas s'étonner (3) s'il vit d'opinion, si sa loi c’est la coutume, si l'air et les manières de ceux qui l’obsèdent sont pour lui les raisons les plus fortes et les plus convaincantes. à
Lorsque l'abondance et la vivacité des esprits animent
(1) Ce texte ne porte pas de titre dans le manuscrit. Bien que Malebranche ne donne, au début de ce Fragment, aucune référence, nous croyons utile d'indiquer plusieurs textes dans lesquels le Philosophe fait allusion à la question dont il s’agit :
Recherche de la Vérilé: L. 1v, Ch. 111, $S 3. Ed. F. Bouillier, Paris, . Garnier, 1879, 2? vol. in-18, t. I, pp. 391 et suiv.
Ibid.,- 1: 1V, Ch. vi, $ 3 Tbid.;'t. FT, pp:406,° 407.
(2) Texte raturé : « Il ne faut pas s’étonner s’il est souvent... »
(3) Texte raturé : «on ne doit pas être surpris...»
l'imagination, l'esprit (1) devient (2) fier et superbe (3). Le sentiment intérieur qu'il a de sa force ef de sa vigueur (4) le rend courageux et hardi contre Dieu même et, comme il n’a pour lors aucun sentiment de faiblesse, il n’est point agité de ces mouvements de crainte qu'il préten1 (5) être la cause non seulement des divinités imaginaires de l'antiquité, mais de tout ce qu'il [y] a de plus religieusement établi dans le Christianisme.
Au contraire, lorsque l'imagination manque (6) d’esprits animaux, ou lorsqu'ils ont peu de force et de mouvement, l'esprit devient timide et superstitieux, le sentiment intérieur qu'il a de sa faiblesse le dispose à la crainte et, lorsque la crainte l’a saisi, 1l ne rentre plus en lui-même pour consulter la vérité : il n’étudie plus la Religion pour régler ses devoirs : ses appréhensions l’abattent el le prosternent devant tout ce qui a quelque caractère ou quelque apparence de sainteté ; en un mot, tout ce qui a quelque rapport à la Religion est capable de le troubler et de l’effrayer.
Il est vrai qu'afin que l'imagination (7) domine ainsi sur la raison, il faut (8) qu'elle trouve un esprit dans l'obscurité et dans les ténèbres; car la lumière dissipe les vaines frayeurs de la superstition en faisant évanouir le fantôme qui les excite et elle abat la fierté et l’insolence de l’impiété, lorsqu'elle rend visible la puissance terrible du Dieu vivant.
Si l'on ajoute à ceci que les hommes étant faits pour
(l)« en» raturé,
(2) « plus » raturé.
(3) Texte raturé : « l'âme ayant un sentiment intérieur de sa force et de ses richesses devient courageuse contre Dieu même, n’ayant point aucun sentiment de faiblesse, elle... »
(4) Texte raturé : « et de ses richesses ».
(5) « juge quel;uefois » raquré.
(6) «est destituée » raturé.
(7) Texte raturé : « produise ses effets, il est nécessaire qu’elle... »,
(3) Texte raturé : « il est nécessaire »,
vivre en société, ils se communiquent, par leurs manières aussi bien que par leurs discours, les sentiments qu'ils ont sur ce qui regarde la Religion, et que les imaginations les plus vives et ies plus effrayées qui sont presque toujours les plus déréglées répandent plus abondamment et impriment plus fortement la conviction et la certitude, on ne doit pas être surpris s’il y a tant de superstition et d’impiété dans le monde; car enfin la contagion de l'imagination corrompt tout; c'est une maladie populaire qui gagne plus promptement les esprits que la peste n'infecte les corps et, si l’on veut en éviter toutes les attaques, il est absolument nécessaire ou de rompre (1) tout commerce avec les hommes, ou de ne les plus fréquenter seuls (2), je veux dire: ou sans consulter incessamment la vérité intérieure; car la raison doit présider partout. Il faut, à bout moment, consulter la vérité intérieure et prendre garde si ses réponses s'accordent avec les sentiments que les hommes nous inspirent . | Depuis le péché, le caractère le plus sensible de la vérité h’est pas l'évidence ; la lumière effraye la plupart des hommes au lieu de les rassurer et, comme ils sont accoutumés à vivre dans les Lénèbres, le grand jour leur blesse la vue, ils ferment promptement les yeux de peur d’être éblouis. | Les vérités de la Religion paraissent inaccessibles à l'esprit humain; on ne parle encore aujourd’hui que de voiles et de nuées pour cacher à nos yeux les choses saintes ; et, quoique le Femps soit venu auquel le voile est rompu et la nuée dissipée, auquel Dieu veut être adoré en esprit et en vérité, auquel l'esprit et la liberté des enfants de
(1) Texte raturé : « n'avoir plus ».
