OLYMPIO^ORE
4u Uvjçe sw lanature, dont heureusement Axi^tote et surtout Saxtus nous ont conservé les principaux i;aisonnements, Olympiodore se contente d'a^^ler cet ouvrage (rvyyfAfA^i^ oùk **o/*4ûk> et d'en rapporter la composition à la 84^ olympiade. Nous savions s^msif ce que répète ici Olympiodore, que Gorgias vécut très-longtemps , qndiquesruns même disent jusqu'à cent neuf ans. Mais voici une anecdote qme je ne trouve nulle part, excepté dans ce q^iimentai^re, '^fiti^: vu : « Gorgias, étant allé à Argos, trouce va les esprits si prévenus contre lui, qu'oaim*- « posa^une amende à ceux qui suivraient ses leçoQ6. tf .Voilà poui?<{uoi il s'attache à défendre les rhé- (f..teuF& contre l'argument tiré de l'abus qu^ leurs if, .di4ci{il.efs foiiJt de leur art. » En; effet Argos était up('{^f( xilQrien,, où les sophistes ne devaient pas s(^(nv grai^, crédit , et l'anecdote rapportée ici est a\i;moin&vraiâe9J>lable. Olympiodore nous apprend eiicore, -jt/j^^. iv, que ^iipoypynfjLttet M4ifa<rtf appar^ miai^t, au dialecte de Léontium, et que Platon prête c^,^ngf^ik Qor|;ias pour la vmisemMaiIce
seulement de "fêtes xiiétaplionques , et je crains que le savant Hollandais n'ait été trompé par l'expression équivoque du Sclioliaste : . t^^t ^p«eiftr*y iV-«iW •« A^ttmUij» les Athéniens s'en faisaient ' une iféie ^ »> et non pas « faisaient une fête à cette occasioui n Le .témoigiia^e de Troïle fortifie celui du Schotiaste, eé'ûl^piodoi^e confirme* l'un, et l'autce. Oa ne voit pas non plus pourquoi le même Gjeel^^p. 64, fait tant die difficulté» sur les mDiB. ianfi^étSj ivMmif^^hj qui signifileDt ^è»r^%\d(tJBamenU^/tur£ jtioniFede éoii talent, V exhibition de»
StJR LE GORGIAS B£ PLATON^ 435
-dramatique. Enfin Aristote ixnis dit bien dass la Rhétorique^ I, iii^ ch. 1 8^ cpieGorgias recommande d'opposer toujours le cqntraÎFe au contraire, le se* rieux au comique ou le comique au sérieux, artifice recommandé aussi par Gicéron, de OrcUorej I, il , ch. 59; mais nous ne connaissons aucun ouvrage de Tantiquité qui nous conaerve oe précepte en en-* lier aVe^c les paroles mêmes de l'autair, et tel que le donne Olympiodore, 'Tp<»|. xx : « «/ yih i ivmrMt ce a-'jr.ovJ^etiet kiyu» yikA Ksù ii&x/iQVfi^ «vrov* fl Jti Ixsircsr Xi ys,\^i ^oiï T*T9v^aSA A«5^oyTQf> a^iifrupov crtOfiirov îi»« fm <c ^€«ri» Avrov i yéh^»u w Le dernier mot d'OlymjiÂodore sur Goi^^s est celui-ci dans l'introduction : a Quant aux idéesque représentent les personnages, « Gorgias représente la feiblesse et la demiNOorriip (( tion ; )» et c'est à peu près là l'opinion qiû résulte de tous les témoignages. Mais Olympiodore maltraite l'élère bien plus encore que le maître, et il donne Polus comime le représentant de l'iniquité consonunée et de l'orgueil. Olympiodore, Tpetg. m, prétend aussi avec le Scholiaste que le petit discours que Platon met dans la bouche de Polus n'était pas une improvisation , mais un discours préparé , ce qui, avec un endroit, il est vrai un peu équivoque, de la métaphysique d' Aristote(1 ), porterait à croire que, dans le Gorgias de Platon, la tirade de Polus
(1) Métaph, ^ Uy I , p. 4 de l'édition de BravkUijS, i fitiv 'j^if "i^Z^' Peut-iétre mç (pnirt UmX^ç veuA^il dire ici : iç ^if<n ïimMç
436 OLYMPiODORE,
sur laquelle tombe la critique d'Olympîodore^ pa^-* sait dans l'antiquité pour un morceau authentique de Polus.
Rien ici sur l'orateur Galliclès, sinon qu'il était d'Égine^ Trjui^. lx.
Tel est le petit nombre de renseignements plus ou moins importants que renferme ce commentaire d'Olympiodore sur la première époque. Il est beaucoup plus précieux pour la seconde ; et d'abord i|Ous y trouvons sur Socrate un. morceau qui , sans contenir précisément aucune donnée nouvelle sur ce grand homme, n'est pas dépourvu d'intérêt.
Olympiodore se fait cette objection y crpAbÇ. xli : « Gomment Socrate , qui reproche aux grands w hommes d'État d'Athènes de n'avoir pas amé- « lioré les âmes de leurs concitoyens /n'a-t-ilpu (f lui-r-méme changer les mœurs d'Alcibiade et de « Gritias? » — Olympiodore répond que d'abord (c Socrate a formé plusieurs hommes vertueux, « Gébès> Platon, Aristote (1) et d'autres qui leur
(l) M. Stahr {Aristotelia , tome i*', p. 40) fait dire à Amluonîus et à Olympiodore dans ce commentairç , wp*!. xlii, qu* Aristote put jouir encore trois ans à Athènes de l'enseigne-* ment de Socrate ; assertion ridicule que tout le monde a réfutée, Socrate. étant mort à peu près quinzeans a vaut la naissance d' Aristote. Mais ii faut laisser cette absurdité à Ammonius dans la vie d' Aristote, et ne pas l'étendre à Olympiodore, qui n'«n dit pas un seul mot dans la 9rp«|. xlii ni ailleurs. C'est probablement ce passage de la «'fW^. xli qui aura trompé M. Stahr. Mais ce passage ne suppose pas de rapport personnel entre Socrate et Aristote ; il suppose seulement une intiùenc^
rr ressemblent; cpi'ensuite il faut bien distinguer u l'homme d'État auquel la puissance publique est « remise, et le philosophe, qui n'a d'autre puisc< sance que la persuasion. Si Alcibiade ne suivit
^ il pas les conseils de Socrate , ce n'est pas la faute u de ce dernier, car il le reprenait sans cesse. Au « contraire, les quatre politiques dont il estques^ « tion se gardaient bien de blâmer toujours les « fautes du peuplé. D'un autre côté , Alcibiade ne ((. resta pas assez longtemps auprès de Socrate pour « profiter de ses leçons. En outre, sa mauvaise « conduite ne commença que quand il eut cessé de
. « le fréquenter. Enfin Socrate n'avait que trop u prévu les égarements d' Alcibiade; il ne fut donc « pas cause de ses fautes. Aussi Alcibiade fit-il loi»- (t jours son éloge, et lui témoigna-t-il un respect « constant. Pour Gritias, il fut un des trente tyrans, M il est vrai ; mais il censura continuellement leur (( conduite, s'attira leur haine, et finit par être « condamné sur une fausse accusation. — On in* a siste et on objecte que Socrate a exercé la fonc- « tion de juge. « Nous n'en savons rien, dit Olym- « piodore (1), et quand cela serait, il n'a pas été « juge afin d'entrer dans les affaires , mais afin de « remplir ses devoirs de citoyen, car il ne poumorale de l'un sur l'autre , înBuence incontestable , et qui place Arîstote dans l'école de Socrate , tout comme Platon et Cébès.
(1) Il est dit dans V jépologie qu'il n'exerça au<îuB emploi public , niais qu'il fut sénateur , et c'est en cette qualité qu'il
438 oLTHPioïkNrB ,
(T vait sortir enftièrement de la vie civile. Beaucoup « d'hooniies pleurèrent sa wort ; sa réputation a avait attire à Athènes une foule de personnes ce avides de s'instruire. Après sa mort, Isocrate K désolé conduisit les jeunes gens à Anitus et à ce Mélitus : Chargez-vous de cette jeunesse^ leur « dit-il ^ instruisez^la^ maintenant que Socrate n'^st <r plus : <r«|«t0-9«9 TtfiJ^iu^tftre axtrovr ôfiûf ^ iTuJii H "Zmnfdirfiç ovk tTt i^rh. n Nous ne nous souvenons pi» d'avoir vu ailkurs ces paroles d'Isocrate. Du reste , elles s'accordait avec ce que nous savons de la vénération qu'Isocrate professait pour Socrate et de Tamitié qui l'unissait à Platon. Dans un discours d'Isocrate y on trouve sur les condamnations faite» sans^ preuves suffisantes , suivies lûentôt de repentir, dont on recherche ensuite les instigateurs et dont on voudrait ranimer les victimes y un morceau touchant, qui est une allusion évidente à la condamnation de Socrate (1)^
s'opposa à ce qu^on fît simultanëraent le procès aux dix généraux des Arginuses. Apol, , lom. i" de ma traduction, p. 98,99.
(1) ff-fpi 7?; m9Ttic*%«tgy p. 145 de l'édition de Lange : uo-rt cô ^9?iV9 xpivof ^AiV*v9w(iraAif) Wêtftc fttf rSf iitù^ar^ni^r»* ^Unf XaÇtlv IvtiifcnTi, etc. En efifet, Diogène nous apprend qu'après la mort de Socrate les Athéniens se repentirent tellement de ce qu'ils avaient feit qu'ils fermèrent les palestres et les gjmnases , condamnèrent Mélitus à mort , exilèrent les au*très accvsateurs, et firent faire par Ljsippe'une statue d'airain de Socrate qu'ils placèrent dans l'endroit le plus fréquenté de
SUR LE omeiMs rm i>laton. 439^
Nous devons à (MyiiïpiodiMre, dans le cx)mii!i€n*taire 9or le premier Alcibiade^ une vie de Platon preaqiïe aussi étendue que edle de Diogène de Laërte, et qui renferme plusieurs détails qui ne sont pas dans cette dernière. Nous avons ailleurs (1) soigneusement «marqué les moindres difi^ renées qui séparent ces deux biographies. Ici nous retrouvons un abrégé de la première > avec quel^ ques légères difTérences. L'intérêt qui s'attache à tout ce qui regarde un aussi grand homme que Platon , nous fait un dévoir de donner en entier cet abrégé.
nptfÇ. XLi : « Socrate mourant dit à ses amis y i< dans le Phédon : Que ce discours vous ei^seigne « k calmer vos passions. — Mais <[uel est celui qui « nous servira de maître quand vous nous aurez i< quittés ? — La Grèce et les pays étrangers sont <( pleins de gens capables de vous diriger. Procu^ f( rez-vous leurs conseils à tout prix. Pénétré decèS w paroles, Platon passa en Sicile pour converser « avec les pythagoriciens. Il n'avait appris êe So-
la ville. Il paraît que la Grèce entière partagea les sentiments d'Athènes ; car le même Diogène assure qu'Anitus exilé étant arrivé. à Héraclée y les habitants l'en firent sortir le jour même. Saint Augustin dit que Mélitus ne fut pas condamné à mort, ce qui indiquerait un procès régulier^ c'est-à-dire une nouvelle injustice, mais qu'il fut massacré par la multitude , et Anitus forcé de se condamner lui-même à un exil perpétuel. De C/V. Dei, lib. viH, c. 3.
