OLYMPIODORE, SUR LE PHILÈBE
toribus communicare possumus. Disputat auctor anodo in universum de rebus quæ in dialogo traduntur, atque ea quæ sibi vel aliorum philosophorum placitis videntur repugnare illustrat, componit, et dubia, quæ putantur, argumentis vel ὁ naturd re vel ex aliis philosophis, Theophrasto imprimis et Aristotele. petitis firmat. Hæc autem faciunt, ut credamus, ea quæ codex noster exhibeat modo esse prolegomena , quæ Olympiodorus præmiserit scholüs, hæc verd ἃ librario esse prætermissa. Quod fit eô credibilius, quo certius constat V’indobone in bibl. Cæsare& servari eclogas scholiorum in Philebum ex ore Olympiodori ercerptorum. Cf. Fabriciüi Bibl. Græc. vol. mi, p. 80, édit. Harl. — Hæœc quam vera sint, ajoute M. Stalbaüm, 15 quærendum relinquimus, quibus alios Olympiodori codices comparandi occasia est oblata.
Il nous semble que, même sans avoir consulté d’autres manuscrits que celui de Seitz, M. Stalbaüm aurait pu apercevoir aisément l’inexactitude de toutes les assertions de M. Müller. D’abord 1] est faux qne Théophraste et Aristote y soient plus cités qu'aucun autre philosophe; ils le sont infiniment moins; Théophraste même n’y est cité qu’une fois, page 269 de l'édition; ce qu’il est bon de remarquer, pour ne pas donner à Olympiodore une apparence de péripatétisme, et augmenter la confusion déjà trop grande des divers Olympiodores péripatéticiens et platoniciens ; et M. Stal-
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baüm aurait mis tous les lecteurs à portée de juger l’assertion de M. Müller, s’il eût joint aux scholies qu'il publiait un index des auteurs et des ouvrages qui s’y trouvent mentionnés. Ensuite il n’y a qu'a lire attentivement ces scholies pour s'assurer que ce ne sont pas seulement des prolégomènes, mais un commentaire entier; car si le texte de Platon n’y est pas rapporté, le dialogue n’y est pas moins suivi pas à pas dans toutes ses parties; nul endroit important n’est oublié ; l’ordre du Philèbe est fide-lement suivi : et, par exemple, le Philèbe fimissant un peu brusquement, le commentaire d’Olympiodore s'arrête au même point, et l’auteur alexandrin s’imagine que le dialogue de Platon n’est pas fini, ἀτελὴς ὁ διάλογος» qu'il est même interrompu ἃ dessein et pour des raisons métaphysiques touta-fait chimériques. Enfin, de ce qu’il y a des scholies d’Olympiodore surle Philèbe dans la bibliothèquede Vienne, s’ensuit-il que ces scholies sont différentes de celles que contient le manuscrit de Seitz? Le titre est exactement le même : 5 χύλια εἰς τὸν Πλώτωνος Φίληζον ἀπὸ φωνᾶς Ὀλυμπιοθώρου τοῦ μεγάλου φιλοσόφου : le commencement est le même; et Lambécius ne donne aucun renseignement qui puisse faire soupçonner la moindre différence.
Nous n'avons pas vu le manuscrit de la bibliothèque de Vienne ; mais nous pouvons assurer que tous ceux de Paris, de Saimt-Marc et de l’Ambroisienne ne vont point au dela de celui de la bibliothèque de Seitz; et non-seulement tous ces ma-
nuscrits sont conformes les uns aux autres quant à l’étendue, mais malheureusement ils le sont aussi quant aux lacunes. Nous avons comparé le manuscrit de Paris, n° 4822, avec ceux de l’Ambroisienne et de Saint-Marc ; et les mêmes lacunes que nous avions trouvées dans l’un se sont reproduites dans les autres avec une identité parfaite; le manuscrit de Seitz les renferme aussi, et M. Stalbaüm les a figurées dans son édition comme elles se rencontrent dans le manuscrit. Ainsi il faut supposer qu'a moins d’une bonne fortune sur laquelle il est bien difficile de compter, nous possédons le commentaire d’Olympiodore dans l’état où il nous est permis de l’avoir.
D'ailleurs ces lacunes sont loin d’être considérables : ce sont quelques mots à la page 287 de l'édition de M. Stalbaïüm, article 248 (4); une ou deux lignes à l’article 217, page 280 ; deux ou trois à l’article 243, page 279, et rien de plus : car page 273, art. 184, la lacune du manuscrit de Seitz, reproduite et acceptée comme réelle par M. Stalbaüm, n'existe pas dans le manuscrit de Paris, n° 1822, et est tout-a-fait artificielle ; la phrase telle que la donne le manuscrit de Seitz, savoir, ὅτι οἱ μὲν τρεῖς πρῶτοι τρόποι τῆς ἀποδείξεως ἐπὶ ψυχῆς ἐλαμξάνογτον me suppose pas nécessairement
(1) Nous avons cru devoir citer , outre les pages de l’édition de M. Stalbaüm, le numéro des articles distincts du commentaire, selon le manuscrit de la bibliothèque royale de Paris, n° 1822.
