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MARQUIS PHILOSOPHE AU XVII® SIÈCLE. MALEBRANCHE ET

LE MARQUIS D’ALLEMANS. Revue du Temps présent, ? décembre 1910, t. IT, p. 428).

« La visile que j'ai eu l'honneur dc vous rendre à Montardy avec M. de la Clausure, écril Boissetl à Malebranche, n’a pas pu vous faire comprendre les senliments de celle vénéralion singulière que J'ai pour voire personne. Votre ‘réputation éclalanle peut seule exciter des désirs assez puissanls pour souhaiter de vous connaître... Je vois... que vous failes trouver en mot loules les. beaulës que j'admire dans les objets sensibles, el que vous les dépouillez en ma faveur pour m'enrichir de leurs Zréscrs, je me suis lrouvé plein de reconnaissance. C’est elle, mon Révérend Père, qui me transperta à Montardy, mais que je ne pus vous témoigner selon l'élendue de mes sentiments. » (Blampignon : Con- ‘RESPONDANCE INÉDITE, pp. 129 et suiv.).

Le P. Malebranche el le P. Salmon passèrent à Montardy «une grande parlie de l’élé et de l’aulomne de 1688. » (P. André : Op. ciT., p. 203, note 1). Le marquis d’Allemans accompagna ses hôles, à leur relour, pendant une partie du trajel.

Au cours de son voyage, Malebranche fut accueilli dans plusieurs villes avec « des honneurs extraordinaires, qui firent beaucoup souffrir sa modestie, comme le dit M. d'Alemans. Mais on ne lui lémoigna nulle part plus d'estime el plus d'admiralion qu'à Rochefort. » ‘(Adry — Texte reproduit par le P. Ingold : VrE pu R. P. MALEBRANCHE, par le P. André, p. 203, note 1). Des pilotes, des officiers de marine vinreni le consuller et furent Surpris de voir un philosophe si expérimenté dans l’archileclure ‘navale.

Le Marquis accompagna les deux oraloriens jusqu’à La Rochelle où ceux-ci quillèrent leur hôle. À Niort, le P. Malebranche eut la douleur de perdre le P. Salmon, son confrère el ami qui mourul le 10 seplembre 1688 (Cf. P. André : Op. cir., pp. 203, 204; Dujarric-Descombes: Op. ciT., p. 40).

A partir du retour de Malebranche & Paris, nous nepossédons plus aucun renseignement sur les relations qui purent exister entre l'Oralorien el le Marquis ; la dernière leltre qui nous ail élé conservée est dalée, en effet, au 30 octobre 1687.

L'existence du châlelain de Monlardy ful assombrie par bien des épreuves qu'il supporla avec un courage admirable (Cf. Dujarric-Descombes : OP. ciT., p. 46 ct suiv.). L'étude de ia philosophie el l’éducalion de ses fils lui furent des consolations au milieu de ses peines.

« En 1701, il enlama avec le marquis de Saint-Aulaire une longue discussion sur l’amour-propre el l'amour désinléressé.» (Dujarric-Descombes : OP. ciT., p.48). Les écrits du marquis d'Allemans relalifs à celle question ainsi que ses PRINCIPES GÉNÉRAUX DE LA PHILOSOPHIE GÉNÉRALE rédigés à l'intention de l’un de ses fils ont élé conservés dans les archives du chäleau de Montardy. En 1715, la mort de Malebranche fut pour le disciple une dure épreuve. Le Marquis crut s'acquiller d’une deile de reconnaissance en recueillant ses souvenirs el en comp:sant un éloge de son maitre. (Cet éloge a été publié par V. Cousin : FRAGMENTS

FHILOSOPHIQUES POUR SERVIR A L'HISTOIRE DE LA PHILOsoPHI£. Paris, Didier, 1866 (5 édit.), 5 vol. in-8°, t. IV, pp. 173 et suiv.).

La même année, d’Allemans composa un Avis AU RÉGENT .DE FRANCE sur la misère du peuple, le choix des inlendants ei les abus dont ceux-c1 s'élaient rendus coupables ; il y soumellait aussi au Régent le projet d'un cerlain nembre de réformes (Cf. Dujarric-Descombes : OP., cir., pp. 69 et sulv., pp. 101 et suiv.).

En 1719, le Marquis alla à Paris et HAUTE revoir la maison de l'Oraloire de la rue Saint-Honoré où s'élait écoulée Cexistence de son meilleur ami.

