‹ Fragments philosophiquesChapitre 29 sur 92 · Ibid.yV' ^o8et n · texte numérisé non relu

Ibid.yV' ^o8et n

5. Boeth. opp. ibid. « Quod si est quidem genus ac species, sed multiplex , neque unum numéro, non erit ultimum genus, sed habebit aliud super se positum genus, quod illam multiplicitatemunius suinominisvocabulo concludat. Ut enim plura animalia, quoniam babent quiddam simile, eadem tamen non sunt, et idcirco eorum gênera perquirunt : ita quoque quoniam genus quod in pluribus est, atque ideo multiplex, babet sui similitudinem quod genus est, non est vero unum quoniam in pluribus est ; ejus generis quoqne genus aliud quœrendum est, cumque fuerit inventum eadem ratione quse superius dicta est, rursus genus tertium vestigatur ; itaque in infinitum ratio procédât necesse est, cum nuUus disciplinae terminus occurrat. 7>

homme ^ Si Thomme est multiple, il lui faut un genre supérieur, un homme universel, lequel ne pouvant être un à cause du premier argument, et condamné a être multiple, suppose de nouveau un autre homme plus universel, et toujours ainsi sans fin. Cet argument, longtemps rapporté à Boëce, comme le premier, a été aussi un des arguments favoris du nominal isme.

La conséquence est donc que l'universel n'étant ni un ni plusieurs n'a pas de réalité et n'existe que dans l'intelligence.

Boëce s'explique ensuite sur la nature et l'origine des universaux considérés comme simples conceptions de Tesprit.

Toute conception a un sujet, subjectares, nous dirions aujourd'hui un objet, auquel elle se rapporte. Cette conception est telle ou elle n'est pas telle que son objet. Dans le premier cas, c'est-à-dire si la conception générale était telle que l'objet de cette conception, l'universel aurait une véritable réalité et serait ailleurs que dans l'intelligence; hypothèse écartée par la précédente démonstration. Dans le second cas, le seul admissible, si la conception n'est pas telle que son objet, cette conception est vaine. Mais il faut distinguer : il n'y a erreur et fausseté que dans la réunion de ce qui est séparé dans la nature ; il n'y en a pas dans la division ou abstraction. La conception d'un abstrait, pour n'être pas conforme à la réalité, ut sese res habet, n'est pas fausse pour cela ; par exemple, l'idée abstraite de la ligne n'est pas une idée fausse, quoique la ligne n'ait d'existence réelle que dans un corps. L'esprit peut donc séparer dans la nature l'in-

4. Voyez notre écrit déjà cité De la Métaphysique d'Arislote,v- ^64.

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corporel clii corporel, el en cela il n'y a pas d'erreur. Les universaux se forment de la manière suivante : L'intelligence recueillant dans plusieurs individus une ressemblance, la contemplant et l'examinant dans sa vérité, cette ressemblance devient une espèce, et la ressemblance des espèces devient à son tour un genre ^ Les universaux existent donc en tant que pensées ; et il ne faut entendre par espèce qu'une pensée recueillie en vertu d'une ressemblance substantielle en une multitude d'individus dissemblables^. Dans le particulier, cette ressemblance est sensible; dans l'universel, elle est intelligible; et réciproquement, sensible elle demeure dans le particulier; conçue, elle devient universelle ^. Le sujet de l'universalité et de la particularité est donc le même, mais considéré sous deux points de vue. Il est universel dans la conception, particulier pour les sens *.

