‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 28 sur 35 · ES · texte numérisé non relu

ES

πράξ. XXX, fol. 48 à 49.

« 11 ne faut pas s'arrêter à l’apparence, mais se demander ce que c’est que ce tombeau, ces initiés, cet autre monde , cet enfer, ces deux tonneaux, cette eau, ce crible. L'homme est dit mort lorsque l’âme participe à l’état inanimé ( ἀζωΐα ), état que l’intempérance et la passion produisent ; le tombeau que nous portons avec nous est, comme l'explique Socrate lui-même, le σογ 8 (σῆμα-σωμα);

ι l'enfer (ädus), c’est l’obscur, parce que nous

sommes dans les ténèbres tant que l'âme est asservie au corps ; les tonneaux, ce sont les passions, parce que nous cherchons à les satisfaire, comme à remplir des tonneaux, ou parce que nous nous persuadons que nos passions sont belles (1). Le tonneau non percé appartient aux initiés ( τετελεσμένγοι » c’est-à-dire à ceux qui ont une connaissance parfaite ( τελεΐαν γνῶσιν ) ; ceuxlà ont le tonneau rempli, c’est-à-dire possèdent une vertu parfaite. Ceux qui ne sont point initiés, c’est-à-dire ceux qui sont loin de toute perfection, ont les tonneaux percés, parce que ceux

(1) Ceci prouve qu'il s’agit de vases plutôt que de tonneaux

comme les nôtres , qui serviraient mal de symbole à la beauté de la passion. Πίθος signifie proprement une cruche, une jarre, une espèce de vase large qui pouvait être travaillé avec plus ou moins d’art: mais les deux tonneaux sont devenus chez nous, par le vice d’une première traduction, un des meubles convenus de l’enfer mytholopique.

qu'asservit la passion veulent incessamment la satisfaire, et en sont de plus en plus consumés ; ils ont donc des tonneaux percés qu’ils ne remplissent jamais. Le crible, c’est l’âme raisonnable mélée à l’âme non raisonnable. Il faut savoir que l’âme est appelée cercle parce qu’elle cherche et qu'elle est elle-même ce qu’elle cherche, parce qu’elle trouve et qu'elle est elle-même ce qu’elle trouve ; au contraire, l’âme non raisonnable imite la ligne droite ; elle ne revient pas sur ellemême comme le cercle : or, le crible étant circulaire, est pris pour l’âme raisonnable ; et en même temps, comme le fond du crible se compose de lignes droites formées par les trous dont il est percé, il se prend aussi pour l’âme non raisonmable : donc, par le crible, il entend l’âme. raisonnable ayant pour base l’âme non raisonnable ( ὑπερστρωμμένην τῇ ἀλόγῳ ). L'eau, c’est la partie passagère de la nature, ro‘peuotôr τῆς φύσεως:

‘car, comme le dit Héraclite, l'humidité est la

mort de l’âme, ψυχῆς ἐστι θάνατος # ὑγρασία. Ces mythes ne sont pas tout-à-fait absurdes, si on les compare aux mythes des poëtes. Ces derniers sont faux en. eux-mêmes et nuisibles; les autres au contraire sont utiles à la pensée.

« Dans le développement du mythe précédent, Platon suppose que deux hommes versent dans des vases percés des liqueurs rares et difficiles à se procurer , comme le lait, le vm, le miel, etc. Ces liqueurs sont l’image des choses extérieures

414% OLYMPIODORE,

« par lesquelles nous essayons de rassasier nos pas- « sions, qui sont insatiables de leur nature.»

Nous venons de détacher et de faire connaître ce qui se rapporte aux deux mythes du Gorgias, dans le commentaire d'Olympiodore. Nous allons maintenant parcourir le reste de ce commentaire, et recueillir toutes les explications Re qui y sont éparses ςἃ et là.

Tout le monde connaît ces formules de serment familières aux Grecs, par Junon, par le chien. La première, Νὴ τὴν ἔραν» est ainsi commentée par Olympiodore, Πράξ. 1v, fol. 9 à verso jusqu'à fol. 12 ἃ verso :

« Junon est l’air pur, l’âme rationnelle qui se « dépouille de l'enveloppe terrestre de l’âme irra- « tionnelle, et s'élève en s’épurant. Socrate jure par « elle en haine des passions qui obscurcissent la « raison, pour rendre hommage à l’âme intelli- « gente, et aussi parce que le discours ou la raison, « λόγος» est le sujet de l'entretien. Il ne faut pas « prendre dans un sens superficiel ce qui est revêtu « du langage des mythes. Nous savons que Dieu « est l’unique cause première, car 1} ne peut y avoir « plusieurs causes premières. La cause première « n’a point de nom, car les noms sont des signes « d'idées particulières ; or, s’il n’y a point en Dieu « d'idée particulière, parce qu'il est au-dessus de « toute particularité, 1] est impossible de lui impo- « ser un nom. Îl est impossible d'appliquer à Dieu « un nom de principe mâle ou de principe femelle.

« Ces deux principes sont égaux et corrélatifs. « Nous employons le nom masculin aussi bien que « le féminin, et réciproquement; mais rien n’est « égal et corrélatif à Dieu. Ainsi, comme on ne « peut ici-bas donner à la Divinité un nom conve- « nable, nous employons celui d’autres puissances, « les unes voisines, les autres éloignées de nous. « Homère représente Junon attachée les pieds en « bas à une enclume ; cette enclume est le symbole « des deux éléments les plus pesants. Le géant aux « cent bras, suspendu à la voûte éthérée, en mar- « que l’inébranlable solidité. C’est ainsi qu'il faut « accepter les fables, à cause du sens qu’elles enve- « loppent. Et n’imaginez pas que ces puissances se « multiplient par la génération, car si elles étaient « engendrées, comment seraient-elles immortelles? « La génération suppose l’état adulte, l’état adulte « suppose un déclin, le déclin suppose la mort.»

πράξ. X, fol. 19 à 20 verso; explication de Ïa formule

A \ / Ny τὸν xuvæ.

« Le chien est le symbole de la vie raisonnable ; « comme il est dit dans la République, il est doué « d’une faculté philosophique, la sagacité ; et « comme ici Socrate a distingué et éclairci ce que « Gorgias avait énoncé confusément, il rappelle le « nom de l’animal qui est le symbole du discerne- « ment et de la sagesse. »

4146 OLYMPIODORE ,

La mythologie païenne admettait des démons enfants des dieux, mais nous ne croyons pas qu'avant le contact du paganisme avec le christianisme, il ait jamais été question d’anges. Il nous semble que c’est à l’imitation du christianisme que les Alexandrins distinguèrent les anges et les démons, les uns bons, les autres mauvais. On ne peut méconnaître un caractère chrétien dans le passage qui suit, sur le mot δαιμόνιος» lequel signifiait tout simplement une chose ou un être divin, comme les démons qui descendaient des dieux, et plus habituellement , par analogie, quelque chose de merveilleux et d’excellent, à peu près comme notre mot français divin. Ce mot se prenait toujours en bonne part : Olympiodore le prend ici dans un sens tout opposé.

Πράξ. VII, fol. 16 à 17.

« Δαιμόνιος peut se prendre en mauvaise part. Les « êtres immortels, les anges sont toujours bons : « nous ne disons pas un mauvais ange; mais la « distinction du bien et du mal commence dans les « démons, car les démons sont méchants. »

À l’occasion de l'expression remarquable τὸν Αἰγύπτιον θεόν du dialogue de Platon, Olympiodore remarque , Πράξ. xxv, fol. 41 à verso, « que les « Égyptiens se servaient de symboles plus que les « autres peuples ; » ce qui est très-vrai, puisque chez eux l'écriture même était symbolique.

πράξ. XLI, fol. 62 à 64.

« Platon, dans les Lois, combat avec force l’opi- « nion des Crétois, qui prétendaient qu’ils pou- « vaient bien céder au plaisir, puisque les dieux « s’y livrent eux-mêmes, et autorisaient leurs dés- « ordres des amours de Jupiter et de Ganymède. ἢ « Pour excuser vos vices, leur dit Platon, vous « avez pris le mythe à la lettre, τὸν μῦθον λόγον ἐποι- « ἥσατε. L'union physique n’existe pas pour un « dieu. Voici le sens du mythe crétois : Un certain « Ganymède s’éleva tellement vers la Divinité, « qu'on dit qu’il en devint le convive et l’échanson, « c’est-à-dire qu’il affranchit son âme des obstacles « de la matière et la gouverna avec une sagesse « divine. »

Nous terminerons par un assez long morceau du chapitre xLiv, où, à l’occasion de Thésée et des fables relatives à ce personnage, Olympiodore combat le système d’Évhémère, qui ramenait la fable à l’histoire, et explique au contraire l’histoire fabuleuse par des allégories et des symboles.

Πραξ. XLIV , fol. 69 verso à 71.

« Les historiens donnent pour historiques une

« foule de choses fabuleuses. Ainsi, ils disent que

« les Athéniens sont autocthones, ce qui est une

« pure fable. Le mythe dit que Vulcain ayant concu

« des désirs amoureux, et ne trouvant pas d’objet

« qui püt les satisfaire, répandit sa semence sur la

« terre, et que de là naquit Erichtonios, tige du « peuple attique. Avec le temps cette fable se « changea en tradition populaire, et cette tradi- «tion devint de l’histoire. Il faut entendre le « mot autocthone comme le fait Platon : Nous « appellerons, ditil, nos citoyens autocthones - « en nous servant de cette fable de Phénicie qui « dit que Cadmus sema en Grèce les dents du dra- « gon, et qu'elles devinrent fécondes. Quoi qu’il « en soit de cette fable, appelons nos concitoyens « autocthones, afin qu'ils servent la patrie non- « seulement comme leur nourrice, mais comme « leur mère, et qu’ils ne se conduisent pas envers « elle comme des étrangers. Il faut savoir que le « dragon est le symbole de la diversité, de la vie « multiple de l'âme, ἡ μερικὴ τῶν ψν χῶν ζωή. Comme « le dragon se dépouille de sa vieille peau, de « même l'âme rajeunit en renaissant continuelle- « ment. La terre est le symbole de la partie ter- « restre de l’âme, c’est-à-dire, de ses facultés in- « férieures, τὸ περιγεῖον τῆς Juyñs φρόνημα. Les dents « représentent plus particulièrement la divisibilité, « τὸ μεριστὸν τῆς ζωῆς, parce que c’est avec les « dents que nous divisons et broyons les aliments. « Autre exemple : La fable représente la Chimère « avec la forme d’un lion et d’un dragon. Il y en « a qui ont voulu voir de l’histoire dans cette fable. « Ils disent que Léon et Dracon furent des êtres « humains qui s'étaient rendus redoutables. Voici « ce que racontait à ce sujet le philosophe Am-

« monius. Solon, disait-il, qui fut gouverneur « d'Alexandrie, ὁ τῆς ἀλεξανδρείας γενόμενος στρα-- ( τηλάτης» Ia SOUVent assuré que cette imterpré- « tation était fausse, et que la vérité est qu'il y « avait eu en Lycie une femme appelée Chimère, « et que cette femme avait mis au monde deux en- « fans, Léon et Dracon. Tout cela est également « absurde. Par le lion, les poëtes entendent la fa- « culté irascible; par le dragon, l'appétit concu- « piscible. Pour en revenir à Thésée, la fable dit « que Pasiphaé, fille du Soleil, aima un taureau, et « donna le jour au Minotaure que tua Thésée.