(2) Deux membres de phrase raturés : « ou lorsqu'on se trouve avec eux, I faut consulter incessamment la vérité intérieure cet prendre garde... »;
« il faut en même temps ou rentrer en soi-même, ou consulter l'Evangile pour voir si leurs sentiments s'accordent bien avec les réponses de la vérité intérieure, »
- Dieu a succédé à la lettre eb à la servitude jJudaïque, néan-
moins la crainte servile s’insinue toujours dans les âmes charnelles et timides ; la superstition et le judaïsme
reprend (1) peu à peu la place de la charité et d’un culte
spirituel (2), et, parce qu'il ÿ a. encore dans nos mystères quelque chose de si caché qu'il ne peut être connu et de si sant qu'il ne doit (3) pas même être regardé, bien des gens prétendent qu'il faut que tout soit couvert (4) de ténèbres mystérieuses. Ils veulent que la nuée ne cache pas seulement à nos veux le propitiatoire (5) et le Saint des Saints, mais tout ce qui est enfermé dans Île sanc- Luaire.
Il se trouve, au contraire, quelques esprits superbes qui prétendent (6) avoir droit que tout leur soit ouvert (7). Ils veulent tout pénétrer ; mais, comme ils entrent dans un monde tout spirituel et purement intelligible (8), 1ls
n'y découvrent rien; car n’y ayant point de corps
qui réfléchisse la lumière, le flambeau qui les éclaire
partout ailleurs ne répand- alors (9) que des ténèbres
immenses.
Cependant ces misérables jugent des vérités (10) spirituelles par des expériences sensibles. [ls pensent qu'il n'y a point de réalité où ils ne rencontrent point de corps et, comme les enfants, croyant que ces grands espaces qui composent les cieux ne sont qu'un pur vide, Farce
(1) « prend » raturé.
(2) Deux mots raturés : «légitime, raisonnable».
(3) «peut» raturé.
(4) «tou7 couvrir » raturé.
(5) Table d'or très pur qui était placée au-dessus dé l’Arche d’alliance, C'était duwhaut du propitiatoire que Dieu avait promis de se manifester et de rendre ses oracles.
,(6) Texte raturé : « veulent tout pénéjrer ».
(7) Texte rajuré : « et passant les bornes que la raison et la religion pres. crivent à nos connaissances ».
(8) Texte raturé : « l’âme y verra directement comme il n’y a,
(9) Texte raturé : «trouve point alors»,
(10) «intelligibles » raturé.
De
qu'ils ne les sentent point (1), les impies s'imaginent sottement que nos mystères sont des fantômes que la crainte forme, que la superstition révère, mais que la moindre lumière fait évanouir.
Mais la lumière des Impies (2), des libertins, des prétendus esprits forts, de tous ceux qui ne s’abritent qu'à ce qui se fait sentir n’est point la lumière de l'esprit et de la raison; c’est l'éclat d’une flamme vive que les passions produisent par le cours des esprits, c'est un jeu d'imagination qui brille et qui réjouit pour quelques temps [? | c’est une inspiration secrète qui touche et qui persuade sans évidence ; telle est la lumière qui conduit ces aveugles (3), lumière, à la vérité, utile pour le bien du corps et pour le commerce du monde, mais trompeuse (4) lumière par rapport aux vrais biens, fausse lumière par rapport à l'établissement de la société éternelle pour laquelle les hommes sont faits et dans laquelle ils ne peuvent entrer (5) que par la raison universelle, que par la vérité éternelle, qué par Jésus-Christ en qui (6) toutes choses se doivent réunir pour l'éternité.