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de lacune, comme le prouve ce qui suit : ὁ ὠπὺ τῶν ὀνείρων' οὐ γὰρ ἐνειροπολεῖ τὸ σῶμα" ὁ ὠπὸ τῶν μανεων" οὐ γὰρ μαίνεται τὸ σῶμα" ὁ ἀπὸ τῶν ματαίων ἐλπίδων" ἥκιστα γὰρ ἐλπίζει τὸ σῶμα. ἀλλὰ καὶ ὃ ἔκτος τρόπος ᾧυχικός ἔστι. Îl en est de même, page 281, art. 220: Εἶτα ἐν νῷ τῷ....... φύσεως ἐπιξατεύοντι» εἶτα ἐν τῇ ψυχῇ ὁμοίως τῇ τοιαύτῃ καὶ τέλος ἐν τῷ φυσικῷ κόσμῳ καθ᾽ ὕπαρξιν. La lacune entre τῷ et φύσεως n'existe pas dans le manuscrit de Paris, n° 1822, et nous nous sommes assurés qu'elle n'existe pas plus que la précédente dans les manuscrits de l’Ambroisienne et de Saint-Marc, que nous avons collationnés. Le sens ne réclame rien ; et dans un écrivain comme Olympiodore , on ne peut pas dire que τῆς avant φύσεως soit rigoureusement nécessaire.
Nous ne nous arréterons pas à quelques fautes de copiste ou à d’autres un peu moins insignifiantes, que M. Stalbaüm ἃ relevées dans le manuscrit de Seitz, pas plus qu’à celles qui lui sont échappées à lui-même, comme, page 266, article 154, διαξαίνουσα εἰς τὴν ψυχήν» lisez διαζαίγοντα (τὰ πάθη), page 284, article 235, τῶν εἰς τριῶν » lisez ὡς avec le manuscrit de Paris, page 250, ‘article 62, τῶν οὐσῶν» lisez οὐσιῶν» et peut-être un peu trop de fautes de ponctuation ; et nous terminerons la partie philologique de cet article, en citant les mots rares et tout-à-fait inusités, selon M. Stalbaüm, que fournit la publication de ces scholies. Ce sont λογικεύεσθαι, page 239 ; éreuppæiveoBar, ibid. ; ἀνίλλεσθαι» page 242; τὸ στοιχειωτόν» page 246;
τιτανικῶς et ἀναντίθετοε: p. 247; ὑπερείδεον» p. 248 ;. veaporperés, page 249. Excepté τό στοι χειωτὸν» qui est plus rare et un peu barbare, tous les autres mots , et particulièrement τιτανικῶς, ὑπερείδεον, νεαροπρεπὲς» se trouvent à chaque pas dans les Α]6-xandrins, et surtout dans Proclus.
Ces scholies , qui forment en tout, dans le manuscrit de Paris, n° 1822, deux cent cinquante-un articles, ne constituent pas un commentaire régulier composé par Olympiodore lui-même; ce sont, comme le titre l'indique, des dictées ou peut-être des résumés de ses lecons faits par quelqu'un de ses élèves, puisque souvent l'opinion d'Olympiodore y est citée à côté de celle d’autres philosophes, et lui-même désigné sous le titre de notre professeur, notre maître, ὁ ἡμέτερος κατηγεμώῶν. Quant à la grécité de ces scholies, c’est tout-à-fait celle du commentaire sur le premier Alcibiade ; les expressions des anciens écrivains s’y rencontrent encore de loin en loin, mais les tours et le génie de la bonne langue n’y sont plus. Il n’y ἃ pas encore un trop grand nombre d’incorrectioris ; mais on sent déjà de toute part l’approche de la barbarie, qui se glisse peu à peu sous les anciennes traditions et flétrit déjà la phrase en attendant qu’elle la corrompe. Olympiodore lui-même, autant qu’on peut juger un professeur par les rédactions d’un élève, n’y paraît pas un homme d’un esprit trèsremarquable. Successeur de grands hommes, il les répète; héritier d’un grand ensemble d'idées et
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d'une érudition accumulée depuis des siècles, 1] transmet d’une manière faible et un peu décousue un enseignement qui fut grand, mais qui dépérit. Le corps de l’ancienne philosophie se soutient, mais l'âme et l'esprit ont disparu.
Malgré ces considérations, ou peut-être même a cause d’elles, il est intéressant de rechercher dans ces scholies les idées d'Olympiodore sur les points les plus importants du Philèbe ; car ces idées sont celles de l’école entière, et, dans leur décadence même , elles nous représentent l’état des esprits à cette époque , et celui du paganisme dans ses plus dignes représentants et ses derniers défenseurs. Ajoutez que ces scholies demi-barbares contiennent un certain nombre de données nouvelles sur des hommes dont le nom seul a surnagé, et sur des ouvrages qui ont péri. C’est sous ces deux points de vue philosophique et historique que nous considérerons successivement ce commentaire du sixième siècle.