« Quelques-uns expliquent ainsi cette fable : ils « disent qu'un certain Taurus, général de Minos, « encourut la haine de ce prince et lui fit la guerre, « ce qui le fit appeler Minotaure, c’est-à-dire Tau- « rus, général de Minos, et que Thésée fut en- « voyé contre lui pour le combattre. On dit encore « qu’Ariane donna à Thésée un fil, et le tira ainsi « du labyrinthe. Tous ces récits ont un autre sens. « Le Minotaure représente les passions sauvages « qui sont dans notre nature. Le fil est la force « divine déposée en nous. Le labyrinthe est l’âme « avec tous ses détours et sa variété. Or, Thé- « sée, homme vertueux, vainquit les passions, « et de plus apprit aux autres à Îles vaincre. C’est « la ce que signifie la tradition d’après laquelle 1] « sauva ceux qui avaient été envoyés avec lui; en « cela plus grand qu'Ulysse, car Ulysse se sauva « lui-même, mais ne put sauver ses compagnons.

420 OLYMPIODORE ,

« On raconte encore qu'Hercule descendit aux « enfers, dompta le chien Gerbère et ramena « Thésée. Par GCerbère, il y en ἃ qui entendent un « homme cruel nommé Cyon; mais le chien est « tout simplement ici le symbole du discernement, « de cette faculté qui consiste à soumettre toutes « choses à l’épreuve de la raison De même Hercule, « en tant qu'homme divin, éprouvait tous les hom- « mes pour les améliorer ; t'est ainsi qu'il les sau- « vait. Ses douze travaux signifient tout autre chose « que ce qu'on entend d'ordinaire, Il y ἃ plusieurs « opinions sur Scyron. Les uns disent que c'était un « brigand qui se tenait sur l’isthme , dans des lieux « escarpés que le philosophe Ammonius disait avoir « visités; qu'il arrêtait les passants, les battait et « les faisait mourir. D’autres prétendent que c'était « un homme juste et soumis aux lois. Ainsi ces « fables sont expliquées très-diversement, et dans « cette diversité d'opinions 1] ne faut s'arrêter à « aucune. Mais, dira-t-on, faut-il donc aussi ne « pas croire à la philosophie, à cause de la diver- « sité des opinions des philosophes, les uns disant « que l’âme est de l’eau, les autres de l’air, ceux-ci « qu’elle est mortelle, ceux-là qu’elle est immor- « telle? Nous répondrons qu’il faut croire Îles phi- « losophes qui se rapprochent le plus du sens com- « mun, τοὺς μᾶλλον ταῖς κοιναῖς ἐννοίαις ἀκολουθοῦσι. Or, « dans les fables, il n’y ἃ pas de sens commun, « d'idées générales, κοιναὶ ἔνγοιαι, qui puissent « nous diriger. 1] faut d’abord expliquer le sens de

« ces fables comme Platon l’a fait pour le ton- « neau, le crible, etc., au lieu de s'arrêter à la « lettre. Après cela, le mieux est de s'occuper à « se régler soi-même par la vertu, φροντίζειν τῆς « ἀριστῆς πολιτείας. Dans le Phédre, Socrate, à qui « l’on demande ce que c’est que le Minotaure, « répond : Mais je ne sais pas encore bien ce que « je suis moi-même, et j'ignore ma propre nature, « m’abstenant d'étudier ces sujets étrangers. ἢ faut « dire à ceux qui racontent ces fables, ce que Pla- « ton répondit à Denys, au sujet d'Hercule : Si ce « qu’on dit de lui est vrai, il n’était ni fils de « Jupiter, ni bien heureux, mais malheureux; et « s’il était fils de Jupiter et bien heureux, tout « cela est faux. Il en est de même de Thésée. S'il « fut réellement un héros, 1} faut bien entendre « tout ce qu’on en raconte dans un sens symboli- « que. }»

En terminant ces extraits, nous répétons qu'il n’y a dans l'antiquité aucun autre ouvrage où soit exposé avec plus d’étendue et plus d'ensemble tout le système d'interprétation mythologique de l’école néoplatonicienne. Ce système, ramené à son principe le plus général, consiste à ne voir dans l’Olympe antique et les dieux qui le composent, que les diverses qualités et facultés de l’âme, dont l’ordre et en quelque sorte la hiérarchie constituent la hiérarchie céleste. Ce système, tout psychologique et tout moral, est ici présenté dans son opposition au sys-

422 OLYMPIODORE ,

tème d'Évhémère, qui ne voit dans les dieux grecs que d'anciens personnages historiques divinisés par la crainte ou la reconnaissance. Joignez à ces deux systèmes celui de l’interprétation physique des stoiciens, qui remonte à l’école ionienne et jusqu’à Xénophane, et vous avez les trois grands systèmes entre lesquels a toujours flotté la critique mythologique. Îl n’y a pas un de ces systèmes qui ne soit vrai et faux tout ensemble. Il n’y en a pas un d’eux qui n'ait son application légitime sur quelques points, comme il n’y en a pas un qui s'applique légitimement à tous les cas. L’homme abandonné à lui-même, et avec ses moyens naturels de connaître, ne pouvait pas ne pas emprunter une grande partie de ses idées sur les dieux à cette nature immense, ‘infinie, variée, gracieuse ou terrible, dont les divers phénomènes ont sur lui tant d’influence, et qu'il lui est si naturel de regarder comme la source de toutes choses. Il lui était impossible encore de ne pas faire intervenir dans le monde céleste les êtres en quelque sorte merveilleux, qui, dans le monde de la société, par leur courage, leur vertu ou leur génie, influent plus puissamment encore sur sa destinée. Enfin il ne pouvait faire abstraction de lui-même, de ses passions, de ses facultés, de son esprit, de ses idées, de cette âme, avec laquelle il habite sans cesse, et qu’il transporte, par une induction irrésistible, dans toutes ses conceptions. L'homme fait nécessairement le ciel avec la nature,

avec la société et avéc lui-même, C’est à l'origine et la base des trois systèmes dont la lutte et la fortune diverse composent l’histoire entière de la critique mythologique. Il ne faut ni rejeter absolument ni adopter exclusivement aucun de ces trois systèmes, mais les combiner entre eux dans la proportion qu’impose une étude attentive et impartiale des faits. L'école néoplatonicienne est dans son genre tout aussi exclusive que les deux autres. Mais, sans suffire à l’explication légitime de tous les faits mythologiques, du moins 6n ne peut nier qu’elle n’en explique un plus grand nombre que les deux autres écoles ; car d’abord l’âme est elle-même la plus riche étoffe de toutes ses conceptions, et surtout de celles qui ont pour but de l’élever au-dessus d’ellemême ; ensuite, si l’anthropomorphisme est le caractère le plus éminent qui distingue la mythologie grecque entre toutes les mythologies païennes, il faut avouer qu’un système d'interprétation psychologique et moral est celui qui est le plus conforme à la nature du paganisme grec, et qui approche le plus de la vérité.

Nous allons recueillir maintenant les documents que peut renfermer ce commentaire du Gorgias, pour l’histoire de la philosophie ancienne.

Nous interrogerons successivement le commentaire d'Olympiodore sur les trois épaques dans lesquelles se divise la philosophie grecque : avant Socrate, de Socrate aux Alexandrins, et des Alexandrins à Qlympiodore.

424 OLYMPIODORE ,

Nous trouvons ici très-peu de choses nouvellks sur la première époque. Orphée n’y est pas cit une seule fois, au moins sous son nom, ni-cts ar ciens oracles auxquels les Alexandrins aimait tant à rapporter leur sagesse mystique, et qui soit répandus dans leurs écrits sous le titre de 1. C’est pourtant assez vraisemblablement à ces M4 qu’appartient le vers suivant du chapitre ΧΙΙΧ:

J'entends le muet, je comprends sans qu’on parle.

vers déjà cité par Porphyre, dans la vie de Pb: tin , avec celui-ci :

Je sais le nombre des grains de sable et la mesure de la mer

Porphyre met ces deux vers, sur le témoignage ds Sages , εἰ Je ταῖς μαρτυρίαις χρῆσθαι ταὶς παρὰ 79! copôr γεγενημέναις» dans la bouche de Dieu li même, θεοῦ τοῦ ἀληθῶς εἰρηκότος. Peut-être est aussi question des λόγια dans cette phrase du ct pitre xx : « Il est des discours divins, des enchat « tements puissants qui endorment les passions € « leur disent : Restez en paix. » θεῖοι λόγοι παραδδονται καὶ ἐπωδαὶ μέγισται δυνάμεναι κατευνάσαι fu!

(1) Horace a dit, ἐρῖξ. τ:

« Sunt certa piacula, quæ te « Ter puré lecto poterunt recreare libelle. »

‘ L'école ionienne ne recoit aucune nouvelle lumière de ce commentaire. Rien sur Thalès, que l’histoire de sa chute dans un puits, tandis qu’il regardait les astres, σράξ. xxvi, anecdote vraie ou fausse qui du T'héétète a passé partout. Le chapitre xx contient une prétendue sentence d’Héraclite sur son horreur pour la foule et la démocratle, εἷς ἐμοὶ ἀντὶ πόλλων καὶ λέγω τοῦτο καὶ παρὼ Περσεφόνῃ av, sentence qui n’est pas autre chose qu'un fragment défiguré d’une épigramme sur Héraclite, que cite Diogène de Laërte (1). Est-ce bien encore à Héraclite qu’appartient ce vers du chapitre:xzix ?

Les âmes des mortels périssent par l’humidité.

L'affirmative paraît toute naturelle quand on songe que c’est la en effet le fond de la doctrine d'Héraclite (ur ou ξηρὴ ψυ χὴ ἀρίστη), et quand on lui voit expressément attribuer ce même vers, avec quelques variantes, par plusieurs Alexandrins antérieurs ét supérieurs à Olympiodore, par Proclus , par exemple, Commentaire sur le Timée, pag. 36 : ψυχῶν τῶν νοερῶν θάνατος ὑγρῆσι γενέσθαι

Proclus a dit de même , avec plus de mélancolie et moins de simplicité , dans son Hymne aux Muses :

(1) Liv. 1x, chap. 16.

