‹ Fragments sur les campagnes d'Italie et de HongrieChapitre 10 sur 38 · Malade, très-faible : rien mangé · texte numérisé non relu

Malade, très-faible : rien mangé

Ma foi, voilà un beau commencement de campagnes ! 11 n'y a pas de proverbe plus vrai que celui qui dit : Homo natus demuliere^ repletus muUis miseriis (que

l'homme né de là femme est rassasié de misères ;) mais entre toutes ces misères, je vous le demande, y en a-t-il une plus grande que, avant une campagne qu'on entame avec toute la verve de k jeunesse, dé sentir une fièvre froide vous geler le cœur chaud, et que de grelotter comme de peur dans le moment où la trompette du départ vous résonne dans Içs oreilles?

26. — Nous reçûmes l'ordre de partir, le lendemain à deux heures du matin.

Je bus ce jour-là tant de limonade, que le soir, ô bonheur ! une aurore d'appétit vint éclairer la nuit de mon âme : l'appétit, c'était la santé, et la santé était pour moi, campagne, gloire, espérance et mille brillants et-caetera.

Je me levai vers le soir, allai en fiacre au preniier hôtel de Presbourg, et pris un léger souper et un verre de bon vin de Bude, pour me donner des forces.

27. — Quand, à une heure du matin, mon domestique m'éveilla, la première- question que je me fis en ouvrant les yeux fut : Suis-je bien portant, ou suis-jê encore malade ? Mes pensées étaient claires ; un doux sommeil m'avait fortifié et rafraîchi ; — grâce à Dieu, j'étais bien portant : aussi je l'en remerciai de tout mon cœur. Je fus bientôt embotté, ensabré et à cheval. L'air frais du matin, l'émotion du moment me faisait tout te biëfn dui&éi^de; en uii liiotj j'étais sauvé.

Alors, selon le bon vieil usage de Tannée autrichienne, nous baissâmes un instant nos sabres, en prière ; la trompette sonna, et à droite par quatre, nous partîmes pour la guerre.

Notre destination immédiate était l'île de Schute, formée par deux bras du Danube, qui se séparent non loin de Presbourg et se rejoignent à Comorn.

Les habitants de cette île (que Ton nomme le grenier de la Hongrie) sont tous Magyares. Rarement on rencontre en Hongrie une étendue de pays où la population ne soit pas plus ou moins entremêlée. Souvent le village magyare a pour voisin un village slave; celui-ci, de nouveau, n'est pas loin d'une colonie alle- * mande qui touche à son tour à un village roumougne ou croate.

En général , cependant , les Slaves habitent le Nord, c'est-à-dire le pays des Karpathes, où ils se sont réfugiés devant les Magyares vainqueurs, qui, en peuple équestre, ont choisi pour demeure les puszta et les plaines, où ils peuvent élever leurs poulains, voler, libres comme le vent, sur le dos de leurs chevaux, et courir en chariots, sans se donner la peine de faire des chemins. Les Wallaques ouRoumougnes habitent le sud-est; les Croates, le sud-ouest ; les plus grandes colonies allemandes sont dans le Banat et dans la Transylvanie.

Page 1