Mort vers ^^80. Hist. litlér., t. xiv, p
5. Metalog., ii, \0. Ibi ad pedes ejiis prima artis hujus (la dialectique) rudimenta accepi, et pro modulo ingenioli mei, quidquid excidcbat ab ore ejus, tota mentis aviditate excipiebam.
^t. Policratic.f lib. ii, c. \S. Quod (universale) forte facilius in intelleclu quam in natura rerum poterit iuveniri, in que gênera et species, diffcrentias, propria et accidentia, qiiœ univcrsaliter dicuntur, planum est invenire, cum in actii rerum substantiam universalium quœrere exiguus fructus sit et labor infinitus, in mente vero utiliter et facillime reperiuntur
5. Metalog., n, ^7. Alius sermones intuetur et ad illos detorquet quidquid alicubi de universalibus meminit scriptum. In bac autem opinione deprehensus est Pcripateticus Palatinus Abœlardus noster, qui multos reliquit et adhuc quidem aliquos liabet luijus sectatores. Amici mei sunt....
240 PHILOSOPHIE scïiolastique.
nion sur les universaux, et celte opinion est celle d'Abélard, c'est-à-dire le conceptualisme.
Ainsi finit la première époque de la philosophie scholastique. Cette première époque s'est formée et développée sur le problème antique de la nature des universaux, transmis par Boôce a l'Europe chrétienne. Les diverses solutions de ce problème ont fait toute la philosophie de ce temps et les trois systèmes qui la partagent, à savoir, le norainalisme, le réalisme et le conceptualisme; nous avons vu aussi comment ces trois systèmes philosophiques, dans leur application à la théologie, ont engendré autant de systèmes théologiques, dont chacun porte les caractères du principe qui Ta produit et qui le domine toujours. Et c'est ici qu'il faut se donner le spectacle de la puissance des principes. Un problème, digne à peine, ce semble, d'occuper les rêveries des philosophes, donne naissance à divers systèmes de métaphysique. Ces systèmes troublent les écoles ; mais d'abord ils ne troublent que les écoles. Bientôt de la métaphysique ils passent dans la religion, et de la religion dans l'État. Les voilà sur la scène de l'histoire; ils interviennent dans les événements de ce monde, suscitent des conciles,, occupent des rois. Un Guillaume le Conquérant est mis en mouvement par le clergé d'Angleterre contre le nominalisle Roscelin, et Louis YII préside l'assemblée où saint Bernard , le héros du siècle, porte la parole contrôle conceplualiste Abélard, le maître d'Arnaud de Brescia. Encore n'est ce la qu'un prélude. Laissez marcher le temps : le conceptualisme, qui pendant près de deux siècles a retenu dans son sein le nominalisme, le laisse échapper enfin, et cette nouvelle conséquence, ou plutôt cette conséquence re-
nouvelée du merae principe, trouvant des temps plus favorables, jette un bien autre celai, soulève de bien autres tempêtes. Un autre Roscelin, Occam, en appliquant encore une fois le nominalisme a la théologie et par la théologie à la politique, fait échec au Pape, met dans sa querelle un roi et un empereur; ets'abritant contrôles foudres de Rome sous les ailes de l'aigle impériale, il peut dire avec un légitime orgueil au chef du saint empire : « Dé- « fends-moi avec ton épée ; moi, je te défendrai avec ma (( plume. » « ïu me défende gladio, ego te defendam ca- « lamo. » Abandonné par le roi de France, secouru par l'empereur d'Allemagne, l'indompté franciscain, échappé au cachot de Roger Bacon, meurt dans l'exil à Munich ; mais il a enseigné à Paris; et cette terre n'a jamais laissé périr aucun des germes qui lui ont été confiés. L'Université de Paris embrasse la doctrine proscrite ; le nominalisme victorieux répand l'esprit d'indépendance; cet esprit nouveau produit les conciles de Constance et de Baie, où siègent les grands nominalistes, Pierre d'Ailly, Jean Gerson, ces pères de l'Église gallicane, sages réformateurs dont la voix n'est pas écoutée, et que remplace bientôt cet autre nominaîiste qui s'appelle Luther. Il ne faut donc pas tant piaisanter avec la métaphysique ; car la métaphysique ce sont les principes premiers et derniers de toutes choses. La philosophie scholastique a donc aussi sa grandeur : elle mérite l'intérêt de l'histoire et par elle-même et par les événemenls auxquels elle se lie ; et quelque chose de cet intérêt doit se réfléchir jusque sur son enftnice, si obscure et si négligée. La première époque de la philosophie scholastique est une époque de barbarie à la fois ot de lumière : c'est Charlemagne qui Touvre; ce II. SI
sont les écoles caiiovingienncs qui la remplissent; tout son trésor est l'Aristole de Boëce, tout son travail est la glose, et son résultat une première polémique où luttent déjà toutes les opinions. Abélard résume cette polémique et couronne cette époque. A ce titre, il mérilait d*êlre sérieusement étudié, et nous croyons avoir jeté quelques lumières nouvelles et sur l'école qu'il a fondée et sur celles qui Tout précédé, à l'aide des manuscrits que nous avons retrouvés, et que la muniGcence nationale nous a permis de tirer de la poussière des bibliothèques et de livrer à rétude des amis de la philosophie.