Saint-Simon nous parle en ces lermes, dans ses MÉMOIRES, du Marquis, à propos du séjour que celui-ci fil à Paris en 1719: « M. d'Allemans qui élait un homme fort distingué parmi la noblesse du Périgord, par la sienne el par son mérile, el qui, depuis qu'il s'y élail reliré, y élait considéré par dout ce qui y vivail, comme un arbitre général, à qui chacun avail recours pour sa probilé, sa capacilé el la douceur de ses manières, el comme un coq de province, où il vivait très honorablement, élait venu faire un lour à Paris, revoir ses anciens amis, el il en avait beaucoup, et quelques-uns fort considérables ; car il avail longlemps vécu à la cour et à Paris, où il s’élail généralement fait estimer. Il élait des miens dès ma jeun2sse, el son fils aussi, qui est devenu lieulenant-colonel du régiment du roi infanterie..….………. Je les avais connus chez l> célèbre père Malebranche, de l'Oraloire, dont la science el les ouvrages ont fail tant de bruit, et la modestie, la rare simplicilé, la piélé solide ont tant édifié, et dont la mort dans un âge avancé a élé si sainte, la même année de la mort du roi. Il avait bien voulu quelquefois se mêler de-mes éludes ; enfin il m'avait pris en amilié, el moi lui, qui a duré aulant que sa vie. Le goût des mêmes sciences l’avail fait ami intime de MM. d'Al lemans père el fils, et c'élait chez lui que j'élais devenu

le leur. » (Saint-Simon : Mémoires (année 1719), Ed. Chéruel, Paris, Hachette, 1856-1858, 20 vol. 1in-8°, t. XVII, p. 240). |

- De relour en Périgord, le marquis d'Allemans écrivit un long mémoire contre le protestantisme (Dujarric-Descombes * Op, ciT., p. 76) el consacra les c'ernières années de sa vie à la pratique des verlus chréliennes el à la défense de la religion. Il mourut au châleau de Champniers le 16 janvier 1726. |

Le P. André eul entre les mains, pour rédiger sa Vie pu R. P. MALEBRANCHE, diverses lellres du marquis d’'Allemans (LETTRE DU P. ANDRÉ A M, DE MARBEUF DU 14 sEp- TEMBRE 1718, in Cousin : ŒUVRES PHILOSOPHIQUES DU P. Anpré. Introduction, pp. XXXIII et XXXIV). Celle correspondance est celle-là même dont le P. Adry a copié des extrails édilés plus lard par l'abbé Blampignon et dont nous avons trouvé les aulographes aux Archives de la ville de Honfleur. |

Quant aux leilres adressées par Malebranche au Marquis, elles furent brülées. lors d'un incendie qui délruisil en 1871 la bibliothèque du château dé Monlardy. Celle-ci contenail aussi de précieux inédits de Bossuel el de Fénelon (Renseignement dù à l'amabililé de M. le marquis d'Allemans el de M. Dujarric-Descombes). |

Arch. mun. de Honfleur, 15 IT, fds Adry, No 3, Lettre publiée en partie par Blampignon : Corr. inéd., p. 81.

« À Champniers, le 12e mars 1684 ».

Je suis ici depuis quelques jours, mon très Révérend Père, avec la plus grande partie de ma famille et je crois que j'y passerai le reste de ce carême. J’y ai reçu la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et vous avez grande raison de penser que, quand elles ne m'’apprendraient que de vos nouvelles, élles me seraient de la dernière consolation ; je n’en veux toutefois point au

préjudice de wotre commodité et quelque compte que trouve mon intérêt à en recevoir, je le sacrifierais toujours au vôtre et de tout mon cœur.

(1) « J’admire M. Arnaud, je vous l'avoue, et de Jour «€ en jour l’homme me devient de plus en plus incom- « préhensible; je doute fort néanmoins, quoi qu'il dise, « qu'il écrive contre votre réponse (2), e& la preuve cer- « Laine que j'en avais pensé juste, c’est qu'elle le met en « colère. Quand nous aimons la vérité plus que nous- « mêmes, elle nous réjouit toujours, quelque fausseté « qu'elle découvre dans nos pénsées. Mais quand, au « contraire, nous nous aimons plus qu’elle, plus elle est « évidente et plus elle nous choque, quand elle montre « que nous nous ,trompons.

€ Il est fâcheux d’avoir été longtemps applaudiet d’être « justement repris, et quoique, selon Saint Augustin, « nous ne devions être sensibles aux louanges qu’en ce « qu'elles nous marquent que ceux qui nous les donnent « aiment ce qui mérite d'être loué, cependant ceux qui «se disent ses plus grands disciples ont bien de la peine « à se tenir purs dans cette pratique et vous en voyez la « preuve. Je prie Dieu de tout mon cœur qu’il change « dans l’homme l'usage insensible mais ordinaire qu’il «fait des plus saintes choses.

« Si quelqu'un peut me redresser sur cela, c'est vous « sans doute, mon très Révérend Père, et j'ai plus d’une « expérience qui m'apprend que je me sens dans un état « où je ne veux pas demeurer. Je n'ai qu’à lire vos ouvrages « pour être sensiblement redressé, e£ si vous saviez combien « Cela esE vrai, vous ne vous étonneriez nullement ni ne

(1) Les passages entre guillemets ont été publiés par l'abbé Blampignon.

