‹ Fragments philosophiquesChapitre 51 sur 92 · Melalog., lib. iv, c · texte numérisé non relu

Melalog., lib. iv, c

3. Fol. 45 recto, c. 2; Ouv. inëd., p. bH. (( Item gênera et species aut Creator sunt aut creatura. Si creatura sunt, ante fuit suus creator quam

« comme étant en Dieu, et comme quelque chose de dif- « férent de Dieu ; de sorte que Dieu aurait été avant d'être « juste ou fort. Mais il y en a qui ne considèrent pas « comme sufûsante cette division : tout ce qui est, est <( créaleur ou créature, et qui voudraient y substituer « celle-ci : tout ce qui est, est ou engendré ou inengen- « dré. Or, ou appelle les universaux inengendrés; par « conséquent, il faudrait les appeler coéternels ; de sorte « que, suivant ceux qui avancent cette proposition, Tâme « (ce qu'on ne peut dire sans sacrilège) n'est soumise en « rien à Dieu puisqu'elle a toujours été avec Dieu, et ne « tire son origine que d'elle-même. Et Dieu n'a fait au- (( cune cliose, car Socrate est composé de deux choses « coéternelles à Dieu. Il n'y a donc rien eu de nouveau « qu'une réunion ; il n'y a pas eu de création (a) : car la « forme est universelle comme la matière, et comme elle « coéternelle a Dieu. Combien cela est loin du vrai, c'est

« ce qu'il est facile de voir »

Telle est l'argumentation d'Abélard contre cette partie de l'école réaliste qu'on pourrait appeler la branche pla-

ipsa creatura. Ita anie fuit Deus quam jusfitia et fortitudo, quas quidam esse in Deo non dubitant et aliud a Deo. Itaque ante fuit Deus ,quam esset justus vel fortis. Sunt autem qui negant illam divisionem esse sufficientem : quicquid est, aut est creator aut creatura : sed sic faciendam esse dicunt : quicquid est, aut genitum est aut ingenitum. Fniversalia autem ingenita dicuntur et ideo coaeterna, et sic secundum eos qui hoc dicunt, animus, quod nefas est dictu, in nullo est obnoxius Deo, qui semper fuit cumDeo nec ab alio incœpit , nec Deus aliquorum factor est. Nam Socrates ex duobus Deo coœternis conjunctus Nova ergo prima fuit conjunctio, non aliqua nova creatio. Nam œque ut materia , ita et forma universalis est et ita Deo coœterna, quod quantum a vero dcviet, palam est. w

(a) Voyez plus haut, Textrait du Megacosmus, p HO.

tonicienne de cette école. Il nous reste a fnire connaître les combats qu'il a livrés à Tautre branche de la même école, celle qu'on en pourrait appeler la branche péripatéticienne, par opposition a la première, et qui considérait les espèces et les genres comme des manières d'être des individus, lesquelles manières d'être n'ayant aucune différence entre elles dans les différents individus y constituent les universaux ; d'où la théorie de la non-différence, indifferentia. Cette école nous est comme révélée par le fragment du manuscrit de Saint -Germain. Le seul vestige qu'on en pouvait trouver avant notre publication est la variante indifferenler pour individualiter dans la phrase de VHistoria calamitatum. Voici comment Abélard expose cette théorie avant de la discuter :

« Examinons maintenant, dit -il ^ , la théorie de la « non-différence, qui met en avant la thèse suivante : « Il n'y a rien autre chose que l'individu ; l'individu, « considéré sous différents points de vue, devient l'es- « pèce, le genre, et ce qu'il y a de plus général. Ainsi « Socrate est un individu, parce qu'il est une chose dont « la propriété ne se retrouverait jamais tout entière en « une autre; car, s'il y a d'autres hommes, il n'y en a

^. Fol, 43 recto, c. 2, 43 verso, c. \. Ouv. inéd., p. ^\S. « Nune itaque illam quœ de indifferentia est sententiam perquiramus. Ciijus hœc est positio : Nihil omiiino est prœter individuum; sed et illud aliter et aliter attentuin species et genus et generalissimum est. Itaque Socrates in ea natura in qua subjectus est sensil)us, secundum illam naturara quam significat adesse Socrati, individuum est ideo quia taie est proprictas cujus nunquam tota reperitur in alio. Est enim alter homo, sed socratitate nullus homo praeter Socratem. De eodem Socrate quandoque habetur intellectus non concipiens quicquid notât hœc vox Socrates; sed socratitatis oblitus, id tantum pcrspicit de Socrate quod notât idem homo, id est animal

