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« lui-même et du reste réunis, c esl-a-dire de la maison « entière, mais non pas de lui-même tout seul : il pré- « cède lui et le reste réunis, mais il ne se précède pas « pour cela lui-môme, car le mur a été avant d'être « réuni au reste. Il faut semblablement que chaque par- « tie existe avant de former la collection où elle sera « comprise. »

II. EXPOSITION DU SYSTÈME d'aBÉLARD. ConceptuaUsme d'Abélard.

Nous pouvons maintenant nous faire une idée exacte de la polémique d'Abélard contre les deux écoles qu'il rencontra au commencement du douzième siècle : sa tactique est de les combattre l'une par Tautre. Au nominalisme, il emprunte son principe fondamental, que rien n'existe que le particulier et l'individu, et ce principe il l'oppose au réalisme. La première division du réalisme, l'école de Guillaume de Champeaux, disait : L'universel, le genre et l'espèce sont l'essence de l'individu, et l'individu, la forme ; la différence n'est qu'un accident. Abélard répond avec le nominalisme qu'au contraire l'individu est sa propre substance a lui-même. La seconde division de l'école réaliste, la doctrine de la non-différence, en acceptant le principe que rien n'existe que l'individu, trouvait dans l'individu même l'espèce, le genre, l'universel, comme états divers de l'individu, lesquels étals étant absolument les mêmes au sein de toutes les différences, sont les fondements des espèces ou des genres. Abélard répond encore avec le nominalisme que dans l'individu tout est individuel, et qu'il n'y a point d'état

universel clans aucune chose particulière. Ainsi l'espèce, le genre, l'universel ne sont pas l'essence des individus, et ils n'en sont pas non plus des états, des éléments intégrants. D'un autre côté, sont-ce de purs mots, comme le veut l'école nominaliste? Ici Abélard, après avoir tourné les principes du nominalisme contre le réalisme, invoque les arguments de celui-ci contre celui-là; il soutient que les universaux ne sont pas non plus de purs mots, car de purs mots ne sont rien, et assurément les universaux sont quelque chose. Voila pour le raisonnement. Quant aux autorités, il oppose au platonisme traditionnel de l'école réaliste les inductions qui se tirent de VOrganuîn d'Aristole et les explications positives de Boëce ; et contre le péripatétisme de l'école nominaliste, il s'arme encore de ce même Aristote, et de son interprèle Boëce, qui, en effet, n'a jamais dit que les universaux ne sont que des mois. Mais entre ces deux écoles qui se réfutent et se détruisent réciproquement, quel système élèvera donc Abélard ? Un seul est possible encore. Si les universaux ne sont ni des choses ni des mots, il reste qu'ils soient des conceptions de l'esprit. C'est la toute leur réalité ; mais cette réalité est suflisante. Il n'existe que des individus , et nul de ces individus n'est en soi ni genre ni espèce ; mais ces individus ont des ressemblances que l'esprit peut apercevoir , et ces ressemblances , considérées seules et abstraction faite des différences, forment des classes plus ou moins compréhensives qu'on appelle des espèces ou des genres. Les espèces et les genres sont donc des produits réels de l'esprit : ce ne sont ni des mots, quoique des mots les expriment, ni des choses en dehors ou en dedans des individus; ce sont des conceptions. De la ce

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système intermédiaire qu'on a nommé le conceptua-^ lisme.

Tout ce que les historiens de la philosophie ont avancé sur le conceptualisme d'Abélard est emprunté aux témoignages plus ou moins fidèles d'écrivains postérieurs; mais jusqu'à présent nous ne possédions pas une seule ligne d'Abélard lui-même sur son propre système, et le fragment de Saint-Germain est à cet égard un monument unique. Nous sommes presque embarrassé de l'abondance des documents qu'il nous fournit. Et ici encore, il n'est pas facile d'abréger ; car notre manuscrit ne contient pas une simple exposition, mais toujours une polémique, non plus contre le nominalisme et le réalisme en eux-mêmes, mais contre les objections que ces deux écoles opposaient a la nouvelle doctrine. Ces objections et les réponses d'Abélard forment une longue discussion dont, sans doute, toutes les parties n'ont pas pour le dixneuvième siècle la même clarté et la même importance, mais on n'en peut retrancher aucune sans nuire à la vérité de l'ensemble et sans affaiblir la fldélité historique du tableau de cette grande controverse. Au risque donc de fatiguer quelquefois le lecteur, nous donnerons ce morceau presque en entier, et nous laisserons le plus possible Abélard s'expliquer lui-même, comme il Fa fait pour ses contemporains, pour ses partisans et ses adversaires. Nous abrégerons quelquefois, nous traduirons presque toujours, et nous nous effacerons nous-meme pour faire assister directement le lecteur a une polémique des écoles de Paris au douzième siècle.

Commençons par dégager l'opinion d'Abélard : cetter opinion fait de l'espèce et du genre une simple notion

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collective qui se forme par comparaison et par abstraction.

« Puisque ^ nous avons réfuté par le raisonnement et « par l'autorité les doctrines dont il a été question jus- « qu'ici , il nous reste a exposer, avec l'aide de Dieu , « l'opinion que nous croyons devoir adopter.

« Tout individu est composé de forme et de matière. « Socrate a pour matière l'homme et pour forme la socra- ({ tité. Platon est composé d'une matière semblable qui « est Thomme, et d'une forme différente qui est la pla- (( tonité, et ainsi des autres hommes. Et de même que la « socratité, qui constitue formellement Socrate, n'est (( nulle part hors de Socrate, de même cette essence fl d'homme qui est, en Socrate, le substrat de la socra- « tité, n'est nulle part ailleurs qu'en Socrate; et ainsi des « autres individus. J'entends donc par espèce, non pas (( cette seule essence d'homme qui est en Socrate ou en « quelque autre individu, mais toute la collection formée « de tous les individus de cette nature. Toute cette col- « lection, quoique essentiellement multiple, les autorités

1. Fol. 44 verso, c. \. Ouvr. inécL, p. 524. « Quoniam supradictas sententias ralionibus et auctoritatibus confutavimus , quid nobis potius tenendum videatur de Lis, Deo annueute, modo ostendemus.

« Ununiquodquc individuum ex matcria et forma compositum est, ut Socrates ex homine materia et socratUate forma ; sic Plato ex simiU matcria, scilicet homine, et forma diversa, scilicet platonitate, componitur ; sic et singuli liomines. Et sicut socratitas, quœ formaliter constituit Socratcm, nusquam est extra Socratem, sic iUa hominis essentia, quœ socratitatem sustinet in Socrate, nusquam est nisi in Socrate. Ita de singulis. Specicm igitur dico esse non illam essentiam hominis solum quae est in Socrate, vel quœ est in aliquo alio individuorum, sed totam illam collectioncm ex singulis aliis hujus naturœ conjunctam. Ouœ tota collectio, quamvis csscntlaUter multa sit, ab auctoritatibus tamcu una species,

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