- (2) Réponse de l’Auieur de la Recherche de la Vérité au livre de M. Arnauld

Des vraies et des fausses idées. «Cette réponse achevée au mois d'octobre 1683

fut imprimée à Rotterdam chezReïnier Leers,1684,in-12 (en 1685, 2e édit.).»

(P. André : Vie du R. P. Malebranche, p.115, note 2). (Cf. Bayle : Nouvelles de la République des Lettres, avril 1684).

« désapprouveriez encore moins la passion avec laquelle « je souhaite tous ces nouveaux [ouvrages] (1) que vous « faites ; et si je ne vous presse pas davantage sur votre. « Morale (2) et sur votre Réponse (3), je fais sans doute ce « que je dois, mais je ne cesse pas pour cela de vous « donner une grande marque de modération. »

Je vous prie de faire mes très humbles compliments au R. P. Salmon (4), à M. l'abbé Cathelan (5), sans

(1) Ce mot a été omis dans le texte.

(2) Le Traité de Morale fut achevé le 2? novembre 1683 et imprimé le 26 septembre 1684, Rotterdam, Reinier Leers, 1684, 1 vol. in-12. Catalogue des ouvrages du R. P. Malebranche, prêtre de l’Oratoire, rangés selon l’ordre du iemps où il les a composés el ceux de ses Adversaires par le P. Jacques Le Long, Bibliothécaire de Saint-Honoré, avec des additions et des notes par J. F. A-Y (P. Adry). (Archives municipales de Honfleur, 15 II, fonds Adry, n° 9).

(3) En 1684, Arnauld avait publié sa Défense... contre la Réponse au livre Des vraies et des fausses idées (Cologne, Schouten, in-1?2) et Malebranche préparait alors sa réponse qui a pour titre : [Trois] lettres de l’ Auteur de la Recherche de la Vérité, touchant la Défense de M. Arnauld contre la réponse au livre Des vraies et des fausses idées (Rotterdam, Reinier Leers, in-12). Cet ouvrage achevé le 26 septembre 1684 parut en 1685.

(4) Le P. Julien Salmon (mort en 1688), conseiller au Parlement de Metz, entra à l’Oratoire et prit l’habit le 20 août 1666 ; il étudia la théologie à Saumur et vint ensuite à l’Oratoire de la rue St-Honoré où il fut ordonné en 1670.11 demeura toujours l'ami dévoué de Malebranche. Nommé supérieur de la Maison de Rouen en 1684, il resta en relation avec le Philosophe, l’accompagna en Périgord et reçut avec lui l'hospitalité du marquis d’Allemans. Le P. Salmon mourut à Niort le 10 septembre 1688, tandis qu’il regagnait Paris en compagnie de Malebranche (Cf. P. André ; Vie du R. P. Malebranche, pp. 203, 204, notes).

(5) Nous possédons peu de renseignements sur l’abbé Catelan ou de Catean. Il était cartésien et cultivait les mathématiques. Ami du marquis d’Allemans et de Malebranche, il défendit et servit en plusieurs circonstances la eause de l’'Oratorien qui lui laissa attribuer les Conversations chréttennes. Malebranche lui confia avant de partir pour la campagne, au printemps de 1680, le manuscrit du Traité de la Nalïure et de la Grâce. « L'abbé de Catelan ne perdit point son temps. Sans s'amuser à chercher en France des réviseurs et des privilèges …, il en écrivit en Hollande à Elzévir, qui, certain du succès n'en différa pas l'impression. » (P. André : Vie du R. P. Malebranche, p. 87).

En 1687, l’abbé Catelan prit la défense de Malebranche à propos des lois du mouvement. Leibniz avait critiqué la théorie de l’Oratorien dans les Acta Eruditorum, mars 1686,et dans les Nouv. de la Rép. des Lettres, sept. | 1686. Catelan lui répondit dans ce dernier journal. (Cf. Nouv.. de la Rép. des Leitres, sept. 1686, pp. 999 et suiv. Zbid. juin 1687, pp. 577 et suiv.).

oublier M. de la Chèse (1), quand vous en aurez la commodité. Ne m'oubliez jamais, je vous supplie, devant Dieu ni dans votre cœur, mon très Révérend Père, et je suis avec un très profond respect absolument et inviolablement à vous. J’achèverai demain, Dieu aidant, de gagner le Jubilé. Assurez-vous que vous aurez bonne part à mes prières.

D'ALLEMANS

Lettre du Marquis d’Allemans au P. Malébranche

Arch. mun. de Honfleur, 15 II, fds Adry, n° 3. Lettre publiée en partie par Blampignon : Op. cit. p. 82.

« À Montardy, le 62 mai 1684 ».