(t)Plus haut, p. a04.
440 OtYMPlODORB^
« crate que l^ morale , car il était jeune quand ^< Socrate mourut^ et ne connaissait pas encore la H partie la plus profonde de sa doctrine. Qu'il fût « jeune encore, c'est ce qui est prouvé par son c< jipolôgie , car il voulut défendre Socrate j et i< monté à la tribune , il prononça ces mots : viti- H TAToç iiTÛy..*. Quoique jeune, je parlerai.... Mais (f on ne le laissa pas continuer^ et à peine ovait^il <r prononcé ces paroles ^ qu'on lui cria de toutes « parts : Descendez , descendez ! Il s'en alla en Sice cile, et y trouva les pythagoriciens cultivant i( avec un grand succès les sciences, la géométrie « et l'astronomie* Il alla ensuite en Libye, et étui< dia à Cyrène la géométrie sous Théodore. De la « il alla en Egypte , où il s'instruisit dans l'astro- « nomie. Il est inutile de dire combien il se fit (( estimer pendant toutes ses études. Il retourna « ensuite en Sicile pour visiter le cratère de l'Etna, « et pour converser encore avec les pythagoriw ciens. 11 y trouva Dion, ami véritable de la phi- « losophie, et il s'en fit honorer par son caractère « divin. Dion avait une sœur nommée Aristo- « maque^ mariée à Denys-le-Tyran. Ce prince « avait épousé deux femmes le inéme jour, Arristoi( maque, de Syracuse, et une Locrienne. Il avait (c aussi un frère nommé Leptine. Dion conseilla à (( Platon de le voir, lui faisant espérer que ses dis- « cours le ramèneraient à la vertu, et que des villes w entières lui devraient ainsi leur bonheur. Pla- « ton, cédant à l'amitié, vit Denys. Le tyran lui
SUR LE.60RGIAS DE PLATON. 44 f
ce demanda quel était l'homme le plus heureux ^ c( pensant que Platon le nommerait lui-même. Mais « Platon lui nomma Socrate. Comme Denys avait « la réputation de rendre de bons jugen^ents^ il u dit à Platon que le souverain mérite était de bien « juger. Platon le nia, Juger^ lui dit-il^ c'est faire a ce que font les femmes qui raccommodent des c< vêtements* Ces femmes ne font pas des habits « neufs, elles réparent seulement ceux qui sont « usés. De même celui qui juge ne fait pias deshom- <i mes vertueux, mais il ne fait que punir des court pables. Hercule ne vous parait^il pas avoir été « heureux? lui demanda Denys. Non, lépondit le « philosophe, s'il a été tel que les fables nous le « représentent; mais s'il a pratiqué la vertu, il a « été réellement très-heureux. Comme Platon don- « nait au roi, sans ménagement, de sages conte seils, celui-ci se mit en colère. Les uns disent (c que Dion , craignant la cruauté du tyran , pria « PoUis, général lacédémonien , d'emmener secrè- « tement Platon pendant la nuit et de le conduire (( à Athènes. D'autres disent que ce fut Denys qui « le fit prendre par PoUis et conduire à Égine. « Celui-ci ayant appris que des Lacédémoniens « étaient prisonniers à Athènes, dit à Platon que « si ces prisonniers n'étaient pas relâchés, il ne « lui rendrait pas la liberté, et il accomplit sa me- « nace. Sur ces entrefaites, un nommé Annicéris « passa par Égine, se rendant à Olympie pour y (( disputer le prix^ 11 vit Platon, et dès qu'il con-
442 olVmpiodorIb ^
« nut sa situation y il paya \ii<igt mines poui^ sa cf rançon y et lui témoigna tes iiius grands égards» « Platon voulut ensuite lui rendre les vingt mines, « mais il les refusa ; Je regarde, dît-il, comm^ w une plus grande gloire <le vous avoir racheté « que d'avoir vaincu à Olympie. Denys mourut , « laissant un fils de chacune de ses deux fem- « mes. Les deux frères se disputèrent le tï*ône, « car teurs mères ne savaierït lacpielle Denys avait « connue la première, et ée qui le fils devait w régner. Denys le leur avait laissé ignorer à des^ « sein. Aristomaque craignit pour son fils les em- « bûches de Dion > son frère , et le prit en haine, ce Le fils de la Loerienne , nommé aussi Denys , « monta donc sur le t^one. Dion s'attacha à lui, (( et lui conseilla d'appeler à sa cour Ptaton , pour « se former par ses conseils. Platon consulta -les <c principaux d'Athènes ((jiiyi&rAinv). Ses amis w furent d'avis qu'il acceptât l'invitation de Denys, t< afin d'avoir l'occasion d'appliquer ses théories de (c gouvernement , et les hommes d'État d'Athènes « furent de la mtéme opinion. Platon partit donc, « et à son arrivée, Denys i^mercia les dieux par « des sacrifices et des fêtes. Il se soumit aux règles w de son enseignement, et le palais était tout rem- « pli de pous^ère; car Denys s'occupait beaucoup « àe géométrie, mais sans y faire de grands pro- « grès. Rebuté de ne point réussir, les flatteurs lui « persuadèrent que Dion avait des projets contre te lui : Quittez donc, lui dirent-ils , ces vaines
SUR hn -OOÊSGlkS DB PLATON. 443
H études y et retournez à nos plaisirs d^autreibis. H Platon se voyant dédaigné, se retira, toujours f< attaché à la Yérîté. »
Là s'arrête cette biographie faite umquement pour répondre à l'objection pourquoi Platon ne put venir à bout d'amener l'un et l'autre Denys à la v^ertu. Comparée à la première biographie du Commentaire sur Vjilcibiade, elle peut donner lieu aux remanpies suivantes :
1^. Dans les premières lignes, (Nympiôdore dit qu'après la mort de Socrate, Platon passa en Sicile pour converser avec les pythagortciens , ce que dit aussi Apulée : Posteaquàm Sacrâtes omnes hominjes reUquity qtuBsmt undè discerety et ad Pytha^ gorce disciplinam se contuUtj tandis que > dans la première bic^aphie d'Olympiodore , comme dans celle de Diogène, il est dit qu'après la mort de Socrate , et avant d'aller en Sicile , Platon étudia plusieurs des doctrines qui faisaient alors du bruit, par exemple celle d'Heraclite , à l'école de Cratyle. Ce n'est peut-être la qu'une omission qui resulte de la brièveté de cette nouvelle biographie; cependant il ne faut pas oublier qu'Apulée place les études de Platon sur la philosophie d'Heraclite avant %t& rapports avec Socrate, anteà quidem Heraditis sectâ fuerat imbutus; opinion très-peu probable, toute l'antiquité s'accordant à dire que c'est Socrate qui donna a Platon le goût de la philosophie.
2^. L'anecdote de l'apologie que Platon avait faite pour Socrate et qu'il ne put prononcer, ne se trouve
444 OLYMPf ODORE ,
ni dans Apulée y ni dans la première biographie d'Olympiodore ; mais Diogène la rapporte sm*lafoi de Justus de Tibëriade, historien contemporain de Vespasien. Le début du discours de Platon difiere dans les deux passages. Olympiodore ne donne que ces deux mots : viirAToç ÙTtlv..., et Diogène, d'après
Justus, UthitTOÇ ivy i AvJ^p^f ÀBtIVâUOtx tSv M TO j^Vf** â¥ACeivr»V.,„
3"*. Dans la première biographie, il est question non-seulement du Toyage de Platon à Gyrène et en Egypte, mais d'un voyage en Phénicie où il aurait rencontré des mages qui lui auraient enseigné tout ce qu'il savait, et même d'un projet de Platon d'aller jusqu'en Perse, projet dont parlent aussi Diogène et Apulée ; ce dernier même ajoute l'Inde à la Perse. Ces projetsde Platon ne se rencontrent pas dans l'antiquité avant l'école d'Alexandrie, qui aimait fort les voyages dans l'Orient, et nous pensons qu'il faut s'en tenir au récit de cette nouvelle biogi^phie^ où il n'est fait mention que du voyage à Cyrène et en Egypte , lequel est attesté à-la-fois et par les deux biographies d'Olympiodore, et par Apulée, et par Diogène, enfin par Cicéron, de FinibuSy lib. v.
4**. Le récit que fait ici Olympiodore des relations de Platon avec l'un et l'autre Denys est à-peu-près celui de Diogène Laërte. Le point important est de savoir si la captivité de Platon à Êgine doit être placée à son premier ou à son second voyage en Sicile. Dans sa première biographie, Olympiodore rejette la captivité de Platon à son secopd voyage,
tandis qu'ici il la place au premier par une contra* diction qu'il n'est pas facile d'expliquer, et d'accord en cela non-seulement avec Diogène, mais avec Plutarque dans la vie de Dion. Il est à remarquer que la septième des lettres attrib,uées à Platon , où il est tant parlé de ses voyages en Sicile , ne dit pas un seul mot de cette captivité, ni de Polis, ni d'Annicéris; on y voit seulement que, dans son premier voyage, Platon se lia intimement avec Dion, et qu'il exhorta en vain les Siciliens à réformer leurs mœurs.
On pouvait faire à Platon la même objection qu'il faisait lui-même à Thémistocle et aux autres politiques : il ne sut pas plus garder l'affection d'Aristote que les autres n'avaient su garder l'affection du peuple. Le besoin de répondre à cette objection nous vaut, de la part d'Olympiodore, quelques mots fort curieux sur Aristote.
Voici l'objection que se fait Olympiodore, toujours dans IsL'Trpài^. xli : « Aristote se sépara de Place ton, et, selon l'expression du rhéteur Aristide, (c il éleva contre lui le Lycée [iTtrît^ia-Ai to ^vKuov) « et introduisit une doctrine différente.
« D'abord, se répond Olympiodore, Aristote ne « diffère de Platon qu'en apparence. Ensuite, quand « il en différerait , il n'en serait pas moins très-re- « devable à Platon. Enfin, dsLUsVJlcibiadeetdans « le Phédon, Socrate abdique toute autorité et veut if qu'on n'écoute que sa conscience et la vérité. « Ce qui prouve qu' Aristote révère Platon comme
446 OtTMPiOlMNIS,
a SOU maître y c'eat qu'il a écrit aon pan^yrkpie K dans une biographie qu'il en avait faite , el dans <r laqaeUe îl le oomble éd louanges : Ori J^ ««J Âpi^^
cf oxqv Koyov iyjuàfHqka-TiKiv bùri^TAt yÀf w CU» ctôrov
ce Ketî VTriHiTâUVtï» »
Je ne connais pas un autre passage de l'antiquité où il soit fiât mention d'un panégyrique de Platon par Aristote ^ ohov hiyov iyKotiAtA^^tKoi^i et dans le long catalogue des ouvrages d^Aristote que donne Dîogène ^ pas plus que dans le catalogue de la Vie anoitiiyme publiée par Ménage ^ on ne trouve aucune ti^ce d'un pareil ouvrage. ÉxTiflcTcti tok Ckr Avroî iiidique une biographie régulière. Il est vraiment ineroyaiblje que, si cet ouvrage existait du temps d'Olympiodore^ il ne l'ait janaais cité lui-même en traitant de la vie de Platon; et il nous parait pres^ que impossible qu'^aucun écrivain de l'antiquité» ni PliAbairque^ ni Athénée^ ni Dtogène » n'en eût feit m/ei^ion. Cependant la phrase d'Olympiodore est positive. Celle qui suit ne l'est pas moins :
(c Et ce n'est pas seulement dans cet ouvragequ'il « le loue ; voici l'éloge qu'il en &it dans ses élégies «• à Budème : O v ^Vor <rè iyx»(M.ùf 'jr^in^Af aûtov î^tfAreT
» Avrh iifAivZv nActTe»iPet iyK<»f^iÂ^ii ypipmv ourtaf* »
Du moins nous savions déjà, par le catalogue de IKogène^ qu'Aristote avait ccMnposé des élégies dont le commencement était : Fille d'une mèreingé* nieuae.... È^eyuA m ipy^^n^XAM^iri^vov /u» rpor 9v^«ftTff ...
