AVERTISSEMENT. XXI
repose sur la notion du moi considéré comme ime force essentiellement douée de liberté? Enfin, après avoir si souvent démontré y avec Leibnitz et M. de Biran, que la notion de cause est le fondement de celle de substance , pouvais^je croire qu'il me fut nécessaire de déclarer que le moi et le non-moi^ étant des causes et des forces, sont des substances , et si çn veut des substances finies, dès qu'on cesse de prendre le mot d'être et de substance dans la baute acception que j'ai tout à l'heure rappelée ? Au reste , si cette expression de substances finies peut aller au devant d'honnêtes scrupules, je consens bien volontiers à l'ajouter à celle de phénomènes et de forces, appliquée à la nature et à l'homme. Il vaut cent fois mieux éclaircir ou réformer un mot, même sans nécessité, que de courir le risque de scandaliser lui seul de nos semblables.
3^ Reste la. nécessité de la création. A la réflexion , je trouve moi-même cette expression ass^ peu révérencieuse envers Dieu , dont elle a l'air de compromettre la hberté, et je ne fais pas la moindre difficulté de la retirer ; mais en la retirant je la
XXÏI AVERTISSEMENT.
dois expliquer. Elle ne couvre aucun mystère de fatalisme : elle exprime une idée qui se trouve partout , dans les plus saints docteurs comme dans les plus grands philosophes. Dieu , comme l'homme , n'agit et ne peut agir que conformémeiït à sa nature , et sa liberté même est relative à son essence. Or, en Dieu surtout la force est adéquate à là substance , et la force divine est toujours en acte ; Dieu est donc essentiellement actif et créateur. Il suit delà qu'à moins de dépouiller Dieu de sa nature et de ses perfections essentielles , il faut bien admettre qu'une puissance essentiellement créatrice n'a pas pu ne pas créer, comme iine puissance essentiellement intelligente n'a pu créer qu'avec intelligence, comme une puissance essentiellement sage et bonne n'a pu créer qu'avec sagesse et bonté. Le mot de nécessité n'exprime pas autre chose. Il est inconcevable que de ce mot on ait voulu tirer et m'împuter le fatahsme universel. Quoi ! parce que je rapporte l'action de Dieu à sa substance même , je considère cette action comme aveugle et fatale ! Quoi, il y a de l'impiété à mettre un attribut de