II
« sujet et elle est en un sujet, ou elle n'est pas en un sujet (( ni ne se dit d'un sujet (a). On la rangera, je pense, « parmi les choses qui se disent d'un sujet et sont en « un sujet; car la rationalité s'affirme d'un sujet qui est « telle ou telle rationalité, et elle est en un sujet qui est (( riiomme. Si elle est dans Tliomme comme en un sujet, « elle n'y est pas comme une partie , mais elle ne peut « jamais en être séparée ; car c'est Ta la définition que « donne Aristote de ce qui est en un sujet; cependant (( elle est une partie formelle de l'homme, et par là elle « est une partie; il faut donc lui chercher un autre sujet « dont elle ne soit pas une partie. Nos adversaires diront : (( la rationalité est dans l'homme comme en un sujet; elle « n'y est point comme partie intégrante; et c'est tout ce (( que demande Aristote. Mais je nie que l'animal puisse (( être dans l'homme comme en un sujet sans y être « comme partie intégrante. S'ils disent que la dernière « partie de la définition, ce qui ne peut jamais être séparé a de ce en quoi il est, ne convient pas h l'animal, parce « que l'animal peut être sans l'homme et sans aucune des
cum in homine claudatur rationalitas ? Itéra cum rationalitas aliquid sit, sub aliquo membre Aristotelicae divislonis continebitur, hujus scilicet : « dicitur de subjecto et non est in subjecto, etc. » Credo, buic aptabunt : « quod dicitur de subjecto et est in subjecto. » Nam rationalitas de subjecto dicitur bac rationalitate. In subjecto autem est bomine. Quod si est in homine aut in subjecto, non est ibi sicut quœdam pars, etc.; sic enim diffinitur ibidem esse in subjecto; sed bominis est pars formalis, et sic est pars ; querendum ergo est illi aliud subjectum cujus ipsa non sit pars. Sed dicent : rationalitas est in homine ut in subjecto, nec in eo est ut pars integraliâ, quod solum negavit Aristoteles ; et hoc contradico. Animal in homine est ut in subjecto, nec est ibi sicut pars intcgralis. Quod si dicant
(a) Aristot., Categ., éd. B., p. 447.
« espèces inférieures, en prenant être dans un sens large « et non dans le sens de Texistence actuelle, j'en dirai « autant de la rationalité; car, suivant eux, lors même « que la rationalité ne serait pas en quelque individu, « elle n'en sul)sisterait pas moins réellement... »
Voici maintenant un autre argument qui , comme le premier dont nous avons rendu compte , a été depuis mille fois répété. Il est ici principalement dirigé contre Bernard de Chartres. Celui-ci avait ramené les espèces et les genres aux Idées de Platon ; or les Idées sont éternelles; elles semblent donc de la même nature que Dieu ; et c'est pour prévenir cette objection ou y répondre que Bernard, selon le témoignage déjà cité de Jean de Salisbury dans le Metalogicus , avait admis l'éternité des Idées, mais non pas leur coéternité avec Dieu *. Dans un autre endroit du même ouvrage ^, Jean de Salisbury, sans nommer Bernard, combat sa doctrine et rappelle un dilemme qu'on opposait alors a la théorie des Idées : tout ce qui est, est ou créateur ou créature. Ces diverses indications sont éclaircies et développées par le passage suivant d'Abélard : « Les ^ genres et les espèces sont ou créateur « ou créature. S'ils sont créature , le créateur a dû être « avant sa créature. Ainsi Dieu a été avant la justice et « la force, que quelques-uns n'hésitent pas à considérer
quia ultima pars diffînitionis iUi non convenit : « Quod enim impossibile est esse, etc. » Nam possibile est esse animal sine homine et sine aliis inferioribus, esse large, non actualiter; sed idem dicas de rationalitate. Nam, secundumeos, etsi rationalitas nonessetinaliquo,tamen in natura remaneret. )> ^. Voyez plus haut, p. ^59.