Raban Maur.
Pour en finir avec les écrits de Raban que contient le manuscrit de Saint-Germain, et que précédemment \ nous avons considérés seulement par rapport au pro" blême de Porphyre, nous croyons devoir en donner ici une notice régulière et complète.
Le manuscrit de Saint-Germain ^310, autrefois 635, renferme deux gloses de Raban Maur, et, entre ces deux gloses, un fragment d'une troisième sans aucun titre et qui peut bien c(re du même auteur. Nous allons examiner successivement ces trois morceaux
I. Au foi. 86 r°, col. -1, se présente une glose de Rabau Maur sur l'Introduction de Porphyre, avec ce titre : Rabanus super Porphyriu77i,
Elle commence par un long prologue, qui occupe sept colonnes et demie, et qui est divisé en deux parties : la première où Raban détermine l'objet du traité de Porphyre, et la place qu'il doit occuper dans Tensemble de la logique; la seconde (fol. 83 v°, col. 2), oii il examine le préambule du traité en question.
Ce prologue commence ainsi :
« Intentio Porpliyrii est iii hoc opère faeilem intellec- (( tiim ad Prœdicamenta prœparare, tractando de quinque « rébus vel vocibus, génère scilicet, specie, differenlia, (( proprio et accidente, quorum cognitio valet ad Prœdi- (( camentorum cognitionem. Licet Porphyrius in hoc trac- « tatu de rébus innumerabilibus agat, de omnibus scilicet « rébus generalibus et omnibus speciebus et differentils <( propriis et accidentibus , de quinque tamen agere di- « citur, quia de bis omnibus secundum quinque proprie- « tates tractât secundum bas scilicet quod vel gênera vel (( species vel differentise vel propria vel accidentia ea om- (( nia dicuntur. Dicitur etiam Porphyrius de propositis « duobus modis tractare, scilicet secundum proprium « esse et secundum hoc quod ad aliquid referuntur.... »
L'auteur discute ensuite la question de savoir si Porphyre, dans son Introduction, traite de mots ou de choses. Nous avons cité ce passage * .
Après avoir montré, d'après Boëce, Pulilité de l'Introduction de Porphyre pour l'intelligence des Catégories, et aussi pour la Division et la Démonstration, Raban examine à quelle partie de la Logique cette Introduction doit être rapportée.
« Quœritur (fol. 86 r% col. ^ ) autem cui parti philo- « sophiœ supponatur. Dividitur enim philosophia in très « partes, Physicam, Ethicam, Logicam. Physicœ non sup- « ponitur nec Ethicœ, cum neque de rerum naturis trac- « tet, quod ad physicam pertinet, neque de moribus, quod « ad ethicam pertinet, loquatur. Restât ergo ut logicœ « supponatur. Post quam vero partem logicœ supponatur, « quœrendum est. Habet enim logica très partes, gram-
<( maticam, rhetoricam, dialecticam. Post grammatlcam, « non enim de génère seciindum grammaticara tractât, « quia neque quomodo genus declinitur ostendit, neque « si sit primitivum an derivativum, quœ omnia ad gram- (( maticam pertinent. Neque in hoc tractatu docemur quo- (( modo causas debeat disponere orator, quod ad rheto- (( ricam pertinet. Relinquitur igitur ut per dialecticam (( logicœ supponatur. Quœritur post quam partem dialec- (( ticœ. Dialecticœ enim duœ sunt partes, una scilicet « scientia inveniendi, alia scientia judicandi, etc. »
Raban aborde alors le préambule de Porphyre : Cmn sit necessarium. « Talis est descensus ad litteram, etc. »
INous voyons dès la première colonne que Raban ne connaissait pas les Analytiques d'Aristote. « Vel in de- (( monstratione, id est ad librum demonstrationum. Vo- (( lunt enim quemdam librum essse qui \ocelur liber de- « monstrationum, qui apud nos in usu non est. »
De la fin de la 2^ col. du fol. 86 v°, jusqu'au milieu de la 2^ col. du fol. 87 v°, s'étend le commentaire sur la phrase célèbre Mox de generibus et speciebus, Nous avons cité ce morceau , page 87.
