‹ Fragments philosophiques inédits et correspondanceChapitre 5 sur 10 · E = MERE È LS · texte numérisé non relu

E = MERE È LS

FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES pr

Aristote. Auteurs profanes (1) ( 57)

Je m’acharne, dit-on, contre Aristote; je n’entends point les auteurs profanes ; je méprise philosophes, poètes, etc, Si ceux qui me font cette objection connaissaient l’homme et comment on vit d'opinion, ils verraient bien qu'il n’y a rien de plus méchant que de parler avec estime dés auteurs qui donnent de la vanité, qui n’'instruisent que l'imagination, qui donnent de lamour pour ce qu’on appelle érudition; ils verraient qu'on fait quelquefois un plus grand mal de parler avec estime devant des jeunes sens des auteurs profanes que d'enseigner des fontaines empoisonnées et qui font enfler ceux qui en ont bu. La source de la corruption de ceux qu'on appelle beaux esprits vient de l'opinion que les livres profanes scnt estimables; on fait gloire de les savoir, on estime ceux qui les citent. Ainsi ceux qui se conduisent par machine, c’est-à-dire presque tous les hommes, ne s'appliquent qu’à les entendre au lieu d'étudier la Religion, la morale, l'homme, etc. Il est à propos de faire bien comprendre cette vérité.

Séntiments qu’on appelle de concupiscerce (2) (£S 57)

Saint Augustin {L. 2? De Nupliis et concupiscentia, cap.

(1) Malchranche n'indique aucune référence à la AR. de la V. Nous pensons cependant que ce texte se rapporte au ch. v (I. VI. 2° P.) de cet ouvrage. Le chapitre a pour titre : «Explication des principes de la philosophie d’Aristote, où l’on fait voir qu’il n’a jamais observé la seconde partie de la règle générale, et où l’on examine ses quatre éléments, et ses qualités élémentaires.» (Ed.P., pp.405 et suiv. Ed.B.,t. II, pp. 91 et suivi.

(2) Malebranche renvoie ici le lecteur au Ier Eclaircissement sur la Recherche de la Vérité intitulé: «Dieu fait tout ce qu’il y a de réel dans les mouvements de l'esprit et dans les déterminations de ces mouvements ; et néanmoins il n’est point Auteur du péché. Il fait tout ce qu’il y a de réel dans les sentiments de la concupiscence ; et cependant il n’est point Auteur de notre Concupiscence. »

Le texte auquel Malebranche se réfère commence par cette phrase :

ult.) (1) est content des Pélagiens s'ils admettent le péché originel et leur laisse que le plaisir charnel qu'il appelle libido, mais soumis au commandement du premier homme, ne soit point une suite du péché, et cela est vrai aussi en partie. Mais il n'aurait jamais été permis de laisser croître ce plaisir comme il est aujourd’hui, puisqu'il distrait de Dieu entièrement lorsqu'il est trop grand ct que c'est nécessairement péché que de le (2) quitter. On me fait mille objections ; mais je dois prendre garde que les Félagiens demandant à Saint Augustin comment un baptisé engendrait un homme avec le péché originel, puisqu'il ne l’a plus, il leur répond par des comparaisons embarrassantes et leur dit: « Ecce unde plerumque convalescit error, cum homines idonei sunt his rebus interrogandis quibus intelligendis non sunt idonei.» ch. 8 (De peccatorum meritis et remissione) (3) ; 11 leur dit : un circoncis engendre un incirconcis, un chrétien engendre un homme qui ne l’est pas, etc. Je pense qu’il vaut encore mieux se taire et faire sentir par des interrogations qu’on ne sait ce qu'on demande.

