DU PREMIER ET JDU- DERNIER
Le moi et le non-moi nous sont donnés silixuiltanément et distinctement dans une opposition , dans une limitation réciproque.
Les deux termes de cette opposition sont deux phénomènes qui paraissent et qui s'éclipsent Fun avec l'autre et l'un par l'autre.
Phénomène 9 i*elatif, variable ^ contingent, fini, toutes expressions synonymes.
Or, en mâme temps que nous apercevons le phé* ]K>mène , le relatif, le variable , le fini , nous conce* vous et ne pouvons pas ne pas concevoir son contraire , l'iniSni , l'immuable, l'éternel ; de là l'axiome^ point d'infini sans fini, point de fini sans infini.
L'infini par rapport au fini est Tétre absolu, théâtre immobile de ce phénomène agité , de cette lutte du moi et du non-moi qu'on appelle la vie.^
Le moi c'est l'individualité , le non-moi c'est la multiplicité ou la plurajiité, l'être c'est l'unité absolue.
L'infini, l'être par excellence, l'unité absolue, contient dans son sein le moi et le non-moi, la dualité primitive, et de son reflet lui communique l'unité qui la rend possible, unité de conscience qui devient l'umité de connaissance, laquelle devient l'unité de proposition.
Or, comme dans les développements les plus élevés de la science humaine , nous ne dépassons pas les limites du fini et de l'iiifini , du phénomène et de l'être, il s'ensuit que tous les développements, ultérieurs de la science humaine sont déjà contenus
FAIT DB GOKSCIEMCfi. SSg
dans^ le premier acte de réfiexion ; mais le premier acte réfléchi n'est pas le fait primitif.
Que le point de vue réflexif présuppose un point de vue antérieur, c'est ce que la nature de la réflexion et la logique démontrent suffisamment ; la réflexion est une opération essentiellement rétrograde ; nous ne débutons pas par la réflexion , car réfléchir c'est distinguer, et distinguer c'est nier ; pour nier, il faut avoir affirmé; donc tout jugement négatif, distinc* tif, réflexif , présuppose un jugement antérieur affir* miltif , positif, complexe et indistinct.
La réflexion ou la liberté est sans doute le plu$ haut degré de la vie intellectuelle; la libre réflexion constitue seule notre véritable existence personnelle; ce n'est que par la libre réflexion que nous nous appartenons à nous-même , car c'est par elle seule que nous nous posons nous^méme ; mais avant de nou» poser, nous nous trouvons; avapt de vouloir aperce? voir nous apercevons; avant d'agir librement, nous agissons spontanément. L'action libre suppose la connaissance plus ou moins pette du résultat qu'on veut obtenir. Dans ce cas , la liberté ne peut être le fait primitif.
Le mot liberté peut se prendre dans deux sens différents. Un acte libre peut se dire de celui qu'un être produit parce quHl a voulu le produire ; parce que , se le représentant J'abord , sachant par expé-^ rience qu'il peut le produire, il lui a plu vouloir exercer, relativement à cet acte conçu d'avance, la puissance productive dont il se sait doué. Telle
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est la liberté proprement dite ou la volonté. Un être est encore appelé libre, lorsque le principe de ses actes est en lui-même et non dans, un autre être, lorsque l'acte qu'il produit est ledévéloppement d'une force qui lui appartient et qui n'agit que par ses propres lojs. Par exemple, lorsqu'une force extérieure pousse mon bras k mon insu ou malgré moi ^ ce mouvement de mon bras ne m'appartient pas; et si Ton veut appeler ce mouvement un acte , ce n'est point un acte libre dans aucun sens ; le mouvement de mon bras tombe alors sous les lois de la m^cani-c que extérieure : ce n'est point par mes propres lois individuelles que j'agis, ce n'est pas moi qui agis, c'est l'univers qui agit par moi. Mais lorsqu'à l'occa-? sion d'une affection organique l'esprit entre d'abord en exercice par son énergie native, et produit un acte quelconque , je puis dire que l'esprit est libre en tant que l'affection organique est l'occasion extérieure et non le principe de ^on action , dont la raison est la puissance naturelle de l'esprit. C'est dans^ ce ^ns et non dans l'autre que toute action de l'esprit peut être appelée libre ; mais si, confondant les deux sens du mot liberté , confondant deux faits très distincts, on soutient que l'esprit est toujours libre de la liberté réfléchie, la réflexion supposant nécessairement une opération antérieure , il faut accorder que cette opération est réfléchie ou qu'elle ne l'est pas ; si elle ne l'est pas, voilà l'acte non réfléchi que l'on veut éviter ; et si elle est réfléchie., elle en présuppose une autre, laquelle^ si on la suppose réfléchie, en suppose
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encore une autre toujours réfléchie; et nous voilà dans un cerde insoluble, errant de réflexions en réflexions, appuyant la réflexion sur elle seule, c'est^-àdire la laissant flotter ^ans base.