426 OLYMPIODORE,

φησὶν Ἡρακλεῖτος. Mais :l est impossible de trouver dans toute l’antiquité d’autres vers d’'Héraclite (1), ni un seul témoignage que ce philosophe ait écrit en vers. On sait bien que sa diction était poétique (2), comme l’est toute prose à sa naissance ; mais c’est à lui précisément qu'on fait honneur d’avoir été un des premiers qui aient écrit en prose sur des matières de philosophie, tandis que ses contemporains et ses devanciers, Empédocle, Parménide et Xénophane, se servaient du langage de la poésie (3). L’objection est insurmontable , et il ne reste plus qu'a chercher à qui rapporter le vers en litige. Or, ici Olympiodore nous fournit quelque lumière et nous met sur la trace de la vérité, car voici la phrase qui précède la citation, πράξ. XLIX : «ἰστέον ὃτι τὴν γένεσιν ὑγρὰν καλοῦσιν οἱ παλαιοί: οὕτω γοῦν καὶ λέγεται περὶ ψυχῆς ψυ χῆσι βροτέαις.....»» ἢ est évident que οἱ παλαιοί marque une antiquité plus reculée que. celle d’Héraclite. Dans

(4) Schleiermacher , Musæum der Alterthumswissenschaft, tome 1°", p. 349, soupçonne très-bien que le vers que lui attribue Stobée, Eclog. phys. 1, p. 282, éd. Heeren :

ἐκ πυρός γε τὼ πάντα καὶ εἰς πῦρ πάντα τελευτᾷ a été fait après coup d’après le système d’Héraclite, et non par Héraclite, pour faire opposition au vers célèbre de Xénophane : | |

ἐκ γαίης re τὰ πάντα καὶ εἰς γῆν πάντα τελευτᾶ.

(2) Suidas, v. ἩΗρακλεῖτος. Ἔγραψε πολλαὶ ποιητικῶς.

(3) I ἃ si bien écrit en prose que plus tard on a essayé de le mettre en vers. Voyez Diogène de Laërte , 5x, 16.

les Alexandrins , οἱ raaasoi est à peu près synonyme de αἱ παλαιαὶ gnuaï, οἱ θεολόγοι» les anciens oracles ou les poésies orphiques. En suivant cette indicacation, on trouve en effet dans Orphée plus d’un passage analogue à celui-là, par exemple (édit. d’Hermann, pag. 469):

Eorir ὅδϑωρ ψυχῇ ϑάνατος δ᾽ ὑδάτεσσιν auoiCs.

ἐχ δ᾽ ὕδατος γαίν, rède ἐκ yèins πάλιν ὅδωρ.

Ἔχ σοῦ δὲ ψυχέ, etc.

Et saint Clément, qui rapporte ces vers, Stromat. 1. vi, prétend que c’est de là qu'Héraclite a tiré sa doctrine. Il est donc très-permis d’attribuer à Orphée le vers cité comme ancien par Olympiodore, et de supposer que le vers eité par Proelus dans le Commentaire du Timée n’est qu'une variante de celui-là, et même une assez mauvaise variante, comme l'indique ψυχῶν avec ὑγρῆσι. La vraie leçon est évidemment celle d’Olympiodore, ψυχῆσι 6poτέαις....ὄ ὑγρῆσι. Toute difficulté disparaîtra si, au lieu de eusir HpaxAsiros du Commentaire du Timée, on Bit ὥς φησιν» Ou καθάπερ φ. Il est possible encore qu'Héraclite ait cité ce vers d’Orphée; il'est possible aussi qu'il l'ait seulement imité. Ce n’est pas saint Clément qui seul ou le premier a prétendu qu'Héraclite ἃ beaucoup emprunté à Orphée ; et il n’est pas du tout nécessaire de nier ces emprunts, avec Schleiermacher, pour prouver l'originalité du philosophe d’Éphèse (1). Platon lui-même, dans le Cratyie, compare la philosophie d’Orphée et celle d'Héra-

(1) Schleiermacher, liv. 1, p. 339,

428 OLYMPIODORE ,

clite. J’attribue donc à Orphée le vers de ce manuscrit, et je rapproche de ce vers la sentence d'Héraclite que donne le ch. xxix, et qu'Olympiodore attribue positivement à Héraclite : {υ χῆς ἐστὶ θάνατος ἡ ὑγρασία.

On pouvait s'attendre à trouver ici un bon nombre de documents sur l’école pythagoricienne, mais cette attente est tout-à-fait trompée. Il y a presque un chapitre entier sur la valeur mystique des nombres, mais rien de nouveau ni de précis; il est sans cesse question des pythagoriciens comme inven- . teurs du mythe philosophique, mais Olympiodore ne nous apprend rien sur l’auteur du mythe du Gorgias, que Platon appelle « un sage sicilien « peut-être ou italien » ( Trad. de Platon, τ. HI, p- 317). Il ne nous apprend pas quel pouvait être ce personnage , soit Empédocle, comme le veut le Scholiaste; soit Philolaüs, comme semble l’indiquer Théodoret (4fect. curat. v ); soit Héraclite, comme Sextus (1. 11, c. 24) porterait à le croire; soit Pythagore, comme on pourrait le conclure d'un passage de Clément d'Alexandrie (1. πι, p. 434). Il se contente de rapporter ce mythe à l'école pythagoricienne en général. Il parle plusieurs fois du rôle important que joue l'amour dans le système pythagoricien : πράξ. XXXV. φιλία ἑνοποιός. Πράξ. ΧΧΧΥΊΙ. ἡ φιλία τὸ πᾶν τοῦτο κρατεῖ. I] dit aussi plusieurs fois que le gouvernement cher aux pythagoriciens était l'aristocratie. Πράξ. xLVI. « L’aristo- « cratie florissait surtout parmi les pythagoriciens,

K« car l'aristocratie est le gouvernement qui fait les « citoyens vertueux. Être vertueux, c’est posséder « une âme parfaite. Or,une âme ne peut être parfaite « que par la vie et la connaissance, la pratique et « la spéculation, d'iè ons τε καὶ γνώσεως. Mais la « condition de la connaissance est précisément « l'amélioration de la vie, Jia ζωῆς καθορθωμένης» « car la connaissance ne peut naître dans une « âme souillée. C’est pourquoi les pythagoriciens « commencaient par purifier la vie en accoutu- « mant à s'exercer au silence et à vivre sobrement, « à ne prendre des aliments que du bout des doigts. « Ensuite 115 s’occupaient d’inculquer la science. « C’est ainsi qu'il vivaient dans l'aristocratie. » — Πράξ. xLI. « Timée le pythagoricien gouverna en « Italie avec la science propre aux politiques. » Ce commentaire est déjà plus intéressant sur Empédocle. Dans l'introduction, Empédocle est appelé le prthagoricien, et il est donné comme ayant été maître de Gorgias et élève de Parménide. On pourrait croire au premier abord qu'il n’est ici appelé pythagoricien que par le caractère général de sa philosophie, et parcé que l’école d’Élée, à laquelle il se rattache par son maître Parménide, est un appendice de l’école pythagoricienne, comme l’école atomistique est un appendice de l’école ionienne. Mais Eudocia, dans les Ænecdota de Villoison, p. 169 , nous apprend, sur la foi de Théophraste, qu’à la fin de sa vie Empédocle s’attacha aux pythagoriciens. Elle nous dit encore dans le même endroit,

430 OLYMPIODORE,

sur l’autorité de Néantès, qu’il est le premier poëte admis par les pythagoriciens au secret de leur doctrine qui l’ait divulgué, ce qui leur fit adopter le principe de ne plus admettre aucun poëte, μηδενὶ μεταδώσειν ἐποποιῷ. Déja nous savions qu'Empédocle avait été élève de Parménide par le témoignage de Théophraste dans Diogène de Laërte, 1. πὶ, ch. 55, et dans Eudocia, 1. 1; par celui d’Alcidamas, dans Diogène de Laërte, ]. vu, ch. 56 ; de Simplicius, sur la Physique d’Aristote, 1. τ, ch. 6; enfin par Suidas, aux mots Empédocle et Parménide.

Olympiodore confirme ici leur opinion de la manière la plus positive. Platon, dans le Meénon, plus tard l'historien Satyrus, dans Diogène de Laërte, 1. vin, ch. 58, et plus tard encore Suidas s'accordent à faire d’'Empédocle le maître de Gorgias, et cela est tout-à-fait nécessaire pour faire comprendre le second titre du livre de Gorgias sur la nature, περὶ φύσεως ἢ περὶ τοῦ μὴ ὄντος» et non-seulement le second titre , mais le contenu de ce livre, et pour expliquer comment Aristote a pu mettre sur la même ligne Xénophane, Zénon et Gorgias. En effet, on est d’abord fort étonné de voir le père de la rhétorique associé par Aristote à des métaphysiciens idéalistes, comme Zénon et Xénophane. Mais l’étonnement cesse si on pense que Gorgias ἃ eu pour maître un élève de Parménide. Or, la petite discussion chronologique à laquelle se livre Olympiodore dans l’introduction, et que nous avons citée, ne laisse aucun doute à cet égard.

Ca

Théophraste ; dans Eudocia, ne dit pas seulement qu'Empédocle est un élève de Parménide , 1] dit encore, ce qui convient assez au caractère connu d’Empédocle, qu'il s’efforça d'atteindre à la renommée de son maître, ζηλωτὴν» et qu'il imita sa manière dans ses vers, μιμητὴν ἐν τοῖς ποιήμασιν; de là le poëme d'Empédocle sur la nature, poëme dont nous avons encore un très-grand nombre de fragments, et dont Olympiodore; cite, πράξ. 1v, le vers connu :

Oùrre y dp ἀνδρομέν κεφαλὴ κατὰ γυῖα κέκασται.

Il cite encore, σράξ. ΧΧΧΥ͂, ce mot obscur d'Empédocle , « τὴν φιλίαν ἑνοῦν τὸν σφαῖρον» » ajoutant : « En effet, l’amour est dans l'essence même du « principe de toutes choses, puisque là l’union est « partout et la division nulle part. » Sturz, qui cite ce passage d’après le manuscrit de Seitz (4), ne l'explique point ; et plus tard 1] se perd dans une compilation sans critique des diverses opinions anciennes et modernes sur le Sphærus d’Empédocle. Selon nous, Syrien, dans son commentaire inédit sur la métaphysique d’Aristote, lève toute difficulté. Syrien dit positivement qu'Empédocle distinguait deux mondes : le monde sensible et le monde intelligible ; que le monde sensible est le règne de la haine, vsïxos ; que le monde intelligible au contraire est le règne de l'amour, φιλία» et que

(1) Voyez Sturz, Empedocles Agrigentinus , p. 236.