On arrive ainsi a la partie de la glose qui porte sur le corps même de l'ouvrage de Porphyre.
Fol. 87 v°, col. 2. Explicitprologus, Puis vient le commentaire sur le premier chapitre de Porphyre : De gênera.
Fol. 89 r°, col. 2. Explicit de génère. Incipit de specie.
Fol. 90 \% col. 2. Explicit de specie. Incipit differentia.
Fol. 92 v^, col. i . Incipit de proprio. Fol. 93 r% col. I. Incipit de accldenti.
Ici les titres et les divisions manquent dans la glose de Raban. Cependant, pour plus de clarté, nous continuons de la diviser suivant les chapitres de l'édition de Bulile.
Fol. 93 r^, col. \. De communitate et discrimiiie gêner is et differentiœ.
Fol, 93 v''; col. \ . De convenientia et discrimine generis et speciei.
Ibid. De convenientia et discrimine generis etproprii. — Generis et accidentis,
Ibid. De convenientia et discrimine speciei et diffcrentiœ.
Fol. 93 v°, col. 2. De convenientia et discrimine proprii et dijjerentiœ.
Il faut remarquer dans cette glose l'emploi de formes qui se reproduisent dans les gloses d'Abélard avec plus de suite et d'uniformité. Ainsi Raban indique quelquefois le lieu commun auquel peut se ramener l'argument de Porphyre. Par exemple, fol. 88 r", col. \^ genus enim. (( Probat quod genus non dicitur simpliciter, sic: si genus (( dicitur tripliciter, tune non dicitur simpliciter. Locus « ab appositis, maxima propositio : si aliquid oppositum « convenitalicui, suum oppositum removetur ab eodem.» On trouve aussi la forme vere,,.. quia, si fréquente dans Abélard. Fol. 88 r^, col. 2 init. : « Yere ille qui genuit « et locus in quo quis genitus est, vocatur genus , quia « Tantalus et Hercules, et Thebœ et Athenœ. » Ces rapprochements établissent Texistence d'une espèce de tra-
dition de formes chez les glossateiirs, au moins du neuvième au treizième siècle.
Du reste, la glose de Raban n'offre rien qui mérite d'être cité. Nous indiquerons seulement, fol. 89 r^, col. I , uu passage où il examine une contradiction apparente entre Porphyre et Aristote dans les Catégories. Porphyre avait dit : « Eorum enim quœ prœdicanlur, alla quidem « de uno dicuntur solo, sicut individua. » Raban ajoute : (( Yidetur etiam Porphyrius esse contrarius Aristoteli, (( quia concedit individuum substantiœ de aliquo prœ- « dicari; Aristoteles autem dicit nullum individuum sub- « stantiie de aliquo prœdicari : ibi a principali substantia « nulla est prœdicatio. Sed respondendum est ibi Aristo- « telem agere tantum de prœdicatione ut de inferiori. « Hic vero Porphyrius accipit prœdicationem vel ita quod « superius pra:.dicetur de inferiori, vel etiam ita quod « idem de se ipso prœdicetur. »
II. Delà feuille 94 r«, col. -i, a la feuille 95 r*^, col. ^, inclusivement, se trouve un fragment de glose sur le De differeniiis TopiciSj lequel commence au milieu de l'explication de cette phrase de Boëce : « Aliquotiesenim quœ « dividuntur simul esse possunt, ut si vocem in signiOca- « tiones dividamus, omnes simul esse possunt, veluti cum « dicimus : amplecior , aut actionem signiûcat aut pas- « sionem, utrumque simul significare potest; » c'est-àdire vers la fin du W livre de l'ouvrage de Boëce. Au tiers environ de la 2® colonne du fol. 94 r°, commence le commentaire sur le IIF livre. La dernière phrase du texte qui soit citée est celle-ci : « nam multorum in multis similitudo « proportio est. » La glose se termine ainsi : Nam mul-
« torum. Vere locus a proportione est locus a simili, quia « proportio est similitudo multorum in muliis. Locus a « causa, et hoc est : nam multorum in multis, etc. » Il manque donc la glose sur les dernières lignes du III* livre ; et il n'est pas question du IV% qui traite des lieux de rhétorique et ne se rapporte plus à l'étude de la dialectique.
