‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 85 sur 92 · DE LA SPONTANEITE ET DE LA REFLEXION · texte numérisé non relu

DE LA SPONTANEITE ET DE LA REFLEXION

Les connaissances humaines peuvent se considérer, soit à leur origine et dans leurs caractères primitifs ; soit dans leur développement et dans leurs caractères actuels.

Or 9 je dis que toute connaissance primitive est spontanée, et toute connaissance développée réfléchie.

D'où il suit que toute connaissance primitive est positive, indistincte, obscure, et que toute connaissance développée est négative, distincte et claire.

D'où il suit encore qu'autre chose est le point de départ , autre chose est la base de la philosophie ; car si la 'philosophie iae veut point s'alg'ui^r ellemême , elle doit partir de la réflexion pour partir de la lumière; et si la philosophie veut porter sm* quelque chose , elle doit se présupposer une ' base à elle-même dans un fait nécessairement obscur^ parce qu'il est antérieur à toute réfletion.

Quel est-il donc ce fait primitif, enseveli sous les ténèbres qui environnent le berceau de la pensée ?

DU PRESi: ET BERN. FAIT D£ CONSCIENCE. 357

Mais qu'est'-ce d'aboiscLque la réflexion , et que contient-elle?

Ija réflexion est la pensée libre ^ suspendant le mouvement naturel qui la développe pour ainsi dire en ligne droite ^ et se replis^nt sur ellerméme dans l'intérieur même d^ la pensée qu'elle aperçoit nettement, parce qu'elle la considère distinctement, c'est-à-dire divisée en deux parties , savoiç : la pensée en tant qu'elle se replie sur elle-même et se contemple , et la, pensée en tant qu'elle est contemplée.

La pensée qui contemple est le sujet de la ré-

flexion ; la pensée contemplée en est l'objet.

Ainsi point de réûexicm sans un sujet et un objet; de là l'axiome , point d'objet sans sujet , point de sujet sans objet.

Dans la réflexion , le sujet et l'objet sont distincts^ l'un de l'autre , parce qu'ils sont opposés Yuï\ à l'autre.

Le sujet ne se distingue de l'objet qu'en se l'opposant, c'est-à-dire qu'en s'affirmant et en se niant à la fpis.

Le sujjet s'affirme , se pose lui-même , et dit je ou moi; mais en même temps qu'il se pose, il s'oppose l'objet, lequel dans son opposition au sujet moi, est appelé non-moi. Le sujet ne se pose donc qu'en s'opposant quelque chose, et il ne s'oppose quelque chose qu'en se posant.

Le moi se nie en affirmant le non-moi ; il nie le non^moi en s'affirmant lui-même , et c'est à cette négation réciproque qu'est due la lumière qui éclaire l'acte réfléchi.

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