432 OLYMPIODORE ,

ce dernier monde s’appelle à σφαῖρος. Je cite la traduction latine de Bagolini : Zn intelligibili mundo appellato sphæro secundüm actionem dominari amicitiam propter unionem immaterialium et divinarum substantiarum (1). Je donne en même temps le texte grec tiré du manuscrit inédit de la Bibliothèque royale de Paris, n° 1893, fol. 31, lin. 4 : ἐκ δὲ τούτων τῶν ἀρχῶν τὸν Te γοητὸν κόσμον ἀγαφαίνεσθαι x} τὸν αἰσθητόν" ἐν μὲν οὖν τῷ νοητῷ; σφαίρῳ προσἀγορενομένῳ κατὼ τὴν ποίησιν. ἐπικρωτεῖν τὴν φιλίαν διὰ τὴν ἕνωσιν τῶν ἀύλων x) θείων οὐσιῶν. Cette explication de Syrien ne laisse rien à désirer, et 1] est très-probable qu'Empédocle aura donné le nom de σφαῖρος ᾿ au monde intelligible, parce que ce monde uni par l'amour peut être comparé à une sphère partout unie, d’après l'expression métaphorique de σφαιρικόρ, le rotundus des Latins, qui s’employait pour désigner l'égalité, l’unité parfaite, la perfection , ainsi que l'expression de carré, etc. J’ai fait voir, dans ma dissertation sur Xénophane, quel est le vrai sens de σφαιρικὸς appliqué à Dieu. C’est dans le même sens qu Empédocle, disciple de Parménide, disciple lui-même de Xénophane , aura employé le mot σφαῖρος pour marquer la ressemblance, l’égalité, l'unité des esprits, lorsqu'ils sont unis par

(1) Syriani antiquissimi interpretis in 11, ΧΙ et xu1 Aristotelis libros metaphysices commentarius, à Hieronymo Bagolino; Venetüis, 1558, p. 33. S'ecundum actionem est un

\ \ Q .contre-sens ; κατὰ τὴν ποίησιν désigne le poëte Empédocle.

l'amour. Faute d'avoir bien compris ce sens de gpaipos, beaucoup de critiques anciens et modernes se sont mépris sur le système d’Empédocle, et se sont imaginé les uns que c'était le monde matériel, les autres que c'était Dieu qu'il appelait ὁ σφαῖρος (4). Mais Syrien s'exprime à cet égard de la manière la plus certaine, et ne laisse aucun doute sur 1 Ἰη--. terprétation véritable qu’il faut donner de la phrase d’Olympiodore.

Si du maître nous passons au disciple, c’est-à-dire à Gorgias, nous trouverons encore dans ce commentaire quelques détails au moins qui ne sont pas ailleurs. Sans doute l'introduction que nous avons citée ne nous apprend rien de nouveau sur Gorgias. On savait déjà que Gorgias de Léontium était venu à Athènes avec une mission relative à la guerre contre les Syracusains, ayant avec lui un de ses disciples, le rhéteur Polus d’Agrigente ; on savait qu’il logea chez l'orateur Calliclès, et qu’il eut, pendant son séjour, les plus brillants succès. Le Scholiaste de Platon disait déja que les jours où il parlait étaient des fêtes (2). Pas la moindre citation

(1) VoyezSimplicius, Commentaire sur la physique d Aristote, liv. νι, p. 392 et 393 de la traduction latine; Venise, 1587. ᾿ Simplicius a trompé Tiedemann, tom. 1", p.63, et Tennemann, Manuel de l'histoire de la plulosophie , traduction française, 9e édit. , tome", p. 123.

(2) On ne voit pas pourquoi M. Geel révoque ce fait en doute, Historia critica sophistarum, p. 22 : Nobis hi lampades et intermissa deorum festa valdè suspecta sunt. Mais il s'agit

434 OLYMPIODORE ,

du livre sur la nature, dont heureusement Aristote et surtout Sextus nous ont conservé les principaux raisonnements. Olympiodore se contente d'appeler cet ouvrage σύγγραμμα οὐκ axoulor, et d'en rapporter la composition à la 84° olympiade. Nous savions aussi, ce que répète ici Olympiodore, que Gorgias vécut très-longtemps, quelques-uns même disent jusqu'a cent neuf ans. Mais voici une anecdote que Je ne trouve nulle part, excepté dans ce commentaire, πράξ. vil : « Gorgias, étant allé à Argos, trou- « va les esprits si prévenus contre lui, qu’on im- « posa une amende à ceux qui suivraient ses lecons. « Voilà pourquoi il s'attache à défendre les rhé- « teurs contre l’argument tiré de l’abus que leurs « disciples font de leur art. » En effet Argos était un pays dorien, où les sophistes ne devaient pas avoir grand crédit , et l’anecdote rapportée ici est au moins vraisemblable. Olympiodore nous apprend encore, πράξ. IV, Que χειρούργημα @t κύρωσις appartenaient au dialecte de Léontium, et que Platon prête ces mots à Gorgias pour la vraisemblance

seulement de fêtes métaphoriques , et je crains que le savant Hollandais n’ait été trompé par l’expression équivoque du Scholiaste : ἐνρτὴν ἄπρακτον ἐποίουν οἱ Αἰθηναῖοι, « les Athéniens s’en faisaient une fête, » δῖ non pus « faisaient une fête à cette occasion. » Le témoignage de Troïle fortifie celui du Scholiaste, et Olympiodore confirme l’un et l’autre. On ne voit pas non plus pourquoi le même Geel, p. 64, fait tant de difficultés sur les mots ἐπιδείξεις, ἐπιδείενοσθαι, qui signifient trés-évidemment , faire montre de son talent, l'exhibition des

Auglais.

dramatique. Enfin Aristote nous dit bien dans la Rhétorique, 1, 111, ch. 18, queGorgias recommande d’opposer toujours le contraire au contraire, le sérieux au comique ou le comique au sérieux, artifice recommandé aussi par Cicéron, de Oratore, ἵ, τι, ch. 59; mais nous ne connaissons aucun ouvrage de l'antiquité qui nous conserve ce précepte en entier avec les paroles mêmes de l’auteur, et tel que le donne Olympiodore, πράξ. xx : « εἰ μὲν à ἐναντίος « σπουδαῖα λέγει» γέλα καὶ ἐκκρούεις aÜTOr εἰ δὲ ἐκεῖνος « γελᾷ: σοῦ σπουδαῖα λέγοντος» σύντειγον σεαντὸν ἵγα μὴ ( φάγῃ αὐτοῦ ὁ γέλως.» Le dernier mat d'Olympiodore sur Gorgias est celui-ci dans l’introduction : « Quant aux idées que représentent les personnages, « Gorgias représente la faiblesse et la demi-corrup- « tion ; » et c’est à peu près la l’opinion qui résulte de tous les témoignages. Mais Olympiodore maltraite l'élève bien plus encore que le maitre, et il donne Polus comme le représentant de l’iniquité consommée et de l’orgueil. Olympiodore, #p«£. 111, prétend aussi avec le Scholiaste que le petit discours que Platon met dans la bouche de Polus n’était pas une improvisation , mais un discours préparé, ce qui, avec un endroit, il est vrai un peu équivoque, de la métaphysique d’Aristote(1), porterait à croire que, dans le Gorgias de Platon, la tirade de Polus

(1) Métaph., liv 1, p. 4 de l'édition de Brandis, ἡ μὲν γὰρ ἐμπειρέκ τέχνην ἐποίησεν, ὥς φησι Πῶλος, ὀρθῶς λέγων, ἡ δ᾽ ἀπειρίᾳ τύχην, Pent-être ὥς φησι Πῶλος veut-il dire ici : ὥς φησι Πῶλος

436 OLYMPIODORE ,

sur laquelle tombe la critique d’Olympiodore, γι: sait dans l'antiquité pour un morceau authentiqu de Polus.

Rien ici sur l’orateur Calliclès, sinon qu'il ét d’Égine, πράξ. LX.

Tel est le petit nombre de renseignements ph ou moins importants que renferme ce commentar d’Olympiodore sur la première époque. Il est be coup plus précieux pour la seconde ; et d'abon nous y trouvons sur Socrate un morceau qui, δι contenir précisément aucune donnée nouvelle si ce grand homme, n’est pas dépourvu d'intérêt.

Olympiodore se fait cette objection , rpaë. x « Comment Socrate, qui reproche aux gr « hommes d’État d'Athènes de n’avoir pas ami- « lioré les âmes de leurs concitoyens, n’a-t-ilp « lui-même changer les mœurs d’Alcibiade εἰ ὦ « Critias? » — Olympiodore répond que Δ᾽ δον « Socrate a formé plusieurs hommes vertueur, « Cébès, Platon, Aristote (1) et d’autres qui ken

(1) M Stahr (Aréstotelia, tome 1", p. 401) fait dire à Ar monius et à Olympiodore dans ce commentaire, σράξ. xl!

- qu’Aristote put jouir encore trois ans à Athènes de l’enseignt-

ment de Socrate: assertion. ridicule que tout le monde à τέ tée, Socrate étant mort à peu près quinze ans avant la naiss d’Aristote. Mais il faut laisser cette absurdité à Ammoni dans la vie d’Aristote , et ne pas l’étendre à Olympiodere, qu n’en dit pas un seul mot dans la σραξ. χα ni ailleurs. ces probablement ce passage de la πράξ. χει qui aura trompé M. Stahr. Mais ce passage ne suppose pas de rapport person entre Socrate et Aristote ; il suppose seulement une influencé

SUR LE GORGIAS DE PLATON. ἠδ

ressemblent ; qu’ensuite il faut bien distinguer l’homme d’État auquel la puissance publique est remise, et le philosophe, qui n’a d'autre puissance que la persuasion. Si Alcibiade ne suivit pas les conseils de Socrate, ce n'est pas la faute de ce dernier , car il le reprenait sans cesse. Au contraire, les quatre politiques dont il est question se gardaient bien de blâmer toujours les fautes du peuple. D’un autre côté, Alcibiade ne resta pas assez longtemps auprès de Socrate pour profiter de ses lecons. En outre, sa mauvaise conduite ne commença que quand il eut eessé de le fréquenter. Enfin Socrate n'avait que irop prévu les égarements d’Alcibiade ; il ne fut donc pas cause de ses fautes. Aussi Alcibiade fit-il toujours son éloge, et lui témoigna-t-1l un respect constant. Pour Critias, ilfut un des trente tyrans, il est vrai ; mais 1l censura continuéllement leur conduite, s’attira leur haine, et finit.per être condamné sur une fausse accusation. -—— On: insiste et on objecte que Socrate a exercé la fonction de juge. « Nous n’en savons rien, dit Olympiodore (1), et quand cela serait, il n’a pas été juge afin d’entrer dans les affaires, mais afin de remplir ses devoirs de citoyen, car il ne pou-

morale de l’un sur l’autre, influence incontestable , et qui place Aristote dans l’école de Socrate, tout comme Platon et Cébès, 5 (1) Ilest dit dans lApologie qu’n n’exerca aucua emploi publie, mais qu’il fut sénateur , et c’est en cette qualité qu'il

438 OLYMPIODORE ,

« vait sortir entièrement de la vie civile. Beaucoup « d'hommes pleurérent sa mort ; sa réputiti « avait attiré à Athènes une foule de persons « avides de s’instruire. Après sa mort, Isocnt « désolé conduisit les jeunes gens à Anitw εἰ « Mélitus : Chargez-vous de cette jeunesse, km « dit-il, instruisez-la, maintenant que Socraten&t « plus : δέξασθε. παιδεύσατε αὐτοὺς vues, ἐτειὼδ « Σωκράτης οὐκ ἔτι ἐστίν.» Nous ne nous souven0ï pas d’avoir vu ailleurs ces paroles d’Isocrate. D ‘reste , elles s'accordent. avec ce que nous # vons de la vénération qu'Isocrate professait pou Socrate et de l'amitié qui l’unissait à Pt Dans un discours d’Îsocrate, on trouve sur 6 condamnations faites sans preuves suffisantes, 8} . vies bientôt de repentir, dont on rechercher suite les instigateurs et dont on voudrait rat mer les victimes, un morceau touchant, (αὶ uëe allusion. évidente à la condamnation de à crate (1).

s’opposa à ce qu’on fit simultanément le procès aux dif néraux des ÂArginuses. Æpol., tom. 1" de ma traduction. p. 98, 99.