Dans cette glose, comme dans celle de Raban sur Porphyre, nous retrouvons souvent cette forme qui se rencontre sans cesse dans Abélard, locus a causa^ apari, etc., pour indiquer le lieu d'où est tiré Targument. Dans la dernière phrase que nous venons de citer, elle est suivie de la forme et hoc est qui annonce la citation du texte original. Mais cette forme, si familière à Abélard, est ici très-rare. En revanche celle de vere.., quia est très-fréquente.
Ce fragment ne présente rien en lui-même d'où Ton puisse tirer quelque induction sur Tépoque a laquelle il a pu être composé, ou sur Fauteur auquel il faut le rapporter; mais comme il se trouve placé entre deux ouvrages qui portent le nom de Raban, et qu'il est de la même écriture que le second et finit sur la même feuille où celui-ci commence, il est naturel de l'attribuer également à Raban.
m. Après ce fragment vient un commentaire de Raban, qui s'étend du fol. 95 r% col. 2 init., au fol. ^00 v% col. 2, après quoi il est brusquement interrompu.
Ce commentaire a pour titre : Rabanus super terencivaa; ce dernier mot n'a pas de sens, et, comme nous Tavons dit, page 85 , il cache probablement Perierme-
nias, car cet écrit est un commentaire sur le Traité de l'Interprétation.
La version latine qui sert de texte est celle de Boëce.
En tctc sont d'assez longs prolégomènes, qui s'étendent depuis le commencement de la 2^ colonne du feuillet 95 1% jusqu'au tiers de la V colonne du verso de ce même feuillet, ce qui fait trois ou quatre pages in-4% au moins.
Voici le début : « Intentio Aristotelis est in hoc opère (( de simplici enuntialiva interpretatione et de ejus ele- (( mentis, nomine scilicet atque verbo, gratia ipsius sim- « plicis enuntiativœ interpretationis pertractare, in tan- « tum in quantum animi cogitationes intellectusque signi- « ficant. ))
Cette introduction est calquée sur celle de Boëce dans son second commentaire sur le Traité de l'Interprétation. Raban rapporte d'après Boëce les opinions des différents commentateurs, d'Andronicus de Rhodes, d'Aspasius, d'Alexandre d'Aphrodisée. C'est parles mêmes arguments et dans les mêmes termes qu'il défend rauthenlicité de l'ouvrage original, contestée par Andronicus; c'est dans les mêmes termes encore qu'il en assigne la place et le rôle dans l'ensemble de la logique d'Aristote.
Par l'extrême subdivision du texte, le commentaire de Raban finit par se rapprocher de la forme de la glose. En voici le contenu.
Fol. 06 v^, col. \ . : explication du premier chapitre du traité de Tlnterprétation : De nomine.
Fol. 90 r°, coL \. De verbo.
Fol. 1) v% col. i . De oratione.
Fol. 96 V, col. \. De enuntiatîone.
Fol. 97 v"", col. \ . De affirmatione et negatione
Fol. 97 v'', col. 2. De affirmationum et negaiionum vonirarieiatibus et contradiciionibus.
Fol. 1)8 r*', col. 2. De oppositione quando non est îina affirmatio aut negatio.
Ibid. De oppositionibus in futuris contineyitibiis.
Fol. ^00 r°, col. -i. De oppositione enuntiationum tertiiadjacentis (Bo'éce : De enuntiationibus infinitis). Le manuscrit s'interrompt sur ce chapitre à la moitié environ du commentaire. Vient ensuite une paraphrase des Psaumes d'une écriture différente.
GLOSES DU xe SIÈCLE SUR LES CATÉGORIES , ETC.
