CHAPITRE XVI
teville, car je vois monter des sbires le long du sen-> tier qui borde le mur et les jardins de ce couvent.
— Ce n'est pas pour moi, slgnor, nous sommes sur un terrain ^privilégié, territoire de franchise, neutralité respectable que ces coquins n'oseraient violer. C'est peut-être pour vous qu'ils viennent.
— Que faire, dit d'Hauteville, sans armes?
— Ma foi , montez vivement à gauche vers celle partie abandonnée des bâtimens ; vous y trouverez facilement quelque retraite, et je ne vous y laisserai pas longtemps seul, car j'ai une grâce à vous demander. Allez, ajouta-l-il, voyant que le major hésitait. Ces valets de potence ne sont pas dignes de mettre la main sur un soldat. Si jamais vous devez être arrêté, major, que ce soit au moins par un pèlerin qui vous vaille.
D'Hauteviile, sans confiance aucune en cet homme, voulait cependant, à quelque prix que ce fût, accomplir le but de sa visite, et il se retira en effet vers le Heu obscur qui s'étendait à gauche. Un confesseur traversant alors le cimetière d'un air sombre et préoccupé prit le même chemin. D'Hauteviile, l'évitant d'arcade en arcade, crut enfin se réfugier derrière les piliers d'une chapelle dont il poussa la porte. Le moine l'y suivit encore, puis sembla s'arrêter d*étonnement de trouver cette porte enlr'ouverle. Il la ferma sur eux au moyen d'une clef qu'il portait sous sa robe et laissa échapper entre ses dents serrées : (( Maudite touriérel Infidèle ou négligente sorcière! je la ferai chasser ! »
Le major se crut tombé dans un piège. Il hésitait
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encore sur le parti qu'il avait à prendre ; mais il était résolu de disputer une vie qui commençait à lui tù* devenir chère lorsqu'il entendit deux voix converser dans une des cellules voisines. Il avait jugé un lieu si sombre et si humide tout à fait abandonné, et sa curiosité s'éveilla. Ce qui contribua surtout à le faire approcher fut la ressemblance qu'il s'imagina saisir entre le personnage survenu et ce Savérelli dont le constant intérêt pour Fragoletta lui avait inspiré autrefois tant de mystérieuses défiances.
— Oui , disait une femme dont la voix aoQQDçait une grande faiblesse et de qui les premières pandes n'avaient pas beaucoup de suite , j'ai caché un secret qui me pèse et j'ai voulu un étranger pour le recevoir. Le directeur de cette maison esl si dur! voyez dans quelle misère il me laisse périr!
— Marquise de Guirlandaïa, dit le moine
— Pourquoi me rappeler un titre que j'ai perdu et non celui d'abbesse , dans lequel j'espère?
— Ëh bien, révérende nière^ si c'est ce secret qui vous a empêchée de mourir, c'eét un scrupule exagéré : n'avie2~vous pas reçu l'absolution ?
— J'en ai obtenu la promesse à condition que je passerais pour morte. Ils ont fait décider au médecin que j'étais sans espérance; et le grand prieur, voulant obtenir cette abbaye pour sa nièce, dans un moment où il se croit quelque crédit à la cour, m'a imposé sur-le-champ la nécessité de renoncer au monde.
— Eh mon Dieu! je saiè tout cela. Don Strigello est mon ami, et il a fait tout pour le mieux. Il fallait une plus édifiante personne que vous à la tôle de