(1) sept τῆς μνειδοδεως, Ὁ. 145 de l'édition de Lange : σι | “οὐ mehr χρόνον δυκλίπουνα (xs) παρὰ μεὲν τῶν ἐξαπατενεν δίκην λωξεῖν ἐπεθύμησε, εἰς. En effet, Diogène nous ἀρρτειν qu'après la mort de Socrate les Athéniens se repentirent tele ment de ce qu’ils avaient fait qu'ils fermérent les palestrés ὦ les gymnases, condamnèrent Mélitus à mort , exilèrent les avtres accusateurs, et firent faire par Lysippe une statue d'airai de Socrate qu'ils placèrent dans l’endroit le plus fréquenté de

Nous devons à Olympiodore, dans le commentaire sur le premier Alcibiade, une vie de Platon presque aussi étendue que celle de Diogène de Laërte, et qui renferme plusieurs détails qui ne sont pas dans cette dernière. Nous avons ailleurs (1) soigneusement marqué les moindres diffé rences qui séparent ces deux biographies. Ici nous retrouvons un abrégé de la première, avec quelques légères différences. L'intérêt qui s'attache à tout ce qui regarde un aussi grand homme que Platon, nous fait un devoir de donner en entier cet abrégé.

Πράξ. χει : « Socrate mourant dit à ses amis, « dans le Phédon : Que ce discours vous enseigne « à calmer vos passions. — Mais quel est celui qui « nous servira de maître quand vous nous aurez « quittés ? — La Grèce et les pays étrangers sont « pleins de gens capables de vous diriger. Procu- « rez-vous leurs conseils à tout prix. Pénétré de ces « paroles, Platon passa en Sicile pour converser « avec les pythagoriciens. Il n’avait appris de So-

la ville. I paraît que la Grèce entière partagea les sentiments d'Athènes ; car le même Diogène assure qu’Anitus exilé étant arrivé à Héraclée, les habitants l’en firent sortir le jour même. Saint Augustin dit que Mélitus ne fut pas condamné à mort, ce qui indiqueraïit un procès régulier, c’est-à-dire une nouvelle injustice, mais qu'il fut massacré par la multitude, et Anitns forcé de se condamner lui-même à un exil perpétuel. De Cv. Dei, lb. vus, c. ὃ.

(1) Plus haut, p. 304.

440 OLYMPIODORE,

crate que la morale, car 1] était jeune quand Socrate mourut, et ne connaissait pas encore la partie la plus profonde de sa doctrine. Qu'il füt

jeune encore, c'est ce qui est prouvé par son

Apologie, car il voulut défendre Socrate; et monté à la tribune, il prononça ces mots : γεώτατος εἰπεῖν..... Quoique jeune, je parlerai... Mais on ne le laissa pas continuer, et à peine avait-il prononcé ces paroles, qu'on lui cria de toutes parts : Descendez, descendez ! Il s'en alla en Sicile, et y trouvä les pythagoriciens cultivant avec un grand succés les sciences, la géométrie et l'astronomie. Il alla ensuite en Libye, et étudia à Cyrène la géométrie sous Théodore. De la il alla en Égypte, où il s’instruisit dans l’astronomie. Il est inutile de dire combien 1] se fit estimer pendant toutes ses études. Il retourna ensuite en Sicile pour visiter le cratère de l’Etna, et pour converser encore avec les pythagoriciens. El y trouva Dion, ami véritable de la philosophie, et il s’en fit honorer par son caractère divin. Dion avait une sœur nommée Aristomaque, mariée à Denys-le-Tyran. Ce prince avait épousé deux femmes le même jour, Aristomaque, de Syracuse, et une Locrienne. Il avait aussi un frère nommé Leptine. Dion conseilla à Platon de le voir, lui faisant espérer que ses discours le ramèneraient à la vertu, et que des villes entières lui devraient ainsi leur bonheur. Platon, cédant à l'amitié, vit Denys. Le tyran lui

« demanda quel était l’homme le plus heureux, « pensant que Platon le nommerait lui-même. Mais « Platon lui nomma Socrate. Comme Denys avait « la réputation de rendre de bons jugements, 1l

dit à Platon que le souverain mérite était de bien

« juger. Platon le nia. Juger, lui dit-il, c’est faire

ce que font les femmes qui raccommodent des vêtements. Ces femmes ne font pas des habits neufs, elles réparent seulement ceux qui sont usés. De même celui qui juge ne fait pas des hommes vertueux, mais il ne fait que punir des coupables. Hercule ne vous paraît-il pas avoir été heureux ? lui demanda Denys. Non, répondit le philosophe, s’il a été tel que les fables nous le représentent; mais s’il a pratiqué la vertu, il a été réellement très-heureux. Comme Platon donnait au roi, sans ménagement, de sages conseils, celui-ci se mit en colère. Les uns disent

‘que Dion, craignant la cruauté du tyran, pria

Pollis, général lacédémonien , d'emmener secrétement Platon pendant la nuit et de le conduire ἃ Athènes. D’autres disent que ce fut Denys qui le fit prendre par Pollis’ et conduire à Égine. Celui-ci ayant appris que des Lacédémoniens étaient prisonniers à Athènes, dit à Platon que si ces prisonniers n'étaient pas relâchés, il ne lui rendrait pas la liberté, et il accomplit sa menace. Sur ces entrefaites, un nommé Annicéris passa par Égine, se rendant à Olympie pour y disputer le prix. Il vit Platon, et dès qu’il con-

442 OLYMPIODORE ,

« nut sa situation, il paya vingt mines pour sa « rançon, et lui témoigna les plus grands égards. « Platon voulut ensuite lui rendre les vingt mines, « mais il les refusa : Je regarde, dit-il, comme « une plus grande gloire de vous avoir racheté « que d’avoir vaincu à Olympie. Denys mourut, « laissant un fils de chacune de ses deux fem- « mes. Les deux frères se disputèrent le trône, « car leurs mères ne savaient laquelle Denys avait « connue la première, et de qui le fils devait « régner. Denys le leur avait laissé ignorer à des- « sein. Âristomaque craignit pour son fils les em- « bûches de Dion, son frère, ‘et le prit en haine. « Le fils de la Locrienne, nommé aussi Denys, « monta donc sur le trône. Dion s’attacha ἃ Ini, « et lui conseilla d’appeler à sa cour Platon, pour « se former par ses conseils. Platon consulta les « principaux d'Athènes (usyiorasw). Ses amis « furent d'avis qu'il acceptât l'invitation de Denys, « afin d’avoir l’occasion d'appliquer ses théories de « gouvernement, et les hommes d’État d'Athènes « furent de la méme opinion. Platon partit donc, « et à son arrivée, Denys remercia les dieux par « des sacrifices et des fêtes. IL se soumit aux règles « de son enseignement, et le palais était tout rem- « pli de poussière; car Denys s’occupait beaucoup « de géométrie, mais sans y faire de grands pro- « grès. Rebuté de ne point réussir, les flatteurs lui « persuadèrent que Dion avait des projets contre « lui : Quittez donc, lui direntils, ces vaines

« études, et retournez à nos plaisirs d'autrefois. « Platon se voyant dédaigné, se retira, toujours « attaché à la vérité. »

La s'arrête cette biographie faite uniquement pour répondre ἃ l’objection pourquoi Platon ne put venir à bout d'amener l’un et l’autre Denys à la vertu. Comparée à la première biographie du Commentaire sur l’{lcibiade, elle peut donner lieu aux remarques suivantes :

41°. Dans les premières lignes, Olympiodore dit qu'après la mort de Socrate, Platon passa en Sicile pour converser avec les pythagoriciens, ce que dit aussi À pulée : Posteaquim Socrates omnes homines reliquit, quæsivit undè disceret, et ad Pryithagoræ disciplinam se contulit ; tandis que, dans la première biographie d’Olympiodore , comme dans celle de Diogène, il est dit qu'après la mort de Socrate, et avant d'aller en Sicile , Platon étudia plusieurs des doctrines qui faisaient alors da bruit, par exemple celle d'Héraclite, à l’école de Cratyle. Ce n’est peut-être là qu'une omission qui résulte de la brièveté de cette nouvelle biopraphie ; cependant il ne faut pas oublier qu’Apulée place les étades de Platon sur la philosophie d’Héraclite avant ses rapports avec Socrate, antea quidem Heracltis sect fuerat imbutus ; opinion très-peu probable, toute l’antiquité s’accordant à dire que c’est Socrate qui donna à Platon le goût de la philosophie.

2°. L’anecdote de l’apologie que Platon avait faite pour Socrate et qu'il ne pat prononcer, ne se trouve

μι OLYMPIODORE , ni dans Apulée, ni dans la premiere biographie d’Olympiodore ; mais Diogène la rapporte sur la foi de Justus de Tibériade, historien contemporain de Vespasien. Le début du discours de Platon diffère dans les deux passages. Olympiodore ne donne que ces deux mots : νεώτατος εἰπεῖν...» et Diogène, d’après Justus, νεώτατος ὧν» ὦ ἄνδρες ἀθηναῖοι» τῶν ἐτὶ τὸ βῆμα ἀναξάντων....

3°. Dans la premiere biographie, il est question non-seulement du voyage de Platon à Cyrène et en Égypte, mais d’un voyage en Phénicie où il aurait rencontré des mages qui lui auraient enseigné tout ce qu'il savait, et même d’un projet de Platon d’aller jusqu’en Perse, projet dont parlent aussi Diogène et Apulée; ce dernier même ajoute l'Inde à la Perse. Ces projetsde Platon ne se rencontrent pas dans l’antiquité avant l’école d'Alexandrie, qui aimait fortles voyages dans l'Orient, et nous pensons qu'il faut s'en tenir au récit de cette nouvelle biographie, où il n’est fait mention que du voyage à Cyrène et en Égypte, lequel est attesté à-la-fois et par les deux biographies d'Olympiodore, et par Apulée, et par Diogène, enfin par Cicéron, de Finibus, lib. v.