« pas (l'antre que SocriUe où se trouve la socralité. Mais « on peut quelcjuefois penser a Socrate sans penser a tout « ce que désigne ce mot de Socrate; on peut négliger la « socralité pour ne considérer dans Socrate que ce que « signilie le mot hornme^ c'est-îi-dire l'animal raison- « nable mortel, et sous ce rapport il est espèce; car il peut « s'afflrmer comme essence de plusieurs choses. Si on 0 abstrait encore la rationalité et la mortalité, pour ne (( considérer que ce qu'exprime le mot animal , à ce (( nouvel état c'est le genre. Si enfin, négligeant toutes « les formes, on ne considère Socrate que dans ce qu'ex- (( prime le mot substance, c'est ce qu'il y a de plus gé- « néral. On peut en dire autant de Platon sous tous ces (( rapports. Si on oppose que la propriélé de Socrate, en « tant qu'hommC; n'est pas plus en plusieurs choses que « la propriélé de Socrate en lant que Socrate, attendu « que l'homme socratique n^est en aucun autre homme (' que Socrate, pas plus que Socrate lui-même, ils Taccor- « dent, mais avec l'explication suivante : Socrate, en tant « que Socrate, n'a rien en soi qui se retrouve en un « autre sans aucune différence; mais en tant qu'homme,

rationale niortale, et secundum hoc species est; est enim praediciabilis de pluribus in quid de eodem statu. Si intellectus postponat rationalitatem et mortalitatem, et id tantum sibi subjiciat quod notât baec vox animal , in hoc statu genus est. Quod si, relictis omnibus formis, in hoc tantum consideremus Socratera quod notât suhstanlia, generalissimum est. Idem de Platone dicas per omnia. Quod si quis dicat proprietatem Socratis in eo quod est bomo non magis esse in pluribus quam ejusdem Socratis in quantum est Socrates; œque enim homo qui est socraticus in nullo alio est nisi in Socrate, sicut ipse Socrates; verum quod concedunt; ita tamen determinandum putant : Socrates in quantum est Socrates nuUum prorsus indifferens habet quod in alio inveniatur: sed in quantum est bomo plura

« il a plusieurs quiilités qui se retrouvent non différentes « en Platon ou en d'autres individus. Car Platon est un « homme comme Socrate est un homme, quoiqu'il ne « soit pas essenliellement le mtme homme que Socrate. « Le même raisonnement s'appliquera a Tanimal et a la « substance. »

Abélard divise en deux parties son argumentation contre cette théorie, il Tattaque i^ par Tautorité, 2° par le raisonnement.

i° * (( Porphyre dit : « 11 y a (a) dix genres; les espèces « sont en un certain nombre, mais qui n'est pas infini; « les individus sont en nombre infini. » Au contraire, (( dans l'hypothèse que nous examinons, tous les indi- « vidus, par cela seul qu'ils existent, sont des genres ; « d'où il suit que les genres sont aussi nombreux que les « individus. Nos adversaires se tirent de cette difficulté « en disant : que les genres sont, il est vrai, infinis en « nombre sous le rapport de l'essence, mais qu'ils ne sont « que dix sous celui de la non-différence. Car autant d'in- « dividus existants, autant d'essences générales; mais tous (( ces genres ne forment qu'un seul et unique genre, parce fl qu'ils sont non-différents entre eux. En effet, Socrate,

habet indifferentia qua) in Platonc et in aliis inveniunlur. Nam et Plato similitcr homo est, ut Sociates , qnamvis non sit idem homo essentialiter qui est Socrates. Idem de animali et siibstantia. »

^. Fol 43 verso, c. 4, 43 verso, c. 2. Oiivr. inéd.^ p. 5i9-î>20, a Porphyrius dicit : « decem quidem generalissima ; specialissima qiiidem in numéro quodam, non tamen indefinito; individua vero infinita sunt. » Positio vero hujus sententia; hoc habet : singula individua substantiai , in quantum sunt substantia, generalissima esse. Itaque non potius individua

