‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 25 sur 35 · COMMENTAIRE INÉDIT · texte numérisé non relu

COMMENTAIRE INÉDIT

EEE UE

Le Commentaire inédit d’Olympiodore sur le Gorgias de Platon, se trouve dans la plupart des bibliothèques de l'Europe. Nous l’avons vu dans la bibliothèque de Turin , dans la bibliothèque Ambroisienne de Milan, et dans celle de Saint-Marc à Venise. La bibliothèque royale de Paris en possède deux manuscrits :

4°. Le manuscrit coté 1822, qui contient en outre les Commentaires du même Olympiodore sur l” 4lcibiade , le Phédon et le Philèbe. 1] a été copié à Venise, en 1535, par Ange Vergèce de Crète, παρὰ Αγγέλῳ Βεργικίῳ» τῷ Kpnri. 1] est probable que l’original est l'excellent manuscrit de Venise, du x° siècle, qui contient également les quatre commentaires sur le Gorgias, lAlcibiade , le Phédon et le Philèbe, manuscrit coté 196, et dont Zanetti ἃ donné la description, page 109.

2. Un manuscrit très-récent de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, qui contient seulement

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les deux commentaires sur le Gorgias et le Phédon. Montfaucon en parle, Biblioth. Coisl. cod. 156, page 219.

C'est sur ces deux manuscrits que Routh (1) ἃ publié l'introduction, seul morceau qui fàt connu avant nous, et qui a été réimprimé, avec plusieurs fautes, par Findeisen dans son édition du Gorσίας. Nous nous proposons de faire connaître ici en totalité ce commentaire du VI: siècle, afin que les amis de la philosophie ancienne sachent, une fois pour toutes, ce que contient ou ne contient pas ce vieux monument. ;

Nous prenons le manuscrit de Paris, n° 1822, pour base de notre travail. C’est toujours celui-là que nous citerons, sauf à recourir au manuscrit de Saint-Germain, dans les endroits douteux.

Le commentaire du Gorgias forme, dans le manuscrit 14822, 82 feuilles. |

Il se compose, comme la plupart des commentaires alexandrins, d’une introduction dans laquelle l’auteur traite toutes les questions générales auxquelles peut donner lieu le Gorgias, et d’un commentaire spécial et détaillé sur toutes les parties de ce dialogue. Le philosophe alexandrin cite d’abord le texte de Platon, puis il le commente ; nouvelle citation, nouveau commentaire ; et toujours ainsi , jusqu'a la fin. Le commentaire entier

(1) Platonis Euthydemus et Gorgias, éd. KRouth, Oxon. 1784, ad calc; p. 561-575.

est divisé en cinquante points, appelés rpaËers, chapitres ou leçons; on trouve, rp#£. onzième , le mot de ϑεωρία pour celui de πράξεις : ἐν ἄλλῃ θεωρίᾳ μαθησόμεθα, fol. 21, verso, lin. 9, 40.

Nous commencerons par faire connaître l’introduction, qui n'est pas le morceau le moins intéressant de ce commentaire.

Olympiodore indique d’abord les points généraux qu’il veut toucher dans son introduction. Ce sont : 1°. la disposition dramatique du dialogue ; 2° son * but ; 3°. sa division ; #°. les personnages et les idées qu'ils représentent ; 5°. enfin cette question : Pourquoi Platon, qui ordinairement introduit dans ses dialogues des contemporains, met-il en scène e Gor- | gias, qui lui est très-antérieur.

4°. ILest fâcheux qu'Olympiodore ne nous donne pas plus de détails sur les personnages du Gorgias, à l’occasion de la disposition dramatique de ce dialogue. Il ne dit que ce qui était parfaitement connu, savoir (1), que Gorgias, né à Léontium en Sicile, était venu à Athènes chargé d’une mission relative à la guerre contre les Syracusains, et ayant avec lui le rhéteur Polus d’'Agrigente. À Athènes, il logea chez l’orateur démagogue Calliclès. Gorgias fit plusieurs fois montre de son talent, et ravit tellement le peuple athénien, que les jours où il parlait s’appelaient des fêtes, et.ses phrases des flambeaux, ἡμέρας ἑορτὰς» κῶλα λαμπάδας. ἴο]. 1 verso, lin. 3

(1) Voyez sur Gorgias la note de Routh, p. 359-361.