La conclusion dernière de Boëce, par rapport aux trois questions renfermées dans la phrase de Porphyre, est que H° les genres et les espèces dans un sens existent par

4. Boeth. opp., p. S6. « Cum gênera et species cogitantur, tune ex singulis in quibus sunt eorum similitudo coHigitur, ut ex singulis hominibus inter se dissimilibus buraanitatis similitudo; quae similitudo cogitata animo veraciterque perspecta fit species; quarum specierum rursus diversarum considerata similitudo , quae nisi in ipsis speciebus aut in earum îndividuis esse non potest, efficit genus. »

2. Ibid. (( Cogitantur vero universalia nihilque aliud species esse puianda est nisi cogitatio collecta ex individuorum dissimilium numéro substantiali similitudine ; genus vero cogitatio collecta ex specierum simiilitudine. »

3. Ibid. « Hœc similitudo cum in singularibus est, fit sensibilis; cum in universaljbus, fit intcliigibilis, eodemquc modo, cum sensibilis est, in .singularibus permanet ; cum intelligitur, fit universalis. Subsistunt ergo ,circa sensibilia , intelliguntur autem prœter corpora. »

4. Vnd, « Singularitati et univcrsalitati unum quidem subjectum est, ^cd alio modo universale est cum cogiiatur, alio singulare cum sentitur. »

eux-mêmes, et dans un autre n'existent que dans Tesprit ; 2» ils sont incorporels, mais ils n'existent que dans les choses corporelles et sensibles; 3° quoiqu'ils n'aient d'existence réelle que dans un objet particulier et sensible, on peut les concevoir a part du sensible et du particulier comme quelque chose d'incorporel et de subsistant par soi-même \ Selon Platon, dit Boëce, les genres et les espèces, les universaux, n'existent pas seulement en tant que conçus, mais en eux-mêmes et hors des corps; selon Aristote, ils n'ont d'existence réelle que dans les objets sensibles, et ils ne sont universels et immatériels que dans l'intelligence ^. Au reste, Boëce ne prétend pas se prononcer entre Tun et l'autre : la décision de ce débat appartient à une branche plus haute de la philosophie. S'il a exposé de préférence l'opinion d'Aristote, ce n'est pas qu'il l'approuve plus que celle de Platon ; c'est que le livre qu'il commente est une introduction a celui des Catégories, dont l'auteur est Aristote ^.

On voit par cet exposé fidèle que si, dans son premier commentaire, Boëce a l'air de favoriser sans mesure et fort peu judicieusement l'opinion platonicienne, dans le second, sans avoir une opinion qui lui soit propre sur la

4. Ibid. u Gênera et species subsistunt quidem alio modo, intelliguntur vero alio modo : et sunt incorporalia, sed sensibilibus juncta subsistunt in sensibilibus ; intelliguntur vero prseter corpora ut persemetipsa subsistentia, ac non in aliis esse suura habentia. »

2. Ibid. « Plato gênera et species cœteraque non modo intelligi universalia, verum etiam esse atqueprœter corpora subsistere putat; Aristoteles vero intelligi quidem incorporalia atque universalia, sed subsistere in sensi]>ilibus putat, »

3. Ibid. (( Quorum dijudicare sententias aptum non duxi ; altioris enim est philosopbiae. Idcirco vero studiosius Aristotelis sententiam exsecuti sunuis, non quod eam maxime probaremus, sed quod bic liber ad Prœdicamenla conscriptus est , quorum Aristoteles auctor est. »

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nature des universaux, en sa qualité de traducteur et de commentateur d'Aristote, il adopte l'opinion péripatéticienne, Texpose assez clairement, et la développe avec quelque étendue , tandis qu'il accorde une seule ligne à l'opinion de Platon ; de sorte que des deux grandes écoles qui avaient partagé l'antiquité, une seule, celle d'Aristote, était un peu connue, et présentait sur le problème do Porphyre une doctrine plus ou moins satisfaisante, mais du moins nette et bien arrêtée. Ajoutez à cela que l'Introduction de Porphyre et les deux ouvrages d'Aristote traduits par Boêce sont des ouvrages de logique et de grammaire ; qu'ils étaient seuls étudiés et commentés, toujours d'après Boëce; et que de cette étude exclusive il ne pouvait guère sortir que des tendances et des habitudes intellectuelles entièrement opposées au réalisme. Mais, d'un autre côté, Aristote et Boëce avaient un puissant rival, et ce rival était le christianisme. En effet la religion chrétienne est une religion essentiellement idéaliste, qui porte l'âme et l'esprit au culte et à la foi de l'invisible, commande le sacrifice des sens, et adore le Verbe incréé comme le fils de Dieu et Dieu môme. Le christianisme est né et s'est formé sous le règne de la doctrine platonicienne; les Pères grecs sont en général platoniciens, et saint Augustin, le représentant et l'oracle de l'église latine, saint Augustin est enthousiaste de Platon, et tous ses écrits respirent et répandent l'idéalisme. L'esprit chrétien était donc pour Platon, et toutes les habitudes d'école, toute l'éducation savante étaient pour Aristote. Aussi dans la scholastique, en apparence, tout est péripatéticien, et la méthode et le langage; car on n'avait pas d'autres ouvrages philosophiques que ceux d'Aristote;

