CHAPITRE IV
^11., ^ Tramar |^* ogf hb.
LoR. — Pochi eseguir.
(Aunni.)
La basse soumission qai nous porterait à mèiirisEgr le chieç, devient un mérite lorsque Ton considère son courage, sa fldénté, sa reconnaissance.
(Maebtat.)
La tête de riiomine peut être comparée à une bibUpthèque plus ou moins en désordre : souvent, par exemple, quoique Ton soit certain que l'idée que i'on y cherche y soit cachée dans Dieu sait quel coin, pourtant on n'est pas en état de la trouver ; puis, vpilà. qu'une autre fois, d'une manière tout à fait inattendue et au moment où l'on y pense le moins, on met la main dessus, absolument comme si c'était un livre que l'on cherchait.
Or, n étant pas disposé à fouiller trop longtemps dans les recoins de ma bibliothèque, et n'ayant nullement la prétention de vouloir écrire un livre dont la profondeur et l'ordre soient étonnants, je citerai me? anecdotes absolument comme je les trouve sous lu, main.
La garde civique, mal disposée, ayant été désannée, on en envoya les armes dans l'intérieur de l'empire.
Un convoi d'un régiment hongrois escortait un de ces transports ; or, deux des soldats qui en faisaient partie se permirent la ruse de guerre suivante, et la répétèrent avec le meilleur succès tout le long de la route. L'un d'eux ayant escamoté, d'une caisse, un superbe fusil , le cachait soigneusement sur une des charrettes; puis, quand on entrait dans ville, bourg ou village, il le prenait en main, et, allant en cachette droit au premier venu, et lui faisant signe de se taire, lui offrait le fusil pour deux pièces de vingt kreutzers chacun , en voyant cette arme magnifique, la prenait avec avidité, et, croyant naturellement faire un excellent marché, donnait avec plaisir les deux pièces d'argent demandées, et peut-être même plus ; sur quoi le premier soldat, son rôle fini, empochait son argent et s'en allait.
Rira bien qui rira le dernier.
A peine le nouveau possesseur du fusil, fier delglo" rioso acquisiOy voulait-il filer doux pour le mettre en sûreté, que notre second vaurien de soldat, qui était resté exprès un peu en arrière, et avait eu tout le temps, comme un renard, l'œil fixé sur la transaction, tout à coup se présentait menaçant au pauvre homme ébahi, lui demandait, avec un terem tête hongrois, où
il avait volé ce fusil, et le reprenait en lui recommandant d'être fort content de n'être pas traité plus sévèrement et livré à un conseil de guerre.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute!
La même ruse leur réussit partout ; il est d'ailleurs possible que l'officier commandant du transport les aura à la fin attrapés, et aura donné un dénoûment tragique à cette comédie.
On sait ou bien l'on ne sait pas que l'infanterie hongroise porte des pantalons bleus collants, et est chaussée avec des espèces de bottines lacées par devant.
Au monde, personne n'est si fier ni si jaloux de son costume que le Hongrois.
Comme le Highlander écossais, il regarde avec le plus suprême mépris tout vêtement qui n'est pas taillé à la mode de son pays, et il n'en vêtirait pas ses membres sans la plus dure nécessité.
Le colonel d'un régiment hongrois, stationné en Italie, avait fait faire, à ses frais, des pantalons blancs à tout son régiment, qui, composé pour la plupart de Hongrois, aurait infiniment préféré souffrir la chaleur des canicules dans des culottes magyares, que d'être au frais au prix de fourrer leurs jambes hongroises dans un pantalon schwab^ c'est-à-dire étranger.
Pour différer le moment fatal, plusieurs subterfuges furent inventés, jusqu'à ce qu'enfin tout le régiment reçut l'ordre de paraître à la parade d'église. — malheur ! ces pantalons blancs, plus d'excuses maintenant. A l'heure fixée le régiment était en ligne, et en pantalons blancs, il est vrai ; mais sous ces pantalons blancs, malgré l'intense chaleur, la plupart des soldats avaient conservé leurs culottes de gros drap, pour ne pas être infidèles au costume de la Hongrie.