Voilà le reste de la somme que je dois à Paris, mon très Révérend Père; Je vous en envoie une lettre de change

(Cf. Huyghens : Œuvres complètes, 1888-1905, La Haye, Nijhoff, 10 vol. in-40,t. VIII à X. Cousin : Fragmenis de philos. cartés., p. 374. Bossuet : Correspondance. Ed. Urbain et Levesque, Paris, Hachette (en - cours de public.) t. VI, pp. 337 et suiv.).

(1) Ce personnage pourrait être Jean Filleau de la Chaise. Né à Poitiers en 1630, il vint de bonne heure à Paris avec ses frères, Filleau de Saint- Martin et Filleau des Billettes. Il était « de l'intimité de M. de Roannès. » (Sainte-Beuve : Port-Royal, éd. de 1678, t. III, p. 386, note k}° Il travailla avec Arnauld, Nicole, du Bois et de Tréville à la première édition des Pensées de Pascal (1670), il écrivit une préface intitulée : Discours sur les Pensées de M. Pascal, où l’on essaie de faire voir quel était son dessein ; ce discours fut écarté lors de la publication de la première édition des Pensées et parut seulement.en 1672, sous le nom de Dubois de la Cour. De la Chaise composa également. un Discours sur les preuves des livres de Moïse publié à la suite des Pensées (édit. de 1672et suiv.) (Cf. Pascal : Pensées. Ed. Brunschvicg, Paris Hachette, t. I, pp. LIIT, XCIX, CLXXX).

Louis et Blaise Périer dressèrent une liste fort restreinte des personnes auxquelles ils se proposaient d’adresser les Pensées ; nous ytrouvons les noms de M. de la Chaise et du P. Malebranche (Cf. Id.: ibid. p. cexLvint, note 1).

Jean Filleau de la Chaise mourut en 1693.

Son frère, Gilles Filleau des Billettes était également en relation avec Malebranche. (Cf. Lettre de Leibniz à Malebranche du 13 janvier 1679, V. Cousin : Fragments de philosophie cartésienne, Paris, Delahays, 1850, 1 vol. in-18, p. 373).

avec une que j'écris à M. de la Chèse où je linstruis autant qu'il le doit être ; je vous envoie aussi le conträt nécessaire pour la facilité et la sûreté du payement. Excusez tant de peine, je vous supplie, et comptez bien qu'il n’y en à point que jene voulusse prendre pour vous et de tout mon cœur. Le plus tôt que mon créanciér pourra être payé ce sera le mieux, et je lui donne avis que je vous envoie de quoi le satisfaire.

« Ce que vous me mandez m'afflige : je [tombe] (1) « d'accord qu'il faut se défier des hommes ; mais c’est pour « cétte raison que vous devez vous défier de ceux qui vous « ont fait de tels rapports, si absolument vous ne les con- «€ naissez vraiment croyables. Je ne vous dirai pas qu’on «m'ait dit directement le contraire de ce que vous dites € qu’on à dit ; mais je sais bien qu'ayant dit en plusieurs « endroits et en particulier à M. de Cordemoy (2) qu’on «avait pris et chez vous-même l'endroit de l’oraison (3) « marqué contre vous et contre votre doctrine, qu’il m'a

(1) « Tombe » est biffé sur le texte.

(2) Géraud de Cordemoy, né à Paris vers 1620, mort en 1684. Avocat au barreau de Paris, il abandonna bientôt le droit pour se consacrer à la philosophie, Bossuët le fit nommer en 1672 lecteur ordinairé du Dauphin et lui demanda de composer à l'intention de son royal élève une Hisloire de Charlemagne. Cordemoÿ fut élu à l’Académie française le 2 décembre 1675. Outre un certain nombre de traités d'histoire ct de politique, cet auteur a laissé six discours sur le Discernement de l'âme el du corps. Paris, 1666, in-12 et Paris, Nion, 1690, ? vol. in-12. Dans cet ouvrage, il a développé le premier, avant Malebranche, la théorie de l'occasionalisme.

(Cf. Bouiïllier : Hist. de la phil. cartés. (3° 6d.), t. I, pp. 515 et suiv. Bossuet : Correspondance, Ed. Urbain et Levesque, t. I, p. 363. Note 2).

(3) 11 s’agit de l’oraison funèbre de la reine Marie-Thérèse dans laquelle Bossuet attaqua la doctrine des lois générales : « Que je méprise, dit-il, ces philosophes, qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le ont autéur que d’un certain ordfé général d’où le reste se développe commé il peut ! Comime s’il avait à notre manière des vues générales et confuses, et comme si la souveraine intelligence pouvait ne pas comprendre dans ses desseins les choses particulières, qui seules subsistent véritablement. » (Bossuët: Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche. prononcée Île 1er septembre 1683. Œuvrés oraloires, édit. critique par l’abbé Lebarq, Lille, Desclée, 1890-97, 7 vol. in-80, t. VI, p. 163).

