‹ Fragments philosophiques (volume 5)Chapitre 29 sur 35 · COMMENTAIRE INÉDIT · texte numérisé non relu

COMMENTAIRE INÉDIT

Forster est, je crois, le premier qui dans son édition du Phédon, Oxford , 1755 , ait donné quelques lignes de ce commentaire, empruntées aux manuscrits de la Bodléïienne. Fischer enrichit de ces citations son édition du Phédon, Leipsig, 1783, sans les augmenter d'aucune citation nouvelle, ce qu’il aurait pu faire pourtant à l’aide du manuscrit que possède la bibliothèque de Seitz près Naumbourg (1). Wyttenbach, qui avait à sa disposition les manuscrits de la bibliothèque de Leyde (2), en tira quelques fragments nouveaux qu’il inséra d’abord dans son édition des Morales de Plutarque, puis dans son édition du Phédon, Leyde, 1806. MM. Schinas et Mustoxidi ont publié ἃ Venise, en 4817, quelque chose de ce commentaire dans leur Συλλογὴ

(1} Voyez le catalogue de cette bibliothèque par M. Müller, Notitia codicum mss. Bibliotecæ Naumburgo-Cizensis, Parhic. IT, mocccvu.

(2) Voyez le catalogue de cette bibliothèque, pag. 335, 394, 396.

θά OLYMPIODORE,

ἀποσπασματίων ἀνεχδότων» d’après les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Marc. Il m’a été impossible de me procurer le travail de ces deux messieurs; je sais seulement qu’il contient un assez petit nombre de pages du commentaire en question. Sainte- Croix (1) entreprit de 16 faire connaître avec les manuscrits de la Bibkothèque de Paris, dans une notice trop souvent citée, mais qui ne mérite aucune confiance. Elle n’a que quinze pages , sur lesquelles il n’y en a pas cinq qui regardent ce commentaire du Phédon ; les autres se rapportent aux autres ouvrages du philosophe alexandrin, qui alors étaient également inédits. J’ai fait voir ailleurs que le peu de mots qui concernent le commentaire du Gorgias sont entièrement défectueux. Je regrette d’être obligé de déclarer que Sainte-Croix est tout aussi inexact quand il parle de l’ouvrage auquel sa notice est particulièrement consacrée. Il m'a donc paru nécessaire de faire sur ce commentaire un travail sérieux , semblable à celui que j'ai fait sur le commentaire du Gorgias, afin que les amis de la philosophie ancienne sachent , non plus par quelques citations rares ou par quelques mots hasardés, mais par une description fidèle et par des extraits d’une étendue suffisante, dans quel état nous est parvenu et ce que vaut réellement le seul commentaire qui nous reste d’un des plus admira-

(1) Dans le Journal encyclopédique de Millin, 3° année, tom. 1, an 1797.

SUR LE PHÉDON. 465 bles ouvrages de Platon, d’un dialogue dont l’immortalité se confond avec l’immortalité même de Socrate. Quand 1] s’agit d’un pareil monument, nul renseignement ne peut être indifférent, et toutes les lumières, même les plus douteuses, doivent être recueillies avec une sorte de religion.

Je commencerai par une revue des manuscrits du commentaire du Phédon que possède la Bibliothèque royale de Paris ; ce sont les manuscrits 1822, 1823, 1824, 156 et 2535.

Le meilleur de ces cinq manuscrits est lé mantscrit 4822. Il contient les commentaires d’Olympiodore sur le Gorpias, l’Alcibiade, le Phédon et le Philèbe. À la fin du manuscrit, on lit qu’il a été cop£à Venise en 1535, par Ange Vergèce de Crète, παρὰ ἀγγέλῳ Βεργικίῳ τῷ Kpnri. Il est in-folio, de simple papier, d’une très-belle écriture, et justifie à tous égards la réputation d’Ange Vergèce. Or, nous savons par Zanetti (1) et par Morelli (2), que la bibliothèque de Saint-Marc possède deux manuscrits de ce même commentaire. J’ai moi-méme, à Venise , examiné avec soin ces deux manuscrits, dont l’un, coté 196 (3), est un manuscrit très-précieux, environ du x° siècle, c’est-à-dire le plus ancien de tous les manuscrits d’'Olympiodore à moi connus. Il est probable que c’est sur ce manuscrit qu’'Ange Vergèce aura copié celui que nous avons à Paris. En

(1) Catal. Græc. D. Marc. Bibl, Cod. cxcvi, pag. 109. . (2) 8. R. D. Marc. Biblioth. pag. 119.