Les six premiers articles sont consacrés à l’examen et à la réfutation de plusieurs opinions des devanciers immédiats d’Olympiodore sur le but spécial du Philèbe, et à l'exposition de l’opinion du maître, savoir, que le but de Platon n’est de chercher ni le bien en soi, ni le bien tel qu’il est et doit être pour les dieux, les animaux, les plantes et tous les êtres, mais pour cette classe particulière d'êtres qui ont recu en partage le connaissance et le désir, et qui par conséquent réclament, dans
‘échelle infinie du bien , le degré du bien mixte, double et mélangé, composé d'intelligence et de plaisir (4). ὁ |
L'article 7 contient une division du Ph:lèbe en trois parties : la première, où Platon exposera les méthodes dont il fera usage ; la seconde, où il montrera de la manière la plus simple que la vie la meilleure pour l'homme est la vie composée, ὁ wxτὸς Bios ; la troisième, où 1] le prouvera par les méthodes indiquées.
Mais il ne faut pas croire qu’Olympiodore suive l'ordre qu'il $’est tracé lui-même : après avoir déterminé , selon l’usage de tous les commentateurs alexandrins, ce qu’on appelle le caractère moral des personnages, et montré dans Socrate le réprésentant et le type de la science, dans Protarque celui de l’opinion , dans Philèbe celui de la partie inférieure de l'existence , 1] parcourt irrégulièrement et sans aucun plan tous les points de quelque importance qui se rencontrent dans le dialogue de Platon. Nous extrairons ce qui se rapporte aux quatre endroits les plus dignes d’attention, savoir, la méthode analytique et synthétique, les quatre grandes classes sous lesquelles Platon renferme tous les êtres, la théorie du plaisir et de la peine, et les trois caractères fondamentaux du bien, savoir, la
(1) Περὶ δὲ τοῦ ἐκ νοῦ καὶ ἡδονῆς» ἅπερ ὁρῶται ἐν τοὺς πεφυκόσι γιγνώσκειν τε καὶ ὀρέγεσθαι, p. 238. C’est aussi l'opinion que nous avons adoptée dans notre'argument du Philébe, trad. de Platon, t. 11,
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vérité, la beauté et la mesure. Tout le reste peut se grouper autour de ces points essentiels.
Ι. C’est une chose assez étrange que la méthode qu'Olympiodore et les Alexandrins appellent analyse, soit précisément ce qu’on entend aujourd’hui par synthèse, ou du moins cette seconde opération de l’analyse qui est la recomposition. La première opération , la décomposition, s'appelle chez les Alexandrins daipsrixn ; le passage suivant le prouve incontestablement.
Article 38, page 246. Selon Olympiodore, on peut considérer l’existence universelle, ou dans sa sortie de l'unité et sa marche vers la pluralité et tous les phénomènes du monde visible, ou dans la recomposition de la pluralité retournant à l’unité ; ou on peut la considérer en elle-même ou bien encore la rattacher à son principe et à sa cause. Or, ces divers points de vue sur le monde sont merveilleusement représentés par les diverses méthodes philosophiques, lesquelles, après tout , ne sont et ne peuvent être que diverses manières de considérer les choses. L'analyse ou la décomposition, ἡ διαιρετική, dit Olympiodore, ressemble τῇ poid τῶν ὄντων, à la génération progressive des êtres ; la recomposition ou synthèse, ἡ ἀναλυτικὴν» à leur retour à l'unité, τῇ ἐπιστροφῇ ; la définition, ἡ δριστικὴν à leur existence actuelle prise en elle-même, τῇ ἐδ ἑαυτῆς ἑστώσῃ: la démonstration à l'existence rattachée à sa cause, τῇ ὠπὸ αἰτίας ἐξηρτημένη (1). Et il
(1) Un point de vue semblable se trouve dans les scholies
ajoute, art. 39, que ces quatre méthodes sont toutes renfermées dans deux, savoir, τῷ διαιρετικῷ, et τῷ συναγωγῷ ; etil met ici τὸ συναγωγόν pour l’éraaurixs du passage précédent, ne laissant plus aucun doute sur la valeur de .ce dernier mot, qui désigne évidemment la synthèse, ou recollection et recomposition de parties. Les quatre méthodes se réduisent à deux, car la définition est synthétique, en ce sens qu’elle compose et rassemble , συνάγει» les divers caractères d’une chose pour en faire une totalité qui est la définition ; et la démonstration est analytique, en ce sens qu’elle engendre et tire l'effet de la cause, προάγει!» et en général déduit une chose d’une autre. Ailleurs, article 59, p. 249, il identifle ἀναλύειν et συνώγειν: καὶ γὰρ ἅπερ αὐτὴ ἀναλύει καὶ συνώγει...» Ailleurs encore, pag. 251, article 66, il dit que la recomposition, # ἀναλυτικήν est inférieure à l'analyse, τῆς διαιρετικῆς; car, « l’une voit « d’en haut dans la vallée ( c’est-à-dire, va du géné- « ral au particulier ), lorsque l’autre ne voit les « hauteurs que d’en bas ( c'est-à-dire, n’arrive au « général qu'à travers tous les cas particuliers et « les lents procédés de la généralisation collective « et comparative ). » Sur ce point important, on peut voir encore les articles 40, 58, 62 et 63.
IT. C'est dans ce commentaire méme qu'il faut lire les scholies sur les quatre principes : ces scholies sont très-courtes ; mais chacune d’elles, dans
de Proclus sur le Cratyle, édition de M. Boissonade , p. 2, art, 3.
