‹ Fragments philosophiquesChapitre 63 sur 92 · Ibid., lib. II , p · texte numérisé non relu

Ibid., lib. II , p

4. S. Bern. opp., t. ix, p. 647 : « Execranda illa de génère et specie non

« similitudo sed dissimilitudo quoniam cum gcnus quidem et species

« quod ad se invieem siint, alterum superius, alta inferior sit, Deus autem « unus..... Absit ut huie acquiescamus dicenti hoc esse filiiim ad patrcm « quod speciem ad genus, quod hominem ad animal, quod spreum sigillum

a ad œs, quod aliquam potentiam ad potentiam Ibid..,-p. 648. Tencmus

« autem te docente ad hominis posilioncm poni animal, sed non e con- <c verso, secundum rcgulam dialecticœ tuae qua non quidem pcsito génère a ponilur species, sed posita specie ponilur genus. Cum ergo patrcm ad a gcnus, filium ad speciem referas, nonne id oratio similitudinis postulat a ut similitcr posito filio , patrcm poni oslcndag et non converti : utquo-

aime à comparer la Trinité chrétienne a celle de Platon, et dans cette comparaison le Saint-Esprit est l'àme du monde ^ Mais, dans cet abaisscUiOiit du Saint-Esprit, le dogme augustinien de la grâce devait nécessairement recevoir quelque échec; de sorte qu*à parler sincèrement, saint Bernard était assez fondé à lancer contre Abélard ces formidables paroles ^ : « Cum de trinitate loquitur « sapit Arium, cum de gratia sapit Pelagium, cum de (( persona Christi sapit Nestorium. » On peut le dire aujourd'hui, si Roscelin é(ait trithéiste, Abélard était sabellien. Car, encore une fois, dès qu'on admet que rien n'existe que ce qui est individuel et un , ou la Trinité se résout en trois dieux, ou les trois personnes ne sont plus que ce que sont les genres et les espèces, c'est-à-dire des ressemblances mêlées de différences, c'est-a-dire des points de vue divers de la même chose, des conceptions distinctes de notre esprit, que le langage personnifie. Le conceptualisme, en philosophie, donne le sabellianisme en théologie, et le conceptualisme n'est pas autre chose que le nominalisme dans son principe, moins ses conséquences extrêmes qui en révèlent toute la portée ^.

«modo qui homo est, necessario animal est, sed non converlilur; ita u quoque qui filius est necessario pater sit, et œque non convertatur? Sed « contradicit tibi in hoc catliolica fides. »

U lîilrod., lib. ii , p. ^0^5. Theol. christ., lib. i, p. ^^86. S. Bernard, opp., ibid,

2. S. Bern. opp., t. i, p. ^8D, epistol. ad Guidonem de Castello.

3. Ce jugement est celui qu'a porté de la théologie d'Abclard un de ses contemporains les plus éclairés, Othon de Freisingcn , de Gestis Frid.j lib. I : « Seutentiam vocum seu nominum in naturali tencns facultate non « caute theologiœ admiscuit. Quarc de sancta theologia docens et scribeus, « très personas quas sancta ecclesia non vacua nomina tantum , sed res « distinctas suisquc proprietatibus discretas bactenus et pie credidit et (( fideliter docuit, nimis atlenuans, non bonis usus exemplis, inler caetera

Conclusion,

Tel fut Pierre Abélard. Il est, avec saint Bernard, dans Tordre intellectuel, le plus grand personnage du douzième siècle. Comme saint Bernard représente l'esprit conservateur et Torthodoxie chrétienne, dans son admirable bon sens, sa profondeur sans subtilité, sa pathétique éloquence, mais aussi avec ses ombrages et dans ses limites parfois trop étroites, de même Abélard et son école représentent en quelque sorte le côté libéral et novateur du temps, avec ses promesses souvent trompeuses et le mélange inévitable de bien et de mal, de raison et d'extravagance. Il exerça sur son siècle une sorte de prestige. De nos à H 40, il obtint dans renseignement des succès inouïs jusqu'alors, et qui, s'ils n'étaient attestés par d'irrécusables témoins, ressembleraient à des inventions fabuleuses. Il avait trouvé à Paris deux écoles célèbres , celle du cloître et celle de Saint-Yictor, et il en suscita une foule d'autres pour soutenir ou pour combattre son système, et c'est de là qu'est née l'Université de Paris. Malgré ses erreurs et les anathèmes de deux conciles, sa périlleuse mais féconde méthode est devenue la méthode universelle de la théologie scholastique. Les erreurs s'effacèrent, et la méthode resta, comme une conquête de l'esprit d'indépendance. Pierre le Lombard est le fondateur reconnu de la théologie scholastique ; or, Pierre le Lombard est un élève direct d'Abélard, et l'héritier sinon de sa doctrine, au moins de sa méthode épurée et perfectionnée : le Sic et Non est l'antécédent du livre des Senten-

« dixit : sicut eadem oratio est propositio, assumptio et conclusio, ita ca- « dem essentia est pater et filius et spiritus sanctus. »

ces \ Voilà pour la théologie. En philosophie, l'école que fonda Abélard eut un succès presque universel par le moyen terme commode qu'elle avait Tair de présenter a toutes les opinions. Chose assez rare, la modération du conceptualisme fit sa fortune. Toute son originalité consistait peut-être à ne pas aller jusqu'au bout de ses principes : cette retenue lui conquit les esprits prudents, et l'autorité deBoëce lui donna la foule. Il resta bien encore quelques nominalistes, mais sans aucun crédit ; le réalisme se soutint honorablement; mais les esprits les plus distingués passèrent sous les drapeaux d'Abélard. Le conceptualisme est en possession du sceptre des écoles , il joue le principal rôle dans le curieux et frappant tableau que Jean de Salisbury ^ nous trace du mouvement des études et des luttes des écoles à Paris au milieu du douzième siècle. Jean de Salisbury, sans contredit le plus bel esprit de son temps, libre penseur, élégant écrivain, est un disciple fidèle d'Abélard^, etpartout, dans le Policraticus "* et dans le Metalogicus ^, il expose ouvertement son opi-

\, Hist. lia., t. XII, p. 588.

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