‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 84 sur 92 · partie de la question que nous nous sommes pro^ posée · texte numérisé non relu

partie de la question que nous nous sommes pro^ posée

L'idéal dans le beau , comme en tout , est la négation du réel , et la négation du réel n'est pas utie chimère y mais une idée. Ici l'idée est le général pur , l'absolu dégagé de la partie individuelle. L'idéal, c'^t le réel moins l'individuel ; voilà la différence qui , les sépare ; leur rapport consiste en ce que l'idéal j sans être tout le réel y est daiis le réel , dans cette partie du réel qui , pour paraître dans sa généralité pure, n'a besoin que d'être abstraite de là partie qui l'accompagne. Comment donc se fait cette abstraction ? .

Je distingue deux sortes d'abstraction ; Tune, que j'appelle abstraction comparative, procède j comme son nom le marque, parla compiaraison de plusieurs individus, écarte leurs différences pour saisir leurs ressemblances , et de ces ressenîblances ainsi abstraites et comparées , elle forme une idée générale , que j!appelle idée générale > collective , médiate } collective y parce que tous les individus comparés y eQtrent pour! quelque chose ; médiate, parce que sa formation exigé plusieurs opérations intermédiaires. L'wtre abstraction a cela de particulier qu'elle s'exerce ^ non sur plusieurs individus, mais sur un objet: unique , complexe, don telle néglige la partie individuelle , dégage la partie générale, et l'élève de suite à sa forme pure. Ces deux abstractions aspirent toutes deux à l'idée générale. Mais l'une qui, dans un objet , considère seulement la partie individuelle ,

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est nécessairement contrainte pour arriver à Tidée générale qu'elle cherche, d'examiner plusieurs autres objets dont elle abstrait encore les parties individuelles qu'elle compare. Cependant si tout objet est essentiellement composé d'une partie générale et d'une partie individuelle, pour obtenir une idée générale il n'est pas besoin de recourir à l'examen et à la composition de plusieurs objets ; il suffît, dans tout objet, de négliger la partie individuelle, et d'abstraire la partie générale , et on arrive ainsi im* médiatement à cette idée que j'appelle idée gtoérale, abstraite, immédiate; générale , puisqu'elle n'est pas individuelle ; abstraite , puisque pour l'obtenir il faut abstraire dans un objet l'élément général de l'élément individuel, auquel il est mêlé actuellement ; enfin immédiate , puisque nous l'obtenons , ou du moins nous pouvons l'obtenir sans avoir recours à la comparaison de (Jusieurs objets. Telle est la théorie de la génération et de l'origine de l'idée de cause, de l'idée de triangle et de cercle ; et il me semble que c'est dans le centre de cette théorie que les deux théories extrêmes des idées générales innées, et des idées générales comparatives , perdent ce qu'elles ont de faux , en conservant ce qu'elles ont de vrai. Les idées innées viennent de l'impossibilité d'expli<quer certaines idées générales par la collection et la comparaison ; les idées générales comparatives vieU'^ nent de l'impossibilité de concevoir les idées innées. On ne pouvait rendre compte du beau idéal par la combinaison des diverses beautés individuelles

éparses dans la nature ; on a donc eu recours à l'hypothèse désespérée du beau idéal inné; et l'absurdité d'un idéal primitif sur lequel nous jugeons tous les objets individuels y a poussé et retient encore plusieurs bons esprits dans la théorie incomplète et fausse de l'idéal comparatif. L'idéal n'est ni antérieur à l'expérience , ni-le fruit tardif d'une comparaison laborieuse. Dans le premier bel objet que nous offre la nature , nous découvrons les traits généraux et constitutifs de la beauté ^ ou physique ou intellectuelle ou morale, et c'est avec ce premier objet que nous construisons immédiatement le type général qui nous sert ensuite à s^précier tous les autres objets, comme c'est à l'aide du premier triangle imparfait que la nature lui fcnurnit , que le géomètre construit le triangle idéal , règle et modèle de tous les triangles Le beau idéal est aussi absolu que l'idéal géométrique ; mais il n'a pas été formé au«* trement La nature nous le cache i la fois et nous le révèle ; elle ne réfléchit la beauté éternelle que sous des f<Hrmes qui s'évanouissent sms cesse ; mais enfin «Ue la réfiédiit, et pour la voir , il suffît d'où*vi^r les yeux. Il y a de l'absolu dans la nature comme dans l'esprit de l'bônune, au dehors comme au dedans; et c'est dans le rapport^ plus intime qu'on ne p^ise, de l'absofai qui contemple, et de l'absolu qui est contemplé, quegit l'aperceptîon de la vérité.

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