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solue , les grands et invariables linéaments qui constituent son essence, en soient altérés. L'essence ne change pas; changer, pour elle, ce serait périr. Retranchez d'une ligne droite naturelle le plus ou moins de longueur de la ligne , tout ce qu'il vous plaira , moins cette circonstance , visible ou intelligible, qu'elle est le plus court chemin d'un point à un autre, vous aurez détruit l'individuel , le variable de cette ligne; la ligne droite absolue demeure tout entière dans le caractère essentiel que vous avez conservé ; mais touchez à ce caractère , vous ne modifiez plus une certaine ligne droite; vous détruisez la ligne droite. La ligne droite est ou n'est pas ; elle est ligne droite, ou elle cesse d'être; son existence est dans son essence. Il en est de même du triangle et du cercle.
Général et particulier, variable et absolu , essentiel et non essentiel ; toutes ces idées , se généralisant successivement sans changer de nature, m'élèvent enfin à l'idée qui comprend et soutient toutes les autres , celle de substance et de phénomène.
Dans tout objet il y a du phénomène ^ si dans tout objet il y a de l'individuel, du variable , du non essentiel, car toutes ces idées équivalent à celle de phénomène ; et dans tout objet il y a de La substance , s'il y a de l'essentiel et de l'absolu , l'absolu étant ce qui se suffit à soi-même , c'est-à-dire équivalant à la substance. Je ne veux pas dire que tout objet ait àa substance propre, individuelle; car je dirais une absurdité; substantialité et individualité étant des
notions contradictoires. L'idée d'attacher une substance à chaque objet, conduisant à une multitude infinie de substances, détruit l'idée même de substance ; car la substance étant ce au-delà de quoi il est impossible de rien concevoir relativement à l'exis» tence, doit être unique, pour être substance. Il est trop clair que des milliers de substances qui se limitent nécessairement l'une l'autre , ne se suffisent point à elles-mêmes et n'ont rien d'absolu et de substantiel. Or, ce qui est vrai de mille , est vrai de deux. Je sais que l'on distingue les substances finies de la substance infinie ; mais des substances finies me paraissent fort ressemblera des phénomènes, le phénomène étant ce qui suppose nécessairement quelque chose au-delà de soi , relativement à l'existence. Chaque objet n'est donc pas une substance ; mais il y a de la substance dans tout objet , car tout ce qui est ne peut être que par son rapport à celui qui est celui qui estj à celui qui est l'existence , la substance absolue. C'est là que chaque chose trouve sa substance ; c'est par-là que chaque chose est substantiellement ; c'est ce rapport à la substance qui constitue l'essence de chaque chose. Voilà pourquoi l'essence de chaque chose ne peut être détruite par aucun effort humain , ni même supposée détruite par la pensée de l'homme ; car pour la détruire , ou la supposer détruite , il faudrait détruire ou supposer détruit l'indestructible , l'être absolu qui la constitue. Mais si chaque chose a de l'absolu et de l'éternel par son rapport à la substance éternelle et absolue.
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elle est périssable et changeante ^ elle change et périt à tout moment par son individualité, c'est-à-dire par sa partie phénoménale, laquelle est dans un flux et un reflux perpétuel D'où il suit que l'es^nce des choses ou leur partie générale est ce qull y a de plus réel et de plus caché , et que leur partie individuelle f où paraît triompher leur réalité , est ce qu'il y a véritablement de plus apparent et de moins féel. C'est du haut de cette théorie qu'il faudrait jujger Platon.
Appliquons tout ceci à la beauté , traduisons les expressions de général et de particulier, d'individuel et d'absolu , d'essentiel et de non essentiel , de sub- ' stance et de phénomène, dans celles d'unité et de variété ; nous aurons les caractères externes de la beauté , ses caractères avoués et reconnus. Ainsi ^ après bien des circuits, la philosophie aboutit au trivial ; et ce qu'on avait d'abord admiré ou rejeté avec dédain comme une spéculation extraordinaire ou absurde , se réduit , avec quelques changements de mots , à ces idées communes où se repose le bon sens du vulgaire : Simplex veri index.
Le beau réel se compose donc de deux éléments , le général et l'individuel , réunis dans un objet réel , déterminé. Maintenant si l'on demande quel est l'élément qui paraît d'abord , le général ou l'individuel , , le variable ou l'absolu , je répondrai comme pour la Substance et le phénomène, que le général et le particulier, l'absolu et le variable , nous sont donnés simultanément l'un dans l'autre^ et l'un avec l'autre.
Il n'y a point de phénomène sans substance, ni de substance sans phénomène ; d'absolu sans relatif, ni de relatif sans absolu ; de général sans particulier, ni de particulier sans général ; nous ne commençons ni par celui-ci , ni par celui-là , mais par tous les deux à la fois. Voilà ce qu'il faut bien comprendre. La philosophie roule sur cette question fondamentale qui se reproduit partout sous des formes innombrables. Débutoiis-nous par l'individuel ou par le général ? toutes les écoles répondent exclusivement. De là des idées générales dont on ne peut dire ni ce qu'elles sont , ni d^où elles viennent , et pour l'explication desquelles on est obligé de recourir à des idéest innées ; ou bien des idées particulières dont on ne sait trop comment tirer certaines idées générales qu'on est alors obligé d'exiler de l'entendement. On ne résout bien la question que par une solution complexe , en posant l'individuel et le général comme deux termes corrélatifs et simultanés. Ce n'est pas que nous distinguions d'abord nettement ces deux termes ; car la réflexion seule éclaire et disltingue ; et nous ne débutons pas parla réflexion, mais par la spontanéité , par une aperception complexe et obscure. Ceci résout encore la question célèbre : commençons- nous et devons-nous commencer par l'analyse ou par la synthèse ? Sans douté la philosophie qui doit partir de la lumière, doit partir de la réflexion , et la réflexion décompose et doit nécessairement décomposer avant de composer. Mais antérieurement à la philosophie , est la nature?
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qui lui sert de base y et qui , ne commençant pas par se réfléchir elle-même , ne peut commencer ni par l'analyse , ni à plus forte raison par cette synthèse qui présuppose l'analyse ; mais par des intuitions complexes , irréfléchies ^ indistinctes , par une synthèse primitive spontanée ^ qui ne diffère pas moins de l'autre synthèse que de l'analyse.
Ainsi , dans l'objet comme dans l'esprit , les caractères extérieurs de la beauté et les actes intellectuels qui s'y rapportent sont primitivement composés. Les actes intellectuels sont la raison et l'amour , actes d'abord irréfléchis et confus j parce qu'ils sont spontanés 9 et spontanés parce qu'ils sont primitifs. La raison et l'amour n'offrent primitivement aux yeux de la conscience qu'une espèce d'unité confuse , où elle ne distingue rien, et dont elle exprime seulement un reflet vague et obscur. De même pour l'objet , le général et le particulier se rencontrent primitivement 9 mais implicitement. Ils sont déjà dans l'esprit , que l'esprit n'en sait rien encore ; bien qu'il les aperçoive l'un et l'autre , il ne les distingue pas. 11 n'y a pour lui ni général ni particulier distincts , mais une totalité confuse et qui ne manifeste encore ni la variété , ni l'unité , quoiqu'elle les contienne. Voilà le beau réel , le beau primitif dans la nature et dans l'esprit.
Maintenant qu'est-ce que l'idéal ? En quoi diffèret-il , en quoi se rapproche- t-il du beau réel ? Comment saisissons-nous l'idéal ; comment passons-nous du beau réel au beau idéal ? Telle est la seconde