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sa brièveté, est substantielle et pleine de sens, et particulièrement les scholies 97, 106, 112 et 128. Cette dernière renferme une réfutation de l'opinion de Porphyre sur le principe du mélange et de la combinaison des deux éléments, le fim et l'infini ; combinaison qui est l'univers lui-même. Platon établit que l'intelligence est le principe dé cette combinaison, et c’est à cette occasion que se trouve dans le Philèbe la phrase célèbre que l'intelligence a de l’affinité avec la cause, c’est-à-dire que la notion de cause est précisément celle d'intelligence. L'identité de la cause et de l'intelligence est vraie à tous les degrés de l’être. Elle est vraie en ce qui concerne la cause intellectuelle qui est en nous, et à plus forte raison pour la cause première, foyer primitif de toute intelligence. Platon avait en vue la cause première et l’intelligence première ; mais Porphyre, ἃ ce qu'il paraît, avait particulièrement considéré le principe de l'identité de l'intelligence et de la cause sous un point de vue psychologique et moral. « Porphyre, dit Olympiodore, article 128, « p. 262, prétend que le but de Platôn est de nous « enseigner que notre intelligence, notre esprit est « supérieur au plaisir, νικῶντα τὸν ἡμέτερον νοῦν, puis- « qu'il est de la même famille que l'esprit qui gou- « verne le monde ; et c’est pour exprimer plus for- « tement ce rapport, que Platon se sert de l'expres- « sion γενούστην» au lieu de ovyyern (1). » Mais
(1) Cette remarque d’Olympiodore confirme la vulgate γενοῦστην et la maïntient contre toutes les corrections. C’est le seul
SUR LE PHILÈBE. 335 Olympiodore objecte à Porphyre qu'il ne s’agit point ici de l'intelligence en rapport avec le monde et par conséquent déjà tombée dans une sorte de division avec elle-même, ce que les Alexandrins appellent à μεριστὸς vos, ὃ μικτὸς vos, c’est-à-dire βασιλικὸς» régnant sur le monde avec lequel elle est en rapport, mais de l’intelligence dans son unité absolue, ὡσλύος νοῦς» encore à l’état d'identité, et avec le caractère de pensée en 80], d'autant plus qu’il n’est pas besoin rigoureusement de prouver que notre intelligence est du même genre que l’intelligence universelle, pour prouver que l’intelligence est supérieure au plaisir.
ΠῚ. Pour la psychologie, nous invitons à lire . l'article 153, page 266, où Olympiodore établit que la mémoire n’est pas seulement la simple persistance d’une impression reçue, une sensation continuée, mais qu'ellé contient un élément actif et intellectuel, γνῶσις γὰρ καὶ ἢ μνήμη καὶ où σωζομένη αἴσθησις: l'article 199, page 276, sur les plaisirs passionnés, toujours accompagnés de douleur, et sur les plaisirs purs qui appartiennent au développement naturel de l’existence; ainsi que l’article 450 sur les passions et leurs divisions. Nous nous contenterons d'arrêter un instant le lecteur sur les scholies qui se rapportent à la discussion, assez longue dans Platon, relativement aux plaisirs faux et
passage d'Olympiodore qui serve à l'établissement du vrai texte; et encore γενούστην est-il déjà cité par le scholiaste ordinaire.
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aux plaisirs vrais. Protarque, dans Platon, avait déjà soutenu qu’il ne peut y avoir de plaisirs faux, puisque tout plaisir ne peut pas ne pas être vrai en tant que plaisir; et cette opinion de Protarque, qui était celle de beaucoup de philosophes contemporains de Platon, avait été plus tard reprise et soutenue avec avantage par Aristote et Théophraste. Olympiodore cite l'opinion des adversaires de Platon, avec leurs principaux arguments, et essaie d’y répondre. Toute cette discussion n’est pas très-importante : mais comme elle est claire, que les scholies en se succédant forment un certain ensemble, et que ce morceau donne une idée de la manière d'Olympiodore, nous le traduirons ici presque en entier.