354 OLYMPIODORE,

et # (1). Le Chéréphon dont il est ici question est celui de la comédie, où il est représenté comme tout-à-fait livré aux spéculations philosophiques. La scène se passe dans la maison de Calliclès.

2°. Les commentateurs, dit Olympiodore, diffèrent sur le but du Gorgias ; les uns disent que son but est la rhétorique, et voilà pourquoi ils intitulent ce dialogue Gorgias ou sur la Rhétorique (2). Mais ils ont tort ; car ils caractérisent le tout par une seule de ses parties. Leur seul motif est qu'avec Gorgias, Socrate parle de la rhétorique, et encore en parle-t-il assez peu de temps. D’autres prétendent que le sujet du dialogue est la justice et l’mjustice, sur ce qu’il y est dit que l’homme juste est heureux et l’homme injuste misérable, et d’autant . plus misérable qu’il est plus injuste, qu’il l'est plus longtemps, et que l’immortalité dans l'injustice serait le comble de la misère ; ne s’apercevant pas que ce point de vue est partiel, et ne se rapporte . qu’à la discussion avec Polus. D’autres enfin pré-

(1) Routh cite à l’appni de ce passage celui des Prolégomènes de Troïle sur la rhétorique d’Hermogène : τὰς ἡμέρας ἐκείνως ἐν αἷς ἐπεδείξωτο οἱ À θηναῖοι ἑορτὰς ἐκώλουν, τοὺς OÙ λόγους «αὐτοῦ, λαμπάδας. |

(2) Puisque ces commentateurs donnaient au Gorgias ce second titre : sur la Rhétorique, il s’ensuit qu’il ne l’avait point avant eux. N’est-ce pas là une preuve qu’au temps d’Olympiodore , le second titre du Gorgias ne passait pas pour être de Platon ? Ce passage , au moins en ce qui concerne le Gorcias, confirme l'opinion de Schleiermacher et d’Ast sur les seconds titres des Dialogues de Platon.

tendent que le but du Gorpias est théologique, point de vue fondé seulement sur la: partie mystique qui termme le Gorgias, et encore plus faux que les autres. Peur nous (c'est toujours Olympiodore qui parle ), nous disons que le but du Gorgias est de traiter des principes qui çanduisent les États a la félicité, φαμὲν τοίνυν ὅτι σκοπὸς αὐτῷ περὶ τῶν ἀρχῶν διαλεχθῆναι τῶν φεραυσῶν ἡμῶν ἐπὶ τὴν πολιτικὴν εὐδαιμονίαν (4). IL est fâcheux qu’Olympiodore,, au lieu de développer cette proposition, se perde dans des subtilités scholastiques sur les principes en général ; il y.a, Selon lui, six principes , savoir : la matière, ὕλη; la forme, eds; l’agent, ποιητικὸν αἴτιον; le modéle, παράδειγμα ; l'instrument, ôpyævor.; la fin, τέλος. |

3°. Le dialogue se divise en trois parties, l’une relative à Gorgias , l’autre à Polus, l’autre à Calliclès. Ici sont quelques mots intéressants sur l’ordre des dialogues de Platon. Dans l’4lcibiade, dit Olympiodore , nous apprenons que l’homme c’est l'âme, et l’âme raisonnable. Reste à régler ses vertus politiques et morales, roarixès αὐτῆς ἀρετὰς καὶ καθαρτικάς. Or, comme les vertus politiques sont d’un ordre inférieur aux autres, et doivent par conséquent les précéder dans l’enseignement, 1]

(1) Voyez sur le but du Gorgias, Schleiermacher, Platon’s W'erke, 2 partie, tome1*"; Ast, Platon’s Leben und Schrifien, p. 133; l'argument placé en tête de notre traduction (tome 111, p. 129) ; la dissertation de M. Sibrandi, de Platonis Gorgta, Harlem, 1899.