(a) Porph. Isagog., éd. B , p. 58L

« en tant que substance, n*est pas différent a Tégard de « toute substance en tant que substance. Torpliyre ajoute « un peu après (a) : « L'espèce rassemble plusieurs choses « en une seule et même nature, et le genre encore plus 0 que res[)èce. » C'est ce qu'on ne peut pas raisonna- « blement dire de Socrate; car Socrate ne communique « pas a Platon quelque nature qui soit en lui, puisque ni « l'homme qui est Socrate, ni l'animal qui est en lui ne « sont en aucun autre qu'en Socrate. Cependant ils re- (( courent a leur non-différence^ et disent que Socrate en « tant qu'homme réunit Platon et tous les hommes; d'où « il suit que, l'essence n'étant pas différente dans l'homme, « Socrate est Platon. Porphyre dit encore (6) : « Le genre « est ce qui s'affirme, relativement a l'essence, de plu- (( sieurs choses différentes d'espèce ; l'espèce, ce qui s'af- « firme de plusieurs choses numériquement différentes. » « Si donc Socrate en tant qu'animal est un genre , il se

infinita suut quam généralissime. Solvunt tamen illi dicentes : generalissima quidem infinita esse essentialiter, sed per indifferentiam deeem tantura; quot enim individua substantiœ, tôt et sunt generalissimae substantiœ. Omnia tamen illa generalissima generalissimum unum dicuntur, quia indifferentia sunt. Socrates enim in eo quod est substantia, indifferens est cum qualibet subslantia in eo statu quod substantia est. Item paulo post dicit Porphyrius : « coUectivum enim multorum in unam naturam species est, et magis id quod genus est; quod de Socrate rationabiliter dici non posset. Neque enim Socrates aliquam naturam quam babeat Platoni communicat, quia neque homo qui Socraiis est neque animal in aliquo extra Socratem est. Ipsi tamen ad indifferentiam currentes, dicunt quia Socrates in eo quod est homo coiligit Platoncm et singulos homines, proinde quia indifferens esscntia homini, Socrates est Plato. Item Porphyrius : «. genus est quod prœdicatur de pluribus differentibus specie in eo quod quid sit, species quidem de pluribus differentibus

(fl) Porph. Isagog.., éd. B., p. 582.

(b) Porph , tsagog.f éd. B , p. 373.

ÂBÉLARD. 46ër

<( trouve en plusieurs choses d^espèces différentes; si en « tant qu'homme il est une espèce, il s'affirme de plu- « sieurs choses numériquement différentes; ce qui est « absolument faux, car ni l'animal ni l'homme qui est « Socrale n'est en un autre qu'en Socrate. Mais nos gens « répondent : Socrate en aucun état n'est essentiellement a en un autre qu'en lui-même: mais à l'état d'homme il « est dit être en plusieurs individus, parce que ces indi- « vidus sont des hommes qui ne diffèrent pas de lui; et il « en est de même pour l'animalité. Boëce réfute en plu- « sieurs endroits l'opinion que nous attaquons ici : « On « ne doit, dit-il (a), entendre autre chose par espèce <( qu'une conception collective, qui se forme en vertu « d'une ressemblance substantielle sur des individus dif- « férents en nombre. » Ce qui ne s'accorde pas avec « l'opinion que Socrate en tant qu'homme serait une es- « pèce ; car on ne peut le recueillir en tant qu'espèce en « plusieurs individus, s'il n'est pas en plusieurs. Cepen-

numero. » Si ergo Socrates in statu animalis genus est, pliiribus differentibus speciebus inheeret; si in statu hominis species est, pluribus differentibus numéro. Quod minime est verum ; neque enim vel animal vel homo qui Socrates est, alii quam Socrati inest. Sed et hi dicunt : Socrates in nuUo statu alieni inhœret nisi sibi essentialier; sed in statu hominis pluribus dicitur inhœrere , quia alii sibi indifferenter inhaerent; eodem modo in statu animalis. Boethius quoque huic sententiae raultis refragatur locis. In secundo commentario super Porpbyrium sic ait : » Nibilque aliud species putanda est, nisi cogitatio collecta ex individuorum dissimilium numéro, substantiali similitudine; genus vero est cogitatio ex specierum similitudine. » Quod in bac sententia non convenit : Socrates, in quantum homo est, species est, qui tamen nullo modo de pluribus colligitur, quia in pluribus non est, Quod tamen ipsi ad indiffercntiam referentes, dicunt ita : Socrates, in quantum est homo, de se coUigitur et de

(a) Boeth. opp., p. 56.