Article 464, page 269. « Théophraste soutient « contre Platon qu’il n’y ἃ pas des plaisirs vrais et « des plaisirs faux, mais que tous les plaisirs sont « vrais : car, dit-il, s’il y a un plaisir faux, il y aura « un plaisir qui ne sera pas du plaisir, ce qui est « impossible ; la fausse croyance même est une « croyance... Théophraste dit encore : la fausseté « peut être envisagée sous trois rapports, ou comme « habitude morale, ou comme discours, ou comme « une chose qui existe d’une certaine manière. Com- « ment donc, dit-il, le plaisir sera-t-il faux ? Le plai- « sir n'est as une habitude morale; ce n’est pas un « discours; ce n’est pas non plus une chose dont la « manière d'exister soit de n’exister pas, ὃν οὐκ ὃν. Or, « Ja fausseté est une chose qui n'existe que de cette
manière. — Article 462. Quelques-uns, frappés de l'énergie apparente (τῆς δοκούσης ἐνεργείας), de la réalité propre du plaisir, et ne voulant pourtant pas abandonner Platon, se tirent d'affaire en disant que les faux plaisirs sont ceux qui sont mélés de contradiction, et par contradiction ils entendent le mal, le démesuré, Pinfini ; et que c’est par la règle et la mesure, que la raison leur applique, qu’ils deviennent vrais, de sorte que tous les plaisirs des gens de bien sont vrais, et tous ceux des vicieux sont faux. — Article 263. Platon l’entend autrement. Comme l'opinion est fausse quand elle porte sur ce qui n’est pas, de même, selon lui, le plaisir est faux quand il porte sur ce qui n’est pas agréable. Si quelqu'un a du plaisir en prenant un breuvage amer, pour un breuvage doux, ou én se croyant heureux quand il ne l’est pas, il est dans le faux; il en est ainsi de celui qui croit avoir du plaisir quand il n’est en rapport avec rien qui soit agréable. De plus, le plaisir est une impression. Nulle impression n'est absolue, mais se rapporte à un objet qui en est la cause. Le plaisir aussi se rapporte à une cause qui le fait être. D'où peut-il donc venir, quand toute cause lui manque ? Il faut qu’il vienne de l'imagination et d’une croyance fausse. .… Enfin, la sensation est la condition de tout plaisir et de toute douleur; or, il y a des sensations vraies et des sensations fausses, et 1} faut en dire autant des plaisirs qui en dépendent. — Arti- | 22
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« cle 164. Platon enseigne de diverses manières qu'il « y a des plaisirs faux; par les plaisirs qui ont lieu « dans les rêves... , par ceux du délire...., par « ceux des vaines,espérances...., par Ceux que « donne le contraste de douleurs plus grandes , ou « la cessation de la douleur, ou l'illusion des fausses « opinions. — Article 465. Proclus seul a bien ré- « solu le problème, en admettant tantôt la fausseté, « tantôt la réalité du plaisir, de sorte qu’il n’est pas « nécessaire de condamner ceux qui soutiennent « que tout plaisir est vrai, s'ils le prennent bien, « ni ceux qui soutiennent qu’il y a des plaisirs qui « sont faux. En effet, l’agréable est double; on « peut l’envisager, ou dans l’objet agréable en tant « qu’agréable, comme la douceur dans le miel, ou « dans l’impression faite sur les sens, impression « correspondante à l’objet qui la cause... Ainsi, « relativement à l'impression faite sur les sens, « toute sensation est vraie, comme le veut Prota- « goras, mais non pas relativement à l’objet ex- « terne. Il en est de même du plaisir : tout plaisir « est vrai quant à la sensation; tout plaisir ne l’est « pas quant à son objet. »
IV. Nous terminerons cette analyse philosophique du commentaire d’Olympiodore, en faisant connaître ce qui se rapporte aux trois caractères essentiels du bien, la vérité, la beauté, la mesure, qu’en style alexandrin on appelle des monades. L'article 231, page 284, est consacré à faire voir que ces trois caractères se retrouvent dans le tout
et dans chaque partie du tout ; leur unité est le bien lui-même, principe éternel de toutes choses : « Ce « principe, dit Olympiodore, par sa lumière est la « vérité; en tant qu’objet de désir pour tous les « êtres, il est la beauté; et comme il préside aux « rapports harmoniques des êtres, an le célèbre « comme la mesure. En soi 1] est sans division ; « mais les trois monades qui en dérivent l'expri- « ment chacune à sa manière. — Et il ne faut pas « croire, ajoute Olympiodore, article 232, que ce « principe ne soit qu’une simple collection des trois « monades : non, c’est une unité intégrante; car il « est cause, et cause de tout. » Olympiodore ajoute, article 236 : « lamblique dit que ces trois « monades sortent du bien pour orner l'intelli- « gence; mais On ne sait trop de quelle intelligence « il veut parler, ou celle qui est attachée à un ap- « pareil sensible et vivant, ou l'intelligence essen- « tielle que l’on célèbre sous le nom de père « (πατρικὸν ὑμνούμενον). En général, on entend cette « dernière intelligence; et en effet, dans les Orphi- « ques , on voit les trois monades apparaître dans « l'œuf symbolique. »
Par ces divers extraits, on peut juger du caractère de ce commentaire et des idées que la philosophie spéculative peut en tirer. Il est encore un autre point de vue de l’école d'Alexandrie sous lequel ce commentaire mérite d’étre étudié avec attention, et qui se rattache au précédent; nous voulons parler du point de vue mythologique, c’est-à-
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dire, des idées que les nouveaux platoniciens avaient reconnues ou qu'ils avaient mises sous les formes du paganisme, devenu par eux, ou pour eux, comme un symbolisme de leur propre philosophie. La publication de ce commentaire intéresse le mythologue , et il ne lira pas sans fruit les articles 129, 236, 242, 260, 222; et particulièrement, sur le sens philosophique du Prométhée et de l'Epiméthée, les articles 40, 41, 42, 43 et 44; et sur Aphrodite, comme déesse du plaisir, les articles 47, 18, 19, 20, 21 et 22. Nous nous contentons de les signaler et d’y renvoyer les amis des recherches mythologiques, pour arriver à ce qui nous intéresse plus spécialement, savoir, l'utilité que l'historien de la philosophie peut tirer de la pRocaton de ces scholies.