SUR LE WR^t^d D« PLATON. M7
Et le menue ren^igneinent noua était donné par la Vie anonyme de Ménage. Maïs nou$ apprenons id que plusieurs de ces élégies étaient adressée^ à Eu^ dème, et ce renseignement tout-à-feit nouveau n'est pas saixs intérêt; mai&ce qui y ajoute un grand prix^ ce sont les sept vers suivants que cite Glympio^ dore :
« à.i Àytthii Tff KO.) tv^eLt/Avi AfAttyhtTat Âv«p.
« Où Vt/y y io-Tt KttCiîv oÙJ'lvi TttVTO. ^OTt (1).
« Arrivé dans la ville célèbre de Cécrops ,
« Il éleva pieusement un autel à la noble amitié
a D'ua homme que les âmes pores ont seuleale drok dekwèr ;
« Qui seul , ou du moins le premier eçti^e les loprtels^ inoQlra
« d'une manière éclatante, « Par l'exemple de sa vie et par le raisonnement, « Que le boïiheurde l'homme n'est pas séparé de la vertu; « Vérité désormais au-dessus de toute attaque. »
Dans toute l'antiquité rien ne se rapporte à ces
(1 ) Je croig que le savant Nûnez est lé premier qui ait 1 ii«é ces vers du œanusorit d'Oljmpiodope , daas ses notes/ sur ^mmo-p niu^, p» 107 de l'éditiou d^ I^çyde, 1631.. Il ^citeuae traduetîon latine par le cardinal Bessarion , dans son livre j4Jp. Calumn, Ménage, dans ses notes sur Diogène, t. ii , p. 198, paraît avoir emprunté la citation des vers grecs à Nûnez. Nulle variante importante, si ce n'est tftfySç que donne Ménage, au lieu de îm^ySçy leçon dé notre manuscrit^ qui me semble préférable. Il est étonnant que, depuis , ces vers aient été si peu répaadus.
44& OLYMPIODORB,
vers, excepté le distique que l'on trouve dans la Vie d'ÂrijStote par Ammonius :
distique ëvidemment tiré des vers précédents. Ceuxci, sans être d'une grande beauté, ont, dans un de-^ gré inférieur, quelque chose de l'élégance de l'ode célèbre à la vertu, avec la même absence de chaleur et de mouvement. Tels qu'ils sont, on ne comprend pas comment , à cause du nom de leur auteur et du nom de celui qui en est l'objet , ils ont pu échapper aux polygraphes de l'antiquité, si curieux de vers philosophiques. Mais assurément ils ne sont pas de l'invention d'Olympiodore, comme le prouve l'abrégé d'Ammonius, et dans toute l'école d'Alexandrie on ne pourrait les attribuer qu'à Proclus ou à Porphyre , qui ont laissé d'assez beaux vers. ÉA.fl»y... iS'pvtritTo indiquent plutôt quelqu'un qui parle d'Aristote qu'Aristote lui-même, à moins qu'on ne suppose que celui-ci parle de luimême sous la forme indirecte.
A ce document nouveau et vraiment précieux il faut ajouter trois définitions stoïciennes de l'art, qu'Olympiodore rapporte à Zenon , à Gléanthe, et à Chrysippe. Tipa^. xii, fol. 22. « Gléanthe définis- « sait l'art : ï^tf oJ'S nrÂm^ ivwviTA ; définition que a Chrysippe modifia en ajoutant /lArT* ^«Kyreto-ictr, afin i< de rapporter l'art au génie de l'homme , tandis « que la définition de Cléanthe pouvait également a s'appliquer à la nature. Cette définition pénètre
SUR LE CKXtGIAS DE PLATON. A
n plus ayant dans l'essence de l'art. La définition « Zenon va plus loin et fait de l'art une dépendai « de la morale : SuVth/u* ix, KArcthil^'^aiv a-vy^
Nous n'avons pas vu ailleurs ces définitions stoïcii nés de l'art; mais on sait l'importance que les si clans attachaient aux définitions^ et Chrysippe ai fait un livre particulier sur l'art de définir^ crgpi of
Il est inutile de rapporter plusieui^ citatic d'Épictète, crpoç. xvii, où il n'y a pas même de riantes nouvelles, et nous passons de suite à la ti sième époque delà philosophie grecque, surlaqui il est difiicile qu'un manuscrit alexandrin ne foi nisse pas quelque i^nseignement nouveau.
On voit par l'introduction dans quel ordre Alexandrins faisaient lire les dialogues de Plato leurs élèves : d'abord Y Alcibiade^ puis le Gorgi puis le Phédon, qui résumaient à-peu-près les a très dialogues et offraient en abrégé la philosop de Platon. Ici , comme dans le Commentaire t VAlcibiadey ce dialogue est mis à la tête de t( les autres , comme étant le point de départ néa saire de la philosophie.
Olympiodore nous apprend encore, dans ce même introduction, qu'avant lui on avait beauco commenté le Gorgias^ et qu'on n'était pas d'acce sur le but de ce dialogue. Les uns prétendaient q son seul but est la rhétorique, d'autres la just et l'injustice, d'autres enfin la théologie , carad risant le tout par quelques-unes de ses parties*
450 OLYMPIODORE^
est extrêmement à regretter qu'Olympiodore ne nomme aucun de ses devanciers^ parmi lesquek il faut sans doute placer Hiéroclès , qui , au rapport de Damascius dans la vie d'Isidore, Photii Biblioih., ëdit. de Bekker, p. 338 , avait composé un commentaire sur le GorgiaSy et qui , d'après le caractère de ses autres écrits, doit avoir adopté le point de vue théologique ; et Enbulus, contemporain et ami de Longin, qui, selon Poi^ihyre, dans la vie de Plotin, avait aussi commenté le Gorgias, et probablement adopté le point de vue de la rhétorique.
Voici y sur Plotin , une anecdote qui ne se trouve ni dans Porphyre ni dans Eunape, et qui est trèsconforme à ce que nous savons du mépris de ce philosophe pour la vie. rip^^. xvim. «Le philosophe a Plotin , comme on lui disait que quelqu'un était a mort d'une mort violente et non d'une mor£ na- « turelle, s'écria : faiblesse de l'homme qui s' tmaa gine qu'une pareille mort soit mauvaise ! 6 ^/Xo- (c ffopùç lïhtiriVfkÇy iîpuKOTOf rirof or/ o (1) J'tïftt èo'^ayn u nsf^ »v pvaiKS BdLVATàf ri9vtiKev9 Ipiiy^dLTo* » rSf fJLtKpoa KoyiAfy on doPTAi oi AvOp»^ot riv roioxirov OifAToy
« KAM9T0V UVett. »
La ^p«&0. XLViii contient l'opinion de Plotin sur l'astrologie. Plotin accable l'astrologie par ce dilemme : « Les astres sont animés ou inanimés. S'ils « sont inanimés, c^qui n'estpas, comment peuvent*
{{) Vn tel; locution qui se trouve plusieurs fois dans ce manuscrit.
» ils produire quelque effet , opérant sans âme^ f< i4'^x^^ ifi^yùvvTA ? S'ils sont animés^ et que leur « action soit divine , Ouorip^f n ka^' ifAÎs ivî^yti^ « comment donnent-ils à l'un la richesse et tous les (( avantages de ce genre ^ à l'autre la pauvreté et H toutes les autres sortes d'infortune ? » Ce dilemme est le fond du paragraphe onzième du livre Illde la onzième ennéade.
npe&^. XL. (c Les âmes qui n'ont commis que des « fautes légères ne sont condamnées que pour peu w de temps^ et une fois purifiées elles s'élèvent , « non par rapport aux lieux, ce qui est symbolique, « mais moralement, par rapport à leur manière w d'être. Aussi Plotin dit-il : tfr/ IveiyiTAi yî n 4«^X''»
Nous trouvons dans la 7rp*|. xlvi cette phrase remarquable sur lamblique : « Puisqu'il y a dans « Platon trois mythes sur l'autre vie, pourquoi « lamblique, h rtvt avtov iTta-rùKlf^ n'en cite-t-il que (( deux, celui du Phédon et celui de la République ? i< Peut-être celui à qui est adressée la lettre, i<r«r o (c Av9pa7roç -rpof oV iTrotitro rtiv iTrta-ToKtlv , ne l'avaiMl u consulté que sur ces deux derniers. » Il semble que, s'il était ici question de la réponse à la lettre que Porphyre avait écrite à Annebon, réponse qui est l'ouvrage célèbre sur les Mystères des Égyptiens, il n'y aurait pas h rtvt *ûtou iTrio-rohviy mais h TÎi Avrov iTtuTo^i. De plus, la lettre de Porphyre ne contient aucune question sur les mythes de Platon, ni la réponse d'Iamblique ne dit un seul mot k cet
452 OLYMPIODORB^
égard. Enfin il serait fort étrange d'appeler Porphyre ô AvQpûùTOf. Ce passage peut donc nous faire soupçonner qu'Olympiodore aTait sous les yeux d'autres lettres d'Iamblique qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous.
