‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 45 sur 92 · DU FAIT D£ CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DU FAIT D£ CONSCIENCE

et exclusif y ana}yser la pensée dans ses éléments et dans tous ses éléments, et rechercher en elle lescaraqtèjres et to^s, les car^ctèrçs sous lesquels çll^^^e fnanifest^ auJQurd'hMi aux regards de la çpnsciei^ç^.

. Qxy quand je descend» dans la conscience et que T^y. contemple paisiblement la vie intellectuelle, je suis irappé. irrésistiblement de l'immédiate apercepfion de trois éléments ^ de trois éléments, dis-je, ni pluis^nl moins, qui s'y i*encontrent tous et toujours, simultanés quoique distincts, constituant la pensée dans leur complexité nécessaire , et la détruisant par le dé&ut de l'un des trnis. Dégageons ce^ trois élé* mente par l'analyse. . .

Ce que je sais le mieux , c'est'À-dire le plus immédiatement , c-est moi-même. Dans tout fait intellectuel, dans toute pensée, dans toute, connaissance , je m'aperçois moi-même comme le sujet de ce fait , icpmme le sujet dç la. pensée ou de la connaissance, pomme. Télépient constitutif et fpndamental de la conscience; car sans moi, tout ei^t pour moi comme s'il n'éjait pas ; sans le moi, le .moi ne coniiaît de» , ne seiit rien, ;Qe.^e rappelleirien., n'a))sti:9Jit rien, ne pqmbine ries, ije raisonne sur rien. Il peut, bien y -avoir la nisitière d'u^e penséiç , d'unç sensation , d'un jugemwty d'un souvenir,: d'un raisonnement; wais lemioi n'en sait rien et n'en peut rien, savoir, s'il jçi'e$t pas. I^ moi est doi^c. l'élément, nécessaire de tQ»te

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-. , Dira-trpii que le.moi c'est la pensée m^tn^, c'est» à-dire la sensation , le jugement , etc. , réunis dans;

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une unité collective qu'on appelle moi. Mais je sens, et je sais , certissimâ scientid et clamante œnscien^ tid , que le moi n'est pas seulement un lien logique et verbal, inventé pour exprimer l'union de mes pensées, mais quelque chose de réel qui les unit et en. forme une chaîne continue , en tant qu'il est dans chacune d'elles. Je sens et je sais fort bien encore que le moi n'est pas plus une circonstance , un degré d'une pensée particulière , qu'il n'est le lien verbal de plusieurs pensées. Je sais qu'il n'est pas vrai que la sensation ou le souvenir, ou le désir, dans un certain degré de vivacité , deviennent moi, mais que c'est moi qui constitue la sensation ou le désir , en m'ajoutant à un certain mouvement , à de certaines affections sensibles qui ne s'intellectualisent en quelque sorte , et ne deviennent pour moi sensation ou désir qu'autant que j'en prends connaissance.

Le moi se manifeste en deux circonstances remarquables. Pour qu'il soit à ses propres yeux il faut qu'il agisse ; son action est la condition nécessaire de son aperception ; mais cette action s'accomplit d'abord sans que le moi prévoie son résultat et y consente ; ou elle s'accomplit parce que le moi y consent , et qu'il en connaît les conséquences. L'action spontanée et l'action réfléchie ou volontaire sont les deux actions intérieures que me découvre la conscience; on ne peut négliger l'une ou l'autre de ces actions , sans mutiler une des deux parties de cette force intérieure qui est le moi. Le moi est l'apparition de l'esprit à lui-même , par son activité redou-

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blée en elle-même et retournant à elle-même , c'est-^ à-dire dans la conscience. La conscience n'est pas une faculté qui aperçoit d'un côté ce qui se passe de l'autre ; il n'y a pas ime scène isolée où se passent les événements de la vie intellectuelle , et vis-à-vis , quelqu'un dans le parterre qui les contemple ; ici pour ainsi dire le parterre est sur la scène ; la conscience de la vie est la vie même , car il n'y a vraiment de vie qu'autant qu'elle se manifeste et s'aperçoit. La réflexion est éminemment libre. La spontanéité n'est pas non plus aveugle ni fatale; seulement elle n'est pas précédée de la réflexion. Le moi est une force continue dans son exercice , et qui tantôt marche en avant y tantôt rentre en elle-même et s'y constitue un nouveau point de départ, un point d'appui pour son développement ultérieur. La vie est une action , et la vie n'est bien à nous qu'autant que l'action nou§ appartient , et que nous nous l'approprions par la liberté ; la liberté est le plus haut' degré de la vie , et la liberté n'appartient qu'à la réflexion, car il n'y a pas de liberté sans choix, sans comparaison et délibération , c'est-à-dire sans réflexion. La réflexion , mère de la liberté et fille de la liberté, est un acte libre qui produit des actes libres. Au sein de l'activité spontanée du moi , et de cette autre activité dont nous n'avons point parlé encore , qui ne vient pas du moi, qui fait eÉfort au contraire pour agir sur lui et l'envelopper dans son action fatale ; la réflexion , au milieu de ce monde de forces qui la combattent et qui l'entraînent , s'ar-