L'Ordre

Si l’on veut que l’ordre soit falum, j'admets le fatum en ce sens extravagant. Fatum, selon Saint Augustin: Ad

« Cependant ce qu’il y a de positif et de réel dans les sentiments et dans les mouvements dé la concupiscence, Dieu lefait, car Dieu fait tout ce qui est réel; mais cela n’est point mauvais. » €t se termine par ces mots: « parce qu'ilregarde ces objets comme les causes véritables du bonheur dont il jouit à leur occasion...» (R. de la V., éd.P., p. 487. Ed. BE. £. IL pp. 294, 295).

(1) St Augustin: De nupliis et concupiscenlia. L. 11; ch. XxXxv, $ 59 et suiv. P. M., t. XLIV, col. 471 et suiv.

(2) Dieu.

(3) St. Augustin : De peccatorum merilis et remissione. L. III, ch. vit, S 167 P.M;, 1. XLIV,; col 19%,

Bonifac. contra duas Epistolas Pelag. [L. IT] C. 6 ,est tout, autre chcse: « Fatum quippe qui affirmant, dit-il, de siderum positione ad tempus quo concipitur quisque vel nascitur, quas constellationes vocant, non solum actus et

eventa, verum etiam ipsas nostras voluntates pendere contendunt. » (1)

Causés secondes (2) ; (fo 58)

Dieu n'’agit point par des instruments ; dès qu’il veut ce qu'il veut, c’est de la manière qu'il le veut, cela est clair, lorsqu'on pense à un être infiniment parfait et tout puissant. Dieu veut au’un corps soit mû ; de cela seul, il est nécessaire qu’il soit mû.

Il est vrai, dit-on; mais c’est que Dieu produit une fa-

culté ou force mouvante dans ce corps.

. On dit ce qu'on ne sait pas. Mais que cela soit; comment Dieu produira-t-il cette force mouvante ? Par sa volonté ; donc il ne faut en Dieu que volonté pour agir: autrement Dieu n'’agira point par les voies les plus simples, il faudra que Dieu fasse une entité pour produire des modes et des entités pour produire d’autres entités et ainsi à l'infini ; mais, de plus, qui remuera la force mouvante ? Si elle se meut d'elle-même, comment Dieu la régira-t-il? etc.

L'idée des forces mouvantes vient des préjugés ou senti-

(1) St. Augustin: Conira duas Episiolas Pelagianorum: L. If, ch. vi, S 12; P.M., t. XLIV, col. 579.

(2) Malebranche indique la référence suivante : R. de la V. L, VI, ch. 111. « De l'erreur la plus dangereuse de la philosophie des anciens. » La Remarque se rapporte au texte commençant par ces mots : « Il est constant que c’est par le mouvement des corps visibles ou invisibles, que toutes choses se produisent... » et finissant par cette phrase « .… mais les causes naturelles ne sont point de véritables causes, ce ne sont que des causes occasionnelles, qui n’agissent que par la force et l’efficace de la volonté de . Dieu, comme je viens d'expliquer. » (R. de la V., éd, P., p. 390. Ed. B. t. II, pp. 63, 64).

ments confus de notre action ou force (1) en remuant notre corps : nous raisonnons de tout par rapport à nous.

De la rémission du péché originel par imputation (?) (fo 58)

Comme le péché du premier homme ne nous a point corrompus par imputation (3), carle pacte est une idée fausse et injuste, ainsi le péché originel ne nous est point remis par l’imputation de la Justice de J. G Les enfants naissent certainement dans le désordre, puisque leur âme est tournée vers les corps; or Dieu aime l’Ordre;

(1) « effort » écrit au-dessus de ce mot dans le manuscrit.

(2) Cf. Recherche de la Vérilé. VIILe Eclaircissement sur le Chapitre septième du deuxième Livre : « Réduction des preuves et des explications que j’ai données du péché originel. Avec ies réponses et les objections qui m'ont paru les plus fortes. » XX. Référence indiquée par Malebranche : « Toutefois on ne peut et on ne doit pas nier que Dieu ne puisse, sans suspendre la domination du corps sur l’esprit de l'enfant, le rendre juste... car l’imputation me paraît renfermer une contradiction manifeste. » CEE, pp. 008, 509. Ed:B5t 11, pp-529,; 900). s

Cf. Zbid., Objections contre l’article dix-septième et ceux qui le suivent. Réponse (Ed. P., p. 528. Ed.B, t. 11, pp. 360 ‘t suiv.).

