CHAPITRE V
Pcr iiel sonno, almeii talora Vieil colei che m'inamora Le mie pêne a consolar.
Rendi amoar, se guisto oci, Pu veraci i sogni miei, non farmi risvegllar.
(Metastasio.)
Oh ! that I were a glove Boon ihat hand That I might touch that cbeek.
(Shakspeare. )
Le divin climat et le doux soleil du
Bel paesc, che l'Appenin parte E*l mar, circonda e TAlpe
sont devenus proverbiaux, et ce n'est pas exagérer de dire que là seulement l'acte de vivre et de respirer nous cause un certain bien-être, et un sentiment suave et délicieux duquel on ne peut se rendre compte. C'est vraiment le pays
Where simply h fui that v*e breathe, that we live, Areworth the btà joys that life else where can give.
Là où respirer est un plaisir, lectrice, que doit y être l'amour ?
L'influence du climat sur le cœur n'est pas à nier.
J'aurais voulu être leur frère, ou plutôt j'aurais préféré les nommer mes cousines. Un matin, j'appris, tandis qu'elles s'appelaient en jouant dans le jardin, que leurs noriis étaient Chiara et Giulietta. Cousine Chiara, cousine Giulietta, cela aurait sonné bien doux à mon oreille.
Chaque fois que je me montrais à la fenêtre, les deux jolies têtes se penchaient sur l'ouvrage, et leurs blanches mains brodaient avec une assiduité trop extraordinaire pour ne pas me flatter.
Poussé donc par l'enfant aux yeux bandés ( selon Voltaire, maître de qui que tu sois) , je résolus de faire connaissance ; et le lendemain , non sans crainte de passer pour indiscret , je me fis annoncer et me présentai à la vénérable dame , mère de mes cousines in petto : « Crederei, Signora, » lui dis-je , « mancar » ai doveri di buon vicinanza, se omeî.essi, essendo in » una stessa casa, di presentarmi a lei;mi scusera se mi » son ingannato. » Je fus reçu on ne peut pas mieux , et, après quelques minutes, j'étais assis (c'était depuis longtemps le comble*, de mes vœux ) , non-seulement à l'ombre des rideaux lourds , au beau milieu des jasmins, des roses et des camélias, et ayant par-dessus ma tête le rossignol entêté , mais encore j'étais à côté des deux gentilles sœurs , que je parvins à faire sourire d'abord, rire aux éclats ensuite , et ainsi à les rendre petit à petit moins timides et moins craintives.
Une connaissance plus intime et la conversation me guérirent bientôt de mon penchant pour deux belles à la fois : Chiara devint bientôt seule maîtresse de mon cœur ; et elle , — elle m'aima aussi pour les dangers que j'avais subis :
She loved me for the dangers I had passed.
Ce fut, en nous donnant des fleurs que nos mains , pour la première fois , se rencontrèrent , et ce prétexte nous servait souvent. Un jour, j'avais mis à ma boutonnière un camélia qu'elle m'avait donné. La fleur tomba ; elle la ramassa et me la présenta. — « Afin, lui dis-je en riant, de ne la plus perdre , donnez-moi une aiguille et du fil blanc , et je me la coudrai à la boutonnière. » Avec un sourire, elle me donna l'aiguille désirée,etvoyantlamanièregauche dont je m'attachais le camélia : — «0 Dio! dit-elle, quelle mauvaise couturière vous êtes ! Je vois bien qu'il faut que je vienne à votre aide , car vous êtes terriblement maladroit. — Accordé!» répondis -je; et elle, le dos tourné vers sa mère, se pencha sur moi. Tandis qu'elle me cousait la fleur à l'habit, je lui prenais, ivre de bonheur, sa petite main sur mon cœur, et ma bouche eflleurait ses beaux cheveux noirs. Elle rougit , les yeux baissés, et laissa presque tomber la fleur. Enfin, quand l'œuvre finie elle se releva, elle avait reçu le
premier baiser d'amour : j'avais pressé convulsivement mes lèvres sur sa joue.
Had we never loved sae blindly,
Never met or never parted,
We had ne'er been broken hearted.
Le destin , ce tyran qui refuse à l'homme une félicité parfaite , vit probablement mon bonheur d'un œil jaloux , car l'ordre de partir ne se fit pas attendre. Ah I ce ne fut que bien longtemps après , et petit à petit, qu'oubliant celle qui avait su toucher mon cœur, je recommençai , ô inconstance I
A régler le sentiment
Sur la marche du régiment.
Elle aura sans doute banni mon souvenir bien plus tôt ; car, si le cœur des femmes ressemble au ciel ( comme dit Byron ) , hélas ! il varie nuit et jour, ainsi que le firmament.