Puisque je suis en train de conter des anecdotes, en voici encore une qui peut-être amusera le lecteur.
Un de nos officiers avait un petit terrier anglais qui, par un accident quelconque, n'avait plus que trois pattes.
Or, quand nous partîmes pour l'Italie, le maître du chien, le croyant incapable de faire la campagne, le laissa à Salzbourg, sous la tutelle d'une vieille dame qui l'adopta et promit d'en avoir soin.
Nous étions depuis deux mois en Italie quand le premier transport nous arriva de Salzbourg ; un terrier l'accompagnait: — c'était notre vieil ami Pif, qui, ayant abandonné sa vieille maîtresse, était venu à trois pattes, Dieu sait pendant combien de lieues, pour rejoindre le régiment.
L'ancien maître du chien étant absent, les officiers de l'escadron l'adoptèrent en commun, lui firent faire un collier, et dès ce moment il nous suivit dans
toutes nos marches et dans tous nos bivouacs , partageant notre bonne ou mauvais^ chère, notre bonne ou mauvaise fortune. Il marchait ordinairement avec le peloton d'avant-garde, et quand nous étions d'avantpostes, là, au piquet le plus avancé, se trouvait le petit animal, ou dormant sur une botte de foin, ou bien allant d'un feu à l'autre demander à manger.
Quand nous partîmes pour la Hongrie, il nous suivit comme partout. Chemin faisant (en passant le pont de la Brenta) un cheval lui ayant donné un coup de pied, il tomba dans la rivière, qui est large et rapide. Tous nous nous arrêtâmes pour voir s'il se tirerait d'embarras ; mais le torrent l'emportait, et au détour du fleuve nous le perdîmes de vue ; et nos soldats de dire : Adieu, Pif, adieu! Or, après un quart d'heure, un de nos troupiers , se levant sur ses étriers et montrant du doigt au loin, cria triomphant : Regardez, camarades, le voilà, là-bas, là-bas, qui court pour nous rejoindre. Nous regardâmes; en effet, le petit diable avait su atteindre le bord, et, tout mouillé et ressemblant à une souris, il nous atteignit 'bientôt.
Il nous accompagna fidèlement pendant cinq ou six batailles : à Raab, à Gomorn. Dans les plus grandes mêlées, il ne prenait jamais un autre régiment pour le nôtre, ou un autre escadron pour le sien.
Dans l'affaire de Szegedin enfin , où nous nous battîmes jusque bien avant dans la nuit, nous le perdîmes pour
ne plus le retrouver. 11 est sans doute encore aujourd'hui dans un de nos régiments de cavalerie, que, dans la nuit de la bataille, il aura pris pour le nôtre.
I\[ais revenons en Italie.
A peu près vers ce temps, le vieux maréchal adressa à la garnison de Vienne une lettre qui fit une grande sensation dans les rangs de l'armée du prince Windisch-Graetz qui était alors devant la capitale. En voici la traduction :
« Soldats ùe la garnison de Vienne !
» Je ne suis point votre général en chef; vous n'êtes ni habitués à entendre ma voix, ni à la suivre au combat ; mais comme feld-maréchal et comme le plus ancien soldat de l'armée, j'ai le droit de vous adresser une parole sérieuse.
» Des choses inouïes ont eu lieu sous vos yeux ; le drapeau sans tache de l'Autriche a été souillé par le sang et par la trahison ; pour la seconde fois votre Empereur a dû fuir la capitale ; le ministre de la guerre, général comte Latour, a été cruellement assassiné, son cadavre déshonoré; un brave général est tombé, comme l'on dit, par la main d'un grenadier: un bataillon de grenadiers oubliant, dans d'infâmes orgies et dans l'ivresse, son devoir, refuse d'obéir, et, ô honte ! fait feu sur ses propres frères d'armes.
Soldats de la garnison de Vienne! je vous le demande, au nom de Tarmée d'Italie, dites-moi, avez-vous fait votre devoir ? Où était la garde qui devait défendre le général Latour et aurait plutôt dû mourir à ses pieds que de l'abandonner à la rage d'une foule furieuse et sanglante ? Où sont les traîtres qui ont couvert notre drapeau de honte ? La punition si bien méritée les a-telle atteints, ou bien rampent-ils encore méprisables dans les rangs de l'insurrection ?