(3) La doctrine de l’imputation fut soutenue au XVIe siècle par Pighius et Catharin. Ceux-ci reconnaissent bien que nous naissons privés de la grâce par suite de la faute d'Adam; mais « au lieu de faire consister le péché originel dans cette privation », ils le font consister « dans l’imputation qui nous est faite du péché d'Adam.» (Gaillard : Etudes sur l'histoire el la doctrine de la Grâce depuis St. Augustin, Paris, Delhomme et Briguet, 1897, 1 vol. gr. in-8°, p. 143). Pighius prétend réfuter les opinions de st, Augustin, de st. Anselme, de st. Thomas ct la doctrine des protestants. Avec Catharin, il tente de prouver que l’humanité est réputée coupable à cause de la faute originelle. Celle-ci est une faute imputative, comme la Justice est imputative d'après les protestants. « Pighius compare le genre humain à une famille qui serait tout entière déchue de ses honneurs à jamais, par suite d’un crime commis par son chef, » (Id.: ibid., p. 145). Le péché originel. ne consiste ni daus la privation de la justice ni dans la concupiscence qui sont seulement les effets de la faute d’origine, Les partisans de cette théorie pensaient ainsi maintenir au péché originel « le Caractère du péché proprement dit, c’est-à-dire d'acte contraire à la loi commis avec liberté. » (Id. : ibid., p. 143).

Cette doctrine condamnée par le Concile de Trente fut réfutée per Bellarmin.

donc Dieu ne peut, en cet état, aimer les enfants et, par conséquent, leur imputer la grâce de J. G. (1). Dieu peut seulement, en J. C., les tirer de leur désordre et, lorsqu'ils sont en cet état, les aimer. Ainsi l’imputation sans régénération renferme une contradiction manifeste, puisque Dieu ne peut aimer le désordre et qu’il peut seulement l'ôler. Il est visible que le pacte par lequel certains théologiens expliquent le péché origimel est indigne de Dicu, injuste et qu'il n’est point appuyé sur des lois indispensables ou naturelles ainsi que l’explication que j'ai donnée. La moindre réflexion suffit pour le découvrir.

Sur l’Eucharistie, un même corps en plusieurs jieux (?) (fe 58)

Pour ceux qui ont peine à recevoir les explications intelligibles que l’on peut donner de l'Eucharistie (3), et qui veulent qu'un même corps ou étendue soit en différents lieux, on peut leur dire que la volonté de Dieu

(1) «… il n’y a que trop de gens qui sont portés à croire que la justification des enfants n’est qu’extériceure ct par imputation, à cause, disent-ils, qu’ils sont incapables de former aucun acte d'amour de Dieu... » (Malebranche : R. de la V., VIIIe Eclairc., éd. P., p. 508. Ed. B., t, I, p. 360).

(2) R. de la V., 1. II, ch. var. Référence indiquée par Malebranche : « Si toutefois on croyait qu'il fût à propos... » à « on appréhenderait avec quelque raison la nouveauté de leur Théologie. » Ed. P., p. 213. Ed. B., t. I, pp. 348, 349.

Cf. [Malebranche] : Mémoire pour expliquer la possibilité de la Transsubslantialion publié à la suite de la Réponse de M*** à une leitre de ses amis iouchant un livre qui a pour titré: Sentimenis de M. Descartes touchant l'essence ei les propriélés des corps, opposés à la Doctrine de l'Eglise el conformes aux erreurs de Calvin sur le sujet de l'Eucharislie par Louis de da Ville, Paris, in-12, s.d , pp. 18 à 24. Autre édition, s. l,et s, d., pp. 39 à 46.