4°. Le récit que fait ici Olympiodore des relations de Platon avec l’un et l’autre Denys est à-peu-près celui de Diogène Laërte. Le point important est de savoir si la captivité de Platon à Égine doit étre placée à son premier ou à son second voyage en Sicile, Dans sa première biographie, Olympiodore rejette la captivité de Platon à son second voyage,

SUR LE GORGIAS DE PLATON. 445 tandis qu'ici il la place au premier par-une contradiction qu’il n’est pas facile d'expliquer, et d’accord en cela non-seulement avec Diogène, mais avec Plutarque dans la vie de Dion. Il est à remarquer que la septième des lettres attribuées à Platon, où il est tant parlé de ses voyages en Sicile, ne dit pas un seul mot de cette captivité, ni de Polis, ni d’Annicéris ; on y voit seulement que, dans son premier voyage, Platon se lia intimément avec Dion, et qu'il exhorta en vain les Siciliens à réformer leürs moeurs.

On pouvait faire à Platon la même objection qu'il faisait lui-même à Thémistocle et aux autres politiques : il ne sut pas plus garder l'affection d’Aristote que les autres n'avaient su garder l’affection du peuple. Le besoin de répondre à cette objection nous vaut, de la part d’Olympiodore, quelques mots fort curieux sur Aristote.

Voici l’objection que se fait Olympiodore, toujours dans la πράξ. χει : « Aristote se sépara de Pla- « ton, et, selon l'expression du rhéteur Aristide, « il éleva contre lui le Lycée (ἐπιτειχίσαι τὸ Λύκειον) « et introduisit une doctrine différente.

« D'abord, se répond Olympiodore, Aristote ne « diffère de Platon qu’en apparence. Ensuite, quand « il en différerait, il n’en serait pas moins très-re- « devable à Platon. Enfin, dans l’ {/cibiade et dans « le Phédon, Socrate abdique toute autorité et veut « qu’on n’écoute que sa conscience et la vérité.

« Ce qui prouve qu’Aristote révère Platon comme

446 OLYMPIODORE , « son maître, c’est qu'il a écrit son panégyrique « dans une biographie qu’il en avait faite, et dans « laquelle il le comble de louanges : ὅτι δὲ καὶ ἀρισ- « τοτέλης σέζει αὐτὸν ὡς διδάσκαλον» δῆλος ἐστι γρώψας « ὅλον λόγον ἐγκωμιαστικόν' ἐχτίθεται γὰρ τὸν Cioy αὐτοῦ ἃ χαὶ ὑπιρεπαινεῖς ἡ

Je ne connais pas unautre passage de l'antiquité où il soit fait mention d’un panégyrique de Platon par Aristote, ὅλον λόγον ἐγχωμιαστικόν.» et dans le long catalogue des ouvrages d’Ar:istote que donne Diogène, pas plus que dans le catalogue de la Vie anonyme publiée par Ménage, on ne trouve aucune trace d’un pareil ouvrage. Ἐχτέθεται τὸν (ἴον αὐτοῦ indique une biographie régulière. Il est vraiment incroyable que, si cet ouvrage existait du temps d’Olympiodore, il ne l'ait jamais cité lui-même en traitant de la vie de Platon; et il nous paraît presque impossible qu'aucun écrivain de l'antiquité, ni Plutarque, ni Athénée, ni Diogène, n’en eût {ait mention. Cependant la phrase d'Olympiodore est positive. Gelle qui suit ne l’est pas moins :

« Et ce n’est pas seulement dans cet ouvrage qu’il « le loue; voici l'éloge qu'il en fait dans ses élégies « à Eudème : Οὐ μόνον δὲ ἐγκώμιον ποιόσας αὐτοῦ #7 œsvet ( αὐτὸν» ἀλλὰ καὶ ἐν τοῖς ἐλεγείοις τοῖς πρὸς Εὐδυμὸν» « αὐτὸν ἐπαινὼν Πλάτωνα ἐγκωμιάζει γράφων οὕτως. »

Du moins nous savions déjà, par le catalogue de Divgéne, qu’Aristote avait composé des élégies dont le commencement était : Fille d'une mère πρό: nieuse..…., ἐλεγεῖα ὧν ἐρ χη" Χαλλιτέχνου μητρὸς θύγατερ...

Et le même renseignement nous était donné par la Vie anonyme de Ménage. Mais nous apprenons ici que plusieurs de ces élégies étaient adressées à Eudème, et ce renseignement tout-a-fait nouveau n'est pas sans intérêt ; mais ce qui y ajoute un grand prix, ce sont les sept vers suivants que cite Olympiodore :

« Ἐλθὼν δ᾽ ἐς χλεινὲν Κεκροπίης δάπεδον, « Εὐσεζίως σεμνῆς φιλίης ἱδρύσατο βωμὸν « ἀνδρὸς ὃν οὐδ᾽ αἰνεῖν σοῖσι κακοῖσι ϑέμις" « ὅς μόνος ἢ πρῶτος ϑυντῶν κατέδειξεν ἐναργῶς, « Οἰκείῳ τὸ βίῳ καὶ μεθόδοισι λόγων, « ὡς ἀγαϑός τὸ καὶ εὐδαίμων ἅμα γίνεται ἀνγηρ. « Οὐ νὖῦὖν δ᾽ ἔστι λαζεῖν οὐδενὶ ταῦτά mors (1). « Arrivé dans la ville célèbre de Cécrops, « ]1 éleva pieusement un autel à la noble amitié « D’un homme que les âmes pures ont seules le droit de louer ; « Qui seul, ou du moins le premier entre les mortels, montra « d’une manière éclatante, « Par l'exemple de sa vie et par le raisonnement, « Que le bonheur de l'homme n’est pas séparé de la vertu; « Vérité désormais au-dessus de toute attaque. »

. Dans toute l'antiquité rien ne se rapporte à ces

(1) Je crois que le savant Nûnez est le premier qui ait tiré ces vers du manuscrit d'Olympiodore, dans ses notes sur Ammonius, p. 107 de l’édition de Leyde, 1621. 11 en cite une traduction latine par le cardinal Bessarion, dans son livre Av. Calumn. Ménage, dans ses notes sur Diogène , t. 11, p. 198, paraît avoir emprunté 14 citation des vers grecs à Nûnez. Nulle variante importante, si ce n’est ἐνεργῶς que donne Mé— nage, au lieu de ἐναργῶς» leçon de notre manuscrit, qui me semble préférable. Il est étonnant que, depuis, ces vers aient été si peu répandus. | | )

λὴλβ΄ OLYMPIODORE ,

vers, excepté le distique que l’on trouvé dans la Vie d’Aristote par Ammonius :

« Βωμὸν Âpsororéanc ἐγιδρύσατο τόγδε Πλάτωνος, « ἀνδρὸς ὃν οὔτ᾽ αἰνεῖν τοῖσι κακοῖσι ϑόέμις" »

distique évidemment tiré des vers précédents. Ceuxci, sans être d’une grande beauté, ont, dans un degré inférieur, quelque chose de l'élégance de l’ode célèbre à la vertu, avec la même absence de chaleur et de mouvement. Tels qu'ils sont, on ne comprend pas comment , à cause du nom de leur auteur et du nom de celui qui en est l’objet, ils ont pu échapper aux polygraphes de l’antiquité, si curieux de vers philosophiques. Mais assurément ils ne sont pas de l’imvention d’Olympiodere, comme le prouve l’abrégé d’Ammonius, et dans toute l’école d'Alexandrie on ne pourrait les attribuer qu’à Proclus ou à Porphyre, qui ont laissé d’assez beaux vers. Ἐλθὼν... ἱδρύσατο indiquent plutôt quelqu'un qui parle d’Aristote qu’Aristote lui-même, à moins qu'on ne suppose que celui-ci parle de luimême sous la forme mdirecte.

À ce document nouveau et vraiment précieux il faut ajouter trois définitions stoïciennes de l'art, qu’Olympiodore rapporte à Zénon , à Cléanthe, et à Chrysippe. Πράξ. xt, fol. 22. « Cléanthe définis- « sait l’art : ἐξις ὁδῷ πάντα ἀνύουσα ; définition que « Chrysippe modifia en ajoutant μετὰ φαντασίας» afin « de rapporter l’art au génie de l’homme, tandis « que la définition de Cléanthe pouvait également « s'appliquer à la nature. Cette définition pénètre

« plus avant dans l’essence de l’art. La définition de « Zénon va plus loin et fait de l’art une dépendance « de la morale : Σύστημα ἐκ καταλήψεων' συγγε-- « γυμνασμένων pos τι τόλος εὔχρηστον τῶν ἐν τῷ Cie. » Nous n’avons pas vu ailleurs ces définitions stoïciennes de l’art ; mais on sait l'importance que les stoïciens attachaient aux définitions, et Chrysippe avait fait un livre particulier sur l’art de définir, περὶ ὅρων.

Il est inutile de rapporter plusieurs citations d’Épictète, πράξ. xvir, où il n’y a pas même de variantes nouvelles, et nous passons de suite à la troisième époque de la philosophie grecque, sur laquelle il est difficile qu’un manuscrit alexandrin ne fournisse pas quelque renseignement nouveau.

On voit par l'introduction dans quel ordre les Alexandrins faisaient lire les dialogues de Platon à leurs élèves : d’abord l'4lcibiade, puis le Gorgias, puis le Phédon, qui résumaient à-peu-près les autres dialogues et offraient en abrégé la philusophie de Platon. Ici, comme dans le Commentaire sur l’Alcibiade , ce dialogue est mis à la tête de tous les autres, comme étant le point de départ nécessaire de la philosophie.

Olympiodore nous apprend encore, dans cette même introduction, qu'avant lui on avait beaucoup commenté le Gorzias, et qu’on n’était pas d'accord sur le but de ce dialogue. Les uns prétenda:ent que son seul but est la rhétorique, d’autres la justice et l’injustice, d’autres enfin la théologie , caractérisant le tout par quelques-unes dé ses parties. Il

450 OLYMPIODORE ,

est extrémement à regretter qu'Olympiodore w nomme aucun de ses devanciers, parmi lesquek l faut sans doute placer Hiéroclès, qui, au rapport de Damascius dans la vie d’Isidore, Photi Biblio, édit. de Bekker, p. 338, avait composé un con méntaire sur le Gorgias, et qui, d’après le carattère de ses autres écrits, doit avoir adopté le pont de vue théologique ; et Eubulus, contemporant ami de Longin, qui, selon Porphyre, dans la υἱοί Plotin, avait aussi commenté le Gorgias, et probe blement adopté le point de vue de la rhétorique.

