REMARQUES SUR L’IN-40 DE LA RECHERCHE
Er 2 | Sur les causes secondes (2)
Les termes de N°72 (3) et de ñvy (4) qui marquent davantage la cause efficiente se disent de Dieu dans le 17 ch. de la Genèse, alors qu’il est dit : « Que la terre produise et les eaux» «producal lerra herbam », il y à N®ŸT NYIn qui signifie proprement « lerra herbescal herbam » et Y°® ‘39% qui signifie « reptile reptet », comme « volatile volitet » 7217 1» ‘etc. (5), ce qui marque que Dieu n’a point donné de prétendue “orce pour produire. Comme, dans ce commencement, l'Ecriture explique ex pcofesso la création,on doit observer avec soin si les termes dont elle se sert sont contraires aux causes secondes
(1) Les Remarques se rapportent à l'édition suivante : De la Recherche de la Vérité où l’on traile de la nature de l'esprit de l'homme et de l'usage qu'il en doit faire pour éviler l’erreur dans les sciences. 4° édition revue et augmentée de plusieurs éclaircissements, Paris, Pralard, 1678, 1 vol. in-40.
(2) Malebranche renvoie ici au xv° éclaircissement sur le chapitre troisième de la seconde partie du sixième livre, touchant l’efficace attribuée aux causes secondes : « On peut remarquer en passant qu’il y a dans notre Vulgale : « Producant aquae repiile animae viveniis et volatile super terram.» 11 y a dans l'Hébreu volatile volilel. » à «le commun des hommes parlant de toutes choses selon les impressions des sens et les préjugés de l'enfance. » (Recherche de la Vérilé Ed. Pralard,1678, p. 589). Le texte a été modifié dans les éditions postérieures. Cf. éd. Bouillier, t. 11, pp. 463 et suiv.
(3) Genèse, ch. 1, v. 1. Les caractères hébraïques ont été assez maladroitement tracés par Malebranche ; celui-ci a montré son manuscrit à un
hébraïsant qui 2 reproduit en marge les mots que le Philosophe avait tracés d’une main malhabile.
(4) Genèse, ch. 1, v. 11.
(5) Genèse, ch. 1, v. 11, 20.
et observer qu'elle dit toujours que c’est Dieu qui a fait ce qui est sorti de la terre, des eaux, etc. « Aptet vos in omni bono, ut factalis ejus voluntatem : FACIENS IN VOBIS quod placeat coram se per Jesum Christum.» Heb., C. Net vr2t)-(t).
Du péché originel (2)
(P* 56 et 57)
Les parties de notre corps qu'on appelle honteuses ne sont devenues telles que par le péché ; cela est clair par la connaissance de la cause ou de l’occasion de notre honte. Un homme qui n’est pas vêtu selon sa condition a honte de paraître; son vêtement lui est honteux, parce que son habit fait connaitre qu’il est déchu de l’état où 1l devrait être ou qu'il croit ainsi. De même, les parties de notre corps qui ne sont point soumises à notre raison sont honteuses, parce que nous ne sommes point dans Félat où nous devrions être et dans lequel nous avons été créés. Ceux qui ne croiront point les preuves de lumière par lesquelles on prouve que l'ordre de la nature est renversé
(1) Ce texte se trouve dans l’Epitre aux Hébreux, ch. xut, v. 21.
(2) On voit encore dans la marge du manuscrit un fragment de note écrit par Malebranche ; mais la feuille ayant été coupée, le texte est maintenant inintelligible.
Cette Remarque se rapporte vraisemblablement au texte suivant : R. de la V.…, VIIIe Eclaircissément sur le chavitre 7e du Ile Livre intitulé : « Réduction des preuves et des explications que j'ai données du péché originel, Avez les réponses aux objections qui m'ont paru les plus fortes. » (Ed. P., p. 503. Ed. B., t. II, pp. 346 et suiv.)..
« .… je crois, dit notamment Malebranche, que ceux-là se trompent, qui pensent que la rébellion du corps n’est cause que des vices grossiers, tels que sont l’intempérance et l’impugicité, et non de ceux qu’on appelle spirituels, comme l’orgueil et l’envie ; et je suis persuadé qu’il y à une telle correspondance entre les dispositions de notre cerveau et celles de notre âme, qu’il n’y a peut-être point de mauvaise habitude dans l’âme, qui n’ait son principe dans le corps. » (Malebranche : R. de la V., VIII® Ecl. Ed., P., pp. 519, 520. Ed. B: t. II, p. 347.)
croiront peut-être cette preuve de sentiment, si ce n’est que, semblables aux cyniques, ils n'aient ni sentiment, ni lumière ; mais à ceux qui ne sont capables ni de connaissance, ni de sentiment, on ne peut leur rien prouver, 1ls sont incurables.