Proclus n'est cité qu'une seule fois dans ce commentaire^ et encore, comme nous le verrons tout à l'heure, à l'occasion d'Ammonius (1). C'est sur celui-ci que ce manuscrit nous fournît le plus de lumières. Olympiodore en parle partout comme d'un maître et d'un compatt^iote. Nous avons établi ailleurs, d'après le commentaire d'Olympiodore sur le premier AlcibiadCy qu'Olympiodore était
(1) Auteur du Commentaire sur les catégories (tj^ristote, et de La Vie d'Aristote qui est à la tête de ce commentaire. Et pour le dire eu passant, nous ne voyons pas pourquoi on enlèverait cette Vie d'Aristote à Ammonius, comme le veulent certains critiques, entre autres M. Stabr, Aristotelia, tom. i", et pourquoi, comme ce dernier, on en ferait un extrait informe et récent d'une prétendue Vie d'Aristote composée au ii' siècle par Ammonius Saccas , sur un prétendu rapport d'Hermias dans Photius , EcL 251. Mais en relisant le chapitre 251 de Photîus sur le livre d'Hermias touchant la proi^idence , je n'y trouve aucune mention d'une Vie d'Aristote par Ammonius Saccas ; j'y trouve seulement qu'Aromonius Saccas réconcilia le premier Platon et Aristote, ti^t KttXéSç rit i K«r/p«v >g TVfiyetyiy iU t9ec 9^ Tof uvTOf 99V fi tandis que le même Photius , ch. 242, sur la Vie d'Isidore par Damascius, parle ou plutôt fait parler Damascius, d'Ammouius , fils d'Hermias, comme d'un homme qui s'était particulièrement occupé d'Aristote, /k^AA^i' ^i t» Afto-TOTt: ouç iitjrxiTo , ce qui permet très-bien de lui attribuer une Vie d* Aristote.
d'Alexandrie. Or^ incontestablement ^ Ammonius était dé la même ville : c'est ce que nous apprend Damascius dans la Yiedlsidore, Bekk.^ p. 341 : u Hermias était d'Alexandrie^ et il avait pour fils « Ammonius et Héliodore. » Olympiodore et Ammonius étaient donc compatriotes. On sent encore uù compatriote qui parle d'un compatriote dans la phrase suivante de la ^p*§. xliv, à l'endroit [déjà cité sur la Chimère : w Voici ce que racontait le phiu losophe Ammonius : Solon , disait41 ^ qui fut «gouverneur militaire d'Alexandrie, m'a souvent « assuré que cette interprétation était fausse : 6 cTg ce f /AoVo^o^ Afifxeùvio< î^n 'in èfÀOt tiTre ttoXAax/*- o So^wy
« T«r Âh^^avJ^pUAf yiVOfJiîVOÇ (TTpfitTJfAfltTHr..... » Voicî
maintenant un passage qui établit qu' Ammonius avait été le maître d'Olympiodore. Celui-ci, combattant la magie et les superstitions populaires , dit, xp«tf . xxxix : « On préteiid qu'il y a encore de nos w jom^, en Egypte, des magiciens qui changent les « hommes en crocodiles, en ânes (1) , et leur font (( prendre les formes qu'ils veulent. Il ne faut pas « croire ces récits. Le philosophe Ammonius nous (( disait dans ses leçons, unev i^juiv i^nyoviJLîVQf'^ ces « opinions populaires me captivèrent moi-même, « et j'y croyais encore à la fin de mon enfance ,
{( AhtiSn roLVTA ihett. » Ceci prouve évidemment qu'Olympiodore avait suivi les leçons d' Ammonius.
(1) Voyez la Luciade.
454 OLYMPIODORE y
Il n'est pas non plus sans intérêt de voir qu'au vi^ siècle la magie était encore une opinion si puissante^ qu'Olympiodore croit devoir la combattre sérieu^ sèment, et qu'un homme comme Âmmonius^ élevé au milieu des philosophes, confesse que, même sur la fin de sa jeunesse, n xcSr ^Alt, il donna dans cette maladie du temps. Enfin, dans le chapitre xl, les mots : ô ^iKoç'otpof i ifjiirtpof ÀfA^atrior» qui sont évidemment pour ô nfiirtpof KttBnyiiAeiv^ ne laissent plus le moindre doute sur la relation de maître à élève entre Ammonîus et Olympiodore. npet^. xl. « Le « politique doit d'abord se former lui-même, comme (c le médecin doit d'abord entretenir sa santé. C'est « en ce sens, selon notre philosophe Ammonius , (c que Jacob disait qu'un médecin ne doit pas être (c malade. Outw youv» &f ^n^if ô ^l^oVo^•< o w/utripor
« ÀfÂfJLÔBfiofy ihty^V ïàLKniCùf 071 ov /e? tATpov FOd-m. »
Ce Jacob était un médecin égyptien très-célèbre , maître d' Asclépiodote d'Alexandrie , et contemporain de Proclus , comme nous l'appi'cnd Damascius dans la Vie d'Isidore, Photii Biblioth.^ chap. 242, Bekk., pag. 344.
np<t^. XLiv, en parlant des lieux escarpés où la mythologie plaçait le brigand Scyron, Olympiodore ajoute comme en parenthèse : n que le phi- « losophe Ammonius disait avoir visité ces lieux , (< îa-Topn KiVàLi. »
np«|. XXIV. «Le philosophe Ammonius râper porte que, quelqu'un ayant dit avec chagrin « à son maître Proclus : Un tel, qui est vicieux.
SUR LE GCNtGIAS DE PLATON. 455
« est pourtant heureux^ et moi je suis malheutf reux; le philosophe répondit : S'il est votre H ennemi , réjouissez- vous tant que tous le
<c Terrez impuni, ^no'h o ptKoa-opof kyLfA&naç oji rS
« Kpi6ii AvrZ piKoo'o^of npcxAor or/ fî ix^^^^ ^^^
Ufo^. xhu (f AmmoniuSy quand on lui citait sa « propre autorité^ répondait ; Qu'importe si j'ai M tort y il KAi KAMf iToina-Ay Et quand quelqu'un (c lui disait : Platon l'a dit, il répondait : 11 ne l'a « pas dit ainsiy et l'eût-il dit ainsi, avec sa permis* (f sion f je ne l'en croirais pas, s'il ne l'a pas prouvé : (( OvK îpn (Âty ouTft^r' ofJLœf shttKot /uoi ô UXatuv^ îs Keti
Il paraît qu' Anmionius avait une manière étrange de répondre aux objections qu'on lui faisait; car, dans la -rpctÇ. xlii, Olympiodore propose de répondre à une objection qu'il prévoit , ce que répondait en pareil cas le philosophe Âmmonius : ao^
Même ^petf. «C'est surtout, dit le philosophe (( Ammonius, quand les médecins ne réussissent (( pas , que les malades disent : Qui m'a donné de c( pareils médecins? Maa/^taj ®r ^ti^tv o ^/^o^o^or « AfxfÂCùViof y il uncTAV ârv^i^^ o' tATpoiy rire oi ka(â-^ a vovTîf /^iyovo't* riç (xot tiViyKt rovrovs rovç tATpovçy, »
456 OLYMPIOIXHIE^
TTpct^. xLViii. «L'astrologie n'a pas d'existence, « car elle détruirait la providence, les lois, les jugera ments. Le philosophe Âmmoniusdit : Je connais i( des hommes qui, selon l'astrologie, sont nés sou- <f mis à l'adultère, et qui cependant restent vertueux « par la force de la liberté. Kai 9n<riv i eixoVo^o*- « AfÂfjLûfviof oTi iyè o7^ ivBptiTrùvf rtvÀf» o^ok kaiÀ rnv
« Àa'TpOKoytAV OéfJLATA (JLOty^Sv Î^OVTctf , KAi a'ÙiipfOVOVV"
<c Tflt^ Tipiyevoixivov rov AvroKtviirov rtif «s^uj^î?^. »
On sait que le rhéteur Aristide avait défendu de toutes ses forces la rhétorique, attaquée par le Grorgias. Olympiodore le réfute sans cesse. Toute cette discussion est sans intérêt, et nous n'en avons pas parlé. Nous donnerons cependant un passage où Olympiodore montre, Tp*^. xli, « que Platon « est si peu ennemi de la vraie éloquence, que, « des trois grands orateurs Isocrate, Démosthènes H et Lycui^ue, le premier fut son ami, les deux a autres ses disciples. Gomment croire Aristide, H quand on voit Démosthènes accusant un certain H Héracléodore, qui avait été quelque temps dis- « ciple de Platon , mais qui ensuite s'était livré au a vice et qui méprisait ses leçons, s'écrier : Tu H ne rougis pas de faire ainsi honte aux leçons que « tu as reçues de Platon! (1) Philiscus (2) dit en-
iitfùêia-m, Ni ce discours de Démosthènes , ni cette phrase ne nous sont connus d'ailleurs.
(2) ^txinfç^ Tût &«¥ y^mÇmv to» Avtcoupyû»^ ^90-ii> ort /uiyuf
w core, dans la Vie de Lycurgue, que cet ora- « teur devint très-habile^ et obtint des succès « que ne peuvent obtenir ceux qui n'ont pas reçu (€ des leçons de Platon. Disons donc comme un « certain philosophe^ tiV ^iAoVo<pof, qu'Aristide ne « s'aperçoit pas qu'il est en contradiction avec lui- « même : car s'il a dit que Démosthènes est le type « d'Hermès^ et que Démosthènes loue Platon , il « s'ensuit que Platon est encore plus divin. On « rapporte que Démosthènes^ assistant aux leçons u de Platon 9 louait sa diction , et qu'un de ses amis « lui donna un coup de poings Tapi^^t Kcvi'v/iovy (c comme n'étant pas attentif au fond des choses. » Quel est ce philosophe qui, avant Olympiodore, avait mis Aristide en contradiction avec lui-même? Ce pourrait bien être Ammonius, si l'on se reporte à la Tpd^. XXXII y où Ammonius prend la défense de Platon contre Aristide. Platon, comparant le vrai politique au vrai médecin, avait prétendu que Thémistocle, Cimon, Périclès n'avaient pas été de vrais médecins d'Athènes, mais ses flatteurs, comparaison et conclusion qu'Aris-
yty9ft Avttôvfy^ç ig voAAtf xariipéeta^ty a, cite ïm ê^ovtcrùv xaTOfétSrai rov fiti tttcfouoxif<tfo9 rSyXoyetf IlXuTttfoç, Nous savions déjà par Plularque, dans la vie des dix orateurs, que Lycurgue avait suivi les leçons de Platon ; mais c'est ici, je crois, le seul endroit qui fiasse mention d'une Vie de Ljcurgue par Phîliscus , ou du moins Runhken ne cite que ce témoignage , Histona critica oraionim gracorum , pag. 159, tom. viii de Reiske.
458 OLYMPIODORB y
tide aidait combattues^ et que les commentateurs du Gorgias avaient^ a ce qu'il parait^ assez mal défendues; et même l'un d'eux avait donné un peu tort à Platon^ i^Aihn kakZç UTt rtf tSv i^tiyifrSv Wt * ïîKATeùV KAK»f uiri TTîpi etvrSf ( Thémistocle , Cîmon, Pérîclès) ravret o Àfna-nUnf «Ti* to taîOo^ rSf hiym ifApiCoKA i-roitiaz. Ammonius avait pris la dé* fense de ce passage du Gorgias y en se fondant sur le quatrième livre de la République, où la politique est aussi comparée à la médecine : « ^nd «Te o « pihiiFQ^ùf AfÂiJLaviof on KttCm À^opfÀAf ix, rov nràiptov « rSv 7r9Ktrn5y rpetvSo'ûtt Iati^ to J^yfJiA rovro» Sç-rt « Si rotovSi. >» Et il distingue trois sortes de médecine : a la fausse , qui est une pure flatterie et « passe au malade tous ses caprices^ aux dépens « de sa santé; la vraie, qui, n'ayant en vue que « la santé , s'oppose à tous les caprices du malade, « et au lieu de flatter commande ; enfin une mé- « decine intermédiaire, qui participe de l'une et « de l'autre. Il y a de même trois sortes d'élo- « quence : l'une fausse^ toute flatteuse; l'autre vraie, « collaboratrice de la politique; et une troisième « intermédiaire, qui, sans donner tout-à-fait dans la (( flatterie, sacrifie quelquefois la vérité. Les hom- « mes d'État dont il est question possédaient cette « éloquence intermédiaire. « On peut supposer que ce morceau est d' Ammonius, comme semble l'indiquer UtI^CÙ et TOiOvSê.