La raison et la nature des choses démontrent donc la néces$ité de présupposer à la réflexion une opéraration antérieure différente d'elle , et c'est cette opération que j'appelle spontanéité.
Une chose encore très importante que démontre la raison , c est que la réflexion, étant une opération rétrograde, éclaire ce qui était avant elle; développe, mais ne crée pas ; et que par conséquent tout ce qui parait dans le point de vue réflexif préexiste enve* loppé dans le point de vue spontané.
Mais ce ne sont là que des inductions logiques* Quel est-il ce point de vue spontané? Comment le saisir et comment le décrire? Si nous cherchons à le saisir , il nous échappe , car alors nous réfléchissons ; c'est-à-dire nous le détruisons ; Fécueil e$t inévitable, toutes les précautions sont vaines, parce qu'elles s'adressent à la volonté et à la réflexion, qu'il s'agit d'écarter. Comment exprimer un point de vue spontané dans des langues dont tous les termes sont fortement déterminés, c'est-à-dire profondément réflexifs?
Selon moi , on ne peut saisir le point de vue spontané qu'en le prenant pour ainsi dire sur le fait, sous le point de. vue réflexif, à l'aurore de la réflexion, au moment presque indivisible où le primitif fait place à l'actuel, où la spontanéité expire dans la rétflexion. Ne pouvait le considérer à plein et tout à
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notre aise, il faut le saisir d'un coup d'œil rapide , et pour ainsi dire , de proiGl dans des actes de la vie ordinaire qui se redoublent naturellement dans la conscience et se laissent aperceroir sans qu'on cherche à les aperceToir. Cest cette conscience naturelle qu'il faut surprendre en soi et décrire fidèlement. Or 9 je pense que la conscience primitive présente les mêmes éléments , les mêmes faits que la réflexion , avec cette seule différence que dans la seconde ils sont précis et distincts^ et que dans la première ils sont obscurs et indéterminés.
Ainsi la conscience primitive aperçoit le moi et le non-moi , sans pouvoir dire que ce sont deux phénomènes et deux phénomènes corrélatifs. Elle ne les saisit pas dans l'opposition qui les limite nécessairement ; mais die les aperçoit l'un avec L'autre et dans une limitation naturelle : quant à l'être infini ^ la conscience primitive ne nous manifeste pas l'action de la raison réfléchie qui le pose comme infini, absolu, nécessaire; mais elle nous manifeste l'afction sponta* née de la raison , qui l'aperçoit d'abord d'une aperception pure et simple ^ sans y voir de limites, et s'y repose sans rien chercher ni concevoir au-delà. Le £ût primitif ne contient explicitement aucune idée de limité et d'illimité, de i*elatif et d'absolu, de fini et d'infini, mais il contient implicitement tout cela dans ses aperceptions confuses que la réflexion vient éclairer et convertir en vérités distinctes et nécesr paires. Où la conscience naturelle avait aperçu vaguement des limites naturelles , la réflexion met des
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limites essentielles : où la raison primitive s'était reposée sans apercevoir de limites , la raison développée affirme qu il n'y a point de limites possibles» et c'est à l'aide de cette double lumière ultérieure l^pandue sur le phénomène et sur l'être, que se pro* duisent successivement les idées distinctes de fini et d'infini , de relatif et d'absolu , lesquelles préexistent confusément dans le premier fait. Plus la réflexion s'applique à ce premier fait, plus les faits qu'il con-^ tient s'éclaircissent, plus l'intelligence. s'agrandit, plus les limites du savoir humain reculent devant la liberté de l'homme. Le fait primitif qui n'offrait que la complexité obscure du moi , du non-moi et de l'être ^ se brise et s'éclaircit en se brisant dans la réflexion qui , distinguant alors nettement le moi et le non-moi, le multiple et l'individuel, les oppose nettement l'un à l'autre dans le sein de l'être unique qui les explique et les contient tous les deux. C'est encore la réflexion qui , déterminant chaque jour avec plus de précision les qualités propres du moi et du non-moi , et leurs qualités relatives ou leurs rapports , détermine par-là avec plus de précision les rapports du phénomène à Têtre, c'est-à-dire les quatités de l'être relativement au phénomène ; c'est elle qui, découvrant successivement les caractères du moi et du non-moi, de l'homme et de la nature, qu'elle résume tous dans le caractère général du fini et du contingent, nous révèle , par l'opposition nécessaire que l'être soutient avec le phénomène , les divers ca-^ raçtères de l'être qu'elle résume sous le caractère