Les mouvements de toutes les parties extérieures et visibles de notre corps nous doivent être soumis; autrement ils sont deshonnêtes, parce qu'ils marquent faiblesse ou corruption d'esprit.
Ainsi 1l est déshonnête ou honteux de se répandre sur les viandes ou de donner extérieurement des marques que le corps n’est pas soumis à l'esprit.
Il est honteux de souffrir un affront, lorsque cela marque qu’on n’est pas maître de la passion de la crainte, et 1l est honteux de s’en venger, lorsque cela marque qu’on n’est pas maître de la passion de la colère, et c’est ce qui fait qu'on pardonne machinalement, etc., par les mouvements de la concupiscence de l’orgueil ; ce n'est point grandeur d'âme.
Une personne qu'on surprend se mirant, ou faisant quelque chose pour se faire considérer devient honteuse, parce que cela découvre qu'il se passe en elle des mouvements de la concupiscence de l'orgueil. Ainsi cette concupiscence est une suite du péché ; l’ordre veut qu'on soit maître de ces mouvements et qu'on n’affecte que de plaire à Dieu. | |
Il y a deux sortes de hontes : l’une suit et l’autre prévient la raison ; celle qui la suit est celle d’un homme de condition mal vêtu, et il y a en elle beaucoup d’amour-propre, beaucoup de tristesse et de désir. La honte de sentiment, telle qu'est celle d’un homme nu, n’est qu’un sentiment confus “qui le porte à se cacher, parce qu’en cet état 1l ne peut lier de société raisonnable, mais il ne sait pas pourquoi ; cependant tous les sentiments sont tous établis pour le bien du corps et de la société civile.
L'impudence vient de l'éloignement de l’ordre [et de ce] que le sentiment naturel s’efface peu à peu. Les enfants fort petits ne sont point impudents, quoique sans honte, parce qu'ils n’ont point sentiment intérieur des mouvements rebelles de la concupiscence,: et cela prouve qu’il n’y a rien de honteux en nous que par la perte du pouvoir que nous devrions avoir sans le péché sur notre corps.
On est honteux de paraître vouloir être estimé, parce que ce désir est produit en nous par les mouvements rebelles de la concupiscence de l’orgueil; c’est en un sens honte et tristesse, suite du péché et du désordre.
Le sang qui se répand sur le visage dans la honte marque qu'il y [a] bien du désir et de l’amour-propre; la tristesse ne fait point cet effet.
I] y a bien des crimes dont on n’a point de honte et ce sont ceux que l’on commet ou par malice et de volonté déli-
- bérée ou que le siècle corrompu justifie; car la honte n’est
en nous que par rapport à la société, lorsque c’est une honte de désir. Les personnes-honteuses sont plus à estimer que celles qui sont libres et faciles, et l’on est plus porté à les aider que les autres, on veut s’unir avec les humbles.
Un homme qui a des mouvements convulsifs n’a point de honte, mais de la tristesse de son état; cela ne marque point aussi de faiblesse d'esprit comme l'air d’un homme qui se réjouit trop à la vue d’une table bien couverte et qui s’escrime sur les [viandes]. Un malade fait pitié parce qu'il ne fait pas ce qu'il veut ; un homme qui ne se commande pas cause de l’indignation. Pitié pour exciter à secourir; indignation, exciter à corriger, mépriser, rejeter...
On ne doit point avoir honte de la nécessité de manger,
mais du désir indélibéré et incommode de manger et du
dégoût de se nourrir de la vérité. Il faut que le corps subsiste, mais il est honteux de ne pas se nourrir de la vérité, de ne point se mettre en peine d’où nous prenons cette
nourriture et de traiter la question de la nature des idées comme une question inutile et extravagante. à
La honte est opposée à la gloire ; mais la gloire engendre la honte; car il est honteux, dans l’état où nous sommes, ‘ d'être glorieux et l’on couvre volontiers de honte ceux qui s’imaginent être environnés de gloire.
Dé l’amour dès eréaturés (1) (fe 57)
On peut aimer les créatures comme Dieu les aime ; or Dieu les veut et les aime pour lui, comme des êtres parfaits et bons, mais non comme son bien. Aimons les créatures, elles sont bonnes, mais elles ne sont pas nos b'ens. Ainei notre amour qui a notre bien pour fin ne doit point être vers les créatures (2) ; il les faut aimer, c’est-à-dire estimer, puisqu'elles sont bonnes, c’est-à-dire parfaites en elles-mêmes, selon le dessein que Dieu a eu en les formant; mais elles ne peuvent nous faire de bien.Ainsi en prenant le mot d’aimer pour marquer le mouvement de l'âme, il ne faut aimer que Dieu, car il n’y a que lui qui nous puisse faire du bien. On peut encore aimer ou vouloir du bien aux créatures ; si elles sont capables de Dieu ou du bien, il faut le leur souhaiter.