» Soldats ! la douleur m*a saisi, et mes yeux, à moi vieillard, se sont remplis de larmes en apprenant ces turpitudes inouïes dans les annales de l'armée autrichienne. Une consolation m'est restée, c'est que ce ne fut qu'une petite bande qui oublia l'honneur et manqua au devoir. Maintenant, braves, qui êtes restés fidèles, c'est à vous à défendre le trône de notre Empereur et les institutions libérales que sa bonté paternelle octroya à ses peuples , et dont une bande d'insurgés abuse d'une manière infâme.
» Soldats ! ouvrez les yeux devant le gouffre qui s'entr' ouvre à vos pieds. Tout est risqué au jeu : les colonnes de l'ordre social sont ébranlées; la propriété, la morale, la religion, sont menacées ; l'on veut détruire tout ce qui est cher et saint à l'homme, tout ce qui fonde et maintient les empires. Cela, et non la liberté , est le but de ces agitateurs qui voudraient vous entraîner dans la honte et dans la perdition.
» Soldais ! la défense du trône et le maintien de l'Empire reposent entre vos mains. Que Dieu, dans sa grâce, me fasse voir le jour où Ton dira : « Cest l'armée qui a sauvé l'Autriche. » Alors et pas plus tôt, les journées des 6 et 7 octobre de cette année enceinte de malédictions seront expiées et retomberont dans l'oubli, et l'armée d'Italie, qui défend maintenant les frontières de l'Empire contre l'ennemi intérieur, alors vous retendra fraternellement la main,
» Quartier général, Milan, 16 octobre 1848.
. RADETZRY,
» Feld-maréchal. »
Le soir du 9 novembre de cette année, j'étais avec le jeune prince L... (le même dont plus tard on lira la triste fin) au café de Signori, dans la ville de R....
Ayant fait allumer un bon feu (de fascines) dans la cheminée, tout en buvant notre chocolat avec du bon gâteau de Vicenze, nous lisions avec le plus grand intérêt la défense des Viennois contre le prince de Windisch-Graetz et le ban Jellachich,etles proclamations diffamatoires et les mille calomnies que les insurgés répandaient contre ces deux illustres soutiens de notre Euipire. Notre soif de nouvelles enfin satisfaite , nous ordonnâmes deux verres de grog qui parurent
bientôt tout fumants et brillants d'une façon fort invitante, vus à travers la flamme du feu pétillant.
Il était déjà tard ; tous les habitués du café étaient partis ; nous étions seuls dans la chambre.
Dieu sait par quelle association d'idées nous nous mîmes à parler de notre jeunesse, des folles espérances avec lesquelles nous étions entrés dans la carrière militaire, des brillants tableaux que nous nous étions faits, et de l'aspect tout différent qu'avaient le monde et la vie pour nous maintenant. Nous tînmes à peu près le dialogue suivant :
« Je me souviens, dit 1j... , et il n'y a que bien peu d'années de cela, quelles lucides espérances j'avais, et avec quelle ardeur je me flattais qu'une page dans l'histoire serait peut-être consacrée à mon nom.
— Je crois avoir eu aussi la même fantaisie, lui répondis-je ; mais c'est comme un rêve maintenant, et c'en était un en effet. Maintenant j'ai perdu tout à fait cette illusion d'étudiant, et je crois que rien au monde ne me serait plus indifférent que ce qui me séduisait tant jadis, un nom dans l'histoire.
— Dans quelques années sans doute je serai de la même opinion que toi (il devait l'être le lendemain comme l'on verra) ; mais maintenant, je l'avoue, cette idée de vivre dans la bouche de la postérité me poursuit de temps en temps et me séduit encore ; c'est une faiblesse sans doute, mais je ne puis m'en affranchir
tout à fait ; car, ah ! dit-il les yeux brillants et le teint animé, avoue toi-même, une page dans Thistoire est une belle et noble chose !
