‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 15 sur 92 · AVERTISSEMENT. XXV · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. XXV

pas délibéré; et pour cda d'Âssas était-il moins libre, et n'a-t-il pas agi avec une entière liberté? Le saint qui, après le long et douloureux exercice de la vertu, en est arrivé à pratiquer comme par nature les actes de renoncement à soi-même qui répugnent le plus à la faiblesse humaine; le saint , pour être sorti des contradictions et des angoisses de cette forme de la liberté qu'on appelle la volonté, est-il donc tombé au-dessous au lieu de s'être élevé au-dessus , et n'est-il plus qu'un instrument passif et aveugle de la grâce, comme l'ont voulu mal à propos, par une interprétation excessive de la doctrine augustinienne, et Luther et Calvin? Non, il reste libre encore ; et loin de s'être évanouie , sa liberté en s'épurant s'est âevée et agrandie ; de la forme humaine de la volonté, elle a passé à la forme presque divine de la spontanéité. La spontanéité est essentiellement libre , bien qu'elle ne soit accompagnée d'aucune délibération, et que souvent dans le rapide élan de son action inspirée dile s'échappe à elle-même , et laisse à peine une trace dans les profondeurs de la conscience. Transportons cette

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exacte psychologie dans la théodicée^ et nous reconnaîtrons sans hypothèse que la spontanéité est aussi la forme éminente de la liberté de Dieu. Oui , certes. Dieu est libre; car/ entre autres preuves» il serait absurde qu'il y eût moins dans la cause première quedansundeaeseffets, rhumanité;Dieue&tUhre9 mais non de cette liberté relative à notre double nature , et faite pour lutter contre la passion et Terreur et engendrer péniblement la vertu et notre science imparfiûte ; il est libre d'une liberté relative à sa divine nature , o'est-*à-dire illimitée , infinie, ne connaissant aucun obstacle. La spontanéité la jdus pure dans l'homme , ce que le christiani^ne appelle la tiberté des enfistnts de Dieu, n'est encore qu'une ombre de la [liberté de \e\ir père. Entre le juste et l'injuste, entre le bien et le mal, entre la raison et son contraire. Dieu ne peut délibérer ni par conséquent vouloir à notre manière. Conçoiton en effet qu'il ait pu prendre ce que nous appellerons le mauvais parti ? Cette supposition seule est impie. Il faut donc admettre que, quand il a pris le parti contraire, il a agi librement sans

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doute y mais non pas arbitrairement et avec la conscience d'avoir pu choisir l'autre parti. Sa nature toute puissante , toute juste y toute sage, «Test développée avec cette spontanéité qui contient la liberté tout entière, et exclut à la fois les e£forts et les misères de la volonté et l'opération mécanique de la nécessité. Tel est le principe et le vrai caractère de l'action divine. Otez le principe, prenez l'action en elle-même, pour ainsi dire dans son mode extérieur; vous avez ce qu'on appelle l'action de la nature dans sa régularité puissante , c'est-à-dire la fsitalité. La nature est l'image de Dieu ; le Fatum est la Providence elle-même rendue vi* sible, devant laquelle il faut s'incliner encore , mais en la rapportant en esprit et en vérité à son principe, à cette source inef&ble où les perfections divines se confondent dans cette unité merveilleuse que la science humaine n'aborde guère que pour la décomposer à son usage , et la soumettre ainsi à la diversité des points de vue et aux contradiotions des théologiens et des philosophes. O ahir tudo !

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