Pour la première époque, à défaut d’oracles chaldaïques, Olympiodore ἃ quelques citations orphiques qui ne sont pas sans intérêt. Outre le morceau que nous avons déjà cité sur les trois monades qui sortent de l’œuf mystique, selon la doctrine orphique, on trouve, page 268, au milieu d’un article sur les différentes espèces de mémoire, comme la mémoire sensible, la mémoire imaginative, etc., une allusion à la mémoire supérieure dont parle Orphée, ἡ παρὰ τῷ pret μνήμη. Hermann qui cite cet article d’'Olympiodore (page 5140) lit à tort Μνυμώ; c’est évidemment une allusion à l'hymne à Mnémosyne (1), Μνημοσύνην καλέω. 1] est tout simple
(1) Hymne 76; éd. Hermann, p. 345.
qu'un commentateur du Philèbe ait rapporté, page 286, le vers célèbre que Platon cite dans ce dialogue :
A la sixième génération mettez fin à vos chants.
»” Cd ’ / , æ Éxrn δ᾽ iv γινεῦ, καταπαύσατε κόμμον ἀοιδῆς
Je ne crois pas que l’on trouve ailleurs le demivers suivant, dont le sens est assez obscur :
Hs νοῦς δὲ οἷα ψευδὲς βασιλπῖος (1).
Quant aux pythagoriciens , on ne trouve ici
presque rien qui ne soit connu. Platon, dans le Protagoras, avait mis Prométhée au-dessus d’ Épiméthée. Les pythagoriciens faisaient tout le contraire, dit Olympiodore, page 247, sans doute, parce que Prométhée indique le mouvement de l'intelligence qui se porte pour ainsi dire en avant, et sort d'elle-même pour entrer dans les choses : Môris-mpô, mpood'xôs, tandis que Épiméthée marque le retour de l'intelligence sur elle-même, Märisἐπὶ» ἐπιστρεπτιχός» et qu'en effet il vaut mieux pour une âme revenir sur soi que d'en sortir. Pag. 282, le miel était pour les pythagoriciens le symbole du plaisir; de Ἰὰ la maxime : C’est le miel qui fait tomber les âmes dans le monde des apparences et des phénomènes : διὰ μέλιτος πίπτειν εἰς γένεσιν τὰς ψυχάς. 1] faut lire aussi, pag. 280, un article sur la différence du système musical d’Aristoxène et de celui des pythagoriciens. En-
() P. 961. Voyez Hermann, p. 510.
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fin, en parlant des philosophes qui maltraitaient le plaisir, δυσχεραινόντων τὴν ἡδονήν» et recommandaient l’insensibilité, Olympiodore désigne, page 276, les pythagoriciens comme faisant partie de
ces philosophes chagrins, εἴτε Πυθαγορεῖοι εἴτε ἄλλοι
τινές; mais il est évident qu’il ne peut s’agir ici des pythagoriciens, qui, au rapport d’Olympiodore lui-même dans son commentaire sur le premier Alcibiade, n'étaient point d’une rigidité si mal entendue : Platon pensait évidemment à Antisthène, et à l’école cynique qui déjà frayait la voie au stoicisme. On ne trouve absolument rien dans ce commentaire sur l’école ionienne, ni sur l’école éléa-
tique. Démocrite y est mentionné une seule fois
(page 242) sans aucune citation précise.
Ces scholies ne répandent guère plus de lumière sur la seconde époque de la philosophie grecque. Les dialogues de Platon que cite Olympiodore sont: le Phèdre, p. 256; le Protagoras, p. 247 ; le Parménide, p. 237 bis, 248, 256, 257; le Cratyle, p- 242; la République, p. 239, 248, 286; le Timée, p.275. Remarquons qu’il cite deux fois, p.245 et 264, le second Alcibiade déjà cité dans le commentaire sur le premier. Aristote est. assez souvent mentionné, p. 250, 254, 269, 271, 276 δία, 283, mais sur des points peu importans ; Théophraste, une seule fois, dans l'endroit que nous avons traduit. 1] est étrange que dans le commentaire d’un dialogue sur les plaisirs, Épicure ne soit pas cité plus souvent. Il n’est indiqué que deux fois. Pag. 274, Épicuredit
que le plaisir naturel est plein de retenue, κατα-στηματικήν. La vertu, qui estle plaisir le plus parfait, ne se soustrait point à l’action des choses extérieures, mais retranche l'excès en tout genre, soit l’enivrement, soit l’abstinence. Page 275, Épicure pense que tout plaisir n’est pas nécessairement mêlé de peine. Nul philosophe stoïcien n’est ici indiqué, même une seule fois. Les noms d’Archimède et de Ptolémée se rencontrent sans aucune citation précise, pag. 280, 283, ainsi que ceux d’Aristoxène, pag. 280, et du mathématicien Théodose, tbid., qui vivait du temps de Nerva et de Trajan. C’est à mesure qu'on entre dans la troisième époque de la philosophie grecque et dans l’école néoplatonicienne, que cesscholies d’Olympiodore prennent de la valeur. |
IL faut d’abord nous féliciter d’y trouver mentionnés trois noms peu connus, ceux de Proclus de Laodicée, de Boëthe, et d’un philosophe nommé Peisithée, Πεισίθεος. Proclus de Laoditée aurait parlé du plaisir comme d’une divinité. Voici la phrase, pag. 242, art, 20 : γμνεῖται ἡ ἡδονὴ wap ἰαμέλίχῳ καὶ ἐν τοῖς ἱεροῖς γνωρίζεται παρὰ Πρόκλφ τῷ Aaodixeï, C'était probablement dans sa théologie, ou son traité du mythe de Pandore (1). Pour Boëthe, Βοηθός . Olympiodore cite son opinion, pag. 264, sur l'espérance et ses divers caractères, en contradiction avec Platon; et il ne faut pas prendre ce Boëthe pour le philosophe romain, qui n’a guère
(1) Voyez Suidas, Πρόκλ.