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rête , et , selon une expression célèbre , se pose ellemême. La réflexion ou le moi libre , est un point d'arrêt dans l'infini. Fichte l'appelle un choc contre l'activité inÊnie. Le moi, dit ce grand homme ^ se pose lui-même dans une détermination libre ; ce point de ¥ue est celui de la réflexion \ le moi se pose parce qu'il le veut , et c'est vraiment à lui-même , à sa déterrnination libre j qu'il doit son existence propre. La détermination qui accompagne et caractérise la réflexion , est une détermination précédée ou mêlée d'une négation. Pour que je pose le moi , comme dit Fichte , il faut que je le distingue explicitement du non-moi; or, toute distinction implique une limitation, une négation. Mais est-il vrai que nous débutions par une négation ? et n'y at-il rien ayant la réflexion et le fait à la description duquel Fichte a pour jamais attaché son nom. Toutes nos recherches sur nous-mêmeé sont réfléchies , ^t notre sort est de chercher le point de vue spontané, par la réflexiop, c'est-à-dire de le détruire en le cherchait Cependant, en s'examinant en paix, il n'est pais» impossible de saisir le spontané sous le réfléclji. Dans J'instant même de la réflexion, on sent sous cette activité qui rentre en elle-même, une activité qui a dû se déployer d'abord sans se réfléchir. Chose fatale à la psychologie , mais inévitable ! l'action primitive se redouble sans doute dans la conscience , mais elle s'y redouble faiblement et obscurément ; et si pous voulons éclaircir ces ténèbres , convertir la conscience obscure en une conscience

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claire et distincte , nous ne le pouvons que par la réflexion, c'est-à-dire par un point de vue distinctif et des jugements mêlés de négation , c'est-à-dire encore une fois que nous ne pouvons éclairer le point de vue spontabé qu'en le détruisant. Il faudrait sentir^ le moi se déployant lui-même , sans aucune impulsion extérieure, agissant par sa propre vertu , mai» agissant sans s'être commandé d'agir, ne se déterminant point encore, mais déterminant ses actes ou ses pensées , se trouvant sans s'être cherché, s'aper-^ cevant sans se poser, en un mot spontané, mais non pas volontaire et libre. Hic labor.

Le moi est l'élément de toute connaissance; mais la connaissance ne repose point uniquement sur le moi , sans quoi il faudrait dire avec Fichte qu'elle n'est qu'un développement du moi. Mais lorsqu'on se replie sur la conscience, on y trouve inévitablement un élément différent du moi, des phénomènes que le moi n'a point faits , et qui introduisent dans le monde intérieur de là conscience la multiplicité extérieure dont ils sont les représentants. Je parle de la sensation, qui né' serait pas sans un moi qui l'aperçoive , mais qui non plus n'est pas fille du moi, mais du monde extérieur ; je m'explique.

Il est cet-tain que le moi prend connaissance de' certains phénomènes qui lui appartiennent^ qu'il constitue, qu'il pose lui-même ; àiiisi les volitioiis, les déterminations du moi, sont l'objet du moi daiîs la conscience ; il y a même des sensations appelées volontaires^ parce qu'elles sont le produit de la liberté

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humaine s'affectant elle-même : alors l'objet n*e^t pas distinct du sujet^ si le non-moi est un effet du moi. Dans ce cas il y a bien contraste dans la conscience, mais il n'y a pas opposition ; car ce contraste c'est le moi lui-même qui l'établit, et la diversité n'est que le déploiement varié de l'unité individudle* Mais non-seulement le moi produit ces phénomènes, mais il en trouve qu'il reconnaît n'avoir pas faits , par exemple ses affections involontaires. Dans ce cas le non-moi apparaît au moi non-seulement comme distinct, mais comme étranger ; ce n'est plus le moi qui pose le non-moi , ce n'est pas non plus le non-moi qui pose le moi , le moi n'étant jamais posé que par lui-même , mais le non-moi pose , détermine, cause une affection du moi. Lorsqu'on me presse le hrâs, le moi aperçoit la sensation qu'il éprouve comme un effet indépendant de lui et de sa détermination ; c'est là toute la passivité du moi. A proprement parler, le moi n'eist jamais, ou du moins ne SQ sait jamais passif, car il ne se connaît qu'autant qu'il s'aperçoit, et apercevoir c'est déjà agir. De plus le moi agit sans cesse tant qu'il est ; nous agissons et nous voulons dans la sensation même : la sensation n'est pas un acte du moi , mais la sensation n'est sentie , n'est sensation que parce que le moi qui en prend connaissance est déjà constitué, et il ne l'est que par l'action et la volition. Si le moi était passif, il faudrait un autre moi actif pour prendre connaissance de la passion du premier moi : il y aurait deux moi, ce qui est absurde; le

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