(3) Zanetti, 1. c.

466 OLYMPIODORE ,

effet 115 sont parfaitement conformes l’un à l’autre. Tous deux renferment les quatre commentaires dans le même ordre, et je n’ai rien trouvé de moins dans le manuscrit de Paris, si ce n’est un distique grec écrit au bas de la première feuille du manuscrit vénitien. Ce dernier manuscrit est.in-4°, et en parchemin. C’est incontestablement l'original de notre manuscrit 1822.

Le manuscrit 1823 n’est point, comme le manuscrit 1822, exclusivement consacré à Olympiodore. Il contient divers ouvrages en tête desquels sont les deux commentaires d'Olympiodore sur le Phédon et sur le Philebe, tous deux écrits d’une autre

main que les autres ouvrages ; et cette main, comme ᾿

on le lit dans une note placée à la fin du confinentaire sur le Plulébe, est celle de Valérianus de Forli, moine de l’ordre du Saint-Sauveur, qui a écrit ce manuscrit dans le monastère Saint-Ambroise, l’an de notre Seigneur 1536. L'écriture est belle, le manuscrit in-folio et en papier.

Le manuscrit 1824, in-folio, en papier, ne contient que les deux commentaires sur le Phédon et le Philébe. Il ne porte ni nom de copiste, ni date, mais l'écriture est bien plus récente que celle des manuscrits précédents (1).

Le manuscrit 456 vient de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés, et Montfaucon en parle

(1) Sainte-Croix dit que « ce manuscrit est faussement attribué au célèbre et laborieux calligraphe Ange Vergèce. » Je ne sais où il a trouvé cela, car ce manuscrit ne porte aucun

Bibl. Coisl., cod. ec. vr, page 219. Il est de papier, in-folio, et contient le commentaire sur le Gorgias et le commentaire sur le Phédon. Encore plus récent que le manuscrit 1824.

Enfin le manuscrit 2535 contient, au milieu d’une foule de pièces, un fragment du commentaire d’Olympiodore sur le Phédon. Ce fragment, composé de onze pages, est la fin du commentaire telle qu’elle se trouve dans les autres manuscrits. Petit in-4°, de papier très-récent, et de nulle valeur.

Tels sont les manuscrits qui se trouvent à la Bibliothèque de Paris, et qui serviront de base à notre travail. Je m’appuierai particulièrement sur le manuscrit 4822 , copie d’un original ancien et célèbre, comme je l’ai fait pour le commentaire du Gorgias, et j'aurai recours aux autres manuscrits dans leur ordre d’ancienneté, toutes les fois que jen aurai besoin.

Il s’agit maintenant de soumettre à un examen plus approfondi le manuscrit 1822.

Dans ce manuscrit 4822 le commentaire d'Olympiodore sur le Phédon vient à la suite du commentaire sur l’Alcibiade , et s'étend depuis le feuillet 453 jusqu’au feuillet 235 où commence immédiatement le commentaire sur le Phulébe, ce qui donne au commentaire du Phédon 82 feuillets.

Mais le commentaire du Phédon ne commence uom de copiste ; mais Sainte-Croix aurait très-bien fait de ren-

dre à ce même Ange Vergèce le manuscrit 1822, qu’il attribue lui-même à Ange Bergori , parfaitement inconnu.

