Ibicl. a Ut enim ait in expositione Porphyrii
5. Ibid. a Bernardus quoque Carnotensis perfectissimus inter Platonicos saeculi nostri, banc fere sententiam métro complexus est. »
4. Yle (uXy)) cœcitatis sub veterno quœ jacuerat obvoluta vultus vestivit alios idaearum signaculis circumscripta. »
intelligible et la prescience des choses qui doivent arriver un jour. Or^ ce qui est dans l'intelligence suprême lui est conforme, et l'idée est divine de sa nature ^ Dans la formation des choses la Providence a été des genres aux espèces, des espèces aux individus, et des individus elle revient a leurs princi|)es dans un cercle perpétuel. Le monde est éternel; il ne connaît ni vieillesse ni décrépitude. Du monde intelligible est sorti le monde sensible, production parfaite d'un principe parfait. Celui qui a produit était plein, et sa plénitude devait produire la plénitude. Le monde est complet parce que Dieu Test. Il est beau parce que Dieu est beau ; il est éternel dans son exemplaire éternel. Le temps a sa racine dans l'éternité et il retourne dans le sein de l'éternité. C'est le temps qui de Tunité tire le nombre et de la stabilité le mouvement. Le temps est le mouvement même de Téternité. Le monde est gouverné par le temps, mais le temps est gouverné par l'ordre. Tout ce qui paraît est l'enfantement de la volonté divine et des exemplaires éternels qu'elle porte dans son sein ^.
^. « In qua vitœ viventis imagines , notiones œternœ, mundus intelligibilis, rerum cognitio praefinita. Erat igitur videre velut in speculo tersiore quicquid operi Dei secretior destinaret affectus. Ulic in génère, in specie, in individuali singularitate conscripta quicquid yle , quicquid mundus, quicquid parturiunt elementa; illic exarata supremi digito dispunctoris textus temporis, fatalis séries, dispositio sœculorum; illic lacrymœ pauperum, fortunaque rerum ; illic potentia militaris; illic pbilosopliorum felicior disciplina; iliic quicquid angélus, quicquid ratio comprehendit humana; illic quicquid cœlura sua complectitur curvatura. Quod igitur taie est, illud œternitati contiguum, idem natura cum Deo, Dec substantia est disparatum. »
2. « Sic igitur Providentia de generibus ad specics, de speciebus ad individua, de indhiduis ad sua rursus principia repetitis anfractibus rerum originem retorquebat... Mundus nec invalida senectute decrepilus ncc suprême estobitu dissolvendus... Ex mundo intelligibili mundus sensibilis
142 PHILOSOPHIE scholastique.
Ces extraits, que nous aurions pu multiplier, prouvent} quel essor avait prisle réalismeau commencement du douzième siècle. Obscur encore et indécis dans saint Anselme il se dessine nettement dans Guillaume de Ghampeaux ; et dans Bernard il va jusqu'h un platonisme où sont môme d'assez fortes teintes alexandrines^ L'imagination s'y mcle à la raison, une poésie barbare colore le style et la pensée, et dans ce professeur de Ghartres il y a quelque chose de Jordano Bruno. Le commencement du douzième siècle est donclemomentle plus brillant del'école réaliste danslapre-»! mière époque de la philosophie scholastique. A peine alors
perfectus natus est ex perfecto. Plenus erat qui genuit, plenumque constituit plénitude. Sicut enim integrascit ex intègre, pulchrescit ex pulchro, sic exemplari suo œternatur œterno. Ab œternitate tempus initians, in aeternitatisresolvitur gremium, longiore circuitu fatigatum. De unitate ad numerum, de stabilitate digreditur ad momentum... Has itaque vias itu semper redituque continuât, cumque easdem totiens totiensque itineribus aeternitatis evolverit, ab illis nitens et promovens , nec digreditur née recedit..^ Ea ipsa in se revertendi necessitate et tempus in œternitate consistere et œternitas in tempore visa est commoveri. Suum temporis est qiiod move- j tur. jEternitas est ex qua nasci, in quam et resolvi habet; quod in immensum porrigitur. Si fieri possit ne décidât in numéros , ne defluat in momentum, idem tempus est quod œternum. Solis successionum dominibus variatur, quod ab œvo nec continuatis nec essentia separatur. ^Eternitas igitur , sed et œternitatis imago tempus, in moderando mundo curam et operam partiuntur. Mundus igitur tempore, sed tempus ordine dispensatur. Sicut enim divinœ semper voluntatis est prœgnans, sic exemplis œternarum quas gestat imaginum Noys EndQlychyam, Endelychia Naturam, Noys Ymarmenem,' quid mundo debeat informavit. Substantiam animis Endelychia subministrat; habitaculum animœ corpus artifex natura de initiorum materiis et qualitate componit; continuatio temporis ymarmenem, quœ continuatio temporis est, sed ad ordinem constituta disponit, texit et retexit quae complectitur universa. d
i. Dans un manuscrit de la Bibliothèque royale, fonds de Sorbonne , no o26 A (olim R 580 c), parmi un grand nombre d'opuscules de toute espèce, se trouve un ouvrage de Bernard de Chartres dont nul auteur e( nul catalogue ne font mention ; c'est un commentaire sur l'Enéide, où Vesprit alexandrin est plus manifeste encore que dans le Mégacosme, Tout y est présenté sous un point de vue allégorique.