Le manuscrit de Saint-Germain n^ ^118^ autrefois 11° 442', est évidemment celui dont parlent Mabillon et V Histoire litléraire. Voici d'abord ce qu'en dit Mabillon {Nouv, Traité de diplom., tome III, page 5^9) : « Dès le « dixième siècle, on commençait à conjecturer qu'il pou- (( vait y avoir des antipodes. Dans une note marginale « sur la Dialectique et les Prédicaments renfermés dans le « manuscrit 613 de Saint-Germain- des-Près, qui est de « ce siècle-là, on lit : Manifestum est quod antipodes « supra se cœlum habent. Ferunt quidam esse antipodes (( homines in alio orbe, quos dividit a nobis Oceanus, « quos etiam dicunt vivere more et cuitu Persarum. Quod « autem vivere possint subtus terram, non répugnât lidei, « quod hoc agit natura terrœ quœ speroides (sphœroides)
\. Plus bout, p. 00,
Gloses du x*' siècle sur les catégories. 253
fi est. » En effet nous tiouvons cette note marginale dans le manuscrit 1108, foL 30 v\
Ce manuscrit contient un assez grand nombre d'opuscules latins :
-I " Traité de l'Inlerprélalion d'Arisfote : Incîpmnt Periermeniœ Arisiotelis, C'est la traduction de Boëce. Sur les marges et entre les lignes de la première page, on lit le commencement d'une glose, évidemment empruntée au premier commentaire de Boëce sur le Traité de Tlnterprélation. En voici les premières lignes : « iste liber (( inscribitur Periermenias, id est de interpretatione. Est « autem interpretatio vox significaliva, per se ipsa aliquid « significans. Hoc facit nomen, ut homo; lioc et verbum, « ut currit, etc. » La glose ne s'étend pas au delà de la première page, et elle s'arrête à la sixième ligne du chapitre de nomine, F° \\ \°, fin. Explicit liber Feriermeniarum A ristotelis.
T Y^ 12 r°. La dialectique, attribuée à saint Augustin, (( Aurelii Augustini Dialectica incipit liber, » accompagnée d'une glose marginale et interlinéaire , précédée d'un prologue, sans nom d'auteur, que nous donnerons tout entier :
« Aurelius vocatur dompnus Augustinus ab aura, id est « favore populari ; Augustinus item propter ampliflcatus, « eo quod ampliflcaverit rem publicam in libris scriben- « dis. Episcopus Hipponaî segregat eum ab alio Augustino « qui fuit doctor in Anglis. Nam scimus hune Augustinum « esse episcopum de Hippona civitale. Dia enim, quando 0 per iota scribilur^ signiflcat de vel ex prseposilionem ; « quando vero per y, signilicat duo, sicut est dîjalogus; « dîja enim duo, logos sermo dicitur, unde et dyalogos II. 22
(( (luorum scrmocinatio exponitur. Scd omisso isto iio- (( mine, transferaraus nos ad dialecticam, de qua nunc « nobis loqui oportet. Dyalectica autem proprie de die- « tione quum in ea rationabiliter de dictis disputatur. (( Ne quidem videretur de per appositionem dici, quem- « admodum dicimus de monte, de domo; junctim pro- ({ ferenda est dyalectica. Secundum vero Joannem Scot- (( tum, est dyalectica quœdam fuga et insecutio, nt cum (( quis dicit : omnis honestus est, et insequitur alius di- (( cendo : omnis honestus non est, talis hœc disputatio « fugae et insecutioni videtur esse consimilis. Dicitur mi- <( crologa, id est parviloga, sicut rhetorica raacrologa, id « est longiloga dicitur. Macron enim dicunt grœce lon- « gum. Est autem dialectica disciplina rationalis difû- « niendi, disserendi, ac vera de falsis discernendi potens.
(( Hune libellum edidit dompnus Augustinus de origine, (( etymologia verborum, partira quidem ad imraunitio- (( nem Stoicorum^ partim vero ad confusionera. Nam « Stoici dicebant nullum verbum esse quod non babeat « originem, aut sciatur, aut lateat. Quibus ille contradi- « cit, innumerabilia inquiens verba quorum ratio reddi « non possit. »
La glose commence en prenant pour point de départ cette phrase du prologue où la dialectique est dite microloga et la rhétorique raacrologa. « Dialectica nempe est (( pugnus astriclus, sicut et rhetorica palma quœdam <( extensa. Unde raros et studiosos requirit magistros. (( Pauci enim sunt qui eam diligentissime ac plenissime (( scire et investigare possunt. Rhetorica autem in turbas (( populorum procedit vehementissime, sicut videtur in (( legislatoribus et reliquis viris qui optimc sciunt rheto-
« rizare, et longe lateque verba sua extendendo fun- « dere. »
On trouve dans le courant de cette glose un assez grand nombre de mots latins traduits en grec et écrits en caractères grecs. On n'avait à cette époque qu'une connaissance fort superficielle du grec, comme on a pu le voir par le prologue, où dialogus et dialectica sont dérivés de ^ùo et même de ^ua, qui n'est pas grec. De même, à la marge du feuillet 46 v% nous lisons : Bo7ius, agatos; melior, agatoteros,
30 po 2\ vo-22 r°. Deux courts fragments, sans nom d'auteur, sur le rapport de l'être à la forme et au bien. Comme les morceaux de métaphysique sont rares au dixième siècle, nous donnons ces deux fragments,
I. « Nonnulli differentiam quœrunt inter esse nostrum « et id quod est in forma. Quibus sciendum est esse nos- « trum in Deo esse simplex. Id vero quod est et apparet <( in forma. Licet ab esse Dei quod est nostrum esse pro- « cedat, compositum tamen esse non simplex, et ideo « particeps est accidentium dum in forma consistit cui « subjecta est materia. Ipsum vero esse nostrum nullum « accidens admittit, quippe in Deo est, et, ut dicam, Deus « ipsum est, cui nihil extrinsecus accidit, sed idem ci est « esse quod est ens, nobis autem longe aliter, Quanto (( enim longius in ipsa creationis mutabilitate ab ejus esse « recessimus, tanto amplius nostrum ens compositum ejus (( simpjici dissimile est.