Voilà donc, sur Ammonius fils d'Hermias, un certain nombre d'anecdotes, de mots plus ou moins
importants qui pourraient servir utilement à une monographie de ce philosophe*
A propos des anecdotes que cite Olympiodore relatiyementà Ammonius, il faut remarquer qu'en général ce commentaire abonde en anecdotes philosophiques. En voici une qu'il n'est pas mal de sauver de l'oubli^ quoique Olympiodore ne nomme point le philosophe auquel elle se rapporte, rip^f. i. « Un philosophe^ pressé par la soif, entra dans une « taverne et y but de l'eau. Comme il quittait la « taverne , un homme qui sortait d'un temple le « rencontra. Quoi ! lui dit-il , tu es philosophe et « tu sors d'une taverne ? — Oui, répondit le philo- « sophe, je sors de la taverne comme d'un temple, « et toi d'un temple comme d'une taverne. C'est la w conduite qu'il faut juger, et non le lieu où l'on <cvit(1). »
Il faut encore signaler dans ce manuscrit un certain nombre de vers, sans désignation du nom de leur auteur, dans le genre de ceux que nous avons déjà trouvés dans le Commentaire d'Olympiodore sur VAlcibiadcy et qu'avec M. Creuzer nous avons rapportés a Proclus. Dans l'introduction , nous avons vu ce vers, tiré, dit positivement Olympiodore, d'un hymne a Dieu ( v^Avoi eiV flgoV ).
(1) ITp«|. I, fol. 4. Afiixtt ^iXiov^ii rtç h-^iotts u9^hHf ttç T0 KaTffiXtïov j^ f îriff »^«p ' UTA iiiùfTi tùùrS ttiFfifVfiffi rtç i%-i Itf^û îitfzifAif9S 9^ Mytt nùrf ûti ptXonÇoç «y ixo tou KttirtiXuèu iiifz^f* • JV fn^v in tysà fttf «x« rov ««^«^i/o»
« Toi de qui tout vient , qui ne viens de rien , et pour cela es « seul. »
Upd^. IV, Olympiodore cite encore les trois vers suivants du même hymne à Dieu :
n»{ tf"! XOT^fl» ^fX^l^etl/UI TOV Ov/t VOfl» ITfpiXN^O-o'v ^
<c O toi qui es au-dessus de tout, poui'quoi te chanter davantage? « Comment te célébrerai -je , toi qui es au-dessus de toutes
« choses?
a Quel éloge te convient, à toi que l^esprit ne peut comprendre? »
Les deux derniers vers sont de nouveau cités dans la Tpflt|. VII. Mais à qui appartient cet hymne à Dieu, dont ce manuscrit nous révèle l'existence? Évidemment à un Alexandrin, car le caractère de la diction est entièrement moderne. L'analogie porterait à penser qu'il est de Proclus, puisque nous savons par le Commentaire d'Olympiodore sur VAlcibiade, qu'outre les sept hymnes parvenus jusqu'à nous, Proclus doit en avoir fait d'autres, ou perdus, ou encore cachés dans quelque manuscrit, comme les trois hymnes qu'Irîarte et Tychsen ont découverts à Madrid et à l'Escurial , et qui depuis se sont retrouvés dans presque toutes lès biblio* thèques de l'Europe (1).
(1) Je les ai retrouvés et à la bibliothèque Ambroisienne et à la bibliothèque de Paris , et je me propose de les publier de nouveau avec les nombreuses variantes que j'ai recueillies.
Notre tâche est ackevëe : nous croyons avoir tiré de ce manuscrit à-peu-près tout ce qu'il renferme. En résumé^ il nous donne 1"". un certain nombre de pensées morales et religieuses , qui ne sont pas sans intérêt ; 2". une exposition complète et méthodique du système mythologique des Alexandrins^ avec l'explication d'un bon nombre de mythes particuliers; 3*. pour l'histoire de la philosophie il nous fournit , à ne parler que des renseignements nouveaux, sur la première époque, la vraie leçon d'un vers orphique , une anecdote vraie ou fausse sm^ Gorgias et le texte même d'un de ses préceptes; sur la seconde époque , relativement à Socrate , le mot d'Isocrate à An i tus et à Mélitus; une nouvelle biographie de Platon , qui tantôt confirme , tantôt modifie sur plusieurs points les deux biographies et de ce même Olympiodore et de Diogène de Laërte; l'indication d'un ouvrage inconnu d'Aristote , savoir, un panégyrique de Platon ; sept vers, jusquela ignorés d'Aristote, à la louange de Platon ; enfin trois définitions stoïciennes ; pour la troisième époque, il nous apprend l'existence d'un grand nombre de commentaires du Gorgias y intérieurs à celui d'Olympiodore, et les points de vue différents dans lesquels ces commentaires avaient été composés; peut-être il fournit l'indication d'autres lettres d'Iamblique que sa lettre connue ; il donne en outre quatre vers nouveaux d'un hymne à Dieu qu'on pourrait, par analogie, rapporter à Proclus;
462 OLYMPIODQRBy. SUR LB G0R6IAS DB PLATON.
enfin un bon nombre d'anecdotes sar Anunonius filsd'Hermias, avec quelques morceaux inconnus de ce philosophe. Il me semble que Toilà de, qaoi, sinon élerer bien haut ce manuscrit^ du moins justifier la peine que nous avons prise de le faire connaître avec quelque étendue.
OLYMPIODORE,
COMMENTA IRB IlfEDTT
FoRSTBR est y je crois, le premier qui dans son édition du Phédon, Oxford , 1 755 , ait donné quelques lignes de ce commentaire, empruntées aux manuscrits de la Bodléïenne. Fischer enrichit de ces citations son édition du Phédon, Leipsig, 1 783^ sans les augmenter d'aucune citation nouvelle, ce qu'il aurait pu faire pourtant à l'aide du manuscrit que possède la bibliothèque de Seijtz près Naum-^ bourg (1 )• Wyttenbach^ qui avait à sa disposition les manuscrits de la bibliothèque de Leyde (2), en tira quelques fragments nouveaux qu'il inséra d'abord dans son édition àes Morales de Plutarque , puis dans son édition du Phédoriy Leyde, 1 806. MM. Schinas et Mustoxidi ont publié à Venise, en 1817, quelque chose de ce commentaire dans leur XvhhQyi
(1) Voyez le catalogue de cette bibliothèque pay M. Millier, Notitia codicum mss. Bibliotecœ Naumburgo^Cizensis , Partic, II y MDCCCvn.
(2) Voyez le catalogue de cette bibliothèque, pag. 335, 394, 396.
464 OLYMPIODORB^
iTFOiT'p'Aa'iiArieàv ivîKi'ortaVy d'après les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Marc. Il m'a été impossible de me procurer le travail de ces deux messiem^s; je sais seulement qu'il contient un assez petit nombre de pages du commentaire en question. Sainte- Croix (1) entreprit de le faire connaître avec les manuscrits de ]a Bibliothèque de Paris , dans une notice trop souvent citée ^ mais qui ne mérite aucune conSance. Elle n'a que quinze pages , sur lesquelles il n'y en a pas cinq qui regardent ce commentaire du Phédon; les autres se rapportent aux autres ouvrages du philosophe alexandrin , qui alors étaient également inédits. J'ai fait voir ailleurs que le peu de mots qui concernent le commentaire du Gorgias sont entièrement défectueux. Je regrette d'être obligé de déclarer que Sainte-Croix est tout aussi inexact quand il parle de l'ouvrage auquel sa notice est particulièrement consacrée. Il m'a donc paru nécessaire de faire sur ce commentaire un travail sérieux , semblable à celui que j'ai fait sur le commentaire du Gorgias^ afin que les amis de la philosophie ancienne sachent, non plus par quelques citations rares ou par quelques mots hasardés, mais par une description fidèle et par des extraits d'une étendue suffisante, dans quel état nous est parvenu et ce que vaut réellement le seul commentaire qui nous reste d'un des plus admira-
(1) Dans le Journal encyclopédique de Millin, 3* année, lom. I, an 1797.
SUR LE PHBÏXHf. 46S
bles ouvrages de Platon^ d'uh dialogue dont rimmortalité se confond avec Fimniortalité même de Socrale. Quand il s'agit d'un pareil monument^ nul renseignement ne peut être indifférent^ et toutes les lumières^ même les plus douteuses^ doivent être recueillies avec une sorte de religion.
Je commencerai par une revue des manuscrits du commentaire du Phédon que possède la Biblio* thèque royalede Paris ; ce «ont les manuscrits 1 822« 4823,1824, 156 et 2535.
Le meilleur de ces cinq manuscrits est le manu<scrit 1 822. Il contient les commentaires d'Olympiodore sur le Gorgias^ \ Alcihiade^ le Phédon et le PhÙèbe. Â la fin du manuscrit, on lit qu'il a été copié à Venise en 1 535, par Ange Vergèce de Crète, TAfÀ kyyiht^ BipyiKstjt t<w KpuTi.Il estin-folio, de simple papier, d'une très-belle écriture, et justifie à tous, égards la réputation d'Ange Vergèce. Or, nous savons par Zanetti (1) et par Morelli (2), que la bibliothèque de Saint-Marc possède deux manuscrits de ce même commentaire. J'ai moi-même , à Venise, examiné avec soin ces deux manuscrits, dont l'un , coté 1 96 (3) , est un manuscrit très-précieux, environ du x* siècle , c'est-à-dire le plus ancien de tous les manuscrits d'Olympiodore à moi connus. Il est probable que c'est sur ce manuscrit qu'Ange Vergèce aura copié celui que nous avons a Paris. En
(1) Caial. Gr<zc. />. Marc. Bibl. Cod. cxcvi, pag. 109.
(2) IL A. D. Marc, Biblioth. pag. 119.
(3) Zanetti , 1. c.
466 OLYMPIODORB^
éEkt ils sont pai^siitenient conforme» run à rautre» Tons deux renferment les quatre cQminentaire» dans le même ordre, et je n'ai rien trouvé de moÎM dans le manuscrit de Paris, si ce n'est un distique grec écrit au bas de la première feuille du manuscrit yénitien. Ce dernier manuscrit est in-4*> et en parchemin. C'est incontestablement l'original de notre manuscrit 1 822.
Le manuscrit 1 823 n'est point, comme le manu* scrit 1822, exclusivement consacré à Olympîodore*. Il contient divers ouvragesen tête desquels sont les deux commentaires d'Olympiodore sur le Phàdon et sur le Philèbe^ tous deux écrits d'une autre main que les autres ouvrages ; et cette main, comme on le lit dans une note placée à la fin du commentaire sur le Philèbe, est celle de Valérianus de Forli, moine de l'ordre du SaintrSauveur, qui a écrit ce manuscrit dans le monastère SaintrAm* broise, l'an de notre Seigneur 1536. L'écriture est belle, le manuscrit iu-iblio et en papier.
Le manuscrit 1824, in-folio, en papier, ne contient que les deux commentaires sur le Phédon et le Philèbe. Il ne porte ni nom de copiste, ni date, mais l'écriture est bien plus récente que ceUe des manuscrits précédents (1).
Le manuscrit 156 vient de la iMbliotbèque de Saint-Germain-dcfr-Prés, et Montfaucon en parle
(1) Sainte-Croix dit que « ce manuscrit est fausscffDent attribué au célèbre et laborieux calUgraphe Aage Vergdee. » Je ne sais où il a trouvé cela , car ce manuscrit ne porte isiucun
BihL CoisL , cod. cl* vi» page 21 9. Il est de papier, in-folio^ et contient le commentaire sur le Gorgias et le commentaire sur le Phédon. Encore plus ré^ oeut que le manuscrit 1824.