a CORRESPONDANCE 51

répondu très positivement qu'on faisait tort à son auteur, que vous ne le deviez pas croire, que ceux qui entendaient la Recherche de la Vérilé ne le croiraient jamais, puisque, quoique vous y fassiez agir Dieu par des voies générales, vous le faites parfaitement auteur de toutes choses, de tout ce qui est, hors du péché qui est rien, que vous y détruisez parfaitement l’efficace donnée aux causes secondes, qu'enfin autre chose est de dire que Dieu forme des voies générales dont les effets se développent comme ils peuvent, ou de dire que Dieu formant un dessein dans le dernier détail et dans la dernière discussion, il l’exécute néanmoins par des voies simples et générales, parce qu’elles sont plus dignes de sa sagesse, et n'arrête pas même les petits Inconvénients

qui suivent ordinairement de ce qui est simple, parce

qu'il est constant dans sa manière d’agir et qu’une telle [conduite] accompagnée de ces mêmes inconvénients le glorifie infiniment davantage qu'une plus composée ét plus particulière qui les empêcherait, que cela étant là votre doctrine et l’autre celle d'une infinité de philosophes anciens, on devait croire qu’il (1) les avait voulu combattre et non pas vous, que ses propres paroles le marquaient et que, par conséquent, vous ne pouviez pas être l’objet du mépris dont il y parle. Assurément, mon très Révérend Père, on est entré dans tout ce détail avec moi, et il me paraît trop grand pour ne pas venir de la propre bouche de celui qu’on veut faire parler autrement. Je crois même que s’il l'avait pensé, il me l'aurait dit, surtout lorsque presque mot pour mot je lui ai rapporté le 48 chapitre de votre réponse à M. A. (2) dont il ne disconvient nullement (3), et même

(1) Bossuet,.

(2) M. Arnauld.

(3) Malebranche : Réponse... au livre de M. Arnauld. Des vraies et des

fausses idées. Chapitre 1v. « Quels sont les principes du Trailé de Ja Naïure

« M. l'abbé Cathelan m'a mandé du depuis (1) qu'il avait dit hautement à l'Oratoire que vous aviez raison contre « lui. Je veux bien suspendre mon jugement, mon très « Révérend Père, mais je crois aussi que vous devez sus- « pendre le vôtre, et qu'au moins vous ne devez pas être « empêché d'en chercher des preuves originales ; je ne « saurais m'empêcher de croire que votre désunion ne peut « être qu'un très grand malheur pour la vérité et pour « tous ceux qui l’aiment, et que ce ne, peut être son « esprit qui l’a fomentée.» (2) |

J'ai déjà donné ordre pour avoir des réponses et des méditations de La Rochelle ; si M. de la Chèse en pouvait faire venir à Bordeaux et de là les faire adresser

el de la Grâce, et ce que doit faire M. Arnauld pour renverser cet ouvrage — Recueil de toutes les réponses du P. Malebranche à ‘M. Arnauld. 4 vol. in-12, Paris, David 1712, +. "p.41:

(1) Cette locution «est tout à fait tombée en désuétude et hors du bon usage », dit Littré. On la trouve dans les auteurs de la première moitié du xviIe siècle : « Je craignais tous ces traits que j'ai sus du depuis.» (Régnier : Elég. 3.) È

(2) Le P. André, biographe de Malebranche, s'exprime ainsi: M.de Meaux « ayant été nommé par le roi pour faire l'oraison funèbre de la reine, il s’avisa « d'y peindre le P.Malebranche ou plutôt le fantôme qu’on s’en était formé. » Puis,aprèsavoirrapportéle texte même del’oraison funèbre quenousavons cité, le P. André ajoute : «M. de Meaux était si content dece petit morceau d’éloquence, qu'il le lisait volontiers à ses amis, en nommant toujours celui qu'il avait voulu peindre. En effet, tout homme de sens aura bien de la peine à l'y reconnaître. Ce fut la nouvelle qu’apprit le P. Malebranche à son retour de Raray. Il n’est guère agréable de se voir ainsi défiguré aux yeux de la cour et de la ville.Mais ce ne fut point la seule épreuve que sa patience eut à essuyer. Le Prélat lui envoya lui-même son oraison funèbre. Le P. Malebranche se connaissait trop bien en hommes pour ne point voir que c'était une insulte ; mais il fut assez chrétien pour ne point s’en ressentir, et assez sage pour ne s'en point apercevoir. ; il alla tout simplement remercier M. de Meaux de l'honneur qu’il lui avait fait de lui envoyer un si beau présent.» (P. André: Vie du R. P. Malebranche, éd. I., p. 109).

Nous avons vainement cherché dans la biographie de Malebranche par le P. Adry, dans les écrits de Bossuet et dans les ouvrages consacrés à l'étude de sa vie et de son œuvre, aucun témoignage ne vient confirmer le récit du P. André. Un fait cependant demeure hors de doute : Malebranche a cru que Bossuet avait voulu l’attaquer publiquement.

avec la Morale à M. Orfaure, médecin à Périgueux (1), ce nous serait un très grand bien et une très grande commodité.