356 | OLYMPIODORE , s'ensuit qu'après l’Alcibiade , qui traite de la nature humaine, c’est-à-dire de l’âme , doit venir le Gorgias qui traite des vertus politiques ; et après le Gorgias le Phédon, qui traite des vertus xadapτικάς» des vértus qui élèvent l’âme de Ia sphère de ce monde à la sphère supérieure, c’est-à-dire, Îles vertus religieuses (1). ,

4°. Quant aux idées que représentent les personnages, Socrate représente la science ; Chéréphon, l'opinion et la vraisemblance; Gorgias, la

(1) Je ne puis m’empécher de relever ici uñe étrange mépnse de M. de Sainte-Croix. Ce savant académicien dit, dans sa Notice du cominentaire manuscrit d'Olympiodore sur le Phédm de Platon, Magasin encyclopédique, 3° année, t. 1°, p. 195:

« ..... Le premier traité auquel Olympiodore paraît avoir travaillé est celui sur l’4/cibiade , puisqu'il renferme la vie de Platon et des détails préliminaires. Sans doute que le commentaire sur le Gorgias ne mérite pas moins d’attention - l’auteur ÿ débute par des réflexions sur le caractère des dialogues de Platon, qu'il regarde tous comme du genre dramatique, tenant également du comique et du tragique. ἢ] y remarque quatre degrés d’enthousiasme ou d'inspiration ; le premier est, selon lui, dans le Timée ; le second dans la République ; le troisième dans le Phédon, et le quatrième dans le Théétète. Si Olympiodore a suivi l'ordre des matières en composant ses ouvrages, celui sur le Phédon a dû nécessairement précéder le traité sur le Gorgias , l’immortalité de l’âme étant le sujet du premier, et l’état des âmes après la séparation d’avec leurs corps se trouvant une question-agitée dans le second... »

1 n’y ἃ que deux assertions dans ce passage, et toutes deux sont complétement fausses. D’abord le commentaire du Gorδίας ne débute pas par des réflexions sur le caractère général

SUR LE GORGIAS DE PLATON. 307 faiblesse et la demi-corruption; Polus, l’iniquité consommée et l’orgueil; Calliclès, la volupté. Il paraît que dans l'oisiveté et la subtilité de l’école, et selon l'esprit de ce temps , on était tombé dans des questions d’une minutie extravagante sur le nombre des personnages du Gorgias, et qu’on avait institué la question de savoir pourquoi, sur

des dialogues de Platon, comme tenant à la fois du comique et du tragique, et sur les quatre degrés d’enthousiasme répandas dans le Timée, la République, le Phédon et le Théétète. 1] n’y a pas un seul mot de tout cela dans le début du commentaire sur le Gorgias ; les réflexions dont parle M. de Sainte- Croix sur le caractère à-la-fois comique et tragique des dialogues de Platon, ne sont nulle part dans aucun ouvrage d'Olympiodore ; οἱ quant. aux divers degrés d'enthousiasme et à leur répartition dans les quatre dialogues ci-dessus cités, il en est question, non dans le début du commentaire sur le Gorδίας, mais dans celui du commentaire sur l’Alcibiade. Voyez l'édition de Creuzer, p. 1 et 2. Voilà pour la première assertion ; la seconde n’est pas plus heureuse. M. de Sainte-Croix dit que le commentaire sur le Phédon a dà précéder le com mentaire sur le Gorp1as , l’immortalité de l’âme étant le sujet: du premier, et l’état des âmes après la séparation d’avec leurs. corps étant agité dans le second. Mais si l’état des âmes après leur séparation d’avec le corps n’est qu’une pelite partie du Gorgias, et si le Gorgias roule sur un tout autre sujet, comme le rernarque Olympiodore lui-même, que devient l'assertion de M. de Sainte-Croix? D'ailleurs Olympiodore lui-même assure que le Phédon doit venir après Le Gorgias , l’un traitant de la. vertu politique, et l’autre des vertus xa/æprixas, après lesquelles il n’y a plus rien à désirer. Il faut que M. de Sainte-Croix. n’ait pas même lu le début du commentaire ‘sur le Gorgtas dont il parle, et qui ponrtant était déjà imprimé de son temps...

358 OLYMPIODORE,

cinq personuages ,.il y avait trois rhéteurs et deux philosophes ; question à laquelle on avait répondu que le. nombre des rhéteurs devait être impair, àdvaiperos, et celui des philosophes par, Jweipsros- Glympiodore réfute cette réponse assez gravement. De cette réponse nousextrairans également le vers suivant tiré d’un hymne à Dieu dont Glympiodore ne nomme pas l’auteur (ὃ τε καὶ ὕμνος λέγει εἰς αὐτὸν φάσκων):

ἐξ οὗ πάντα πέρννε, oùd οὐδενός, οὕνεκα μοῦνος (1).