Bnfin le manuscrit 2535 contient^ au milieu d'une foule de pièces, un fragment du commentaire d'Olympiodore sur le Phédon. Ce fragment^ composé de onze pages, est la fin du commentaire telle qu'elle se trouve dans les autres manuscrits* Petit in-4% de papier très-récent ^ et de nulle valeur*
Tels sont les manuscrits qui se trouvent à la Bi-* bliothèque de Paris, et qui serviront de base à notre travail. Je m'appuierai particulièrement sur le manuscrit 1822^ copie d'un original ancien et ce* lèbre, comme je l'ai fait pour le commentaire du Gorgias, et j'aurai recours aux autres manuscrits dans leur ordre d'ancienneté, toutes les fois que j'en aurai besoin. .
Il s'agit maintenant de soumettre à un examen plus approfondi le manuscrit 1 822.
Dans ce manuscrit 1 822 le commentaire d'Olympiodore sur le Phédon vient à la suite du commentaire sur VAlcibiade , et s'étend depuis le feuillet 153 jusqu'au feuillet 235 où commence immédiatement le commentaire sur le Philèbe, ce qui donne au commentaire du Phédon 82 feuillets.
Mais le commentaire du Phédon ne commence
nom de copwte ; mais Sainte-Croix aurait très-bien fait de rendre à ee même Ange Vergècé le manuscrit 182i, qu'il attribue lui-même à Ange Bergori , parbitement inconnu.
468 OLYMPIODORB,
pas immédiatement après celui de VAlcibiade ; il y a entre ces deux commentaires A feuillets en blanc qui indiquent une lacune ; et cette lacune est attestée par la note suivante à la marge du feuillet 1 53 i
hêiTFU Ji iKTov i¥rtypaçov9 if iKi7 yiypATTAh i^ àpx^f ToS Ao^ou ^vK\A %Z • Scholies du philosophe Olym^ piodore sur le Phédon de Platon ; mais il manque à ce manuscrit^ commjB il est écrit ici, six feuillets du commencement. Cette note prouve que le co^ piste ayait trouvé cette même lacune dans le manuscrit de Venise , et en effet je l'y ai vérifiée. Le commentaire commence brusquement par une explication de cette phrase de Platon : ou y^ivrai la-taç fiiA^îTAi etvriv où yAf pA^i BifjLirov iivAt (1) : c'est-àdire à la page 11 du dialogue^ selon l'édition de Bekker.
Cette même lacune est dans le manuscrit 1823 , qui porte aussi à la marge : ÔKvfjLTioJ'dfiov ^iao^-o^ov 9')^KiA 6/V ToV liKÂrmot ^ûtiJ^mA* kutu H roiiroif ta I^ *PX^^ ^uAAflt î|, et qui commence comme l'autre par ces mots : où ^ivroi iaaf finM-îTAi ctvroy ov ydf ^ûto*/
^BfJLITOV UVAi,
Le manuscrit 1 824 n'avertît point de cette lacune, et semble entier au premier coup d'œil : ôau^- •Tio<r«/>ow ^ihoffiçov g/V rov U^Aravoç ^aiS^avA, Où fJLîvroi,.,
(1) <i Seulement il pourra bleu ne pas précipiter lui-même le départ ; car on dit ique cela n'est pas permis. » (Tome i**^ de ma traduction franc., pag. 194.)
SUR LE PnEDON. 469
mais la lacune, sans être marquée, n'en existe pas moins.
Le manuscrit 156 la signale en laissant dix feuillets blancs ayant où fjiivTot Ut»f.,.. (1).
Je puis assurer qu'aucun manuscrit de Turin , ni aucun des nombreux manuscrits de la bibliothèque Ambroisienne, que j'ai tous soigneusement examinés, ne comble cette lacune de six feuillets. Elle est aussi dans le manuscrit de Saint-Marc, qui parait la source commune de tous les manuscrits d'Olympiodore, répandus dans les diverses biblio-r thèques de l'Europe. On peut donc la regarder comme irréparable, à moins de quelque découverte inattendue.
Cette lacune est considérable, et elle tombe précisément sur la partie du commentaire qui aurait pu nous fournir les renseignements les plus précieux sur l'histoire de la philosophie. En effet tout commentaire alexandrin est ordinairement (2) précédé d'un préambule, Tpooifjnov^ dans lequel le commentateur, expliquant le but et le plan du dialogue, rapporte les opinions de tous ses devanciers , pour les combattre ou les adopter, ou les mettre d'accord entre elles j et c'est ainsi que nous ont été révélés
(1) Sainte-Croix: « Tous les manuscrits, et notamment le premier , celui de Saint-Marc , se trouvent incomplets , et les copistes estiment qu'il y manque environ douze pages în-fol. »
(2) Voyez lous ceux de Proclus , et les autres commentaires de ce même 01 jmpiodore .
470 oLYJUPiommE f
beaucoup d'ouvrage» perdu» doni on ne soupçon*^ nait pas l'existence. Le préambule est aussi consacré à faire connaître en détail les personnages du dialogue, Tflt TpoffciTru^ et en eux-mêmes et dans le rôle qi^'ils jouent ou (jue le commentateur leur fait jouer dans le dialogue de Platon. Or ici de pareilles explications^ même mêlées de quelques hypothèses^ eussent été de la plus grande importance ; car les premiers interlocuteurs da Phédon sont Phédon lui-même et Échécrate^ deux personnages intéressants sur lesquels nous ayons très-peu de lumières; Tun qui*est devenu le chef de l'école d'Êlis (Diog. de L. II, 105) î et l'autre de Phlionthe, ville de Sicyonie, qui fut peut-être le pythagoricien dont il est parlé dans la neuvième lettre, supposée ou réelle, de Platon à Archytas ( Diog. de L. viii, 46, et lamblique, F'ie de Pfthagore, i, 36). Parmi les seconds interlocuteurs^ c'est-à-dire les personnages qui assistèrent à la mort de Socrate , se trouvent Simmiaset Cébès de Thèbea, tous deux philosophes distingués, qui avaient écrit plusieurs ouvrages, dont un seul, le Tableau^ est arrivé jusqu'à nous ; Eschine, l'auteur des petits dialogues que nous pos^ sédons encore; Antisthène, le chef célèbre et si peu connu de la première école cynique; Euclide, le chef de cette école mégarîque si importante et si obscure ; enfin il est question, dans cet endroit du Phédon^ de la maladie qui empêcha Platon de se trouver à cette grande scène , et de l'absence non motivée d'Aristippe. Il est impossible que sur tout
SUR LE PHraON. 474
cela le oomiiientaire d'Olympiodore n'eAt pas don-^ ne, en voulant faire connaître les persomaages du dialogue, quelques lumières plus ou moins pures , dont nous sommes prives par la lacune qui existe dans tous les manuscrits.
Poursuivons l'examen de ce commentaire dans le manuscrit 4822,
Ce commentaire y est divisé en Trfo^uf ou leçons, comme il a été montré ailleurs; chacune de ces leçons porte sur un ou plusieurs passages du Phédon, qui sont d'abord cités , puis commentés. Les différentes 'rp^etf ne sont point ntusuérotées, mais elles se suivent, et commentent successivement le dialogue de Platon depuis la phrase où (livrot jusqu'à ^iiJtiv ri ufAi i fAnHf ^Sfjnfi Bekker^ p. 37 (1). Ici, c'est-à-dire au feuillet 174 du manuscrit 1822, après quelques lignes de commentaire, commence une lacune nouvelle indiquée par trois feuillets en blanc et signalée par cette note : iff&ct uta Aim/ 1 j& rov ivrty^di^ov Kjfsi in ^vaaa é., il manque encore ici cinq feuillets. Cette lacune s'étend depuis : (pi^iv n tlifu^h.. etc.., jusqu'à : Ovkovv romS^^ rty i S"' oç i Sa»- Kf «Tff f > M ifÂif iv$pi^^0Lt jdVTovV» depuis la page 37 de Bekker jusqu'à la page 46 (2).
Le manuscrit 1823 présente la même lacune, et en avertit : ^utu ^vkka i. Le manuscrit 1824 n'en porte aucune trace visible , et ne l'indique point ^
(l)TracluctioD franc., tom. i , pag. 223.
(2) Pag. 233 de la traduction franc.
mais la renferme également. Le manuscrit 1 56 la signale par un certain nombre de feuillets blancs , et par cette repiarque marginale : hi*vrA Kêi^u in T9V imyfàipov Ksfd irifov ^vKKa. f. Ka^ iripou prOUTC que cette copie a été faite ou du moins coUationnée sur plusieurs manuscrits où la lacune se trouvait aussi^ et en effet je Tai retrouvée et dans les manuscrits de Venise et dans ceux de Turin et die TAmbroisienne(l).
Après la nouvelle lacune que nous venons de constater, le commentaire continue dans le manuscrit 1822, pendant quelques feuillets depuis ovj^our To/dr/e Ti. . jusqu'à o/>* Sii W rî/e ^ Bekker , page 50 (2) ; endroit où/ sans aucun signe de lacune, se rencontre une phrase dont les deux parties, considérées avec un peu d-attention, sont inconciliables, et témoignent d'une solution réelle de continuité : Tft rpiTOï^ tTi^upHi^àL To iic rSf ^««< Zrt lî ^wp^Ji i't<F'7ri^gi
OT/ ^tùOTOiof Avro 3^ âf AvroKivuror ai yàç akKai 4*'X*' ^&ai ùa-i tSv a't»(j,Aravy oi ^aovo'tv AÙrÀy i'i^m iTtJ^nKTiKÀ <^i T!!fÀ?^ii^ovf i^nyn^îùùfi'^pêiroy (jiiv oia^... Il est évident que S^^m i'TiJ'ujùrtKÀ «Té.... n'est pas une suite de où Çdova-iv AÙTûL Et à l'examen on trouve que les phrases subséquentes > au lieu de se rapporter aux passages du Phédon qui suivait opot cT» ,^ tombent
(1) Sainte-Croix ne dit pas un mot de cette nouvelle lacune.
(2) Trad. fr» pag. 237.
SUR LE PHEPOlf. 473
sur ou fjiifTot... etc. Le commentaire revient sur ses pas ; il reproduit à-peu-près les mêmes arguments déjà développés au cmnmencement, avec cette différence qu'au lieu de former des leçons distinctes qui citent un passage de Platon et qui le commentent^ le nouveau commentaire ne donne aucune citation de Platon , et n'est plus qu'une suite de remarques dont la forme est précisément celle du commentaire du même Olympiodore sur le PAilèbe : chaque remarque tM>mmence par on. Ces remarques qui, dans le manuscrit 1822 commencent au feuillet 180, s'étendent jascpi'à la fin du commentaire, feuillet 235. Elles parcourent successivement toutes les parties du Phédon , et composent un nouveau commentaire complet et distinct du premier. Il est singulier que le manuscrit 1 822 ne porte aucune trace visible de la distinction de ces deux commentaires^ Le manuscrit 1823, le manuscrit 1 824 , et le manuscrit 1 56 sont entièrement conformes au manuscrit 1822. Il en est de même de tous les autres manuscrits que j'ai comparés^ de Turin, de Milan et de Venise (1). Mais je trouve un soupçon quelconque de cette lacune dans le mot TftiL^KCoKAh extraits, écrit d'une main qui né parait pas celle d'Ange Vergèce, à la marge du ma* nuscrit 1 822. Et quelqu'un qui avant nous aura lu le manuscrit 1823, aura sans doute été frappé
(1) On se doute bien que Sainte-Croix , n'ayant pas indiqué la lacune du milieu , ne soupt^onne pas celle-là , qui suppose une étude un peu sérieuse.