II. (( Omnia quœ sunt bona sunt in eo quod sunt, id « est in hoc quod esse habent bonum ; non tamen sunt « substantialia bona, quia non per se ipsa bona sunt, sed « a Deo qui est esse omnium sumpserunt ipsum bonum.
« Possct aiitem aliqnis dicorc : quia ergo dicis non a se « ipsis liabent bonnm, sed aliunde, id est ah esse sno « accepenint, bonum quod habent participatione habent, « id est per accidens. Boethius occurrit ei argumentando, « dicens nec participatione ipsa boiniin habere. Nain si « participationem haberent, taie esset in eis bonum par- « ticipatione bonitatis quale est album in his quœ alba « sunt participatione albedinis, id est accidens. Non sunt « igitur participatione bona, quia in eo quod sunt, id est « quod subsistunt, a bono esse suo habent bonum. Alba « vero quœ sunt non sunt alba in eo quod sunt, quia non « ab esse suo hocacceperunt quod alba sunt : hoc enim « non habent albedinem in essentia sua, sed extrinsecus « accepcrunt eam, per accidens, id est per eventum ali- « quem contingentem substantif . Ideo etiam alba non « sunt alba ineo quod sunt, id est in eo quod subsistunt, « quia ille qui albus non est ea esse alba voluit. Sed nec « justa sunt in eo quod sunt, id est in sua essentia ea « quae justa sunt, licet justus sit ille qui ea justa esse vo- « luit. Hoc enim differt bonitas a justitia quod bonitas ab « esse procedit, justitia ab actu. Omne igitur quod est « bonum est, sed non omne quod est justum est; ac « per hoc bonum générale est, justum vero sjoeciale ; « ideoque omne justum bonum, non omne bonum jus- « tum. ))
Le dernier de ces deux fragments est évidemment une sorte de résumé du traité de Boêce intitulé Aîi omne quod est bonum sit,
■r Entre le feuillet 23 v^ et le feuillet 24 r°, est intercalée une pclife feuille de parchemin qui contient quelques vers de différents auteurs, savoir : de Jean Scot, de
Bède, (le Juvencus, de Prudence, de Virgile, de Perse, et enGn quelques vers d'anonymes, entre autres une épilaplie de saint Augustin.
Nous ne rapporterons que les deux vers de Jean Scot, que caractérise le mélange bizarre du grec avec le latin :
Si vis uranias sursum volitare per auras, Ommate glaucivido lustrabis templa sophyaî.
5" F" 24 r°. Le trailé sur les Catégories, attribué à saint Augustin, avec le prologue en vers d'Alcuin imprimé dans les œuvres de saint Augustin, t. 1, appendix, et une glose marginale et interlinéaire. L'auteur de cette glose, d'ailleurs insignifiante, paraît avoir été un certain Henri, professeur à Reims; car on lit au haut de la quatrième page, fo 25 v° : « Henricus , magister Remigii , fecit bas (( glossas. »
A la fin du texte se trouvent ces vers :
Explicit ampla suum stringens dialeclica pugnum. Augiistine, tonas divini fulmina verbi , De quibus humanos pra^terebras animos.
6^ Entre les feuillets 32 v° et 33 r*^ est intercalée une petite feuille de parcberain conlenant une épitapbe en vers, sans nom d'auteur, sur Diogène le cynique :
Die, canis, hic cujus tumulus? Canis. 0 canis, inquit,
Diogenes obiit? non obiit, secl abit; Diogenes, cui parva pcnus, cui dolia sedes,
Ad mânes abiit, Cerberus unde vetat.