Toi de qui viennent toutes choses, qui seul ne viens de rien; et qui, pour cette raison, 68 seul. 5°. Quant à l’objection sur la non-contemporanéité de Gorgias et de Platon, Olympiodore répond que d’abord il n’y ἃ rien en soi d’absurde pour un auteur à introduire des personnages qu’il n’a pas connus, -et à les faire converser ensemble ; ensuite que Gorgias et Platon étaient réellement contemporains :-‘oar Socrate-est de la 77° olympiade, troisième année ; Empédocle le pythagoricien, le maître de Gorpgias, est élève de Parménide; et Gorgias ἃ écrit son livre ingéniéux Sur la Nature, dans la 84° olympiade; de sorte que, d'après ce calcul, Socrate serait né vingt-huit ans, ou un. peu plus, (1) Routh : Mic versus an alibi exstet , nescio. Je:ne le sais pas plus que Routh. Déjà, dans son édition du commentaire d’Olyfpiodore sur’ Alvibiade, M. Creuzer a'trouvé, page 19, ui vers qu'il ne sait à qui rapporter. M. Boissoriadé (Proc

scholiain Cratylum, page 62) rencontre aussi un vers qu’il croit appartenir à Proche. et qui n’est pds dans ses hymnes connus.

avant la publication du livre de Gorgias. D'autre part, Platon dit dans le Théétète, que Socrate, étant trèsjeune, rencontra Parménide, très-âgé, et le trouva un homme très-profond. Parménide avait été maître d'Empédocle , qui avait été maître de Gorgias. Gorgias vécut très-longtemps ; on dit jusqu’à cent neuf ans. Gorgias et Socrate ont donc pu étre contemporains.

Il y a-sur ce passage plusieurs observations à faire. D'abord il est la preuve, ou plutôt la base de la rectification de Corsini , qui rapporte à la troisième année de la 77° olympiade la naissance de Socrate, que jusqu'alors on rapportait ἃ la quatrième (1), erreur légère reproduite dans la plupart des tables chronologiques de l’histoire de la philosophie, et, par exemple, dans celle de Tennemann, tome [°". Il n’est pas moins facile de comprendre de cette manière la contemporanéité de Socrate et de Gorgias. Parménide est le maître d’Empédocle, qui est le maître de Gorgias. Socrate-peut donc avoir vu le premier et le dernier, à deux conditions, l’une qu'il aura vu Parménide dans une vieillesse très-avancée, lui étant trésjeune ; l’autre, que Gorgias sera mort très-tard, or, os deux conditions sont remplies par l’histoire.

Nous trouvons dans ce morceau une phrase si étrange, que nous croyons devoir la rapporter textnellement : ‘O δὲ Euredoxañs ὃ Πυθαγόριος» ὃ διε--

δάσκαλος Topyiou, ἐφοίτησε παρ αὐτῷ. ἀμέλει καὶ γράφει

(1) C’est l'opinion d’Apollodore, dans Diogène, lib. 11, p. 44.

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ὃ Toppias περὶ φύσεως σύγγραμμα οὐκ ἄκρμῳον τὴ πδ΄ ὀλυμσιάδι. Ἐφοίτησε παρ αὐτῷ, «ἃ été disciple de Socrate », est totalement inadmissible. Routh dit à ce sujet : « Düum autem discipulum Socratis noster Empedoclem facit, nescio cujus fide nitatur. » En effet, personne ne parle d’un voyage d'Empédocle à Athènes; puis l’expression ἐφοέτησε» qui désignerait une école positive, un enseignement spécial, ne peut s'appliquer à Socrate. Enfin, cette liypothèse est presque contre le calcul que l’auteur veut établir; car si Socrate a été le maître d'Empédocle, qui ἃ été le maitre de Gorgias, la contemporanéité de Gorgias et de Socrate serait un peu compromise. On arrive ainsi à supposer quelque erreur de copiste dans rap αὐτῷ: et si l’on considère que le ἀμέλει de la phrase suivante, sans être vicieux , est bien insignifiant, on conçoit que

la rectification peut tomber à-la-fois sur αὐτῷ et ΄ sur ὠμέλει. Nous proposons donc de lire : rap& τῷ