Il n’y a que lui (3) qui nous puisse aussi faire du mal (4);
(1) Référence indiquée par Malebranche : R. de la V., Eclairciss. sur le ch. III de la 2° P: du VIe Livre, 7° Preuve ; Rép, vers la fin : «Les philosophes, et principalement les philosophes chrétiens, devraient combattre sans cesse les jugements des sens ou les préjugés, et particulièrement des préjugés aussi dangereux que celui de l’efficace des causes secondes... » à «...soli Deo honor et gloria. » (Ed. P., p. 598. Ed. Bouillier, t. II, pp. 478-470):
(2) En marge, quatorze lignes illisibles dont il ne subsiste que quelques mots, les pages avant été coupées. À
(3) Dieu.
(4) «.… cette philosophie nous apprend qu’il n’y a que Dieu qui puisse nous faire du mal, que c’est lui, comme dit Isaïe, qui crée les ténèbres aussi
cependant il ne faut pas le haïr (1), mais seulement le craindre. Il n’y a rien de haïssable ; le mal n’est rien et il n’y a que le péché ou le mal qu'il faille Eaïr (2). Comme il n’y a point de réalité dans le mal et que ce n’est que la privation du bien, 1l n’y a point aussi de mouvement dans la haine ; ce n’est que la cessation de celui de l'amour (3).
Du moins, haïra-t-on la douleur ? Non, elle est bonne, elle remet dans l’ordre en J. C., quoiqu'’elle rende misérable. Sans Jésus-Christ nulle douleur (4). La douleur en elle-même et elle seule est un mal à celui qui la souffre, lorsqu'il la souffre ; on peut la haïr, mais haïr la douleur n'est que s’aimer soi-même.
On peut se joindre aux créatures (si cela se peut dire,
bien que la lumière ; qui fait le mal comme le bien, et même qu’il n’arrive point de mal qu’il ne le fasse, comme dit un autre prophète. Ainsi on ne doit craindre que lui... On peut fuir les corps qui sont causes occasionnelles ou naturclles du mal, mais on ne doit craindre que Dieu, comme cause véritable de tous les malheurs des méchants, et l’on ne doit haïr que le péché, a cblige la cause de tous Îles biens à devenir la cause de tous nos maux.» (Malebranche: R. dela V., Eclairc.xv; 7 Preuve, Ed-P:, p.595, Ed. B.., t. 11, p. 474.).
(1) « les pécheurs ne haïssent Dieu, que parce qu’ils jugert librement et faussement qu’il est mauvais, car on ne peut ñaïr le bien considéré commme tel. Ainsi, c’est par le même mouvement d’amour que Dieu leur imprime pour le bien, qu’ils haïssent Dieu...» (Malebranche: R. de la V., Eclairc. I éHoPnedsn Ed; et:11;-p;291):
(2) Cf. id. : ibid. Ed. P., p. 485. Ed4B., t. II pp. 291, 292.
(3) D’après Malebranche, on peut distinguer dans Ja haine trois éléments :
1° le seatiment de l’âme, 2° le mouver ent de la volonté, 3° le consentement à ce mouvement. Le sentiment ne peut être mauvais ; il en est de même du mouvement de la volonté. «Ce n est que dans le consentement de l’âme déréglée par un faux jugement, que se trouve la malice formelle du péché. Et le pécheur ne peut haïr Dieu qu’en faisant un usage abominable du mouvemeut que Dieu lui donne incessamment pour le porter à son smaour : et il ne peut faire ce mauvais usage, que parce qu’il sent confusément, £t juge faussement que Dieu n’est pas son bien, et qu’il cesse d’examiner les fausses raisons qui le portent à croire que les créatures, et non le Créateur, sont les causes de son bonheur. » (Malebranche : R. de la Y., Eclairce. I, Ed+B., t. II, p. 292). Malebranche a développé dans la dernière édition de la Recherche les idées qui étaient sommairement indiquées dans l'édition de 1678.
(4, Peut-être Malebranche a-t-il oublié un mot. Ce passage paraît en effet inintelligible.
: mais l'n'est jamais permi
sans Shoes 7° n est permis ni I 1
les anges, les démons, ete. Quel crime que € rain
que d'aimer de vices créatures et de ne sentir mouve ement pour l'ordre, la vérité, les vrais biens
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