Parva polenta, tripos, baculus, scyphus, aria supellex
Ista fuit cynico; députât hoc nimium.
C'est lépigrammc de Y Anlhologie citée par Ménage,
notes sur Diogène de Laerte, toin. ii, lib. vi, page 254.
70 po 3g yo Dissertation anonyme, d'une demi-page environ, sur le rapport et la différence de Vimage, de la similitude et de ï égalité.
8° Ibid, Dissertation anonyme, adressée à un abbé qui en avait fait la demande par Tentremise d'un certain Fredilo, sur le mélange d'huile et de cire dont les athlètes se frottaient avant le combat.
9° Sur la marge et au bas de la seconde page de la petite dissertation dont nous venons de parler se trouvent les noms des Muses avec leurs attributions, le commencement d'une fable en vers, l'Homme, le Serpent et le Sanglier, et quelques phrases détachées de saint Augustin, etc.
^0° F° 40 r^ >|o Fragment d'un auteur ecclésiastique, désigné par ces seuls mots : Johannis episcopi ; probablement saint Jean Chrysostôme. 2° Glose sur quelques passages de la seconde épître de saint Paul aux Corinthiens. 11 y est fait mention d'une copie de cette épître, qu'un évêque Chuduin avait apportée d'Angleterre en Bretagne, et qui était ornée de miniatures. Il s'agit de ce verset : « A Judœis quinquies qnadragenas una minus « accepi..., » « Prœceptum namque erat legis, ut qui de- (( linquentem verberarent, ita modum vindicte tempera- (( rent, ut plagarum modus quadragenarium numerum (( minime transcenderct. Quod ita ab anliquis intellectum « testatur etiam pictura ejusdem libri quem reverentissi- « mus ac doctissimus vir Chuduinus, orientalium Anglo- « rum autistes, veniens a Roma, secum Britanniam de- « lulit, in quo videlicet libro omnes pêne ipsius apostoli « passiones sive labores per loca opportuna erant de-
« picta. Ubi hic locus ita depictus est quasi denudalus « jaceret apostolus, laceratus lacrimisque perfusus, su- « perastaret ei tortor quadrifldum habens flagellum in « manu, sed unam e fidibus in manu sua retentam , très (( vero reliquas solum ad feriendum habens exertas. »
^>|o F° 40 v\ -1° Explication d'un certain nombre de mots grecs et hébreux, et étymologie de quelques mots latins. 2"^ Fragments du commentaire de saint Jérôme sur le traité d'Origène, irepl àpx.wv.
^2° F°' Â] r°-4^ v°. Tables du cours de la lune, par Bède. C'est une partie de l'Embolismus imprimé dans le -I ®^ volume de ses œuvres.
43^ F« 42 r°. Table des lettres dominicales composée à ce qu'il paraît par un frère de Jean Scot, nommé Aldelmus : on lit au haut de la page :
« Frater Johannis Scotti Aldelmus fecit istam pa- « ginam;.... anno Domino dcccxcvi^ etc. » C'est ici la seule mention que nous connaissions d'un frère de Jean Scot.
^40 F^ 42 v<^. Table der saint Jérôme, pour trouver la lune de chaque jour.
^5" F° 43 r°. Fragment d'un traité de musique, sur les sons que donnent deux flûtes qui sont entre elles dans différents rapports de diamètre et de longueur.
^6"F°^ 43 r°-^*4 r°. Fragment sur les quatre classes d'hommes qui seront jugées au jugement dernier, sur la nature de l'âme, sur les vertus, etc.
470 F» 44 r°. Liste des noms de nombre cardinaux en grec, avec la traduction latine, et pour titre, ce vers :
Graecorum latio produntur grammata rhythmo.
260 APPENDICK.
■18*' F" 44 V". Fragment sur les vies des premiers philosophes ; les sept sages, Pliérécyde, Tlialès, Anaximandre, Anaximène, Xénophane, Parménide , Pythagore , Empédocle et Heraclite. Ce fragment n'occupe que treize lignes, et est tout à fait insignifiant.
^9° F° 45 r°. Fragment anonyme d'un sermon sur la nécessité de la pénitence.