« daut, ils rapportent encore cela a leur non-différence^ « et disent : Socrate en tant qu'homme se recueille en « lui-même, en Platon, et en tous les autres liommes; tout « individu en tant qu'homme peut être recueilli de lui- (( même. Il est facile de voir combien cette explication est « ridicule, si Ton remarque que de toute chose on pour- « rait dire également qu'elle est un homme, par cela seul (( qu'elle contient quehjue chose de non-différent a l'égard « de riiomme. Nous lisons aussi dans le commentaire sur « les Catégories : « Les (a) genres et les espèces ne ré- « sultent pas de la considération d'un seul individu; ce « sont des conceptions que l'esprit recueille en tous les « individus pris ensemble. » Boèce déclare formellement *(( dans ce passage, que le mot homme exprime une essence « qui n'est pas tirée de Socrate tout seul, mais recueillie « en tous les hommes. Or, ceux qui disent que Socrate en « tant qu'homme est une espèce, tirent l'espèce d'un seul « individu. Il serait fatigant d'accumuler toutes les au- « torités qui sont contraires a cette o[)inion. » 2° * « Dans ce système, chaque individu humain, en

Platonc cœterisque; unumquodque individuum in quantum est homo de se colligitur. Quod quam ridiculum sit , inde patet quod eoden» modo dici potest de quolibet et quod ipse fuit homo quia quoddam indifferens ilH ibi est. Item in commentario super Categorias : « gênera et species non ex une singulo inteUecta sunt, sed ex omnibus singulis mentis ratione collecta vel concepta. » Hîc plane confirmât homo unam essentiam , sicut hominem non ex solo Socrate colleclum, sed quod ex omnibus colligitur. Qui vero Socratem in eo quod est homo esse speciem dicunt, ex solo individuo colligunt speciem. Omnes apponere auctoritates quœ hanc sententiam abnuunt, gravaremur. »

\. Fol. 43 verso, c. 2 ; 44 recto, c. 4. Ouv. inéd., p. 320-522. « Sed nunc

(a). Boeth. opp., p. ^29.

« tant qu'homme , est une espèce. D'où il suit que Ton « pourrait dire de Sociale : cet homme est une espèce. 11 « est certain que Socrate est cet liomme; donc on peut <( conclure avec toute raison, suivant les règles de la troi- « sième figure du syllogisme : Socrate est une espèce. Car « si une chose s'afOrme d'une autre, et qu'il y ait encore « un autre sujet au sujet , le sujet du sujet sert de sujet « au prédicat du prédicat : c'est ce que personne ne peut « raisonnablement nier.

« Je poursuis. Si Socrate est une espèce, Socrate est un (( universel , et s'il est universel, il n'est pas singulier; « d'où cette conséquence : il n'est point Socrate. Ils se « refusent à cette conséquence : s'il est universel, il n'est « pas singulier; car, dans leur système, tout universel est « singulier, et tout singulier est universel sous des rap- « ports différents. Cependant, lorsqu'on dit : toute sub- « stance est universelle ou singulière, personne, je pense, « ne niera qu'une division semblable ne soit une divi- (( sion par l'accident, comme dit Boêce, dans le livre « des Divisions : a La règle commune à toutes les divi-

ut rationi sit conscntanea videamus. Unumquodque individuum hominis, in quantum est homo, speciem esse hœc scntentia asserit. Unde vere posslt dici de Socrate : hic homo est species ; sed Socrates est hic homo vere dicitur ; itaque secundum modum primae flgurœ rationahiliter concluditur : Socrates est species. Si enim aliquid prœdicatur de aliquo et aliud subjiciatur subjecto, subjectum subjecti subjicitur prœdicato pra?dicali. Hoc nemo rationahiliter denegahit. Procedo. Si Socrates est species , Socrates est universale; et si est universale, non est singulare; unde sequilur : non est Socrates. Negant hanc consequentiam : si est universale non est singulare. Nam impositione suae sententiœ habetur : omne universale est singulare, et omne singulare est universale diversis respectibus. At contra cum dicitur ; substantia alla universalis, alia singularis, talera divisionem, credo, nemo negat esse secundum accidens. Sed, ut dicit Boethius