Continuer à faire voir que Dieu peut avoir égard à la faiblesse des superstitieux et qu'il n’en est pas de même de l’orgueil des impies. Expliquer la corruption du cœur des libertins.
Les superstitieux et les esprits faibles sont dignes de compassion (7). Voyez S. Anselme: De concordia prœs-
(1) « La plupart des hommes croient qu’il y a bien plus de matière dans l'or et dans le plomb que dans l'air et dans l’eau, les enfants même (sic), qui n’ont point remarqué par les sens les effets de l’air, s’imaginent ordinairement que ce n’est rien de réel. » (Malebranche : R. de la V.L,. I, ch. xix. Ed. B;, t.1, p.128).
(2) «débauchés » raturé.
3) Texte raturé : « esprits vains el extraordinaires » (?)
4) Un mot raturé : « fausse»
5) Texte raturé « ils doivent s efforcer d'entrer par le bon usage »..
6) Texte raturé « qui est... » ; les derniers mots sont indéchifirables.
7) Référence indiquée par Malebranche : R. de la V., 1er Eclairciss.,
( ( ( ( ( Ed. B. t. II, pp. 277 et suiv.
cientiæ etc... ch. VIT (1) pour prouver que toutes nos actions, essences, qualités sont de Dieu.
[ L’étendue, l’immortalité de l’âme et l'Eucharistie] (2)
(fs 62).
Les deux choses dont on accuse le plus les Cartésiens, c'est de ce qu'ils disent que l'étendue est l'essence de la matière et que les animaux n’ont point d'âme. On s’imagine que ces sentiments sont dangereux. Tout ce qui est est un être ou manière d’être; l'étendue n’est point manière d’être, car on ne voit point de quel être elle serait manière, et cependant, dès qu'on connaît une manière, on connaît l'être dont elle (3) est manière.
Ce je ne sais quoi qui est par de là l’étendue n'a aucune propriété connue et, par conséquent, il est inutile de s’en servir pour la physique; les philosophes qui s’en servent ne savent ce qu'ils disent; car on ne sait ce qu’on dit lorsqu'on prononce un terme qui n’a point d'idée.
L'opinion contraire est dangereuse; car, comme l'on n’a point d'idée de ce je ne sais quoi qui est par delà l'étendue, on ne sait s’il ne peut point penser, sentir, etc..
(1) Tractalus de concordia prœæscientiæ el prœdeslinationis, necnon graliæ Dei cum libero arbitrio. Quæst. I, e. vir ; Migne : Patrol. latine, t. cLvirt, CoP 2517 41519
(2) Ce Fragment ne porte pas de titre sur le manuscrit. Malebranche n’indique en outre aucune référence.
Nous trouvons cependant à la fin du chapitre vu du IIIe Livre (2e part.) de la Recherche un texte où Malebranche développe les idées mêmes contenues dans ce Fragment : « Au reste, cette vérité que l'âme est spirituelle et immortelle est essentielle à la religion et à la morale » jusqu’à « ….suspendons notre jugement à l'égard des explications qu’on en donne.» Ed. B., t. I, pp. 350, 351. Ce texte ne se trouve que dans l'édition de 1712.
(3) «il» dans le texte.
et c’est sur ce fondement que les impies assurent que le corps peut penser et que l’âme est corporelle, mortelle, etc., qu'il n'y a point de corruption dans la nature; car, disentils, pour prouver que ce qui est au-delà de l'étendue dans la matière peut penser, sentir, etc., c'est que, dès qu’on pique le corps, 1l souffre; c'est que l'esprit prétendu ne peut penser à quoi que ce soit quand le corps est malade ; donc c'est une même chose. On a donc prouvé que ce je ne sais quoi au delà de l’étendue peut penser et l’on n’en a aucune [ preuve] qu'il ne le puisse et qu’il faille une âme outre cela.