Παρμενέϑει! ; lecon à laquelle se prête l’espace matériel occupé par rap αὐτῷ. ἀμέλει. Si cette correction était admise, elle éclaircirait tout ce passage, et confirmerait ce que, plus tard, Olyrpiodore dit lui-même : οὗτος δὲ ὃ Παρμενέδης διδάσκαλος ἐγένετο

Ἐμπεδοκλέους τοῦ διδασκάλου Γοργέον. Les deux manuscrits portent, il est vrai, rap αὐτῷ. ἀμέλει ; Routh a Ju ainsi; et Findeisen se garde bien de proposer ici aucune conjecture. Nous nous hasardons à proposer la nôtre, plutôt que de nous résigner à tous les inconvénients de la lecon des manuscrits.

Après cette introduction, viennent les cinquante πράξεις» lecons ou chapitres particuliers, dont se compose le Commentaire.

Comme chacun de ces chapitres est précédé d'une citation du Gorgias plus ou moins étendue, on pouvait espérer qu'on trouverait dans ces citations des variantes intéressantes. Il n’en est rien. Seulement ce manuscrit confirme plusieurs leçons des anciennes éditions, récemment controversées, par exemple, la leçon δι᾽ ἀπιστίαν τε καὶ λήθην» ainsi expliquée : : ἀπιστίαν μὲν τῷ μηδ᾽ ὅλως παραδέχεσθαι. λήθην δὲ τῶ παραδέχεσθαι μὲν» ἐπιλανθά γεσθαι δέ (πράξ. xxx, fol. 48); explication qui détruit la conjecture de Grou, δὲ éranoriar, adoptée par Schleiermacher, contre l'autorité de tous les manuscrits. On n’y trouve guère d’autres remarques relatives à la langue que celle-ci sur les mots χειρούργημα et κύρωσις. « Les puristes, dit Olympio- « dore (æpa£. 1v, fol. 9 à 12), blâment ces deux « mots comme n'étant pas usités; mais il faut ob- « server qu'ils sont dans la bouche de Gorgias, et « qu'ils appartiennent au dialecte parlé à Léontium, « comme, dans le Phédon, Cébès le Thébain em- « ploie un mot de son pays, ἴττω Zeüs. Au con- « traire, Socrate se sert constamment dü mot at- «tique xupos.» À cette remarque joignez encore cette autre (rp«ë. xiv, fol. 25 à 27) : « Depuis ces « mots du texte de Platon : où μὲν ἐγώ φημι...., jus- «qu’à ceux-ci ἄξιον μὲν οὖν ἐμοί.... (Bekker, p. 41), « Platon, dit Olympiodore, emploie trois fois μὲν

362 OLYMPIODORE ,

« sans un seul dé; c'est une figure attique appelée « σχῆμα ἀμέριστον.» Au lieu de ἄξιον μὲν οὖν ἐμοί, Olympiodore nous apprend que quelques-uns }}saient ἄξιον μέντοι ; mais il condamne cette lecon.

‘Le scholiaste de Runkhen fait les mêmes remarques, et, en général, ce scholiaste n’est guère qu’un-extrait du commentaire d'Olympiodore. Nous les avons soigneusement comparés, et il n'y ἃ presque pas un seul point de quelque intérêt où le scholiaste ne reproduise, en l’abrégeant, le commentaire alexandrin. Non-seulement il reproduit les pensées, mais les mots de ce commentaire. Quelquefois, lorsqu'il s’agit d’une citation indiquée dans Olympiodore, le scholiaste la complète. Ainsi, à l’occasion du peintre Aristophon et de son frère, Olympiodore (πράξ. 11, fol. 7 verso) dit que ce frère était Polygnote, comme le porte une inscription , et le scholiaste donne cette inscription :

inscription attribuée, ainsi que bien d’autres, Simonide (4).

Pour le style de ce commentaire, il est le be que celui des deux commentaires déjà publiés d'Olympiodore sur l’4lcibiade et sur le Pkilébe. ἢ a perdu l’ancienne élégance, mais il n’est pas dépourvu de correction, comme on en jugera par

(1) Simonidis fragmenta rxxviu, éd. Gaisford, p. 383.

les divers passages que nons aurons occasion de citer.