474 ' OLYMPIODORB y
comme nous de la discordance de la phrase que nous avons citée, car il a écrit ces mots à la marge : quœ sequurUur non viderdar cohœnre cum pr^s^ cedentibus. Le manuscrit 1824 contient à la marge une remarque du même genre , inais qui a plus de portée encore : à principio Ubri explicatio.
Le résultat de ce petit travail préliminaire est donc la distinction de deux commentaires tout» a-fait différents y dans ce qu'on a jusqu'ici appelé le Commentaire d'OIympiodore sur le Phédon.
Ces deux commentaires diffèrent entièrement dans la forme. Le premier, comme nous l'avons vu, n'a. ni commencement ni fin, et il a au milieu une assez forte lacune ; le second, qui manque du com^ mencement comme le premier, n'a point d'autres lacunes au moins importantes; il est achevé et parfaitement complet. Il est donc beaucoup plus étendu que l'autre ; il en serait plutôt un développement qu'un extrait, et ce n'est pas dans ce dernier sens qu'il faudrait entendre le mot 9r<ep«it^ CoKiti du manuscrit 4822. S'il y a extrait, ce serait d'un autre commentaire que nous n'avons plus* Tout porte à croire qu'il s'agit ici de l'enseigne* ment même d'OIjmpiodore. En effet, l'un et l'autre commentaire paraissent de simples notes, que des écoliers d'Olympiodore prenaient à son cours, et dont nous avons ici deux rédactions différentes. Le premier commentaire ressemble à ceux de VAlcibiade et du Gorgias; le second à celui du Philèbe.
SUR LE raraioN. 475
Deux commentaires aussi dissemblables exigent ou comportent deux articles distincts et même différents. On pourrait analyser le premier , qui est asses court y leçon par leçon , en rendant compte successiTement de ce qu'on trouTcrait d'un peu remarquable dans chacune d'elles. Le second com^ mentaire est' trop étendu pour qu'une pareille analyse puisse lui être appliquée. On pourrait y négliger la suite des 071» ou chapitres, et se borner a interroger ce nouveau commentaire du Phédon, comme nous avons fait celui de Gorgias^ sur Ite trois grands points qui embrassent à-peu*près tout ce qu'on peut chercher dans un commentaire alexandrin, savoir : l"". les idées philosophiques elles^m^es; S"*, les explications mythologiques; S"", les renseignements relatifs à l'histoire de te philosophie.
Je me propose de remplir ici la première tâche. Elle est ingrate, il est vrai, mais, écrivains ou lecteurs, on peut bien affronter un peu d'ennui quand il s'agit du commentaire d'un ouvrage dont le sujet est la nature et la destinée de l'âme , le héros, Socrate, et Platon, l'auteur.
Extraits du premier commentaire.
1*^* Leçon ou chapitre I*' (1), commençant au feuillet 153 du manuscrit 1822, et allant jus-
(1) Il est bien entendu que ce numérotage n'est pas dans les^
476 OLYMPIODORE,
qu'au feuillet 456, depuis ces mots du Phédon: Ov fJLéfrot (i) 1^»^ ^iMîTttt.*.. Bekker, pag. W ; traduction fiançaise, tom. I*', pag. 194 : fc Seulement ce il pouira bien précipiter lui-même le départ » , jusqu'à ceux-ci : o fâifroi pvp «Tir «Afi^ir..., Bekker, pag. j3; traduction française : u Mais ce que tu disais en même temps » , pag. 1 96.
L'endroit du Phédon qu'Olympiodore commente ici roule sur la question du suicide ; Platon aborde cette question et la résout par des arguments empruntés à la raison , et aussi en se référant à la religion et à la maxime enseignée dans les mystères : que nous sommes ici-bas dans un poste, et qu'il nous est défendu de le quitter sans permission. C'est là un thème parfait pour la philosophie alexandrine, qui, fidèle à l'exemple de Platon, et en faisant même un principe systématique, considère toute question sous deux faces , l'une ration-^ nelle, l'autre mythologique.
Rationnellement la question du suicide est difficile. Selon Olympiodore, l'opinion de Platon n'est point absolue à cet égard, çt l'auteur du Phédon admet des cas extraordinaires où le suicide serait permis ; mais cette prétendue hésitation de Platon ne repose que sur. une leçon Ticieuse substituée . mal à propos par Olympiodore à la leçon unanime
manuscrits, et qu'il n'est employé ici que pour mettre un ordre quelconque dans la suite de ces wftiltiç,
(1) Bckker, avec les meilleurs manuscrits : fiinût y\
des manuscrits. Platon dît^ Bekker^ pag. 13 : ov« ikùyov fin Tpirf^Qv aÙtov «rw'OJtTiKm*/ J'ûvy Tpîr div AfdyKtiv nvÀ i 0ior.firi9r</[x4^> SffTip^ luii rnv tvf 'WApovo'dbP i ce qui veut dire : « Qu'ail ne faut pas quitter la yie de soi-même avant l'ordre de Dieu ^ ccmune dans le cas présent. » Tout le monde a entendu ainsi ce passage; mais ^ au lieu de ^iV> Olympiodore lit e/ ftif > et à ivAyiuiv t/ka il ajoute fAêyttKffPj ce qui a l'air de signifier qu'il ne faut pas se tuer soi-même, à moins qu'il n'y en ait quelque motif considérable. Nul manuscrit ne donne la leçon fiî (juî. Les raisonnements de Platon ne con«tiennent aucune réserve, et Olympiodore s'écarte ici visiblement de Tesprit de la philosophie platonicienne, et incline à la doctrine du stoïcisme. Je citerai textuellement le morceau suivant, comme n'étant pas sans intérêt pour l'histoire de cette dernière doctrine :
« Les stoïciens comptaient cinq cas de suicide « légitime. Un banquet, disaient-ils, peut être in-* H terrompu soit par une nécessité soudaine, comme « l'arrivée inattendue d'un ami, soit par l'invasion « de gens ivres qui profèi'ent des discours hon- « teux, soit par l'ivresse qui Surprend les convives, « soit par les effets pernicieux des mets que l'on « sert , soit enfin parce que ces mets viennent à « manquer. De même, on peut mettre fin à sa vie « en cinq cas : 1 **. dans une grande nécessité : c'est «ainsi que Ménécée s'immola pour sa patrie; « 2*". quand un tyran veut nous obliger à révéler
A78, OLTMPfODORB,
(c UQ secret : ainsi fit cette femme pythagoricienne a qu'on Youlait forcer à dire pom-quoi elle ne man-* « geait pas de fèves : j'en mangerais^ dit-elle, plutôt H que de le dire ; ensuite, comme on roulait lui en tf faire manger : je le dirais {lÀutôt que d'en man-*- «r ger ; et elle finit par se couper la langue ; 3*« on 9C peut se to^ par suite de démence, accident pu«^ a rement corporel ; la démence étant une îrresae « naturelle ; 4"*. lorsque le corps est livré à des « maladies incurables qui l'empêchent de serrir H d'instrument à l'âme ) 5*« pour cause de pauvreté « extrême, si Ton ne peut recevoir de bienfaits que fr de la part des méchants, car leurs présents sont « impars tsomme eux.»
Les pythagoriciens étaient plus rigides, et Phi^ lobus interdit absolument le suicide dans le lan--* gage symbolique propre à son école. « Lorsqu'on « va au temple^ dît Philolaus, il ne faut point re^ a venir sur ses pas, ni se mettre à fendre du bois , « quand on est en route. Àiniprt lU Upov ov* i^/- <♦ ^r^i0t(T^Ai m h Up^ii.n «r;^if«iVfvx*j» sentences que je ne me souviens pas d'avoir vues ailleurs, et que Boeckh n'a pas connue^ ou qu'il a peut-être mépri^ sées , ainsi que le récit qui les accompagne dans Olympiodore. Celui-ci raconte que « Philolaus était a venu à Thèbes en Béotiè ^ échappé du désastre a des pythagoriciens dont l'auteur était Cylon , « lequel ayant été exclu de la société pythagori- (( cienne, mit le feu à l'école, de sorte ip(t tous les a pythagoriciens furent brûlés, excepté Philolaus
Sim LB PHEPOK. 479
a et Hipparque. Fhilolàos yint à Thèbes pour y <c iaire des libations sur k tcmdieaa de Lysis , son ce maître^ qni y avait été enseTeli ; et c'est là qu'il u connut Cébj»^ n Boeckh (1) voudrait qu'au lieu d'Hipparque, on lût au moins Arohippe^ que don*. nent lambliqne (2) et Porfdiyre (3), d'après Neanr tliès. Porphyre, probablement d'aj»*ès ce même Neanthès^ met Lysis an lieu de Philolaus^ et ajoute que c'est ce même Lysis qni^ s'établissant k Thèbes, devint le maître d'Épaminondas. Cette version est fim vraisemblable ; mais elle a l'inconvénient de ne rien dire de Philolaus et de son séjour à Thèbes, ce qui est dans tout ceci le seul point certain, puis* qu'il est attesté par Platon, et le seul aussi qui ait de l'importance pour l'histoire du passage dn pythagorisme sur le continent de la Grèce.
Olympiodore, malgré les doutes qu'il impute à Platon et qu'il semble partager lui-même, ne donne pas moins trois arguments qui lui sont propres, dit-il, pour prouver qu'il n'est pas permis de se donner la mort. Voici ces trois arguments : <c l"". Dieu (I ne se borne pas k la conscience de lui-mfême : il
(1) Philolaos,i^p 12.
(2j Fie de P/thagore, ch. 35, édit. KiessUng, p. 28S.
(3) Fie de Pftkagore, cb. 55 , édit. Kîesslîag, p« 90. Diogène de Laerle donne , avec Lysis , Archytas de Tarente, que Ménage propose aussi de changer en Jrckippe. La proposition de Boeckh est d'autant plus admissible, que les manuscrits d'Olympiodore estropient les noms, et donnent Gjrlon pour Çyhn, et, plus bas, Aleihiade au lieu de Cébès:
480 OLYMPIODORE ,
a est la providence de ce monde. Ainsi , le philo^ (( sophe qui prend Dieu pour modèle, car la philoce Sophie est la jius haute ressemblance avec Dieu, « ne doit pas se borner à la réflexion ; rien ne l'em- (( pêche d'agir, ni d'exercer upe sorte d'action proie yidentielle sur les choses inférieures, sans perdre c( sa pureté. Après la séparation de l'âme et du corps c(. opérée par la mort, il n'est pas difficile de vivre u dans la pureté; mais c'est une belle chose de se « conserver incorruptible pendant que l'on est as* « sujetti au corps. 2**. De même que Dieu est préce sent en toutes choses, de même l'âme doit être « présente dans le corps et ne point s'en séparer ; « 3®. un lien volontaire doit être délié volontairece ment; un lien involontaire doit l'être involon- (e tairement. La vie physique est involontaire ; c'est ce un lien qui doit être dénoué sans l'intervention ce de la volonté, c'est4i-dire par la mort naturelle, (e tandis que la vie des sens, quç nous avons em- (e brassée librement, doit avoir une fin volontaire, (e la purification de nous-mêmes. »
Telle est la partie rationnelle de cette leçon; avant de rendre compte de sa partie mythologique, il est nécessaire de dire quelques mots du caractère de la mythologie alexandrine, qui ne nous parait pas avoir encore été mis dans son véritable jour. , ^
Il y a deux sortes d'erreurs , deux points de vue également faux ,' relativement à la mythologie des Alexandrins. Des savants de l'orelre le plus élevé.