mais, en réalité, tout est platonicien ; et on pourrait, avec une parfaite vérité, définir la philosophie du moyen âge, la lutte du fond chrétien avec une forme étrangère , que le fond décompose quelquefois et refait à son usage, et qui, à son tour, réagit souvent sur le fond, règle son développement, et quelquefois aussi l'entrave ou Tégare.

Voila donc au sixième siècle, grâce a Boëce, la solution péripatéticienne du problème de Porphyre déposée dans le monde chrétien, comme le dernier résultat de la sagesse du monde antique. Voyons ce que va devenir ce germe semé dans toutes les écoles et sans cesse favorisé par la culture assidue de la grammaire et de la logique péripatéticienne.

Nous savons par des témoignages certains que, dans toute rétendue delà première époque de la scholastique, Boëce, avec les parties de Porphyre et d'Aristote qu'il nous a conservées, partagea d'abord, pour la dialectique, le sceptre de l'école avec Marcien Capella et Cassiodore, et finit par les remplacer. VOrgamim devait donc présider à l'enseignement de la dialectique dans toutes les grandes écoles. On devait y commenter sans cesse et Porphyre et Aristote, à l'aide de Boëce. Que sont devenues tant de gloses, tant de commentaires, qui retentissaient d'un bout de l'Europe a l'autre? Chose admirable ! pendant six siècles on n'a connu, on n'a expliqué que l'Organuniy et de tout ce travail il ne reste rien, ou du moins rien n'a vu le jour. De Boëce jusqu'à Albert, du sixième jusqu'au treizième siècle, on ne possède aucun commentaire de-cet Orgami7n tant commenté, pas même la moindre glose. Notre publication interrompt seule ce long silence; elle met en lumière pour la première fois des

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{gloses du douzième siècle, sur Boece, sur Porphyre et sur Aristote. Pourquoi n'existerait-il pas de semblables monuments du même siècle ou des siècles antérieurs? Heureusement dans le même manuscrit de Saint-Germain où nous avons trouvé plusieurs gloses dialectiques d'Abélard, se rencontrent aussi d'autres gloses sur VOrganum que ce manuscrit attribue à Raban-Maur, le plus célèbre disciple d'Alcuin. Nous avons déjà dit un mot de cette partie du manuscrit de Saint-Germain ; nous croyons devoir en parler ici avec un peu plus d'étendue, puisque c'est le seul monument qui nous fournisse quelques renseignements sur l'état de la question qui nous occupe, au neuvième siècle.

Opinion de Raban-Maur au ixe siècle.

Rodolphe, élève de Raban, qui a laissé une vie de son maître, y donne un long catalogue de tous ses écrits ', parmi lesquels un assez bon nombre ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Dans cette liste, il n'y en a aucun qui se rapporte directement ou indirectement à la dialectique ; et pourtant nous trouvons dans notre manuscrit une glose sur l'IntroductioQ de Porphyre, intitulée : Rab anus super Porphyrium. Cette glose n'est pas achevée ; elle est suivie d'un fragment de quelques feuilles sur le De differentiis topicis de Boëce; le commencement manque, ce qui explique le défaut d'inscription; mais l'identité de la manière et du style, et la place de ce fragment après une glose positivement attribuée a Raban et avant une autre qui lui est également altribuée, ne permettent guère

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