468 OLYMPIODORE

pas immédiatement après celui de l’'Alcibiade ; ἡ y a entre ces deux commentaires ὁ feuillets en blanc qui indiquent une lacune ; et cette lacune est attés tée par la note suivante à la marge du feuillet 153: ὀλυμπιοδώρου φιλοσόφου σχόλια εἰς τόν Πλάτωνος Φαΐδωνα' λείπει δὲ ἐκ τοῦ ἀντιγράφου» ὡς ἐκεῖ γόγραπται» ἐξ ἀρχῇ: τοῦ λόγου φύλλα ἕξ : Scholies du philosophe Olympiodore sur le Phédon de Platon ; mais il manque à ce manuscrit, comme il est écrit ici, six feuillets du.commencement. Gette note prouve que le copiste avait trouvé cette même lacune dans 16 manuscrit de Venise, et en effet je l’y ai vérifiée. Le commentaire commence brusquement par une explication de cette phrase de Platon : où μέντοι ἴσο! βιάσεται αὗτόν' où γάρ φασι θεμιτὸν εἶναι (1) : c'est-àdire à la page 11 du dialogue, selon l'édition de Bekker. |

Cette même lacune est dans le manuscrit 18%, qui porte aussi à la marge : ὀλυμτιοδώρου φιλοσύρν σχόλια εἰς τόν Πλάτωνος Φαίϑωνα' λείπει δὲ τούτοις τὰ ἐξ ἀρχῆς φύλλα ἕξ, εἴ qui commence comme l’autre par ces mots : οὐ μέντοι Ἰσως βιάσεται αὗτόν" οὐ γάρ past SeuuTÔY εἶναι.

Le manuscrit 4824 n’avertit point de cette a cune, etsemble entier au premier coup d’oœil : ὀλυμ' σιοδώρου φιλοσόφου εἰς τὸν Πλάτωνος Φαίδωνα. OÙ μέντοι..

(1) « Seulement il pourra bien ne pas précipiter lui-même le départ; car on dit que cela n’est pas permis. » (Tome rer de ma traduction franc., pag. 194.)

mais la lacune, sans être marquée, n’en existe pas moins.

Le manuscrit 156 la signale en laissant dix feuillets blancs avant où μέντοι ἴσως... (4).

Je puis assurer qu'aucun manuscrit de Turin, ni aucun des nombreux manuscrits de la bibliothèque Ambroisienne, que j'ai tous soigneusement examinés, ne comble cette lacune de six feuillets. Elle est aussi dans le manuscrit de Saint-Marc, qui paraît la source commune de tous les manuscrits d’Olympiodore, répandus dans les diverses bibliothèques de l’Europe. On peut donc la regarder comme irréparable, à moins de quelque découverte inattendue. |

Cette lacune est considérable, et elle tombe précisément sur la partie du commentaire qui aurait pu nous fourmir les renseignements les plus précieux sur l’histoire de la philosophie. En effet tout commentaire alexandrin est ordinairement (2) précédé d’un préambule, προοΐμιον, dans lequel le commentateur, expliquant le but et le plan du dialogue, rapporte les opinions de tous ses devanciers, pour les combattre ou les adopter, ou les mettre d’accord entre elles ; et c’est ainsi que nous ont été révélés

(1) Sainte-Croix : « Tous les manuscrits, et notamment le premier , celui de Saint-Marc , se trouvent incomplets , et les copistes estiment qu’il y manque environ douze pages in-fol. »

(2) Voyez tous ceux de Proclus, et les autres commentaires.

de ee même Olympiodore.

470 OLYMPIODORE ,

beaucoup d'ouvrages perdus dont on ne soupçonnait pas l’existence. Le préambule est aussi consacré à faire connaître en détail les personnages du dialogue, ra σρόσωπιν et en eux-mêmes et dans le rôle qu'ils jouent ou que le commentateur leur fait jouer dans le dialogue de Platon. Or ici de pareilles explications, même mélées de quelques hypothèses,

eussent été de la plus grande importance ; car les

premiers interlocuteurs du Phédon sont Phédon lui-même et Échécrate, deux personnages intéressants sur lesquels nous avons très-peu de lumières ; l’un qui est devenu le chef de l’école d’Élis ( Diog. de L. τι, 105 ); et l’autre de Phlionthe, ville de

Sicyonie, qui fut peut-être le pythagoricien dont il

est parlé dans la neuvième lettre, supposée ou réelle,

de Platon à Archytas ( Diog. de L. vin, 46, εἴ.