20° F°' 45 v°-52 v° fin. Introduction de Porphyre aux Catégories, avec glose marginale et interlinéaire. Cette glose est précédée d'un prologue, calqué sur le prologue du second commentaire de Boêce, et qui, par conséquent, ne nous a pas paru mériter d'être publié. Nous avons donné, pages 90-93 , les passages qui se rapportent à la phrase célèbre du texte de Porphyre sur la nature des genres et des espèces. F° 52 v°. Explicitus est liber Porphyrii,
Scripturae finem sibi quaerunt hic Isagogae;
Parva quidem moles, magna sed utilitas. Jepa (?) hune scripsi glossans iitcuiKjue libellum;
Quod logicse si sit, scire legens poterit.
2^0 F° 52 v°. Fragment du commentaire de,Boece sur les Catégories, chapitre des Oppositions.
22° F° 33 r°-47 r°. « Anitii Manlii Severini Boethii viri « clarissimi et illustris exconsulis ordinarii patritii incipit « liber : QuomodoTrinitas unusDeus ac non 1res dii, ad (( Quintum Aurelium Memmium Symmachum et illus- « trem virum clarissimum exconsulem ordinarium at- « que patritlum socerum. »
23" r'' 07 r° fin.-D8 t\ « Boethii de sancla Trinilale (( li!)cr oxplicit. Anitii Monlii Severini Boethii viri ch-
« rissimi et illuslris exconsulis ordinarii patrilil ad Jo- « liannem diaconum : Utrum Paler et Filius et Spiritus a Sanctus de divinitate substantialiter prœdicentur. » Il y a un commencement de glose a la marge de la première page.
24° F"^ 58 r''-60 r°. « Item ejusdem ad enmdem : (( Quomodo snbstantiœ in eo quod sint bonœ sint, cum <{ non sint siibstantialia bona. »
250 po8 ^Q ^o 62 v^ Traité, sans nom d'auteur et sans titre, sur la foi chrétienne et ses principaux dogmes, contre les Sabelliens, les Manichéens, les Pélagiens et les Nesloriens. Ce morceau ne se trouve dans aucun des ouvrages imprimés de Boëce. Par les pensées et par le style il ne s'éloigne pas de la manière de cet auteur,
26"* F° 62 v\ Ticilpxe [explicit renversé). « Boethii (( adversus Nestorium et Eutychen pro persoua et natura « Christi ; Domino sancto ac venerabili patri, Joanni dia- « cono Boetbius filius. » Il y a quelques gloses sur les marges.
270 ps 7j po.^Q J.0 Tpai^(5 d'Apulée sur l'Interprétation. (( De Periermeniis. Sequitur dehinc liber perierme- « nias subtilissimus et per varias formas iterationesque (( caulissimus, de quo dicitur Aristoteles : quando peri- « ermenias scriptitabat , calamum in mente tingebat, » F° 80 r°. (( Periermeniœ Apulei expliciunt, in quibus con- « tinentur catégoriel syllogismi. »
28® F° 80 v°. Commencement du premier commentaire de Boëce sur le Traité de l'Interprétation. Ce fragment occupe deux pages (fol. 80 v°-8i r°) qui terminent le manuscrit.
En résumé, voici les données que fournit le manuscrit
2621 APPExNDlCE.
de Saint-Germain n° ^ 108 pour l'histoire de la philosophie scholastique :
^^ Une glose du dixième siècle sur le traité de Porphyre ;
2° Quelques renseignements sur Jean Scot Erigène : de cet auteur célèbre deux vers sur la philosophie , et une sentence sur la Dialectique. Nous apprenons qu'il avait un frère nommé Aldelme, versé dans les mathématiques ;
3^ Une glose d'un écolâtre de Reims , nommé Henri , sur les Catégories attribuées à saint Augustin.
Guillaume de Champeaux.
Le manuscrit de Notre-Dame coté 222 \ petit in-4^, d'une écriture du douzième ou treizième siècle, renferme une collection d'opuscules ou d'extraits relatifs a la théologie, parmi lesquels se trouvent deux écrits de Guillaume de Champeaux, Tun déjà publié, l'autre inédit. C'est par celui-ci que commence le manuscrit que nous allons parcourir.
^opos ,|.23 r° <( incipiunt sententiœ Guillelmi Catha- (( launensis episcopi. Symoniaca hœresis a Simone mago « non habuit principium. Multi enim ante Symonem « eadem hœresi peccaverunt; ut ille qui dixit domino « Jesu : Magister, sequar te quocumque ieris, etc. »
Ce livre n'est pas, comme on pourrait le penser d'après
U Plus haut, p. ^24.