‹ FragolettaChapitre 114 sur 152 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

d'exclamations et de rires dérisoires que le meneur d'ours qui avait parlé et son compagnon furent un instant déconcertés.

— Suffit, dit enfin celui qui était le plus vieux, que nous soyons ici sur le territoire de sa majesté sarde, notre allié. Les Français ne tiendront pas plus ici que dans la Calabre, et partout où les princes légitimes ont besoin de mon service je suis là pour purger ritalie des étrangers, nettoyer la botte d'un bout à l'autre.

— La botte? mon camarade, dit en entrant un homme tout rond qu'on s'empressa de saluer avec un grand respect, c'est un métier où il y a à faire. J'ai commencé par là, moi qui vous parle, et je m'en suis bien trouvé.

Le meneur d'ours toisa le nouveau venu avec un de ces regards d'indignation aristocratique que devaient posséder en Espagne ces hidalgos du temps de GiUBIas, qui, tombés de l'opulence dans la misère, demandaient l'aumône avec une escopette.

— C'est donc bien vrai, monsieur Simon, demanda l'hôtesse souriante et empressée, c'est donc bien vrai que toute votre fortune a été amassée en France?

— J'ai été là à douze ans, mon enfant^ je n'étais pas fier, je ramonais le long de la roule, et je puis dire que je suis entré à Paris par la cheminée. J'ai d'abord assez bien vécu, comme monsieur, de la ressource de nettoyer les bottes. Ensuite les cuisinières du quartier ont voulu que je me fisse porteur d'eau. Quand j'ai perdu leur pratique , qui était ex^ Qeliente, les banquiers m'ont donné à porter des a»*

signais et môme quelques sacs d'argent nouvellement retrouvés. J'étais cité dans mon coin, j'avais la confiance de deux rues.

Je serais resté plus longtemps à Paris sans la révolution. Mais quand il eut fait tuer presque toutes mes pratiques, ce méchant galopin de Marat, à qui je portais de l'eau pour son bain ^ quand il eut fait mettre hors la loi M. Louvet, qui demeurait dans la môme maison que moi, rue Saint-Dominique, n*» 340, nm foi nous avons gagné ensemble les montagnes, et je suis revenu au pays. Quoique ça, je m'intéresse toujours à la France^ c'est elle qui m'a fait gagner mon pain. On dit qu'il s'y passe des choses, mais des choses et c'est pour cela que je viens un peu audevant de monsieur le courrier pour savoir les nouvelles.

Le courrier, qui ne voulait pas se compromettre ou quitter son souper, prétendit qu'il ne savait rien. Bernard n'était pas assez charmé de la tournure des affaires politiques pour s'en faire lé trompette, et quand les naturels du pays eurent déploré le mauvais système de l'administration des postes, qui n'avait établi de bureau qu'à Sainl-Jean-de-Maurienne, de telle façon que lés journaux et les lettres passaient là devant ceux à qui ils étaient adressés sans qu'on pût ouvrir les paquets, on se rabatlit sur le chapitre des conjectures.

— Tout cela, mauvais jugemcns, dit le fils d'un ancien barbier du village, ruiné à construire un établissement thermal au fond de la vallée de Maurîenne. Il espérait loujouh ^ùe ses bains auraient la

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