Ce Mémoire a été réimprimé par Bayle dans son Recueil de pièces curieuses concernant la philosophie de Descartes, 1684, 1 vol. in-12.

On le trouve aussi, sous un autre titre, dans le recueil qui a pour titre : Traité de iInfini créé avec l'explication de la possibilité de la Transsubslanliation. Trailés de la Confession et de la Communion, Amsterdam, Michel Rey, 1769, 1 vol. in-80, pp. 157 à 172.

(3) La suite de la Remarque à été transcrite par un copiste.

32 __/ FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES SX

étant ce qui produit le corps, une même volonté produit un même corps, de sorte que si un même corps existe dans deux instants différents, c’est que la même [volonté] (1) continue de le (2) produire. Si donc nous supposons trois instants, que [ dans] le premier et. dans le troisième Dieu ait une même volonté et que dans le deuxième [il ne] l’ait pas, je dis que le corps qui sera produit dans le premier [et] qui cessera d’être dans le deuxième et qui sera reproduit dans le [troisième ne] sera pas seulement un corps semblable, mais un même [corps | puisque Dieu ayant une même et non seulement une semblable] volonté de le produire, il faut qu'il soit tel que Dieu le [veut |.

Or, cela supposé, je ne vois pas que si Dieu veut que le même corps qui est ici soit aussi à Rome, il ne le puisse [pas]; car s'il peut faire que le même corps soit dans différe[ nts] temps, sans qu'il soit dans les temps du milieu, il pourra aussi] faire que ce même corps sera ici et à Rome, sans passer par un milieu; il ne paraît point de contradiction.

Mais, dira-t-on, ce sera deux corps. Je le nie, puisqu'il n'y a qu'une même volonté qui ait rapport à sa substance, quoiqu'il y [en] ait deux par rapport aux deux lieux. Quand Dieu produit [un] corps, qu’il cesse de le produire et qu’il le reproduit, il semble que ce corps reproduit soit un nouveau Corps ; mais, quand on pense qu'il est produit par une même et non par une sembl lable] volonté, on reconnaît par la raison que c’est le même corps. Que si l'on prétend qu’en ce cas la volonté de Dieu ne sera plas] la même, mais une semblable, en ce sens il faudra dire qu’un corps qui continue d’être n’est pas toujours le même, pulisjque la volonté de Dieu qui continue n'est

(1) Les feuilles du cahier ont été [coupées si maladroitement que la fin.

de chacune des lignes a été supprimée.

(2) «les » dans le texte. Ma x

pas toujours [la] même, mais toujours semblable. De

* plus, quand la volonté de [Dieu] ne serait pas la même,

mais une semblable, je dis que le corps serait le même; car Dieu a toujours l’idée de ce même corps détruit ou non ; il peut donc vouloir que ce même co[rps] existe ainsi, quoiqu'il ne le puisse que par une volonté semblable à celle qu’il a eue autrefois ; le corps qui sera reproduit ne sera pas seulement semblable, mais tout-à-fa[ it ]le même, puisque Dieu veut que ce soit le même corps. Ainsi, qu'il le veuille par un acte de volonté qui ne so[it | pas le même, mais semblable, cela n'importe.

Quoiqu'il n’y ait point de ces changements de volonté [en] Dieu, cependant il faut parler ainsi pour s’expliquer et [en] cela on ne tombe point dans l'erreur; car Dieu a voulu tous les changements par une volonté immuable

et éter[ nelle}, de même qu’un homme veut actuellement

et par une même volonté] se promener, souper et se coucher, mais pour des temps qui ne [sont] point encore arrivés et qu’il prévoit devoir arriver.