rencontre-t-on quelques traces de l'école nominaliste. Roscelin l'avait sans doute élevée très-haut; mais il l'avait précipitée bien vite, en faisant tomber sur elle le poids de sa propre condamnation. Après le concile de Soissons en ] 092 ou ^ 093, le nominalisme demeura longtemps abattu. Jean de Salisbury nous dit que de son temps il était presque (fere) * éteint, et qu'après Roscelin , ceux qui restaient attachés a cette doctrine désavouaient son auteur, et n'osaient pas aller jusqu'au bout de leur opinion ^. L'école nominaliste subsistait donc, mais dans l'ombre et presque entièrement éclipsée, et l'école opposée était à peu près maîtresse du champ de bataille. Mais cette école restée seule se fût perdue dans son triomphe, si la lutte à laquelle elle devait sa naissance se fût arrêtée. La victoire absolue, c'est la mort en philosophie : un système rival est nécessaire au meilleur système, et la critique est la vie de la science. Il fallait donc au réalisme, dans son intérêt même, une contradiction puissante : il la trouva dans son propre sein. Le nominalisme, battu et flétri sous son nom propre, s'amenda dans sa défaite, se métamorphosa, s'insinua dans le cœur même du réalisme, et y fomenta des dissensions qui éclatèrent bientôt par de nouveaux com* bats. Déjà cette lutte intérieure du réalisme victorieux se trahit dans la modiOcation que Guillaume de Champeaux dut apporter a sa doctrine. Ce premier succès était le signal d'mie école nouvelle qui, sortie du nominalisme, tout en l'abandonnant dans ses conclusions extrêmes, '*' prétendait retenir ce qu'il pouvait avoir de sain et de ei bon, et en adoptant le réalisme n'en pas épouser les
oà I
]iH,\ \. Metalogicus , lib. ii, c. \1. 2. PolycraticuSfl'û). vu, c. i2.
exagéntioDS, et qui , participant ainsi et s'écartant d( Tun et de l'autre, aspirait a les comprendre et a le< surpasser tous les deux : cette école nouvelle est celk d'Abélard.
Entreprise d'Abélard.
Telle estla place d'Abélard dans la philosophie du douzième siècle. Formé d'abord, nous l'avons démontré, à l'école de Roscelin, il assiste ensuite au premier enseignemeul de Guillaume de Champeaux a l'école de Notre-Dame ; il 3 étudie et y reçoit la doctrine réaliste. Il était donc en possession des deux doctrines contraires. Il pouvait les comparer, les critiquer l'une par l'autre, et il n'était pat homme a y manquer. S'il commence par se montrer disciple docile et même zélé de son nouveau maître, il n'ou blie pas pour cela les leçons de l'ancien ; car, encore élèv a Notre-Dame, il propose déjà contre la doctrine enseigné des objections, probablement empruntées au nominalisme qui embarrassent le célèbre professeur; et dans le secou' enseignement de Guillaume, à Fécole de Saint-Yictor l'écolier n'embarrasse plus seulement le maître, il le fa reculer, il lui arrache une concession importante, et lèv enûn un nouvel étendard. Cet étendard nouveau appell la foule, et au bout de quelque temps le nouveau systèm est victorieux a son tour ; il prend possession de l'écol du cloître; et a travers les fortunes les plus diverse: tanlôt dans la gloire et tantôt dans la persécution, par s< principes et par ses conséquences, par ses erreurs comn: par ses vérités, surtout a l'aide de l'esprit d'indépendan( ei de critique qu'elle représente et qu'elle propage, l'éco d'Abélard éclipse toutes les autres écoles a Paris et dai
toute la France, pendan t la première moitié du douzième siècle, et, par ses disciples et ses adversaires, prolonge son influence à travers la seconde moitié de ce siècle, jusqu'à la fin de la première époque de la philosophie scholastique. Il y a trois choses dans l'entreprise d'Abélard : i"* une polémique contre les deux écoles qui Tavaient précédé; 2° rétablissement d'une école nouvelle; 3° l'application de la nouvelle philosophie a la théologie, application qui faisait alors l'intérêt et l'éclat d'un système, comme le font aujourd'hui son caractère social et ses conséquences politiques. Or, de ces trois points, jusqu'ici un seul nous est bien connu, la théologie d'Abélard; mais sur le premier et sur le second, c'est-a-dire sur le fond même de Tentreprise, tout nous manque, et nous ne possédons d'Abélard que la phrase toute négative de VHistoria calamitatum, La^ il nous apprend qu'il attaqua et renversa le réalisme de Guillaume de Champeaux, « patentissimis « argumentorum disputationibus. » Mais quels étaient ces arguments évidents? il ne nous en dit pas un mot; pas un mot non plus de son opinion sur l'école nominaliste; pas la moindre mention du système qu'il établissait sur les ruines des deux écoles rivales; et nous en sommes réduits sur tout cela à une tradition incertaine et au témoignage équivoque de Jean de Salisbury. Grâce à Dieu, nos manuscrits nous permettent aujourd'hui de combler toutes ces lacunes, de reproduire la polémique de notre philosophe contre les deux écoles qu'il voulait remplacer, et de faire connaître pleinement et d'après lui-même son propre système. Nous allons établir et développer ces deux points essentiels de l'entreprise d'Abélard avec tout le soin et toute l'étendue qu'ils réclament.