« sions de cette nature (a), c'est qu'elles se partagent en « opposés. » Ainsi, si nous partagions un sujet en ses ac- « cidents, nous ne dirions pas : les corps sont ou blancs « ou doux, car ce ne sont pas la des opposés; mais bien : (( les corps sont ou blancs ou noirs, ou ni blancs ni « noirs. Il faut de même considérer comme selon l'acci- « dent cette division : car universel et singulier sont plus « opposés que blanc et doux. Ils répondent que Boëce n'a (( pas voulu parler de toutes les divisions par Taccident ; (( mais seulement de celles qui sont régulières. Si vous « leur demandez quelles sont celles qui sont régulières, « ils répondent : celles auxquelles cela s'applique. Yoyez « quelle impudence! ce que l'autorité afiirme d'une ma- <( nière si explicite, lorsqu'en parlant des divisions par « l'accident, elle dit : c'est la la règle commune de toutes « ces divisions, ils nient, contre toute évidence, que ce « soit un précepte universel. Mais ils ne pourront tenir « dans cette position ; car l'autorité s'exprime d'une ma- « nière formelle sur l'universel et le singulier : Aucun

in libro Divisionum : « harum commune est praeceptum : quicquid eorum dividitur in opposita segregari; » ut si subjectum in accidentia separemus, non dicaraus : corporum alia sunt alba, alia dulcia, cfuae non opposita sunt, sed : corporum alia sunt alba, alia nigra, alia neutra. Ecce eodem modo negare possumus hanc non esse divisionem secundum accidens : substantia alia universalis , alia singularis; hœc enim magis opposita sunt, universale et singulare, quam album et dulce. Dicunt illi non esse dictum de omnibus divisioni])US secundum accidens, sed de regularibus. si quaeras quaB sunt regulares, aiunt : quibus illud convenit. Videte quantae impudentiae sint! quod tam plane dicit auctoritas, cum de divisionibus secundum accidens loqueretur, « harum omnium commune praeceptum est , etc., )) non dictum universaliter mentiuntur. Sed in hoc non

[a). Boeth. opp., p. 638, sqq.

AfiELARi). 469

« universel n'est singulier, et aucun singulier n'est uni- « versel. En effet, Boëce, dans son commentaire sur les « Catégories, dit, en parlant de cette division (a) : « Toute (( substance est universelle ou singulière. Il est impossible « qu'un accident prenne la nature d'une substance, ou « une substance la nature d'un accident. Or, la particu- « larité et l'universalité ne s'impliquent pas, car l'uni- « versalitépeut bien s'affirmer de la particularité, comme, « par exemple, l'animal de Socrate ou de Platon, et la « particularité reçoit l'universalité comme son prédicat; « mais il est impossible que l'universalité soit particula- « rite , ni que ce qui est particularité devienne univer- « Sidité. » Universalité et particularité sont pris ici pour « universel et particulier ; c'est ce que prouvent les exem- « pies qui sont donnés ensuite, comme l'animal dans son c rapport à Socrate.

« A cela on ne peut faire aucune réponse raisonnable. « Cependant ceux a qui nous avons à faire ne se tiennent <i pas en repos. Ils disent : Aucun singulier, en tant que

consistent Nam de his specialiter, id est universali et slngulari, negat auctoritas : nuUum universale est singulare, et nullum singulare est universale. Boethiiis enim in Commentario super Categorias, cum de liac divisionc loqueietur; substantia alia universalis, alia singularis, ait : «ut autem accidens in naturam substantiae transeat esse non potest, vel ut substantia in naturam accidentis transeat haberi non potest. At vero nec particularitas ncc universalitas in se transeunt. Nanique universalitas potest prœdicari de particularitatc, ut animal de Socrate vel Platone, et particularitas suscipit prœdicationem nniversalitatis; sed non ut universalitas sit particularitas, nec quod particulare est universalitas fiât. » Universalîlas et pnrliculnritas hœc nomina pro universali et particulari accipi notant exempla, ut animal de Socrate. Contra hoc rational)iliter nihil dici potest. lUi tamen non quiescunt, sed, dicunt : nullum singulare in quantum est singulare, est universale, et e converse; et cum universale est, singulare est universale, et e con verso

(a) Boeth. opp., p. 120.