frappés de Tévidente profondeur des interprétations alexandrines en général^ n'ont pas hésité à demander à cette école des lumières sur les anciennes religions grecques et asiatiques; et, selon nous, en suivant des interprétations du iv*, du v* et du vi* siècle, ils ont souvent prêté aux cultes antiques et à l'art qui a servi d'interprète à ces cultes, des intentions étrangères, inconciliables avec les faits et même avec l'état de la civilisation à ces époques reculées. D'autres savants , trop judicieux pour ne pas apercevoir l'erreur des premiers , mais égarés par la justesse même de leur critique, et se jetant d'mie extrémité à l'autre, de ce que les Alexandrins ont souvent imposé k l'antiquité des idées dont elle était incapable, ont conclu que ces idées n'avaient aucune valeur, et que toute cette mythologie mystique ne méritait ni l'intérêt ni l'étude des hommes raisonnables. Mais il ne s'agit pas seulement d'archéologie dans cette affaire. Les Alexandrins n'étaient pas de purs antiquaires qui, appliquant leur esprit à l'étude des faits religieux comme à celle de tous les autres faits, en cherchaient l'explication la plus légitime selon les règles de la critique; c'étaient des philosophes, des hommes d'État qui avaient pris parti dans la grande querelle du temps, et qui, ne voulant point accepter la religion nouvelle, ne pouvant plus sérieusement soutenir l'ancienne telle qu'elle était, s'étaient trouvés conduits à la transformer à l'aide d'une interprétation souvent ingénieuse, quelquefois profonde, toujours
arbitraire. Sans doute on peut trouver dans les philosophes d'Alexandrie quelques lumières rares et douteuses sur les anciennes religions de la 'Grèce; mais ce n'est pas là ce qu'il y faut chercher. L'important ici n'est pas le passé ^ c'est le présent. Il ne s'agit pas de savoir si^ en effet, les Alexandrins ont retrouvé le sens véritable de telle ou telle fable accréditée en certaine petite ville de la Grèce; il faut se donner un autre spectacle, le spectacle de l'élite des penseurs d'une époque, entreprenant de don*ner aux peuples la religion la plus morale et la plus raisonnable possible, en maintenant l'anciehne religion, mais en l'élevant à la dignité de la philoso* phie. Cette entreprise n'a été faite qu'une seule fois, ou du moins l'histoire ne nous la présente qu'une seule fois sur une grande échelle, com* mencée, poursuivie avec de hautes lumières, les plus nobles intentions, de grands caractères et de beaux génies. Voilà ce qui fait, surtout de nos jours, de la mythologie alexandrine un admirable sujet d'étude et de méditation. Cette mythologie nouvelle a moins duré que l'ancienne, et elle n'est jamais descendue dans les derniers rangs de la société; mais elle a eu toutefois une existence réelle; elle a régné plusieurs siècles ; et même, vaincue dans le monde politique, elle présente encore au iv* siècle, dans les écrits de quelques philosophes, et par exemple dans Proclus, un système complet et bien lié. Peu à peu elle participe de la décadence de l'école et de la destinée du paganisme, et on n'en
trouve plus dans Olympîodore que des lambeaux^ où il n'est pourtant pas sans utilité de rechjercher les vestiges de la pensée de l'école entière. Tel est le genre d'intérêt que nous attachons à la mythologie alexandrine et aux fragments qui s'en rencontrent dans ce commentaire sur le JPhédon.
Platon , dans le passage eii question y en appelle à l'autorité des mystères. Olympîodore nous apprend que ces mystères étaient ceux d'Orphée ; les mystères étaient déjà un progrès, comme nous l'avons fait voir ailleurs, mais ils n'étaient guère cependant que la religion populaire régularisée (1). Selon Orphée , il y avait eu quatre règnes successifc, d'abord celui d'Uranus^ puis celui de Cronns, qui mutila son père, ensuite celui de Jupiter, qui précipita Cronus dans le Tartarej enfin celui de Bacchus , qui , succombant aux embûches de Junon , fût mis en pièces par les Titans , dans des guerres violentes où Jupiter irrité lança stn» les Titans la foudre divine dont les vapeurs en s'exhalant composèrent la matière d'où naquirent le» hommes. Voilà ce que dit Orphée, d'après Olympiodore. Supposez qu'on s'arrête à la lettre de ces dogmes mêmes ainsi coordonnés, on n'a qu'une suite d'absurdités et d'exemples abominables de pères et de fils s'entre-détrônant les uns les autres ; exemples qui faisaient de la religion une école d'immoralité, quand elle doit être une école de
(1) Cours de 1829, pag. 243.
484 OLYMPIODORE^
vertu et de sainteté. Déjà Platon s'était élevé contre de pareils mythes (1); mais répandus par les poètes et les artistes^ et consacrés par l'État, ils formaient la religion populaire; il ne restait donc qu'à les corriger par l'interprétation. Apparemment ils avaient eu jadis dans la pensée de leurs auteurs un sens élevé, défiguré depuis et perdu au milieu des ûibles, et dont une trace quelconque subsiste dans les noms eux-mêmes. Il fallait remonter jusqu'à ce sens et le restituer; ou, si cela était impossible à cause du laps des siècles, de l'incertitude et de la variété des traditions, tout en prétendant qu'on le restituait, il fallait, les yeux toujours fixés sur le vrai but, à savoir l'amélioration des hommes, et des hommes du temps où l'on vit , s'arranger, même aux dépens de la lettre et de l'exactitude archéologique, pour trouver bu donner à ces mythes un sens honnête , capable de produire sur les esprits une impression morale. Platon avait commencé; les Alexandrins ont suivi. Quel vrai philosophe oserait les blâmer? Il ne s'agit pas d'inventer des mythes, mais de donner à des mythes existants une interprétation raisonnable et surtout morale. Olympiodore prétend donc que les quatre règnes orphiques représentent dans leur succession les divers degrés de moralité , que nous n'avons pas à expliquerici et dont le développement se trouve à toutes les pages des philosophes d'Alexandrie : u Le règne « d'Uranus est l'exemplaire, le symbole des vertus
(1) Voyez VEuthjrphron et la République.
« contemplatives, flfwpwTixAi, parce que Uranus sic< gnifie celui qui regarde en haut, oû/xtvor, tta^à to « tà av» ipiv. Le règne deCronus est le symbole des « vertus purificatrices, KttSApTiKAii qui ramènent « l'âme sur elle-même et la cultivent intërieure- « ment, parce que Kpivoç e^t un dérivé de i^opmoçi « c'est-à-dire, qui revient sur lui-même, ce qui est w le propre de la réflexion. On dit que Cronus déw vore ses propres enfants, en tant qu'il revient sur fc lui-même. Le règne de Jupiter est le symbole des « vertus politiques ; car Jupiter est appelé créateur, u ^tifJLtùvpyiçy en tant qu'agissant sur les êtres infé- « rieurs, ce qui est le propre de la vertu politique. « Le règne de Bacchus est le symbole des vertus f( morales; car les vertus morales sont diverses, et « semblent souvent en contradiction les unes avec « les autres, et la vie morale est une vie de guerre j « l'idée du bien est comme mise en pièces h tî « yivi(rît'y de même Bacchus est mis en pièces par w les Titans. Les Titans représentent les choses va- (c riablesde ce monde. Bacchus est dit succomber aux « embûchesde Junon, parce que cette déesse préside « au mouvement qui engendre la division. Bacchus H est la monade des Titans; il préside à la génération, « k la vie et à la mort, et de là à la tragédie et à la cote médie, l'unequi représente la vie et le côté plaisant (( des choses, l'autre qui peint le malheur et la mort. « Jupiter qui foudroie les Titans est l'esprit qui se « sépare de la génération et revient sur lui-même ; « la foudre indique ce retour, car le feu tend à s'éle-
486 OLYMPIODORE^
(f ver. » As$i^rément il y aurait un ridicule extrême à donner cette interprétation pour l'expression de l'ancien paganisme; mais c'e^t un exemple de la manière dont les Alexandrins s'y prenaient pour tirer quelque iporalité des mythes populaires, et je çonyiens bien volontiers que cet exemple est unde^ moins heureux; rn^is il ne faut pas oublier que nous spmmes ici au vi* siècle.
2'' Leçon. Depuis : o ^eWpi vh H sAe>6r> jusqu'au feuillet 157 verso : Àaa' i^lv J^,.,. Bekk. page 16; traduction française, page 199 : tf Mais il est temps que je vous rende compte* .,. »
Cette leçon n'est qu'uq développement diffus de l'argumentatign de Socrate. Rien de remarquable,
y Leçon. Pepuis : Âaa.' m/hTi^..,. jusqu'au feuillet 159 : Ti S'AÏ J^.... Bekk. page 19; traduction frfinçaise, page 201.: « ]Et qua^t à l'acquisition de <i la science. ..f n
Encore une longue et asse% peu iptéi^essante paraphrasé du texte. Sur une expression de Platon, Olympiodore donne une explication qu'il distingue de celle d'Harppcration , ce qui semble supposer qu'Harpocration avait fait aussi un comOf^ontaire du Phédon.
¥ Leçon. Depuis : li J'ai J'H T«./>i aùrùv,.., jusqu'à Ti «Tè <r» T^ roiihy Z S^fcft^'et..., feuillet 161 j Bekk* page 20; traduction française, page 203 : « Pour-^ i< suivons, Simmias.... »
Ce passage de Platon montre l'incertitude des sens, et rapporte la connaissance à la pensée. Sur
SUR LE PHBDON. 487
quoi le philosophe alexandrin se fait à lui-même trois questions : 1**. Pourquoi Platon par&11>il dire que la yue et l'ouïe n'ont aucune connaissance Të-^ ritable; 2\ pourquoi Platon appelle-l>il ailleurs la sensibilité une essence malheureuse : irv^n ova-Uv. Mais il insiste peu sur ces deux questions , et s'étend darantage sur la troisième , qui présente un peu plus d'intérêt; car c'est une discussion de l'opinion péripatéticienne sur la certitude des sens :
M 3^. Pourquoi les péripatéticiens disent-ils que i< la sensibilité est le principe de la science^ si elle « est toujours trompeuse; et pourquoi Platon lui-^ u même dit--il, dans le Timée, que nous avons ac- « quis l'idée générale de la philosophie par la vue n et l'ouïe? En premier liai, Platon dit que la sena sibilité est toujours trompeuse, parce qu'à pro-^ (f prement parler elle ne connaît pas.... Si nousatw tribuons à l'esprit la connaissance Téritable, c'est w qu'il est lui-même l'intelligible à-la*fois et le su-^ « jet de l'intelligence. Or, l'identité du siget qui a connaît et de l'objet qui est connu donne néces-** « sairement la vérité de la connaissance, tandis que « leur diversité est la source constante de l'erreur. . . (c En second lieu, nous ne pensons pas avec les pé- (f ripatéticiens que la sensibilité est le principe de a la science; car jamais l'inférieur n'est principe ou « cause du supérieur. Que s'il faut suivre les expli-* a cations vulgaires et dire que la sensibilité est le (c principe de la science^ nous accorderons qu'elle (f en est le principe, non pas comme cause efficiente^