lamblique, Vie de Pythagére, 1, 36). Parmi les seconds interlocuteurs, c’est-à-dire les personnages qui assistérent à la mort de Socrate, se trouvent Simmias et Cébès de Thèbes, tous deux philosophes distingués, qui avaient écrit plusieurs ouvrages, dont un seul, le Tableau, est arrivé jusqu’à nous; . Eschine, l’auteur des petits dialogues que nous possédons encore; Antisthène, le chef célébre et si peu connu de la première école cynique; Euclide, le chef de cette école mégarique si importante et si obscure ; enfin il est question, dans cet endroit du Phédon, de la maladie qui empécha Platon de se trouver à cette grande scène , et de l'absence non motivée d’Aristippe. Il est impossible que sur tout

cela le commentaire d'Olympiodore n’eût pas donné, en voulant faire connaître les personnages du dialogue, quelques lumières plus où moins pures, dont nous sommes privés par la lacune qui existe dans tous les manuscrits.

Poursuivons l'examen de ce commentaire dans le manuscrit 1822.

Ce commentaire y est divisé en πράξεις ou lecons, comme il a été montré ailleurs; chacune de ces leçons porte sur un ou plusieurs passages du Phédon, qui sont d'abord cités, puis commentés. Les différentes πράξεις ne sont point numérotées, mais elles se suivent, et commentent successivement le dialogue de Platon depuis la phrase οὐ μέντοι..... jusqu'a φῶμέόν τ: εἶναι: ἢ μυδὲν ρῶμεν. Bekker, p. 47 (1). Ici, c’est-à-dire δὰ fewullet 474. du manuscrit 4822, après quelques lignes de commentaire, commence une lacune nouvelle indiquée par trois feuillets en blanc et signalée par cette note : ἐνθαῦτα λείπει ἐκ τοῦ ἀντιγράφον καὶ ἔτι φύλλα ὁ.» il Manque encore ici cinq feuillets. Cette lacune s'étend depuis : φῶμέν τι cire. etC.., jusqu'à : Οὐκοῦν τοιόνδε τι» à δ᾽ ὃς ὃ Σῳparus) δε) ἡμῶς ἀνερέσϑαι ἑαυτούς» depuis la page 37 de Bekker jusqu’à la page 46 (2).

Le manuscrit 1823 présente la même lacune, et en avertit : λεέσει φύλλα 6. Le manuscrit 4824 n’en porte aucune trace visible, et ne l'indique point ,

(1) Traduction franc., tom. 1, pag. 223.

(2) Pag. 233 de la traduction franc.

472 OLYMPIOBORE ,

mais la renferme également. Le manuscrit 456 l signale par un certain nombre de feuillets blancs, et par cette remarque marginale : ἐνθαῦτα λείπει tr τοῦ ἀντεγράφου χαὶ ἑτέρου φύλλα €. Καὶ ἑτέρου prouve que cette copie ἃ été faite ou du moins collationnéesur plusieurs manuscrits où la lacune se trouvait aus et en effet je l’ai retrouvée et dans les manuscrit de Venise et dans ceux de Turin et de l’Ambro:sienne (1).

Après la nouvelle lacune que nous venons dt constater, le commentaire continue dans le mantscrit 1822, pendant quelques feuillets depuis oùxi τοιόνδε τι.. jusqu'à ὅρα δὴ καὶ τῇδε. Bekker , pagt 50 (2) ; endroit où, sans aucun signé de lacune, 8 rencontre une phrase dont les deux parties, cons dérées avec un peu d’attention, sont inconciliables, et témoignent d’une solution réelle de continuité: Τὸ τρίτον ἐπιχείρημα τὸ ἐκ τῆς ζωῆς ὅτι ἡ ψυχὴ δεστοίε τοῦ σώματος" τὸ γὰρ χρώμενον τοῦ ὀργάνου δεσπόζει" wi ὅτι δωοποιὸς αὐτὸ x) ὡς αὐτοκίνητος' αἱ γὰρ ἄλλαι ψυχαὶ ζῳωαί εἶσι τῶν σωμώτων» οὐ ζώουσιν αὐτὰ, ϑύξων ἐπιϑεικτικά δὲ τὴς ἀληϑοῦς ἐξηγήσεωτο πρῶτον μὲν οὖνγ.... 1] δι évident que δόξων ἐπιδεικτικὰ de. n'est pas une suite de οὐ ζώουσιν αὐτά. Et a l'examen on trouve que les . phrases subséquentes, au lieu de se rapporter au passages du Phédon qui suivent ὅρα δὲ, tombent