Mais dans l’Eucharistie, comment, comme Saint Augustin et les anciens Pères l'ont cru, comment tous ceux qui ne sont point scolastiques, les Chinois, etc. le pourront croire ? Gar il n’est assurément venu dans l'esprit que des scolastiques que, si Dieu détruisait toute l'étendue, le monde subsisterait. Veut-on donner tout d’un coup aux calvinistes tous les points et le sens commun ? Si, par malheur, l'étendue était essentielle au corps, si tous les anciens avaient raison plutôt que les scolastiques, on serait luthérien lorsqu'on dit que la quantité de pain demeure. Ainsi, comme l’on permet aux scolastiques de parler selon leurs principes et de dire que la quantité ou l'étendue du pain qui en est la substance demeure, à cause qu'ils sont de bonne foi, qu'ils ne nous obligent pas de nier la réalité ou d'être luthériens en voulant parler comme eux (1).
(1) Un texte de Malebranche extrait de la Recherche de la Vérité, nous permet d’éclaircir ce passage singulièrement obscur : « ...comme les pères, el Saint Augustin entre autres, a toujours reconnu que l'étendue était l’essence de la matière, ét que personne ne concevra jamais distinctement qu'un corps organisé, tel qu'est celui de Jésus-Christ, puisse être réduit, je ne dis pas en un point physique (car on conçoit clairement que Dieu peut réduire dans l'étendue d’un grain de sable mille millions de corps organisés, puisque cette étendue est divisible à l'infini), je dis en un point mathématique, croit-on favoriser le dogme de la transsubstantiation et ramener les héréliques à la foi en soutenant que le corps de Jésus-Christ est.sans aucune étendue dans l’'Eucharistie ? Ne doit-on pas craindre au contraire de le détruire, s’il n’est pas certain que Saint Augustin s’est trompé,lorsqu'il a dit : Otez aux corps:
La preuve de Saint Augustin que l'âme n’est point corporelle, c’est qu'elle n’est point étendue comme les corps, plus grande dans le tout que dans une partie, qu'elle ne tient point de place. Cela ne prouverait rien, car le corps même peut être dépouillé de ses parties quantitatives (1) selon les nouveaux (2). «Contra Ep. Manich, C. 16 (3), Epist. 28 (4) «Spalia locorum tolle corporibus, nusçuam erunl, el quia nusquam erunl, nec erunt. (Aug. Ep. 57), De præsentia Dei, ch. vtr (5); voy. ch. 1v (6).
Les philosophes doivent expliquer l’immortalité de l’âme, c'est une chose naturelle, ce n’est point un mystère comme PRucharistie, ainsi 1l y a du danger de dire qu'il y a autre chose que de l'étendue dans la matière, car cela donne cause gagnée aux libertins, mais l'Eucharistie étant un mystère, on ne doit point l'expliquer. |
l'étendue, et vous les anéantirez. » (Malebranche : R. de la V., L, ITT, 51e part. . ch. vit, $ 2, éd. B., t. I, p. 351). Ce texte ajouté à l'édition de 1712, présente de grandes ressemblances avec celui que nous publions. Peut-être ce dernier est-il la première rédaction du passage de la Recherché que nous venons de citer.
Si l'étendue était essentielle au corps, comme les anciens l’affirment et le prouvent, on serait luthérien en soutenart avec Iles scolastique que la quantité ou l’étendue du pain demeure dans l’Eucheristie.
(1) La preuve de saint Augustin ne vaudrait pas, puisque, d’après les scolastiques, le corps pourrait être dépouillé de ses parties quantitatives.
(2) Les nouveaux, c’est à dire les scolastiques, par opposition aux anciens dont Malebranche a rapporté plus haut l’opinion sur la que:tion.
| {3) Saint Augustin : Contra Episiolam Manichæi. C. xvi. P.M,,t. XLII, col. 184, 185.
(4) Id,: Epistola CLvi, C;t, 8 4. P. M.,t. xxxiri, col. 721, 722.
(5) Id. : Epistola CLxxXViI1. De præsentia Dei, c. vi, $ 18, P. M, t. XX XIII, col. 838.
Id rdc vi. SIT à 16 Tbid.; cor 836, 827: