III. Le savoir d'Abélard, l'étendue et les limites de ce
savoir, forment un problème qui a bien plus d'importance encore que le précédent. En effet , il ne s'agit plus seulement d'Abélard, mais de son siècle entier : car il est bien vraisemblable qu'Abélard savait tout ce qu'on savait de son temps . et les bornes de ses connaissances peuvent être considérées à peu près comme celles des connaissances mcmes du douzième siècle. Si Ton en croit dom Gervaise, Abélard n'aurait rien ignoré *. L'auteur de Vixri\c\e Abé lard , dans V Histoire litléraire de la France^ dom Clément, a fort réduit le catalogue des connaissances d'Abélard, mais sans apporter plus de preuves de ses jugements, sévères quelquefois jusqu'à l'injustice, que dora Gervaise n'en donnait de ses éloges exagérés. Parmi les connaissances que celui-ci attribue à notre auteur, sont les mathématiques et l'astronomie, l! Histoire littéraire remarque que « la géométrie , l'arithmétique et « l'astronomie étaient des sciences aussi communes que « peu approfondies au douzième siècle ; qu'on se conten- « tait alors d'en apprendre les éléments, et qu'il ne pa- « raît pas qu'Abélard ait porté ses recherches plus loin ^. » Ces assertions avaient au moins besoin de preuves. Le manuscrit de Saint-Victor nous les fournit. Abélard, qui nulle part n'exagère la modestie , y avoue lui-même son entière ignorance en mathématiques. Déjà on avait trèsbien senti, d'après Boece, la difûculté de tiier le solide du point qui , considéré rigoureusement , est ou semble une abstraction. Dans cet embarras, Abélard déclare adopter l'opinion de son maître Guillaume de Champeaux, qui dérivait la ligne du point, et en général le composé
\. Vied'AbéL, t. n, p. 2G7.