‹ Fragments philosophiquesChapitre 62 sur 92 · HkI, p · texte numérisé non relu

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divc de Guillaume de Saint-Thierry; parce qu'il avait été composé pour les besoins personnels du professeur, comme une compilation commode d'autorités diverses, oii il pouvait puiser dans l'occasion, et peut-être aussi comme un texte à son enseignement. Par tous ces motifs, et sans prétendre donner ces conjectures pour des démonstrations , il nous semble que le Sic et non peut être considéré comme l'ouvrage de théologie le plus ancien que nous possédions d'Abélard, et comme un monument précieux de la première application de sa méthode théologique.

Doctrine théologique d'Abélard.

Maintenant à quelle théologie cette méthode Ta-t-elle conduit? Le Sic et non ouvrait une voie périlleuse ; comment Abélard y a-t-il marché? A-t-il vraiment expliqué la foi chrétienne, ou, comme Roscelin, a-t-il détruit ce qu'il entreprenait d'expliquer? Ici les écrits d'Abélard et tous les monuments du douzième siècle parlent assez haut. On sait qu'Abélard, dès ses premiers pas dans la théologie, y rencontra le dogme de la Trinité, ce fondement de la foi chrétienne, et qu'il y échoua comme avait fait avant lui Roscelin. On sait qu'en \\2\y traduit à un nouveau concile de Soissons comme Roscelin l'avait été en ^092 a un concile du même nom, il fut obligé de désavouer l'explication qu'il avait donnée du redoutable mystère; et que, malgré ses rétractations, ayant persévéré dans sa doctrine, il fut vingt ans plus tard traduit à un autre concile, celui de Sens, condamné de nouveau et relégué dens la solitude. Le premier écrit sur la Trinité, qu'il fut contraint de brûler lui-même eu \\2\, n'a laissé aucune trace;

mais les écrits condamnes au concile de Sens subsistent et sont imprimés. Ce sont, avec le Sic etnon^ V Introductio ad theologiam et la Theolog'ia christiana. Nous avons donc le corps du délit en quelque sorte, et l'acte d'accusation préparé par Guillaume de Saint-Thierry, dressé et soutenu par saint Bernard ; car saint Bernard a été pour Abélard ce que saint Anselme avait été pour Roscelin. « Habemusin Francia, dit saint Bernard, novum de veteri 0 magistro tlieologum qui ab ineunte œtate sua in arle « dialectica lusit et nunc in scripturis sanctis insanit... « Et dum paratus est de omnibus reddere ralionem, etiam « quœ sunt supra rationem, et contra rationem prœsumit « et contra fidem ^ » En effet, quand on lit aujourd'hui les deux ouvrages incriminés, V Introduction à la théologie et la Théologie chrélienney on y trouve la dialectique, placée a la tête de la théologie, et l'esprit caché du nominalisme y minant les bases du christianisme, au lieu de les attaquer directement. C'est là la seule différence qui sépare ici comme ailleurs le disciple du maître. Le principe fondamental du nominalisme est que rien n'existe qui ne soit individuel, c'est-à-dire un. ]\ïais le mystère de la Trinité est bien difficile à concilier avec ce principe, et Roscelin n'avait pu se tirer de cette alternative : ou Dieu seul, qui est un, existe, et les trois prétendues personnes de la Trinité n'ont pas d'existence propre et ne sont que des points de vue de notre esprit; ou les trois personnes existent réellement, et alors ce sont trois

\. Epistol. ad pap. Innocent. — 0pp. S. Bern. t. i, p. 64 {, sqq. Guillaume de Saint-Thierry s'exprime de même {ibid., t. i, p. 301 ), ainsi que Gautier de Mortagne ( Dachcry, Spicilegium, t. m, p. 524). Voyez aussi une lettre d'un anonyme dans le Thésaurus anecd, noviss. de Pez, t. V, p. 5bK

236 PHILOSOPHIE scholastique.

réalités non-sciilcment distinctes pour l'esprit, mais séparées entre elles et formant chacune une unité indépendante, et dans ce cas l'unité qui les comprend est une chimère. Abélard, qui part du même principe et qui est imbu du même esprit, rencontra la même alternative, et il y succomba également, mais différemment. Roscelin avait sacrifié la réalité de Tunité de Dieu a la réalité des trois personnes ; Abélard paraît avoir sacrifié la réalité des trois personnes à l'unité de Dieu. Il est certain, du moins, que les interprétations qu'il a données des trois personnes ont bien l'air de substituer des distinctions logiques à de véritables existences. Tantôt il compare les trois personnes de la Trinité aux divers termes d'un syllogisme*; tantôt à l'empreinte d'un cachet relativement a ce cachet lui-même, ou bien encore a la forme relativement à la matière ^.Plus d'une fois il assimile les rapports des trois personnes entre elles au rapport dialectique de l'espèce et du genre ^, analogie dont il résultait une subordination de rangs, une hiérarchie enire les trois personnes ^. Il

^. Inlrod., lib. Il, p. 1078. a Idem igitur est propositio quomodo conclusio, sed differunt, etc., e(c. » Tlieolog. christ., lib. m, p. \2S\; Iib. iv, p. 4293.

2. Inlrod., lih. II , p 1081. Ibid., lib. iv, p. 1505 et 1317.

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