‹ FragolettaChapitre 146 sur 152 · CHAPITRE XVlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVlï

flancs de ce promontoire qui fui autrefois Baïa, ainsi qu'on le lui prescrivait dans une dernière lettre , il découvrit son adversaire.

Adriani, couvert du pastrano dont les Napolitains ont coutume de s'envelopper, approcha. Son maintien paraissait empressé plutôt que solennel ou craintif, et d'Hautevile crut remarquer qu'il avait en l'apercevant tendu les bras yen lui comme par un mouvement instinctif.

— Je dois la vie à votre sœur, dit d'Hauteville affectueusement, et en vous offrant ici la mienne. J'oublie tout ce qui n'est pas l'espoir et l'avenir pour nous. Youlez-vous regagner votre propre estime et ne former qu'une seule famille?

Adriani, glacé par ces paroles, s'arrêta subitement, et avec l'accent d'une tristesse qui parut sinistre à d'Hauteville :

-^ Eugénie a souffert de bien mortels chagrins , dit-il. Savez- vous si ce que vous désirez serait encore possible ?

— Je sais qu'il y a quelque témérité à me rappeler ici de pareils souvenirs.

— N'en avez-vous pas montré davantage, major, vous qui êtes resté obstinément à Naples quand vous étiez encore libre d'en sortir? Que risqué-je , moi? d'exposer honorablement ma vie contre vous; vous, de la perdre infailliblement, et de la mort des espions et des traîtres.

— Je conçois votre empressement à me conseiller la fuite, dit d'Hauteville. J'apprécie comme je le dois une si charitable sollicitude !

222 FRAGOlifiTTA.

Le jeuoc hofome ne parut poioi s'apercevoir ou oe

laissa poiot connaître qu'il eût compris une ironie si méprisante. Il ajouta :

— Au lieu de chercher réparation d'un tort exagéré ou peut-être imaginaire, croyez-moi dono^ éloignes* vous sans délais, puisque la faculté vous en est rendue. JVous nous reverrons dans un autre lieu ou dans

un monde meilleur Mais, au nom de votre propre

salut, différez une rencontre devenue si dangereuse par la haine de tant d'ennemis*

-— Je la diffère, dit froidement d'H^titevilIe, jusqu'à l'arrivée de nos témoins , car je pense que vous avez pourvu à un soin que je ne pouvais prendre. Je les croyais ici.

Il s'assit sur une roche et se mit à examiner curieusement quelques brins de mousse marine avec ce sentiment d'intérêt nouveau que tout prend pour un prisonnier récemment rendu à l'espace ou pour un homme qui va risquer ses jours. Il se sentait impatient et triste, plein de courage, mais le cœur serré.

Adriani avait porté rapidement ses yeux sur les horizons encore confus de la mer et du ciel , et les ramenant vers d'Hautevilie, qui se levait déjà par un mouvement d'impatience :

— Ne regardez point du côté de Naples si les témoins arrivent : ils ne viendront pas. A quoi bon des témoins? Je n'ai pu consentir à attirer sur vous des regards étrangers et à rendre votre péril encore plus, inégal. Ce Mastrillo dont vous vous promettiez l'assistance est peut-être un des pareus de ceU9

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famille que je ne ooanais pei. Mais que tous reslet-il à éclaircir? C'est moi qui suis Toffenseur i c'est moi qui vous rendrai raison.

— Quand? reprit d'Hautevilie. Car je pense que nooft ne sommes pas venus iei pour discourir.

Deux épées demi-cachées sous le manteau d'A-» driani brillèrent, et il les posa sur la roche; puis et presque au même instant il les couvrit sans afTectatioB de 6on bras étendu , car on entendait les pas de plusieurs personnes c elles se rapprochaient en suivant eette route, habituellement déserte, qui passe au pied des tombeaux de Virgile et de Sannazar pour aboutir à l'église de Santa-^Maria del Parto.

Q'éUit une noce de pêcheurs ^ elle descendait joyeusement le long de la grève, et à la vue des étrangers, la troupe se crut obligée de signaler bruyamment son allégresse : les fifres résonnèrent^ les matelots, parés de rubans, tirèrent plusieurs coups d'escopelte, et une jeune enfant de douse à treise ens s'avaoçia vers d'Hautevilie et son compagnon avec des bouqueis de câprier bleu qu'on a coutume d'offrir en cette circonstance è ceux que la nooe rencontre en se rendant à la chapelle.

— Que la sainte Madone vous soit en aide , dit la jeune fille sans trop baisser les yeux, et qu'elle accorde à chacune de vos excellences sa bien-aimée promise.

Le major, qui s'était rapproché dé son adversaire pour éviter d'inspirer quelque soupçon sur leurs desseins, offrit une piastre à la jeune fille. Adriani lui fit le même présent et ajouta :

— Pour acheter un corset^de velours et une épingle

dorée , petite. Et où donc allez-vous les marier si malin?

— Au couvent des Camaldules, excellence. Il en coûte moins cher avant le commencement des offices. Au revoir! ajouta-l-elle, courant déjà vers ses compagnes et agitant sa main légère à la hauteur des yeux pour saluer les étrangers.

La jeune fille, dans les deux personnes qu'elle avait surprises et dont Tune songeait encore aux intérêts d'une vie qui se fût enchantée par les espérances de l'amour et dont l'autre priait peut-être pour son ennemi, n'avait vu que deux jeunes seigneurs attendant là de joyeux compagnons à un rendez*vous de plaisirs ou de fête. £lle leur porta envie en s'éloignant.

Quand l'écho n'apporta plus que les sons affaiblis des instrumens :

— Ainsi, dit d'Hauteviile, nous nous battrons seuls au bord de cette mer ?

Il était apaisé par la certitude du combat, et pourtant il rassemblait tous les motifs d'éviter ce combat sans gloire contre un ennemi qui lui paraissait faible.

— Oui, seuls, dit Adriani.

— Et un seul quittera ce lieu, puisqu'un entêtement que je ne puis discuter vous fait repousser les conseils de l'honneur et de la raison.

-— L'honneur consiste à ne pas mourir inutile à son pays, et la raison à s'éloigner d'un péril sans honneur : elle dit que votre existence est plus précieuse que la vengeance qui vous arrête ici.

Et comme d'Hauteviile, qui paraissait ne point

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