Voici, sur Plotin, une anecdote qui ne se trou ni dans Porphyre ni dans Eunape, et qui est tré conforme à ce que nous savons du mépris de t philosophe pour la vie. Πράξ. xvir. « Le philosoph :« Plotin, comme on lui disait que quelqu'un tai « mort d’une mort violente et non d’une mort it « turelle, s’écria : O faiblesse de l’homme quis'in* « gine qu’une pareille mort soit mauvaise! ὁ μ᾿ « œogos Ilawrivos, εἰρηκότος τιγὸς ὅτι ὃ (1) δεῖνα ἐσθ! ( καὶ οὐ φυσικῷ θανώτῳ τέθνηκεν» ἐρθέγξατο ὦ τὴς μιὰ « λογέας» ὅτι οἴονται οἱ ἄνθρωποι τὸν τοιοῦτον Date « κάκιστον Eival. »

La πράξ. Χύντ contient l’opinion de Plotn 41 l'astrologie. Plotin accable l'astrologie par Οὗ de : lemme : « Les astres sont animés ou inanimés. 5 « sont inanimés, ce qui n’est pas, comment ρου

(1) Un tel; locution qui se trouve plusieurs fois dans ce ΠΡ nuscrit. | |

τὰ produire quelque effet, opérant sans âme , « ὠψύχων à ἐνεργοῦντα ? S'ils sont animés, et que leur « action soit divine, θειοτέρως ἢ καθ΄ ἡμᾶς ἐνεργεῖ, « comment donnent-ils à l’un la richesse et tous les « avantages de ce genre , à l’autre la pauvreté et « toutes les autres sortes d’infortune ? » Ce dilemme est le fond du paragraphe onzième du livre III de la onzième ennéade.

Πράξ. xL. « Les âmes qui n’ont commis que des « fautes légères ne sont condamnées que pour peu « de temps, et une fois purifiées elles s'élèvent, « non par rapport aux lieux, ce qui est symbolique, « mais moralement, par rapport à leur manière « d’être. Aussi Plotin dit-il : ὅτι dvayerai γε ἡ bé χἢ» « οὐ ποδὶ, ἀλλὰ Con. » |

Nous trouvons dans la πράξ. xLvi cette phrase rernarquable sur lamblique : « Puisqu” il y a dans « Platon trois mythes sur l’autre vie, pourquoi ( lamblique, ἐν τινὶ αὐτοῦ ἐπιστολῇ, n’en cite-t-il que « deux, celui du Phédon et celui de la République ? « Peut-être celui à qui ést adressée la lettre, ἴσως ὁ « ἄνθρωπος πρὸς ὃν ἐποιεῖτο τὴν ἐπιστολήν, ne l’avait-il « consulté que sur ces deux derniers. » Il semble que, s’il était ici question de la réponse à la lettre que Porphyre avait écrite à Annebon, réponse qui est l'ouvrage célèbre sur les Mystères des Égyptiens, il n° y aurait pas ἔν τιν! αὐτοῦ ἐπιστολῇ, Mais ἐν τῇ αὐτοῦ ἐπιστολῇ. De plus, la lettre de Porphyre ne contient aucune question sur. les mythes de Platon, ni la réponse d’Iamblique ne dit un seul mot:à cet

452 | OLYMPIODORE,

égard. Enfin il serait fort étrange d’appeler Porphyre ὁ ἄνθρωπος. Ce passige peut donc nous faire soupconuer qu'Olympiodore avait sous les yeux d'autres lettres d'Ilamblique qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. |

Proclus n’est cité qu'une seule fois dans ce com mentaire, et encore, comme nous le verrons tout à l’heure, à l’occasion d’Ammonius (1). C’est sur celui-ci que ce manuscrit nous fournit le plus de lumières. Olympiodore en parle partout comme d'un maître et d’un compatriote. Nous avons établi ailleurs, d’après le commentaire d’Olympiodore sur le premier Ælcibiade, qu'Olympiodore était

(1) Auteur du Commentaire sur les catégories d Aristote , et de la Vie d’Aristote qui est à la tête de ce commentaire. Et pour le dire en passant, nous ne voyons pas pourquoi on enlèverait cette Vie d’Aristote à Ammonius, comme le veulent certains critiques , entre autres M. Stabr, Aréstotelia, tom. 1°", et pourquoi, comme ce dernier, on en ferait un extrait informe et récent d’une prétendue Vie d’Aristote composée au n° siècle par Ammonius Saccas, sur un prétendu rapport d’Hermias dans Photius, Ecl. 251. Mais en relisant le chapitre 251 de Photius sur le livre d’Hermias touchant la providence , je n’y trouve aucune mention d’une Vie d’Aristote par Ammonius Saccas ; j’y trouve seulement qu'Ammonius Saccas réconcilia le premier Platon et Aristote, εἶδε καλῶς ra ἑκατέρου x συνήγαγεν εἰς ἵνα νἡ τὸν αὐτὸν νοῦν; tandis que le même Photius, ch. 249, sur la Vie d’Isidore par Damascius, parle ou plutôt fait parler Damascius, d’Ammouius , fils d’Hermias, comme d’un homme qui s'était particulièrement oceupé d’Aristote, #æaào δὲ ra’ Αριστοτένους ἐξήσκετο, ce qui permet très-bien de lui attribuer une Vie d’Aristote. , “ |

d'Alexandrie. Or, incontestablement, Ammonius était de la même ville : c’est ce que nous apprend Damascius dans la Vie d’Isidore, Bekk., p. 34 : « Hermias était d'Alexandrie, et il avait pour fils « Ammonius et Héliodore. » Olympiodore et Ammonius étaient donc compatriotes. On sent encore un compatriote qui parle d’un compatriote dans la phrase suivante de la xp4£. x1iv, à l'endroit déja cité sur la Chimère : « Voici ce que racontait le phi- « losophe Ammonius : Solon, disait-il, qui fut « gouverneur militaire d'Alexandrie, m'a souvent « assuré que cette interprétation était fausse : d δὲ « φιλόσοφος Αμμωνίος ἔφη ὅτι ἐμοὶ sine πολλάκις À Σόλων « ὃ τῆς Ἀλεξανδρείας γενόμενος στρατηλάτηφ.....») WOÏCI maintenant un passage qui établit qu'Ammonius avait été le maître d’Olympiodore. Celui-ci, combattant la magie et les superstitions populaires, dit, æpaË. XXXIX : «On prétend qu'il y a encore de nos « jours, en Égypte, des magiciens qui changent les « hommes en crocodiles, en ânes (4), et leur font « prendre les formes qu’ils veulent. Il ne faut pas « croire ces récits. Le philosophe Ammonius nous « disait dans ses lecons, εἶπεν ἡμῖν ἐξηγούμενος" ces « opinions populaires me captivèrent moi-même, « et j'y croyais encore à la fin de mon enfance, ( ἐκράτησέ μου τὸ πάθος τοῦτο» xu τελῶν mais φόμην « ἀληθῆ ταῦτα εἶναι. » Ceci prouve évidemment qu’Olympiodore avait suivi les leçons d’Ammonius.

(1) Voyez la Zuciade.

454 OLYMPIODORE,

Il n’est pas non plus sans intérêt de voir qu’au vi* siècle la magie était encore une opinion si puissante, qu'Olympiodore croit devoir la combattre sérieusement, et qu'un homme comme Ammonius, élevé au milieu des philosophes, confesse que, même sur la fin de sa jeunesse, τελῶν παῖς, il donna dans cette maladie du temps. Enfin, dans le chapitre xL, les mots : ὃ φιλόσοφος ὃ ἡμέτερος ἀμιμμωνίος» qui sont évideroment pour ὃ AUÊTE pos xaônyeuars ne laissent plus le moindre doute sur la relation de maître à élève entre Ammonius et Olympiodore. Πράξ. xL. « Le « politique doit d’abord se former lui-même, comme « le médecin doit d’abord entretenir sa santé. C’est « en ce sens, selon notre philosophe Ammonius, « que Jacob disait qu’un médecin ne doit pas être « malade. Οὕτω γοῦν» ὥς φησιν ὃ φιλόσοφος ὃ ἡμότερος « ἀμμωνίος» ἔλεγεν 6 ἰακώξος ὅτι οὐ δεῖ ἰατρὸν νοσεῖν. » Ce Jacob était un médecin égyptien très-célèbre, maître d’Asclépiodote d'Alexandrie , et contemporain de Proclus, comme nous l’apprend Damascius dans la Vie d’'Isidore, Photii Biblioth., chap. 242, Bekk., pag. 344.

Πράξ. XLIV, en parlant des lieux escarpés où la mythologie plaçait le brigand Scyron, Olympiodore ajoute comme en parenthèse : « que le phi- « losophe Ammonius disait avoir visité ces lieux, (€ ἑστορηκέναι. » |

Πράξ. XXIV. «Le philosophe Ammonius rap- « porte que, quelqu'un ayant dit avec chagrin « à son maître Proclus : Un tel, qui est vicieux,

« est pourtant heureux, et moï je suis malheu- « reux; le philosophe répondit : S'il est votre « ennemi, réjouissez-vous tant que vous le « verrez impuni. Φησὶν ὃ φιλόσοφος ἀμμωνίος ὅτι τῷ « διδασκάλῳ Ἰπρόκλῳφ ἔλεγέ τις λυπούμενος" ὅτι à δεῖνα « σκαιὸς ὧν καλῶς πράττει» κἀγὼ δυστυχῶ» καὶ ἀπε-- « κρίθη αὐτῷ ὁ φιλόσοφος Πρόκλος ὅτι εἰ ἐχθρός σού « ἐστι» πανηγύριζε ἕως où βλέπῃς αὐτὸν μὴ Φιδόγτα « δίκην. » |

HpaË. XLI. « Ammonius, quand on lui citait sa « propre autorité, répondait : Qu'importe si j'ai «tort, si καὶ κακῶς ἐποίησα; Et quand quelqu'un « lui disait : Platon l’a dit, il répondait : Il ne l’a « pas dit ainsi, et l’eût-il dit ainsi, avec sa permis- « sion, je ne l’en croirais pas, s’il ne l’a pas prouvé: « Οὐκ Een μὲν οὕτως’ ὅμως iAnxoI pos ὃ Πλάχων» εἰ καὶ « εἶπεν οὕτως οὐ σείθομαιν εἰ μὴ μετὰ ἀποδείξεωτ᾽ »

Il paraît qu’Ammonius avait une manière étrange de répondre aux objections qu'on lui faisait; car, dans la 7pa£. χιμ!, Olympiodore propose de répondre à une objection qu'il prévoit, ce que répondait en pareil cas le philosophe Ammonius : δὸς αὐτῷ κόνδυλον καὶ εὐφήμει.