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pu écrire avant Olympiodore, de manière à pouvoir étre cité par ce dernier : il faut entendre, à ce qu’il nous semble, un autre philosophe, péripatéticien, comme le philosophe romain, mais plus ancien, et qu'Ammonius, sur les catégories d'Aristote, et Anitius Boëce lui-même, citent comme un interprète distingué d’Aristote (4). El en reste si peu de chose, que son fragment sur l'espérance, que nous ἃ conservé Olympiodore, n'est pas sans prix. Quant à Peisithée, nous avouons que son nom même nous était inconnu. Olympiodore le donne, pag. 237, pour un ami de Théodore d’Asinée, ce qui le place après Porphyre; et il paraît que ce Peisithée s'était occupé du Phailèbe, et avait une certaine réputation, puisque Olympiodore cite son opinion sur le but du Philèbe et la réfute avec soin.
Parmi les disciples de Plotin, que die cite avec distinction dans la vie de son maître, Amélius paraît avoir joué un rôle important. Ses opinions sont plus d’une fois mentionnées par les Alexandrins avec le plus grand respect, mais aucun de ses ouvrages n’est parvenu jusqu'a nous. La tradition alexandrine ne nous ἃ conservé que son nom entouré de la plus haute considération, avec quelques opinions éparses qu'il serait intéressant de recueillir et de disposer avec ordre, de sorte qu’on
(1) Voyez, en tête des œuvres de Boëce, la lettre de Martian. Rota, les dernières lignes , et Boëce, p. 56 du δ livre
sur Porphyre.
pût retrouver quelque chose du système de cet illustre platonicien , comme on l’a fait pour plusieurs philosophes, tels que Posidonius, Anaxagore, Héraclite et d’autres. Nous désignons à celui qui voudrait s’occuper d’un pareil travail l’art. 30 de la pag. 243, sur l'opposition des plaisirs entre eux, et l’article 448 de la pag. 265, contre le plaisir agité, τὴν ἐν κινήσει ἡδονήν. Amélius, dit Olympiodore, développe ce point avec la plus grande force, Auéruos ἐκτραγφῳδεῖ» et comme le morceau qui suit immédiatement a en effet une sorte d’énergie tragique, il ne serait pas impossible qu’il appartint à ce disciple célèbre de Plotin.
Après Amélius, les plus célèbres platoniciens ; jusqu’à Olympiodore, sont, dans l’ordre des temps, Porphyre, Ilamblique, Syrien et Proclus. Or ce qui résulte à peu près incontestablement de ce commentaire d'Olympiodore pour tous les quatre, excepté peut-être Porphyre, c’est que, dans des ouvrages qui ont péri et dont il ne reste ailleurs aucune trace, ils avaient commenté le Philèbe. On l'avait déja dit de Proclus ; mais on ne l’avait pas même encore soupçonné d'aucun des autres; et pourtant ce qui n’était pas même un: soupçon, est ici converti en certitude. Nous n’exceptons que Porphyre, qui, s’il n’avait pas écrit un commentaire spécial sur le Philebe, a dù au moins en avoir traité assez longuement, puisque Olympiodore cite son opinion sur trois passages de Platon assez éloignés les uns des autres, pages 239, 261, 263, en
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opposition avec celle d’Iamblique. Quant à celui-ci, il est difficile de douter qu'il eût écrit un commentaire sur le Philèbe. En effet, supposons que l’on démontre d’un critique qu’il a examiné soigneusement le but d’un ouvrage, et qu’il en a discuté tous les points importants, dans l’ordre même suivi par l’auteur, n’est-ce pas la démontrer suffisamment que ce critique a composé un véritable commentaire sur l’ouvrage en question ? Or, Olympiodore, sans dire expressément qu'Iamblique avait fait un commentaire du Philèbe, cite et discute perpétuellement son opinion, et non pas sur des points philosophiques, analogues à ceux qui sont traités dans le Philèbe, mais sur des passages spéciaux de ce dialogue, d’abord sur son but, page 238, puis, page 239, sur la question de savoir si le souverain bien est exclusivement dans la vie de l'intelligence ou dans le mélange de la vie intellectuelle et de la vie sensible, question où, en opposition avec Porphyre, lamblique place le souverain. bien dans la vie mélangée. Le passage du Philébe sur Prométhée fournit encore un texte à des réflexions d’Iamblique, page 246. Pour la partie ontologique du Phlèbe, celle qui est relative aux quatre principes, et particulièrement à l'intelligence, lamblique, pages 257 et 261, nous présente encore une opinion importante ; et page 285, sur les trois caractères du bien, Olympiodore rapporte la phrase même d’Iamblique en la commentant ; enfin il n’y a guère une
seule partie du Philèbe sur laquelle Iamblique ne
jette quelque lumière. Nous avons vu, par Proclus et par ce même Olympiodore, dans leurs commentaires sur le premier Alcibiade, qu'Iamblique avait écrit un commentaire sur ce dialogue. Nous ne croyons pas trop hasarder en tirant de ces scholies nouvelles l'induction qu’il en avait fait autant pour le Philèbe, ou tout au moins qu'il en avait traité, : non pas occasionnellement , mais, comme on dit, : ex projesso, et avec l'étendue d’un vrai commen: taire.