I» lo

(( singulier, n'est universel, et réciproquement; mais pris « comme universel, le singulier est universel, et rccipro- « quement. A quoi je réponds : Ces mots : « aucun singulier a en tant que singulier » semblent vouloir dire : aucun « singulier demeurant singulier n'est un universel demeu- (( rant un universel : ce qui est certainement faux ; car So- 0 crate, tout en demeurant Socrate, est un homme qui de- « meurehomme.il se pourrait encore que Ton voulùtdire : « L'universel ne dérive, dans aucun singulier, de sa sin- (( gularité, ou bien c'est la singularité qui interdit l'uni- « versalité a l'homme singulier; ce qui est absolument (( faux, dès que Ton considère le rapport de Socrate et de « l'homme; car, dans Socrale, cela môme qui est Socrate « exige la présence de l'homme. Et d'ailleurs rien n'em- « pêche aucun singulier d'être universel, s'il est vrai, « comme ils le prétendent, que tout singulier est uni- « versel. De môme, s'ils disent: Socrate, en tant que « Socrate , c'est-a-dire dans toute la propriété qui est « désignée par ce mot de Socrate^ n'est pas un homme « en tant qu'homme, c'est-à-dire dans la propriété

Contra quod dico vcrha ista : nullum singulare in quantum est singularo hune sensum videtur haberc : nullum singulare, mancns singulare, est universale manens universale; quod utique falsum est. Nam Socrates manens Socrates est homo manens homo. Item hune sensum habere posset : nulli singulari confert hoc quod est singulare esse universale; ^el homini singulari aufert hoc quod est singulare esse universale, quod totuni faliit inter Socratem et hominem. Nam in Socrate hoc quod est Socrates exigit hominem,et nulli singulari aufert aliquid esse universale; nam secundum eos omne singulare est universale. Item si dicant : Socrates in quantum est Socrates, id est in tota illa proprictatc in qua notatur ab hac voce quae est Sacrales^ non est homo in quantum est homo, id est in illa proprietate in qua notatur ab hac voce r homo est ; hoc quoquc falsum est. Nam Socrates notât hominem socraticum, in quo et hominem , quod scilicet notât homo, »

« qu'exprime le mot d^ homme ; ce\di est encore faux ; car « Socrate désigne Tliomme socratique et par conséquent « riiomme.... o

Avant de quitter la polémique du manuscrit de Saint- Germain contre Técole réaliste, peut-être conviendrait-il de rechercher aussi dans le manuscrit de Saint-Victor et de reproduire tous les passages qui se rapportent a cette polémique. Dans l'impuissance d'accumuler tant de citations, nous voulons du moins signaler les fol. ^ 03 recto ', 195 verso et ^96 recto 2, ^98 verso \ surtout le fol. ^68 verso * et le chapitre entier du livre de la Division sur le tout et les parties ^. Ces documents réunis font connaître suffisamment Fopinion d'Abélard sur l'école réaliste, considérée dans ses deux grandes divisions , et nous croyons pouvoir passer a Targumentation de notre auteur contre Técole nominaliste. Nous l'emprunterons encore au manuscrit de Saint-Germain.

Réfutation du nominalisme.

Cette argumentation est bien plus brève que celle dont nous venons de rendre compte ; on s'aperçoit qu'elle est dirigée contre une école qui est loin d'avoir la même puissance et le même crédit que la première. Toutefois, la formule qui revient sans cesse: Exponunt..,, dicunt... ipsi qui hanc sentent iam tenent , etc., fait assez voir que cette école n'était pas tout entière dans Roscelin ; et

\. Ouv. iuéd,, p. 4b8.

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