DE LA CAUSE ET DE L'INFINI
L'induction a besoin d'une base dans un état à peu près semblable. Jamais nous ne concevrions des causes volontaires extérieures, si une cause volontaire interne ne nous était donnée. Sur cette terre nous ne pourrions nous élever à l'idée d'une autre vie toute spirituelle, si nous n'en trouvions déjà une image dans cette vie intérieure de la volonté , dans ce monde des déterminations libres et des intentions vertueuses , où ne pénètre rien de sensuel et de terrestre. Otez cette donnée humaine,, la vie divine n'est pas seulement incompréhensible , mais inconcevable; l'induction n'y porte pas, et jamais l'homme n'en eût eu l'idée. Descartes disait: Donnez-moi la matière et le mouvement, et je vais créer le monde. Je dirais volontiers : Donnez-moi la conscience et l'induction , je vais créer les connaissances premières et les connaissances ultérieures, le subjectif et l'objectif, l'aperception et la croyance. La vie future est crue dans la vie vertueuse aperçue par la conscience.
Toutes les idées que nous pouvons nous faire de la création sont empruntées , en dernière analyse, à la conscience de notre causalité personnelle. Or , dans la causation , pour nous servir de ce mot an-
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glais 9 il y a création d'une détermination intérieui^é ou d'un mouvement externe , c'est-à-dire la création de quelque chose de phénoménal. Partant de là j qui peut nous permettre de concevoir légitimement la création de substance ?
Il y a deux mémoires : l'une fille de la sensation , l'autre de la volonté. Condillac ne considère , dans la mémoire, que le retour accidentel de la même image ; mais il ne parle ni de la force volontaire de se rappeler, ni de la connaissance du pàlssé, ni de l'identité du sujet qui se rappelle ce qu'il a fait et voulu. La mémoire passive est à la mémoire volon-» taire ce que la vue est au tact.
On demande si nous débutons par la sensation ou par la pensée. Par toutes les deux. Nous ne trouvons pas d'abord le dehors tout seul , ce qui impliquerait contradiction : un non-moi sans moi, comme spectateur au moins , est absurde. Nous ne trouvons pas non plus le moi tout seul ; mais nous le trouvons déjà lié à quelque chose d'étranger , qui le limite et en même temps le détermine» Nous n'allons pas de la circonférence au centre, ni du centre à la circonférence : le cercle nous est donné tout entier en nous-mêmes.
L'expérience et les sens enseignent le matérialisme ; ce monde ne parle que de mort et de destruction : l'ame seule parle d'immortalité.
La possibilité de la notion d'infini et d'éternel tient à la nature éternelle et infinie de l'ame.
Toutes nos notions négatives sont postérieures et
ET DE l'iitfini. aîi3
logiques. Nos premières notions sont positives et absolues. Le oui avant le non.
La notion du temps serait contradictoire avec elle-même si on la supposait dérivée de l'idée de succession. Toute succession est une durée limitée , et le teihps n'a point de limite. Multipliez tous les temps y et vous ne ferez pas encore le temps. Une somme d'instants, si considérable qu'elle puisse être y n'est pas plus de Tétemité j que la somme la plus considérable de zéros n'est un nombre. La succession mesure le temps , elle ne le constitue pas.
Le passé et l'avenir sont deux rapports dans l'éternité, qui est un présent continuel.