Lèttre de Rohault au P. Malebranche

Rohault (Jacques), né à Amiens en 1620, disciple de Des carles, gendre de Clerselier, l‘édileur de Descartes, se spécialisa dans l’élude de la physique. Des conférences cartésiennes avaient lieu chez lui, chaque mercredi. Rohaull fut perséculé à cause de ses opinions philosophiques el accusé d'hérésie ; il dut, pour se disculper, faire une profession publique de foi catholique. Il mourut à Paris en 1675 et ful inhumé dans l'église Sainle- Geneviève, à côté de Descartes.

On a de lui: TRAITÉ DE PHYSIQUE, Paris, Saureux. 1671, 2 vol in-4° ; ENTRETIENS SUR LA PHILOSOPHIE, Paris, Le Petit, 1671, in-12 ; ŒUVRES POSTHUMES éditées par Clerselier, Paris, Desprez, 1682, in-40. [ Cf. Préface des ŒUVRES POSTHUMES de Rohault; Moréri : GRAND DICTION.

HIsT.; Bouillier : HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE CARTÉ-

SIENNE. Paris, Delagrave, 1868, 2 vol. in-12 ( 3 éd.), t. I, pp. 08 et suiv. ; V. Cousin : FRAGMENTS DE PHILOSOPHIE

(1) La plupart des lettres qu'on va lire ont déià été publiées en partie par l'abbé Blampignon (Etude sur Malebranche d'après des documents manuscrils, suivie d'une Correspondance inédile. Paris, Durand, 1862» 1 vol. in-8°), d’après les copies du P. Adry conservées à la Bibliothèque nationale (Ms. fr., n° 25688). Mais ces copies sont fort incomplètes ; l’'Oratorien a passé volontairement des pages entières et omis plusieurs lettres qu’il avait en sa possession.

Le texte publié par l'abbé Blampignon contient, en outre, un assez grand nombre de fautes et même quelques contresens dont la responsabilité incombe soit au P. Adry, soit à l'abbé Blampignon lui-même.

La plupart des lettres que nous publions ici ont été copiées et collationnées sur les originaux. !

CARTÉSIENNE, Paris, Delahays, 1850, 1 vol. in-18, pp. 108

et suiv.] Re | Arch. mun. de Honfleur 15 IT, f# Adry, n° 4,

De Paris, ce 9 juillet 1671. :

Mon Révérend Père;

Comme je me suis trouvé, il y a quelques jours, dans un lieu où l’on parla de votre ouvrage sur la méthode de : M. Descartes (1), j'entendis dire une chose dont je doute que vous ayez été informé. C’est que M. Mézeray (2) avait donné votre livre à examiner à M. de la Chambre (3) qui aurait été choqué de certain raisonnement théologique que vous faisiez pour faire voir qu’il y aurait quelque injustice en Dieu, s'il avait donné des âmes aux bêtes ; et les personnes avec qui j'étais alors et en présence de qui se faisait le discours témoignaient que c'était «miscere sacra profanis. » Je ne doute pas que M. de la C.n'ait été en particulier scandalisé de ce que vous alliez contre le

(1) I1 s’agit de la Recherche de la Vérité. Cet ouvrage fut commencé en 1668. Quand Malebranche eut achevé les trois premiers livres de la Recherche, il les montra à l’un de ses amis qui lui conseilla de les faire imprimer (Cf. P. André: Vie du R. P. Malebranche, pp. 16, 17).

(2) Malebranche ne voulut pas s'occuper des approbations et des privilèges nécessaires à Ja publication de la Recherche ; ce fut un de ses amis qui s'en chargea. Celui-ci présenta l’ouvrage « à M. Pirot.…, censeur des livres » qui refusa son approbation, disant que « ce livre sentait fort le cartésianisme.» L’ami de Malebranche ne se découragea pas; et l’abbé d’Aligre, fils du chancelier de France, consentit à user de son influence près de Pirot, celui-ci, « après avoir fait donner l’ouvrage à M. de Mézeray, historiographe de France, pour examiner *s’il ne renfermait rien de contraire aux maximes de l’Etat, …. fit expédier gratis le privilège nécessaire pour l'impression. Elle se fit chez André Pralard et fut achevée le 2 mai 1674 (P. André : Vie du R. P. Malebranche, pp. 18, 19).

