‹ FragolettaChapitre 17 sur 152 · CHAPITRE IV. W · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. W

d'Êpicure on de Platon , peuUêlre quelques pages de Tacite. Prenez garde : éloignons-nous , de peur que notre souffle n'anéantisse un monument, ne disperse une vérité immortelle.

Quelques statues en plâtre , dont la récente fabrication et tout réclat blanchissant contrastaient avec la vétusté.imposante dont tous les autres objets étaient empreints, arrêtèrent plus loin nos voyageurs.

— Vous vous étonnez, dit Éléonore, de la pauvreté de cette matière au milieu de tant de bronzes et des mille trésors de Paros ? C'est un présent que nous a laissé la cour. On n'a pas seulement fait charger les navires anglais du mobilier des palais, des bijoux de la couronne, du trésor de Saint-Janvier et des lingots déposés dans nos monnaies publiques : on a soustrait aussi les pierres gravées de nos musées, les tableaux qui pouvaient se mouvoir, et jusqu'aux bronzes les plus rares , que nos sueurs avaient arrachés aux cendres du Vésuve. Hélas! ces spoliations ne profiteront pas même aux ravisseurs. On avait tellement entassé ces richesses que leur poids menaça d'engloutir le vaisseau royal. Regardez cette noble figure d'Aristide : vous ne verrez jamais l'original. Ce chef-d'œuvre a été jeté à la mer durant celte nuit de tempête qui épouvanta les fugitifs à la vue du port de Catane^

D'Hauteville s'avança vers l'Aristide, il admira l'élévation de ce style qui avait caractérisé un héros avec tant de simplicité. La tête portait encore le casque, mais les plis un peu droits du vêtement n'accusaient pas de cuirasse ; le banni tenait un bâton dans la main \ et un pied eo ayant, posé sur uo amas

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de petites coqaiiles , exprimait qu'il allait franchir les remparts de son ingrate cité.

Les Paris , les Thésée , les AntinoQs furent successivement Tobjet des hommages de d'Hautevilie et d'Éléonore, pendant que Camille semblait considérer avec une plus complaisante étude , tantôt une Yénus voluptueusement dessinée et tantôt une Érigone enfant, dont Texpression était pleine à la fois de ma-* lice et de candeur.

Après qu'on eut examiné une foule de meubles grecs et ces vases qu'on appelle si improprement étrusques , et jusqu'à des billets de spectacles, espèce de tablettes où l'on voit encore inscrits le titre de la pièce et le nom d'Eschyle :

^Quelle est, dit d'Hauteville , la déesse ou la mortelle couchée sur cette espèce de lit dont la forme est toute moderne ? car assurément ce n'est pas 1& une statue antique. Appuyée sur un bras plein de souplesse, on la dirait dans un demi-sommeil. La tête , tournée en sens inverse de la pose du corps , semble exprimer à la fois le sourire et la tristesse. Une de ses jambes croisées relève un pied charmant> et l'autre pied est engagé avec grâce dans les plis d'un manteau qui laisse cependant presque toute cette beauté sans voile.

— Oh! pour celte figure, dit Éléonore, elle est digne de toutes vos admirations: Je vous la donne pour Cire de la plus pure antiquité *, mais le lit sur lequel elle repose est en effet une assez grossière ébauche que le Bernin exécuta dans sa jeunesse.

B'Hauteville fit le tour de la statue et ne put tout

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i coup retaiir une exclamation de surprise. Camille le suivait ingénument, elle s'arrêta ainsi que lui, considéra un moment le marbre, puis le Français, comme pour l'interroger sur son étonnemenl; mais celui-ci avait déjà détourné la tète afin de cacher un soarire.

--C'est là , poursuivit Éléonore , le plus bel ouvrage que nous connaissions de Polyclés. C'est cet eofant d'Hermès et d'Âphrodise dont Ovide a aussi coasacré l'existence dans ses yers.

—Je ne comprends guère ni cette poésie ni cette sculpture dans une telle exclusion de la vérité , dit le jeune homme. Est-ce que cette capricieuse composition ne vous parait pas à yous-môme indigne des arts?

— Profane ! un pareil Jugement est bien digne de vous, c'est-à-dire d'un de ces hommes du Nord, dont rimagination s'etTarouche de tout, dont le sentiment du beau se préoccupe de mille réticences , ou plutôt dont tout le goût consiste en d'éternelles craintes d'admirer.

— Mais quelle a pu être la pensée de votre Polyclés ? Pourquoi donner un corps à une si fabuleuse rêverie ?

— Mais d'abord il n'est pas prouvé , mon cher capitaine , que cet être-là soit hors de la nature. Socrate fait de son existence l'objet d'un entretien avec le peintre Pharrasius. Platon , dans le Banquet j n'assure-t-i! pas que l'homme avait une double nature en sortant des mains du Créateur, et qu'il n'en fut dépossédé qu'après sa rébellion ? C'est peut-être

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là ce qu'entend Moïse en disant qu'Eve et le {Mremier homme ne faisaient qu'un seul être avant la formation secondaire de Taulre sexe. C'est peut-être , ajoula-t-elle en souriant , par ce divorce de» deux moitiés primitives que s'explique encore l'attrait bizarre d'un partie du genre humain pour l'autre.

— Je crois me souvenir, en effet , poursuivit avec légèreté d'Hauteville , mais les yeux toujours attachés sur la statue, je crois me souvenir que la science moderne a quelquefois mêlé ses attestations à votre croyance. De graves docteurs et des avocats sont, ma foi, intervenus à propos de semblables phénomènes^ mais j'ai toujours supposé et je croirai toujours qu'ils abusaient de notre crédulité, coname Vitruve, qui prétend que cette idée était populaire en Carie,, çt ces historiens racontant qu'à Athènes on précipitait dans la mer, et à Rome dans le Tibre, ces monstresque votre amour du merveilleux voudrait nous faire admirer.

Camille s'éloigna de quelques pas , sans doute par un naturel instinct de pudeur, etEléonore, plus libre, continua :

:— Je vous abandonne la réalité de tout ceci û vous voulez m'en laisser la poésie. Vous demandez ce qu'a voulu l'artiste en composant ce chef-d'œuvre ? Combiner, mon ami, la beauté de Camille et la vôtre, réunir dans. un& figure adorable tout ce que la nature avare n'aurait du reste séparé que pour nous , car que d'êtres sont pourvus sous vos yeux de cette double existence. Le papillon qui flotte autour de vous, ces brillans coquillages qui se jouent dans les vagues

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