« Ne m'oubliez jamais, mon très cher et très Révérend « Père, devant Dieu ni dans votre cœur. Je suis avec « toute l’attache, tout le dévouement et le très profond « respect dont le mien est capable absolument à vous.

« D'ALLEMANS

Je ne sais point les qualités de M. de la Chèse; si jen omets, Je vous prie de les suppléer.

Lettre du Marquis d’Allemans au P. Malébranche du 4 (?) Janvier 1685

Nous reproduisons cette lettre d’après une copie quise trouve aux Archives municipales de Honfleur, Série 15 II, fonds Adry, n° 5.

En tête de cette copie nous lisons la note suivante : « M. d’Allemans dans sa lettre du 4 (?) janvier 1685 mande au P. Malebranche qu'il lui envoie une preuve de l’immortalité de l'âme qui lui paraît bonne et qu’il n'a point vue ailleurs et lui en demande son avis.

« La réponse est du mois de mai 1685. Nous ne l'avons point trouvée. » (P. Adry).

Lettre publiée par Blampignen : Corresp. inéd., pp. 101 et suiv,

€ Un être qui est essentiellement capable de connais- « sance et d'amour ne peut être créé que pour connaître « et aimer ce qui est intelligible et aimable ; or rien « n’est intelligible et aimable que Dieu ; donc il ne peut « être créé que pour connaître et aimer Dieu.

« La connaissance et l’amour de la vérité, je veux dire « de Dieu, mène (sic) à sa jouissance ; et sa Jouissance rend essentiellement heureux celui qui le possède ; donc «ilne peut être, être dans la fin de sa création et dans la

(1) Guillaume Orfaure, docteur en médecine, consul de la ville de Périgueux, décédé en 1693 (Renseignement dû à-l’amabilité de M. Dujarric- . Descombes).

54 Te CORRESPONDANCE

possession de l'effet naturel de cette fin, sans être essentiellement heureux. | «Gelui qui est essentiellement heureux a non seulement ce qui le rend tel, mais est encore assuré de ne tomber jamais dans ce qui le pourrait faire déchoir de cet état;

. donc celui qui est dans sa fin, dans la suite de sa fin et

dans ce qu’opère de nécessaire cette suite effective de sa fin est infailliblement assuré qu'il ne rentrera Jamais plus dans le néant, puisque non seulement de savoir qu'il cessera d’être, mais même de n'’{ être pas] (1) assuré ou de douter qu'il sera toujours le rendrait nécessairement malheureux, dans le temps qu'il serait, si lon veut, plus favorisé que les anges.

« Et qu'on ne dise pas qu'il pourrait être heureux et ne l'être pas toujours, parce que, pouvant ignorer ce malheur, son attente ne troublerait pas son bien-être. Cela est impossible; car étant connaissant, il entend qu'il sort du néant par cela même qu'il est imparfait, que ce qui est imparfait n'est pas nécessaire, et que ce qui n’est pas nécessaire peut bien n'être pas toujours. Ainsi, la propre connaissance de soi-même lui donne nécessairement cette importante curiosité de savoir -s’il sera toujours et, voyant qu'il ne peut attendre de soi-même l'éternité de sa durée, il est infaillible que cette connaissance le rendra infiniment malheureux, si d'ailleurs 1l n'est assuré du contraire ; et il ne manquera pas de l’être, parce qu'étant connaissant, il connaîtra sa fin qui est de connaître et d'aimer Dieu, la conséquence de sa fin, qui est d’être nécessairement heureux, quand on y est arrivé par sa grâce, et la conséquence de la conséquence de sa fin qui ne peut être que la durée éternelle de son bonheur, puisque celui qui connaît et aime Dieu arrive à sa possession et est, par conséquent, essentiellement

(1) On lit sur la copie « de nier pas ». :

CORRESPON DANCE 55

« heureux, et renferme par nécessité non seulement la « présence des biens qui y tendent; mais encore l'exclusion «de tous les maux et l'assurance d'en être toujours « délivré, entre lesquels le néant a un si grand rang que « le seul doute de sa possibilité est incompatible avec Ctout bonheur.

« Cette preuve se peut enccre tourner ainsi: Dieu n’agit «que par deux principes, par justice ou par bonté. A « l'égard des intelligences qui ne sont pas encore, il ne € peut agir par justice, iln'y a que ce qui est et qui a bien «usé où àbusé de son être envers qui il la puisse exercer ; «il peut bien encore ne les créer jamais: mais s’il agit à « leur égard, ce ne peut être que par bonté et par misé- « ricorde. Si ce n'est que par bonté et par miséricorde, il « ne les peut créer que pour les rendre heureuses ; 1l ne les « créera jamais sans les assurer de l'éternité de leur « bonheur, puisque, telles qu'elles peuvent être, elles ne « peuvent éviter de vouloir connaître la vérité à cet 1m- « portant égard, que la seule ignorance les rendrait nécessai-- « rement malheureuses et frustérait ainsi Dieu de sa fin «et le tromperait dans son dessein, ce qui n’est pas « possible.