Entrons maintenant dans le'fond de ce commentaire, et recherchons en quoi il peut servir la philosophie et l’histoire de la philosophie:

Le Gorgias est un dialogue presque entièrement moral et politique, qui offrait peu de prise à la méta physique alexandrine. L'ouvrage d’Olympiodore présente le même caractère que celui qui lui sert

de texte ; il s'arrête à des considérations morales et politiques, et il est presque partout aussi accessible que le Gorgtas lui-même. Le fond de cet admirable dialogue peut se réduire aux maximes suivantes : 4°. le plus grand bien pour les individus et pour les États même, est dans la vertu et la pratique de la jastice ; 2". l'injustice est à-a-fois un crime et un malheur, une faute qui mérite et qui-trouve toujours sa punition; 3°. cette puñitiôn, qui est juste en elle-même, ést heureuse en même temps pour celui qui la subit dans des dispositions convenables, parce qu’elle l'aequitte envers la justice. Olympiodore-paraphrase très-longuement des maximes. De cetterpraphrase nous tirerons iun certain nombre de morceaux qui, sans ajouter à la doctrine de Platon, nous ont paru mériter d’être recueillis. Déjà lé dialogue platonicien inelinait au mysticisme ; on pense bien que le commentaire alexandrim y tombe volontairement. Dans ce mysticisme, on reconnaît aisément de fortes teintes du christianisme et du stoïcisme , que la philosophie de Platon contenait

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en germe , et que les siècles suivants ont développés. Nous croyons pouvoir abréger un peu les morceaux que nous citerons.

Πράξ. XVII, fol. 29 à 31 verso.

« Le plus malheureux des hommes est celùi qui tue injustement ; car il est injuste envers sa victime, et surtout envers lui-même. Il abaisse sa raison et il trouble son âme. Après lui, le plus malheureux est celui qui est tué justement. Le premier, en échappant au supplice, augmente son mal ; le second mérite, il est vrai, son supplice, mais ce supplice même est une guérison, un re-

‘tour à ce qui est conforme à la nature. Après

eux, le plus malheureux est celui qui périt irijustement. Remarquons qu’il n’y a pas de désordre dans l’univers. La Providence voit tout et gouverne tout. Tel homme paraît être injustement mis à mort ; mais la Providence connaît ses mérites : cet homme a commis quelque faute dans sa vie passée ; voilà pourquoi il en est puni à cette heure. Son meurtrier fait mal, puisqu'il le tue injustement ; maïs lui, il avait mérité de mourir : cependant, dans le rang du malheur il ne vierit que le troisième. Ignorant la faute dont il est puni , nous trouvons sa mort injuste; mais si nous savions que chacun est récompensé selon son mérite, nous ne diriôns jamais cette Aie d’une Gandlies

LA

= mm

« Je ne crains pas de le dire, il n’y a point de dieux.

« Le bonheur des méchants me confond.

Celui qui éprouve une injustice, et la recoit avec courage et en la méprisant, ne reçoit proprement aucun mal; car son âme n’a pas été troublée, et 11 n’a nui à personne. »

Πράξ XIX, fol. 33 à 34.

« L’injustice qu’un tyran fait souffrir est injuste quant à lui, non quant à celui qui la souffre : elle expie une faute antérieure, connue de Dieu, inconnue aux hommes ; car rien n'est injuste dans l’univers. Mais pourquoi Dieu punit-il l’un comme coupable antérieurement, et punit-il aussi l’autre, comme ayant infligé un châtiment injuste ? N'est-ce pas Dieu qui a voulu qu'il frappât sa victime comme coupable d’un délit antérieur ? Nous répondrons par le libre arbitre de l’homme, τὸ αὐτοπροαίρετέν τε καὶ αὐτεξούσιον. Dieu savait que ce tyran emploierait au mal Îles passions qui lui avaient été données pour le bien, et il s'est servi de lui, instrument mauvais, pour guérir l’homme coupable d’une faute antérieure, comme l’homme d’État a sous lui le bourreau, et

(1) Fragm. incert. Euripidis, édition de Barnès, fragm. x xt.

4 - je . . \ Barnès lit dans le premier vers κατείπειν au lieu de yæp εἴπειν»

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