Il en est à peu près de même de Syrien. Olympiodore rapporte son opinion avec les plus grands détails, et sur le but du dialogue, page 238, etsur les trois monades du bien, pages 285 et 287, en des termes qu’on n’emploierait guère envers un homme Qui aurait laissé tomber accidentellement quelques mots sur le Phrlèbe. Au reste, si le doute est plus permis pour Syrien que pour Jamblique, il l’est en- core moins pour Proclus que pour ce dernier.
Déjà Fabricius avait placé, sur quelques indications (1), parmi les ouvrages de Proclus qui ont péri, un commentaire sur le Phrilèbe ; maintenant cette conjecture est mise hors de doute : les scholies d’Olympiodore déposent de toutes parts, non d’une dissertation épisodique de Proclus sur le Phïlèbe dans quelque autre ouvrage, mais d'un traité régulier, d’un véritable commentaire de Proclussur ce dialogue ; aucune des conditions de démonstra-
(1) Biblioth. græc., éd. Harl., tom. νι.
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tion en ce genre ne manque ici. Non-seulement 1} n’y a pas un seul point important du Phrlèbe sur lequel Olympiodore ne cite l’opinion de Proclus; mais, dans une foule de choses d’un moindre intérêt, il se met à l’abri derrière cette autorité, au point que les citations de Proclus embrassent le dialogue de Platon dans toute son étendue, correspondent à toutes ses parties, et qu’en les arrangeant entre elles et les tirant des scholies d’Olympiodore, on en composerait aisément un ouvrage à part régulier et complet. En effet, page 238, vaus voyez ce qu'avait pensé Proclus sur le but du Phulebe. Plus bas, quelques articles après, on trouve sa division des parties du dialogue tout-à-fait dans le genre de ses divisions déja connues d’autres dialogues de Platon. Il paraît qu’après avoir placé le but du Philèbe dans la recherche du souverain bien pour tous les êtres, ce qui embrasse, comme le remarque fort bien Olympiodore, l’univers entier, tandis que dans le Philèbe il s’agit spécialement de l’homme et du bien qui convient à sa nature; après, dis-je, avoir déterminé le but du Philébe, Proclus le divisait en vingt-cinq points. Plus loin, page 241, nous retrouvons l'opinion de Proclus également combattue par Olympiodore sur les diverses espèces de nécessités; et page 242, sur cette question mythologique : Pourquoi les anciens n’avaient pas fait un dieu du plaisir; plus loin encore, page 246, sur les différents Prométhées; dans cette même page, article 40, sur la méthode analytique,
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page 247, sur l'unité et la pluralité comme contenues dans toutes choses particulières, ou sinon l'unité, au moins sa forme, ἕνωσις» l'union, la force d’unir, et non pas τὸ ἕν» qui est l’unité en soi. « L’infini, dit Proclus, est l’élément de pluralité, le fini l’élément d'union ; mais au-dessus des deux, il faut placer l’unité, τὸ ἕν» et toutefois cette unité-la a encore devant elle la pluralité, car elle est en rapport d'opposition avec la dualité du fini et de l'infini, dualité qui est un multiple ; de sorte qu'il faut élever encore au-dessus de cette unité une unité absolue, un principe qui n’admet plus dans sa nature aucune relation avec le multiple, füt-ce même une relation d'opposition, mia ἀρχὴ ἀναντίθετος. » Ainsi quatre éléments, savoir, l’unité absolue, puis l'unité en face du multiple, unité qui est l’un et plusieurs, ἕν καὶ πολλάγ enfin le fini et l’infini. Ailleurs, page 258, toujours sur la même question : « La cause suprême, dit Proclus, fait le monde sur elle-même et en vue d'elle-même, pour que toute chose soit semblable à elle, de sorte que Dieu est de sa nature la trinité de l'être, ὥστε αὐτὸς τὰ τρία (c’est-a-dire, comme nousavons vu plus haut, le fini, l'infini et leur union). Il est cette trinité dans son unité centrale et primordiale; mais il ne faut pas moins dire qu'il est triple, quoique cette trinité se résolve dans l'unité, ἀλλὼ ῥητόον ὡς οὐδενὶ ἧττον τρία εἰ καὶ συντρέχοιεν τῷ ἑνί. » Page 261, son apinion est mise à côté de celles de Porphyre et d’Iamblique ; et, page 262, dans l’article 430 que nous avons cité