(1) Sainte-Croix ne dit pas un mot de cette nouvelle kcune.

(2) Trad. fr. pag. 237.

sur οὐ μέντοι... etc. Le commentaire revient sur ses pas ; il reproduit à-peu-près les mêmes arguments déja développés au commencement, avec cette différence qu’au lieu de former des leçons distinctes qui citent un passage de Platon et qui le commentent, le nouveau commentaire ne donne aucune citation de Platon, et n’est plus qu’une suite de remarques dont la forme est précisément celle du commentaire du même Olympiodore sur le Philèbe : chaque remarque commence par ὅτι. Ces remarques qui, dans le manuscrit 4822 commencent au feuillet 180, s'étendent jusqu'à la fin du commentaire, feuillet 235. Elles parcourent successivement toutes les parties du- Phédon , et composent un nouveau commentaire complet et distinct du premier. Îl est singulier que le manuscrit 1822 ne porte aucune trace visible de la distinction de ces deux commentaires. Le manuscrit 1823, le manuscrit 4824, et le manuscrit 156 sont entièrement conformes au. manuscrit 1822. Il en est de même de tous les autres manuscrits que j'ai comparés, de Turin, de Milan et de Venisè (4). Mais je trouve un soupçon quelconque de cette lacune dans le mot παρεκέἝολαί, extraits, écrit d’une main qui ne paraît pas celle d’Ange Vergèce, à la marge du manuscrit 1822. Et quelqu'un qui avant nous aura lu le manuscrit 4823, aura sans doute été frappé

(1) On se doute bien que Sainte-Croix, n’ayant pas indiqué la lacune du milieu, ne soupçonne pas celle-là, qui suppose une étude un peu sérieuse.

414 | | OLYMPIODORE ,

comme nous de la discordance de la phrase que nous avons citée, car il a écrit ces mots à la marge : quæ sequuntur non videntur cohærere cum præcedentibus. Le manuscrit 4824 contient à la marge une remarque du même genre, mais qui a plus de portée encore : ὦ principio hbri explicatio.

Le résultat de ce petit travail préliminaire est donc la distinction de deux commentaires toutà-fait différents, dans ce qu'on a jusqu'ici appelé le Commentaire d’Olympiodore sur le Phédon.

Ces deux commentaires diffèrent entièrement dans la forme. Le premier, comme nous l’avons vu, n’a ni commencement ni fin, et il a au milieu une assez forte lacune ; le second, qui manque du commencement comme le premier, n’a point d’autres lacunes au moins importantes; il est achevé et parfaitement complet. Il est donc beaucoup plus étendu que l’autre ; il en serait plutôt un dévéloppement qu’un extrait, et ce n’est pas dans ce dernier sens qu’il faudrait entendre le mot rapsz- Conxi du manuscrit 4822. S’il y a extrait, ce serait d’un autre commentaire que nous n'avons plus. Tout porte à croire qu'il s’agit ici de l’enseigne- "ment même d'Olympiodore. En effet, l’un et l’antre commentaire paraissent de simples notes, que des écoliers d’Olympiodore prenaient à son cours, et dont nous avons ici deux rédactions différentes. Le premier commentaire ressemble à ceux de l’Alcibiade et du Gorgias; le second à celui du Philèbe.

