XVI AVERTISSEMENT
commun et du genre humain. Le genre humain , sans laisser enchaîner ses immenses besoins et ses puissants instincts par d'artificielles entraves, ne connaît-il pa^ sa propre existence, celle de ce monde qu'il habite , ceUe enfin de Fintelligence suprême , invisible et présente, qui perce de toutes parts sous le voile de l'univers ? TeDe est la foi du genre humain. Je répéterai sans cesse que la mission^de la philosophie est de l'expliquer, et non pas de la détruire. Toute philosophie qui reste au-dessous de la foi naturelle du genre humain prononce sa propre condamnation , et proclame elle-même que sa sagesse n'est pas sage ; car il n'y a pas de vraie sagesse à se séparer de ses semblables, et à rester en deçà comme à s'emporter au-delà des convictions unanimes de la famille humaine.
Je pourrais aller plus loin ; je pourrais démontrer qu'en n^osant pas s'avancer dans le monde des existences , en s'arrétant à la surface de la conscience , on s'est trompé si on croit s'être ménagé un terrain borné, mais du moins ferme et solide. Non, une saine logique ne laisse point cet asile aux partisans
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exclusifs de la psychologie. En effet si ^ comme ils le prétendent y la raison n'a pas le pouvoir de nous faire connaître les êtres avec certitude , comment trouve-t-elle la certitude et cette valeur absolue dont on la suppose dépourvue , lorsqu'eUe s'applique aux phénomènes y et par exemple à ceux de conscience ? Il s'agit toujours de connaître ,- et c'est la même faculté qui connaît ; d'où viendrait donc aux phénomènes ce privilège de fonder une connaissance certaine ? à quel titre croirait-on légitimement que ces phénomènes ont une existence réelle y et que tout cela n'est point un rêve ? A parler à la rigueur, il nous faudrait douter aussi de la réalité des phénomènes de conscience, c'est-à-dire de la réalité de notre propre pensée , de la réalité même de notre doute. La raison, sûre d'elle-même, peut faire au doute sa part lorsqu'il tombe sur tel ou tel point , où elle-même affirme qu'il ne lui convient pas d'affirmer encore. Mais qui sera le maître de faire au doute sa part lorsqu'il porte sur le fond même de la vie intellectuelle et morale , sur l'autorité et la véracité de la mison, principe unique de toute certitude, de toute