Il est question probablement dans la lettre que nous publions des premières démarches tentées en vue de la publication des trois premiers livres.

(3) Il s’agit peut-être de-Pierre Cureau de la Chambre, né à Paris et mort dans cette même ville en 1693 ; il étudia d’abord la médecine, puis frappé de surdité, embrassa l’état ecclésiastique. I1 fut nommé curé de Saint Barthélemy de Paris. I] fut reçu à l'Académie française en 1670. I1a laissé des panégyriques, des oraisons funèbres et des discours académiques.

sentiment de feu son père qui a fait un traité pour prouver que les bêtes raisonnent (1). L'avis que je vous donne vient sans doute à tard (2) pour votre livre, mais il pourra servir pour l’avenir, quand vous continuerez d'écrire, afin que vous preniez garde de plus près à ce que vous écrivez. Ce n’est pas que je ne souscrivissse volontiers à tout ce que vous avez avancé dans votre livre, mais il faut aussi être attentif à l'injustice et à la malignité des hommes. qu’ii faut tâcher de ne pas irriter. Si vous me pouviez croire, Je vous conseillerais de faire choix des choses que vous traiteriez, et, si j'étais en votre place, je - m’abstiendrais de toucher à celles qui sont les plus éloignées de la prévention des hommes ; j’estimerais qu’il suffirait d'enseigner les premiers éléments de la philosophie de M. Descartes, comme J'ai tâché de faire (3) et, pour le surplus, ceux quiseront un peu initiés y tomberont d'eux-mêmes. Je me suis encore trouvé dans un autre lieu où l’on a parlé de vous et, quelque raison m’ayant obligé d'écrire ce qui s'était passé dans l'entretien que j'ai eu avec un docteur de Sorbonne, Je vous en envoie une

(1) Marin Cureau de la Chambre, père du précédent, né au Mans vers 1594, mort à Paris vers 1675, fut membre de l’Académie française et de l'Académie des sciences. Le chancelier Séguier se l’attacha comme médecin et comme homme de lettres. Il a publié un grand nombre d’ouvrages. Celuiauquel Rohault fait allusion ici est intitulé: Les caractères des passions, Paris, Focolet, 1640-62, 5 vol. in-4°. On a imprimé séparément quelques parties de cet ouvrage : Trailé de la connaissance des animaux, où lout ce qui a élé dit pour ou contre le raisonnement des besies est examiné. Paris, Rocolet, 1648, in-4°. Discours de l’amilié et de la haine qui se trouvent entre les animaux. Paris, Barbin, 1667, in-8°0. |

Cf. Bouillier : Hist. de la phil. carlés. (3° édit), t. I, p. 163.

(2) Cette expression tombée en désuétude signifie tardivement ; on la trouve dans certains dialectes anciens. On disait dans le Berry : « Vous arrivez à tard. » On employait aussi « Venir à lard» pour signifier « faire quelque acte, quelque opposition en justice après le temps expiré. » (Dicl, de l’Acad., éd. de 1694).

(3) Entretiens sur la philosophie. Paris, Le Petit, 1671, petit in-12. Dans cet ouvrage, Rohault s’est proposé « de mettre ses principes et ceux de Descartes à l'abri des condamnations civiles et ecclésiastiques qui les menaçaient. » Bouillier : Hist. de la phil. carlés. (3° édit.), t. 1, p.509.

copie fort fidèle dans laquelle je vous puis assurer que je n’ajoute ni ne diminue rien d’essentiel, m'étant même assujetti à répéter, autant qu'il m'a été possible, les mêmes mots. Peut-être vous ai-je mal défendu, mais j'ai fait ce que j'ai cru devoir faire.

Je vous remercie très humblement des larmes de Vendôme. (1) Je suis, mon Révérend Père, votre très humble et très obeissant serviteur.

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