Deux commentaires aussi dissemblables exigent ‘ou comportent deux articles distincts et même différents. On pourrait analyser le premier, qui est assez court, leçon par leçon, en rendant compte successivement de ce qu’on trouverait d’un peu remarquable dans chacune d’elles. Le secand commentaire est trop étendu pour qu'une pareille analyse puisse lui être appliquée. On pourrait y négliger la suite des ὅτε» ou chapitres, et se barner à interroger ce nouveau commentaire du Phédon, comme nous avons fait celui de Gorgias, sur les trois grands points qui embrassent à-peu-près tout ce qu'on peut chercher dans un commentaire alexaudrin, savoir : 4°. les idées philosophiques elles-mêmes; 25. les explications mythologiques ; 3°. les renseignements relatifs à l’histoire de la philosophie.

Je me propose de remplir ici la première tâche. Elle est ingrate, 1] est vrai, mais, écrivains ou lecteurs, on peut hien affronter un peu d’ennui quand il s'agit du commentaire d’un ouvrage dont le sujet est la nature et la destinée de l'âme, le . héros, Socrate, et Platon, l’auteur,

Extraits du. premier commentaire.

15: Leçon ou chapitre [°° (4), commençant au feuillet 453 du manuscrit 4822 ,-et allant jus-

(1) Il est bien entendu que ce numérotage n’est pas dans les

476 OLYMPIODORE ,

qu’au feuillet 156, depuis ces mots du. Phédon : Où μέντοι (1) ἴσως βιάσεται.... Bekker, pag. 11 ; traduction française, tom. [*", pag. 194 : « Seulement « il pourra bien précipiter lui-même le départ », jusqu’à ceux-ci : ὅ μέντοι νῦν δὴ ἔλεγες... Bekker, pag. 18; traduction française : « Mais ce que tu disais en même temps », pag. 196.

L'endroit du Phédon qu'Olympiodore commente ici roule sur la question du suicide ; Platon aborde cette question et la résout par des arguments empruntés à la raison, et aussi en se référant à la religion et à la maxime enseignée dans les mystères : que nous sommes ici-bas dans un poste, et qu’il nous est défendu de le quitter sans permission. C’est là un thème parfait pour la philosophie alexandrine, qui, fidèle à l'exemple de Platon, et en faisant même un principe systématique, considère toute question sous deux faces , l’une rationnelle, l’autre mythologique.

Rationnellement la question du suicide est difficile. Selon Olympiodore, l'opinion de Platon n’est point absolue à cet égard, et l’auteur du Phédon admet des cas extraordinaires où le suicide serait permis; mais cette prétendue hésitation de Platon ne repose que sur une leçon vicieuse substituée mal à propos par Olympiodore à la leçon unanime

manuscrits, et qu’il n’est employé ici que pour mettre un ordre quelconque dans la suite de ces πράξεις.

(1) Bekker, avec les meilleurs manuscrits : gérros γ᾽.

des manuscrits. Platon dit, Bekker, pag. 18 :

οὐκ ἄλογον μὴ πρότερον αὑτὸν ἀποκτιννύναι! δεῖν» πρὶν ὧν dyéyxnv rive ὃ θεὸς ériréudn, ὥσπερ καὶ τὴν νῦν παροῦσαν: ce qui veut dire:: «Qu'il ne faut pas quitter la vie de soi-même avant l’ordre de Dieu, comme dans le cas présent. » Tout le monde ἃ entendu ainsi ce passage; mais, au lieu de σρὶν» Olympiodore lit εἰ μὴ» et ἃ ἀνάγκην riva il ajoute μεγάλην» ce qui a l’air de signifier qu'il ne faut pas se tuer soi-même, à moins qu'il n’y en ait quelque motif considérable. Nul manuscrit ne donne la lecon εἰ μὴ. Les raisonnements de Platon ne contiennent aucune réserve, et Olympiodore s’écarte ici visiblement de l'esprit de la philosophie platonicienne , et incline à la doctrine du stoicisme. Je citerai textuellement le morceau sui- " vant, comme n'étant pas sans intérêt pour l’histoire de cette dernière doctrine :