«A cette démonstration, on m'a objecté qu’elle prouvait « trop, parce que, dit-on, le (1) bonheur des damnés « semble s’ensuivre comme celui des bienheureux. On n’en « tirera jamais cette [conséquence] (2) et on avouera « qu’elle ne prouvé que cé que j'ai voulu prouver, si on « considère que la béatitude n’est essentielle à un être « intélligent que lorsqu'il a été fidèle à sa fin.

« Par exemple, Dieu est l'unique vraie fin, l'unique objet « possible des intelligences, il ne les créera donc que pour . «lui; mais, parce qu'il ne les peut créer que pour lui, € faut-il conclure que toutes doivent essentiellement arriver

(1) Le texte porte «que le... »

(2) Un mot oublié,

à lui? Non assurément ; et il est difficile à démontrer que si Dieu agit de cette sorte parce qu'il est sage, une infinité d’intelligences peuvent s’en détourner parce qu'elles ont du défaut. Elles ont toutes été tirées du néant, elles participent toutes du néant. Elles ont toutes été créées par l'être et participent toutes de l'être ; ce qu'elles ont d’être, c’est-à-dire de perfections, n’à pu être créé que pour l'être, car le néant ne saurait être une fin. Mais, parce bu’elles ne sont pas tout être, c’est-à-dire parce qu’elles manquent d’une infinité de perfections, 1l est manifeste qu’elles peuvent tomber, si innocentes qu’elles puissent être, dans une infinité de défauts et, par conséquent, s'éloigner de leur fin.

«Maïs comme d’y arriver renferme un bonheur essentiel eb vrai et, par conséquent, éternel, s’en éloigner renferme aussi une malice infinie et, par conséquent, une peine quiy Soit (sic) proportionnée, c’est-à-dire éternelle ; donc de quelque côté que (1) se tourne la créature intelligente, elle ne trouve qu'éternité partout puisque pour jouir d’un bonheur ou d’un malheur éternel, il faut subsister éternellement, ce qui ne peut être autrement ; car si elle va à Dieu et qu'elle.y arrive, la voilà éternellement heureuse; si, au contraire, elle va à la créature, c'està-dire au néant, cela n’est pas juste, elle est indigne, mais le traitement dû à son choix inique et injuste [est] (2) une éternité malheureuse. R « Ce n’est pas ce qui est de nous que Dieu regarde en nous pour le récompenser, cela a été corrompu dès notre origine et n’est devenu digne que de sa haine. Si donc il nous justifie par son esprit et par sa grâce, ce ne peut être qu'en considération de cet esprit qui nous justifie qu'il nous veut faire part de ses biens. Maïs cet esprit,

(1) Le texte porte « qu’on se tourne ». < (2) Le texte porte «autrement ».

« cet amour qui nous sanctifie et qui nous réforme est € d’un mérite infini ; 1l nous ne peut donc mériter que « des récompenses, des biens d’un caractère infini, c’est- « à-dire éternel.

« L'esprit de Dieu est la vie des justes, cet esprit est « éternel, la vie des justes est donc éternelle.

« Le péché est d’une malice infinie, la durée infinie « de la peine est ce qui lui est proportionné, les pécheurs confirmés en seront donc éternellement accablés.

Lettre du Marquis d’Allèmans au P. Malébranche Arch. mun. de Honfleur 15 II, fds Adry, n° 3.

Lettre publiée en partie par Blampignon : Op. cit., p.91,

« À Montardy, le 15° février 1685 »..

Je serais faché de partager votre temps, mon très Révérend Père; mais si.vous saviez bien ce que je suis pour vous et ce que vos nouvelles sont pour moi, vous ne vous étonneriez nullement de l’impatience avec laquelle ie supporte leur privation, et peut-être même que vous trouveriez juste de m'en donner au moins aussi souvent que vous m'en donnez.

Plût à Dieu que les sentiments qui sont exprimés dans votre lettre à l'égard du P. Rochon (1) le fussent de même dans son cœur, je les lui ferai savoir; il est parti du Collège de Périgueux, je ne sais ce qu’il va faire et peut-être ne le sait-il pas lui-même.