— Je t'assure, mon cher, lui répondis-je, que je crois au' on achèterait cher cette gloire avec une seule nuit d'insomnie. Le plus sage des hommes a dit : t Tai trouvé qu'il y avait un homme entre mille, et pas une femme entre toutes. » Or, cela une fois admis, n'est-il pas de la plus profonde indifférence si l'on reste inconnu, ou si l'on est plus ou moins loué ou blâmé?
Car quel bien fait le bruit, et qu'importe la gloire? Est-on plus ou moins mort quand on est embaumé? Qu'importe un éco^er, sacbaut trois mots d'bistoire. Qui tire son bonnet de van l une écriloire Ou salue en passant un marbre inanimé ?
Être admire n'est rien
— Je serais fort heureux et content, continuai-je, si j'avais la conviction qu'après ma mort mon nom serait prononcé plutôt avec regret qu'avec admiration par un petit nombre d'amis sincères, et que de temps en temps, au milieu de leurs joies et de leurs plaisirs, l'un d'eux, attristé un moment, dise d'une voix amicale : Pourquoi n'est-il pas entre nous?»
Le joui- suivant, à la même heure que la veille, L... et moi nous étions tous deux de nouveau assis au coin du feu; L... lisait haut les dernières nouvelles qui
contenaient la suite de la défense et la prise de la capitale rebelle ; entre autres articles du même genre, était le suivant :
« Vienne, etc. Aujourd'hui, à deux heures de l'après- » midi, eut lieu l'entrée de Jellachich, ban de Croatie, » dans la capitale. Son extérieur est aussi militaire » que spirituel. Il portait un habit gris, galonné d'or, » et, monté sur un superbe cheval blanc, marchait à » la tête du régiment de Mengen-cuirassiers ; des » Séréjans en manteaux rouges formaient l'avant- » garde. Dans toute ma vie;, je n'ai jamais vu des » hommes aussi terribles et pittoresques que ces der- » niers, dans leur costume oriental, leurs pistolets » turcs, leurs yatagans, leurs longues moustaches et » leur teint olivâtre et basané.
» Les rues étaient rempliesdemonde,non moins que » les fenêtres et les balcons. Là où Jellachich passait, » les acclamations n'en finissaient pas; les dames » saluaient avec leurs mouchoirs, les hommes élevaient » leurs chapeaux en l'air et criaient : Vive Jellachich ! » vive le ban de Croatie!
» Hier, ô honte! ces mêmes gens avaient traîné » son nom dans la boue de la calomnie, et son effigie » dans la fange des rues; hier on l'avait maudit mille » fois comme fléau de Dieu et comme chef de bri- » gands, et il avait été couvert d'insultes et d'oppro- » bres, et aujourd'hui les acclamations, les hourrai^et
et l'on aime certes autrement sous le brûlant soleil de réquateur que dans les neiges et les frimas du Nord.
Les voyageurs disent que la nature n'a donné qu'à l'Europe la véritable femme, et l'a parodiée ailleurs. « Sans cette attention de la nature, dit un auteur français, la fidélité serait impossible dans les voyages lointains. Les épouses des savants ne permettraient pas à leurs maris d'explorations équinoxales, et la science serait bien ignorante aujourd'hui. Si dans les archipels de l'Océanie on trouvait des Vénus de Médicis succombant devant un grain de verroterie ou un petit miroir de deux pences, les trois quarts des hommes se feraient marins, et l'équilibre social en souffrirait mortellement. » Si les femmes de l'Europe sont les plus belles du monde, les plus laides de l'Europe ne sont pas en Italie. Ici la langue mélodieuse, les soirées ravissantes, et enfin les éclairs qui jaillissent des yeux veloutés^ ne peuvent manquer de produire leur effet et de vous forcer à aimer.
Je demeurais à N..., dans un palazzo dont, quoique je m'en souvienne fort bien, je ne décrirai pas l'architecture ; je vous dirai seulement que de ma chambre, qui donnait sur le jardin, l'on voyait deux fenêtres et un balcon (qui en Italie dit balcon, dit amour) qui attirèrent mon attention d'une manière toute particulière.