« Les stoïciens comptaient cinq cas de suicide «légitime. Un banquet, disaient-ils, peut être in- «. terrompu soit par une nécessité soudaine, comme « l’arrivée inattendue d’un ami, soit par l’invasion « de gens ivres qui proférent des discours hon- « teux, soit par l'ivresse qui surprend les convives, « soit par les effets pernicieux des mets que l’on « sert, soit enfin parce que ces mets viennent à « manquer. De même, on peut mettre fin à sa vie «en cinq cas : 4°. dans une grande nécessité : c’est « ainsi que Ménécée s'immola pour sa patrie; « 2°. quand un tyran veut nous obliger à révéler

478 τς OLYMPIODORE,

« un secret : ainsi fit cette femme pythagoricienne « qu'on voulait forcer à dire pourquoi elle ne man- « geait pas de fèves : j'en mangerais, dit-elle, plutôt « que de le dire ; ensuite, comme on voulait lui en « faire manger : je le dirais plutôt que d’en man- « ger ; et elle finit par se couper la langue ; 3°. on « peut se tuer par suite de démence, accident pu- « rement corporel ; la démence étant une ivresse « naturelle ; 4°. lorsque le corps est livré à des « maladies incurables qui l’empêchent de ‘servir « d’instrument à l’âme ; 5°. pour cause de pauvreté « extrême, si l’on ne peut recevoir de bienfaits que « de la part des méchants, car leurs présents sont ὃ « impurs COMME eux.» |

Les pythagoriciens étaient plus rigides, et Philolaus interdit absolument le suicide dans le langage symbolique propre à son école. « Lorsqu'on « va au temple, dit Philolaus, il ne faut point re- « venir sur ses pas, ni se mettre à fendre du bois, « quand on est en route. ἀπιόντι. εἰς ἱερὸν οὐχ ἐπι" « στρέφεσϑαι καὶ ἐν ὁδῷ μὴ σχίζειν ξύλα: » sentences Que je ne me souviens pas d’avoir vues ailleurs, et que Boeckh n’a pas connues ou qu’il a peut-être méprisées, ainsi que le récit qui 168 accompagne dans Olympiodore. Celui-ci raconte que « Philolaus était « venu à Thèbes en Béotie, échappé du désastre « des pythagoriciens dont l’auteur était Cylon, « lequel ayant été exclu de la société pythagori- « cienne, mit le feu à l’école, de sorte que tous les « pythagoriciens furent brûlés, excepté Philolaus

SUR LE PHÉDON. ᾿ 479 « et Hipparque. Philolaus vint à Thèbes pour y « faire des libations sur le tombeau de Lysis, son « maître, qui y avait été enseveli ; et c’est là qu’il « connut Cébès. » Boeckh (1) voudrait qu’au lieu d’Hipparque, on lüt au moins Archippe, que donnent lamblique (2) et Porphyre (3), d'après Neanthès. Porphyre, probablement d’après ce même Neanthès, met Lysis au lieu de Philolaus, et ajoute que c’est ce même Lysis qui, s’établissant à Thèbes, devint le maître d’Épaminondas. Cette version est plus vraisemblable ; mais elle a l’inconvénient de ne rien dire de Philolaus et de son séjour à Thèbes, -ce qui est dans tout ceci le seul point certain, puisqu'il est attesté par Platon, et le seul aussi qui ait de l'importance pour l’histoire du passage du pythagorisme sur le continent de la Grèce.

Olympiodore, malgré les doutes qu’il impute à Platon et qu’il semble partager lui-même, ne donne pas moins trois arguments qui lui sont propres, dit-il, pour prouver qu'il n’est pas permis de se donner la mort. Voici ces trois arguments : « 4°. Dieu « ne se borne pas à la conscience de lui-même : il

(1) Philolaos, pag. 12. |

(2) Vie de Pythagore, ch. 35, édit. Kiessling, p. 288.

(3) Vie de Pythagore, ch. 55 , édit. Kiessling, p. 90. Diogène de Laërte donne, avec Lysis, Archytas de Tarente, que Ménage propose aussi de changer en 4rchippe. La proposition de Boeckh est d’autant plus admissible, que les manuscrits d’Olympiodore estropient les noms, et donnent Gylon pour Cylon, et, plus bas, Ælcibiade au lieu de Cébès.

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