(1) Le P. Antoine Rochon, né à Périgueux en 1637, entra chez les jésuites, enseigna au collège de sa ville natale et fut tour à tour professeur de gram-

maire, d'humanités, de rhétorique et de philosophie. « En 1681, il était prédicateur dans la province de Toulouse … Il sortit de la Compagnie, le 15 février 1685, pour entrer chez les bénédictins » (Sommervogel i Bibliothèque de la Compagnie de Jésus. Bruxelles, Schepens:, 8 volumes in-40. Bibliographie, t. VI, coi. 1954). Il a publié un ouvrage intitulé : Lettre d’un philosophe à un carlésien d:ses amis. Paris, Joy, 1672, 1 vol. in-12. :

« Si la cabale a fait ce dont vous la soupçonnez, elle « s’est véritablement achevé de peindre.» (1)

Si vous me mandez l'intitulation de votre dernière réponse (?) et le libraire à qui elle est adressée, je pourrais facilement savoir tout ce qui regarde ce sujet, la faire promptement venir dès qu'elle sera imprimée; çar j'ai une correspondance fort sûre en ce pays.

« Pour savoir si ce que Je vous ai écrit au sujet de « limmortalité de l'âme est une démonstration ou une « simple preuve, il n’y a qu’à voir s’il est concevable que « Dieu puisse créer une intelligence pour la rendre mal- « heureuse par sa pure volonté et sans qu’elle y ait rien « contribué de sa part, ce que Je crois tout à fait opposé « à l’idée que nous avons d’un être souveramement parfait. « Que si cela est impossible et que, par conséquent, il ne la « puisse créer que pour la rendre heureuse, je soutiens que « mon écrit ne contient pas seulement une preuve morale, «mais une démonstration achevée ; faites-y réflexion «encore, revoyez mon écrit après la présente remarque, « ou faites voir l’un et l’autre à M. l'abbé Cathelan que je « salue, et je m'assure qu'il en conviendra et vous aussi, « surtout si vous prenez bien garde que por là je ne pré- « tends nullement démontrer qu'elle sera éternellement « et parfaitement heureuse du bonheur des saints, mais « simplement d'un bonheur naturel et tel que l’ordre « demande que le recoive une créature intelligente qui « sort des mains de la bonté infinie äe Dicu; cer, pour ce « bonheur surnaturel, je conviens qu'il faut qu'il soit

(1) Nous ne savons à quels faits d’Allemans fait allusion. Peut-être veutil parler de l'hostilité d’Arnauld et de la cabale janséniste.

(2) 1 s’agit soit de la Réponse du P. Malebranckhe à une Disserlation de M.Arnauld contre un éclaircissement du Trailé de la Nalure et de la Grâce [sur les miracles de l’Ancienne Loi] Rotterdam, Reinier Leers, 1685, 1 vol. in- 12 ; soit des Lettres de l’Auteur de la Recherche de la Vérilé lonchant la Défense de M. Arnauld contre la Réponse au livre Des vraies el des fausses idées. Rotterdam, Reinier Leers, 1685, 1 vol. in-12.

mérité, et que nulle créature ne le peut mériter qu’en une personne divine, et qu'on ne conçoit point qu’il lui soit naturellement attribuable. Ù

« Que si on m'avoue que Dieu nous a créés pour le connaître, l'aimer, elc., et que cependant on dise que nous pouvons finir, parce que nous pouvons cesser de faire

Pun et l’autre, je dis que c’est là se sûrement contredire;

car si Dieu nous a faits pour le connaître et l’aimer, 1l s'ensuit qu'il nous a faits pour être heureux; que s’il nous a faits pour être heureux, cette seule fin exclut nécessairement l’annihilation actuelle dont le seul doute nous rendrait nécessairement malheureux et empêcherait de la sorte que Dieu n’arrivât à une des fins de notre création; ainsi, si la connaissance imparfaite de notre nature ne nous délivre pas de ce doute terrible, la suite connue de la fin de notre création nous en délivre absolument et, quoique nous puissions cesser d'aimer Dieu et de le servir, nous ne pouvons pas cesser d’être pour cela ; au contraire,c’est là un péché d'une malice infinie, à quoi rien n'a de rapport qu'une punition éternelle et qui nous rend absolument indignes de l’annihilation ; car vous nous apprenez, après la vérité intérieure, mon très Révérend Père, que l’annihilation serait une grâce, un bien pour des pécheurs, parce qu’il vaut mieux n'être

. point du tout que d’être mal (1) et dont, par conséquent,

ils sont indignés. Il est vrai que leur punition, telle qu'elle puisse être, ne saurait être satisfactoire de leur péché, parce que l’une est finie à cause de leur nature, et

(1) «.:.cet amour du bien-être est plus fort en nous que l'amour de l'être,

et Famour-propre nous fait quelquefois désirer lé non-être, parce que nous n'avons pas le bien-être. Cela arrive à tous les damnés, auxquels il serait meilleur selon la parole de Jésus-Christ de n'être point, que d’être aussi mal qu’ils sont : parce que ces malheureux étant ennemis déclarés de celui qui renferme en lui-même toute la bonté, et qui est la cause seule des plaisirs et des d'uleurs que nous sommes capables de sentir, il n’est pas possible qu'ils jouissent de quelque satisfaction.» (Malebranche : Recherche de la Vérité.

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