Même πρώξ. «C’est surtout, dit le philosophe « Ammonius, quand les médecins ne réussissent « pas, que les malades disent : Qui m'a donné de « pareils médecins? Μάλιστα» ὥς φησιν ὁ φιλόσοφος « ἀμμωνίος, εἰ εἴησαν ἀτυχεῖς οἱ ἰατροὶ» τότε οἱ κάμ--

Ψ , \ / ( γοντες λέγουσι" τίς μοὶ ἥνεγκε τούτους TOUS ἰατροῦς5. D

456 OLYMPIODORE,

Πράξ. χη. « L’astrologie n’a pas d'existence, ” « carelle détruirait la providence, les lois, les juge- « ments. Le philosophe Ammonius dit : Je connais « des hommes qui, selon l'astrologie, sont nés sou- « mis à l’adultère, et qui cependant restent vertueux « par la force de Ia liberté. Καί φησιν ὃ φιλόσοφος « ἀμμωνίος ὅτι ἐγὼ οἶδ᾽ ἀνθρώπους τινὰς. ὅσον κατὰ τὴν « ἀστρολογίαν θέματα μοιχῶν ἔχοντας» καὶ σωφρονοῦν-- « τὰς περιγενομένου τοῦ αὐτοκινήτου τῆς ψυχῆς.» |

On sait que le rhéteur Aristide avait défendu de toutes ses forces la rhétorique, attaquée par le Gorgias. Olympiodore le réfute sans cesse. Toute cette discussion est sans intérêt, et nous n’en avons pas parlé. Nous donnerons cependant un passage où Olympiodore montre, πράξ. ΧΕΙ, « que Platon « est si peu ennemi de la vraie éloquence, que, « des trois grands orateurs Isocrate, Démosthènes « et Lycurgue, le premier fut son ami, les deux « autres ses disciples. Comment croire Aristide, « quand on voit Démosthènes accusant un certain « Héracléodore, qui avait été quelque temps dis- « ciple de Platon , mais qui ensuite s'était livré au « vice et qui méprisait ses lecons, s’écrier : Tu « ne rougis pas de faire ainsi honte aux leçons que « tu as recues de Platon! (1) Philiscus (2) dit en-

(1) οὐκ αἰσχύνη παιδείας καταφρονήσιος ὁ λόγων ὧν Πλάτωνος ἠκροώσῳ. Ni ce discours de Démosthènes, ni cette phrase ne nous sont connus d’ailleurs. ;

« core, dans la Vie de Lycurgue, que cet ora- « teur devint très-habile, et obtint des succès « que ne peuvent obtenir ceux qui n'ont pas recu « des lecons de Platon. Disons donc comme un « certain philosophe, τὴς φιλόσοφος» qu’Aristide ne « s'aperçoit pas qu’il est en contradiction avec lui- « même : car s’il a dit que Démosthènes est le type « d'Hermès, et que Démosthènes loue Platon, il «.s’ensuit que Platon est encore plus divin. On « rapporte que Démosthènes, assistant aux lecons « de Platon, louait sa diction , et qu’un de ses amis « lui donnà un coup de poing, παρέσχε κένδυλον» « comme n'étant pas attentif au fond des choses. » Quel est ce philosophe qui, avant Olympiodore, avait mis Aristide en contradiction avec lui-même? Ce pourrait bien être Ammonius, si l’on se reporte à la σράξ. xxxI1, où Ammonius prend la défense de Platon contre Aristide. Platon, comparant le vrai politique au vrai médecin, avait prétendu que Thémistocle, Cimon, Périclès n’avaient pas été de vrais médecins d'Athènes, mais ses flatteurs, comparaison et conclusion qu'Aris-

γέγανε Δυκοῦργος % πολλὰ κατώρθωσεν = ὦ οὐκ ἔστι δυνωτὰν κατορθῶσαε τὸν μὴ ἀκροασοίβεενον τῶνλόγων Πλάτωνος. Nous savions déjà par Plutarque, dans la vie des dix orateurs, que Lycurgue avait suivi les lecons de Platon ; mais c’est ici, je crois, le seul endroit qui fasse mention d’une Vie de Lycurgue par Philiscus, ou du moins Runhken ne cite que ce témoignage, Historia critica oratorum græcorum , pag. 159 , tom. vin de Reiske,

458 OLYMPIODORE ,

tide avait combattues, et que les commentateurs du Gorgias avaient, à ce qu’ilparaît, assez mal défendues; et même l’un d’eux avait donné un peu tort à Platon, ὠμέλει χακῶς εἶπέ τις τῶν ἐξηγητῶν ὅτι ἃ ὁ Τιλάτων κακῶς εἶπε περὶ αὐτῶν ( Thémistocle, (mon, Périclès) ταῦτα ὁ ἀριστείδης διὰ τὸ σλῆθος τῶν λόγων ἀμφίξολα ἐποίησε. Ammonius avait pris la défense de ce passage du Gorgias, en se fondant sur le quatrième livre de la République, où la politique est aussi comparée à la médecine : « Φησὶ δὲ ὁ « φιλόσοφος ἀμμωνίος Ts λαζὼν ἀφορμάς ἐκ τοῦ τετάρτου « τῶν πολιτειῶν τρανῶσαι ἐλπίζω τὸ δόγμα τοῦτο" ἔστι « δὲ τοιόνδε.» Et il distingue trois sortes de mé decine : « la fausse, qui est une pure flatterie et « passe au malade tous ses caprices, aux dépens « de sa santé; la vraie, qui, n'ayant en vue que « la santé, s'oppose à tous les caprices du malade, « et au lieu de flatter commande ; enfin une mé- « decine intermédiaire, qui participe de lune et « de l’autre. Il y ἃ de même trois sortes d'élo- « quence : l’une fausse, toute flatteuse ; l’autre vraie, « collaboratrice de la politique; et une troisième « intermédiaire, qui, sans donner tout-à-fait dans la « flatterie, sacrifie quelquefois la vérité. Les hom- « mes d’État dont il est question possédaient cette « éloquence intermédiaire. » On peut supposer que ce morceau est d’'Ammonius, comme semble l’indiquer ἐλπίζω et τοιόνδε.

Voila donc, sur Ammomius fils d'Hermias, un certain nombre d’anecdotes, de mots plus ou moins

SUR LE GORGIAS DE PLATON. 459 importants qui pourraient servir utilement à une monographie de ce philosophe.

À propos des anecdotes que cite Olympiodore relativement à Ammonius, 1] faut remarquer qu'en général ce commentaire abonde en anecdotes philosophiques. En voici une qu’il n’est pas mal de sauver de l’oubli, quoique Olympiodore ne nomme point le philosophe auquel elle se rapporte. Πράξ. 1. « Un philosophe, pressé par la soif, entra dans une « taverne et y but de l’eau. Comme il quittait la « taverne, un homme qui sortait d’un temple le « rencontra. Quoi ! lui dit-il, tu es philosophe et « tu sors d’une taverne ? — Oui, répondit le philo- « sophe, je sors de la taverne comme d’un temple, « et toi d’un temple comme d’une taverne. C’est la « conduite qu’il faut juger, et non le lieu où l’on «vit (4). »

1] faut encore signaler dans ce manuscrit un certain nombre de vers, sans désignation du nom de leur auteur, dans le genre de ceux que nous avons déja trouvés dans le Commentaire d’Olympiodore sur l’Ælcibiade, et qu'avec M. Creuzer nous avons rapportés à Proclus. Dans l'introduction, nous avons vu ce vers, tiré, dit positivement Olympiodore, d’un hymne à Dieu ( ὕμνος εἰς θεόν ).

(1) Ππράξ. 1, fol. 4. ἀμέλει φιλόσοφός τις δῳψήσας εἰσῆλθεν εἰς τὸ καπηλεῖον "ἡ ἐπίεν ὕδωρ" εἶτα ἐξιόντι αὐτῷ ἀπήντησε τις ἀπὸ ἱεροῦ ἐξερχόμενος x) λέγει αὐτῷ ὅτι φιλόσοφος ὧν ἀπὸ τοῦ καπηλείου ἐξέρχη" ὁ δὲ φησιν ὅτι ἐγὼ μὲν ἀπὸ τοῦ καπηλείου

>! « » \ e = \ \ ss ν ε = ε » ν᾿" ἐξερχομοιε ὡς ἀπὸ ἱεροῦ, σὺ δὲ ἀπὸ τοῦ ἱεροῦ ὡς ἀπὸ καπηλείου.

460 OLYMPIODORE, ἐξ où πάντα mipurs, σὺ δ᾽ οὐδενὸδτ' οὕνεκα μοῦνος.

« Toi de qui tout vient , qui ne viens de rien, et pour cela es « seul. »

Πράξ. τιν, Olympiodore cite encore les trois vers suivants du même hymne à Dieu :

« Ο toi qui es au-dessus de tout, pourquoi te chanter davantage?

« Comment te célébrerai-je, toi qui es au-dessus de toutes « choses?

« Quel éloge te convient, à toi que l'esprit ne peut comprendre? »

Les deux derniers vers sont de nouveau cités dans la πράξ. vi. Mais à qui appartient cet hymne à Dieu, dont ce manuscrit nous révèle l’existence ? Évidemment à un Alexandrin, car le caractère de la diction est entièrement moderne. L’analogie porterait à penser qu’il est de Proclus, puisque nous savons par le Commentaire d'Olympiodore sur l’Alcibiade, qu’outre les sept hymnes parvenus jusqu’à nous, Proclus doit en avoir fait d’autres, ou perdus, ou encore cachés dans quelque manuscrit, comme les trois hymnes qu’Iriarte et Tychsen ont découverts à Madrid et à l’Escurial, et qui depuis se sont retrouvés dans presque toutes les bibliothèques de l’Europe (1).

(1) Je les ai retrouvés et à la bibliothèque Ambroisienne et à ha bibliothèque de Paris, et je me propose de les publier de

nouveau avec Îles nombreuses variantes que j'ai recueillies.

- Notre tâche est achevée : nous croyons avoir tiré de ce mañuscrit à-peu-près tout ce qu’il renferme. En résumé, il nous donne 1°. un certain nombre de pensées morales et religieuses , qui ne sont pas sans intérêt ; 2°. une exposition complète et méthodique du système mythologique des Alexandrins, avec l'explication d’un bon nombre de mythes particuliers; 3°. pour l’histoire de la philosophie il nous fournit , à ne parler que des renseignements nouveaux, sur la première époque, la vraie lecon d’un vers orphique, une anecdote vraie ou fausse sur Gorgias et le texte méme d’un de ses préceptes ; sur la seconde époque , relativement à Socrate ; le mot d’Isocrate à Anitus et à Mélitus ; une nouvelle biographie de Platon , qui tantôt confirme, tantôt modifie sur plusieurs points les deux biographies et de ce même Olympiodore et de Diogène de Laërte; l'indication d’un ouvrage inconnu d’ÂAristote , savoir, un panégyrique de Platon ; sept vers, jusquelà ignorés d’Aristote, à la louange de Platon ; enfin trois définitions stoïciennes ; pour la troisième époque, il nous apprend l'existence d’un grand nombre de commentaires du Gorgias, antérieurs à celui d’Olympiodore, et les points de vue différents dans lesquels ces commentaires avaient été composés ; peut-être il fournit l'indication d’autres lettres d’'Iamblique que sa lettre connue ; il donne en outre quatre vers nouveaux d’un hymne à Dieu qu’on pourrait, par analogie, rapporter à Proclus ;

enfin un bon nombre d’anecdotes sur Ammonius fils d'Hermias, avec quelques morceaux inconnus de ce philosophe. ἢ] me semble que voilà de quoi,

sinon élever bien haut ce manuscrit, du moins jus- tifier la peine que nous avons prise de le faire connaître avec quelque étendue.

% LOL LL SLR ILE LR LR LL/R ΒΑ RD RD AR SAR τ E LA /R QAR Ὡλδὴν LALÉVUAR LA BAR

OLYMPIODORE,

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