‹ FragolettaChapitre 44 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

puisque tel est maintenant le titre dont il est décoré, avait reconnu dans cet empressement de Mastrillo à Parracher aux mains de Mammoné un souvenir de Tancienne évasion de Sorrente. Il désirait trop passionnément regagner Naples, où sans doute le cherchait déjà Camille, pour repousser Toccasion oiTerte, et il espérait aussi rencontrer là le repos et les secours de l'art, dont il avait besoin pour verser de nouveau son sang pour la France.

Bernabè était donc comme le chef de ce sauf-conduit accordé au parlementaire, et Mastrillo, en remettant Léona aux soins de d'Hauteville, qui déjà avait montré quelque intérêt pour elle, avait donné en même temps à son ancien compagnon une foule d'instructions les plus détaillées et les plus délicates pour assurer le voyage de Léona jusqu'au bord de la mer. Là il confiait tout son sort à d'Hauteville. Il était convenu enite eux qu'il la déposerait dans un couvent des sœurs de la miséricorde, et qu'elle passerait dans cette retraite le temps qui s'écoulerait encore avant que Mastrillo pût la rejoindre , car la rejoindre et l'épouser était le plus doux comme le plus sincère de ses vœux.

Mais au moment même de se mettre en route avec la colonne de Proni, il paraît que Bernabô avait eu avec Mammoné un quart d'heure d'entretien et que dans ce quart d'heure le sanglant capitaine avait repris ses droits à l'obéissance d'un homme qui avait longtemps servi sous ses ordres. On ne sait si Mammoné lui avait fait partager sa haine contre les Français ou entrevoir que lui seul et sa troupe allaient

IM FaÀGOUSTTA«

devenir son asile dès que cette guerre «erait floie}

mais du haut de Tarbre où il «e tenait pour être té*

moio de l'enlèvement qu'il avait ordonné^ Mammoné

paraissait en pleine sécurité sur Tobéissance de Ber*

nabô.

Néanmoins la première tentative échoua « el le meunier, qui n'avait détaché de sa troupe, en marotiQ par une route voisine, qu'une vingtaine de ses p\tu dévoués émissaires , ne s'attendait pas à rhéroïquQ défense qu'opposerait un pauvre blessé» D'Hautevillo se fit une espèce de fort du pesant fourgon où il était attaqué \ il monlra une contenance si résolue, il frappa des coups si heureux sur les bandits qui s'approchèrent pour tenter celte espèce d'abordage qu'il ddnoa de la valeur aux femmes mêmes qui voyageaint h ses côtés.

Il y a dans le calme en présence du danger, dans le courage sans colère une puissance qui arrête quel-* quefois des armées devant un seul homme et qui devait surtout frapper de si grossiers agresseurs. Peu* dant qu'ils contemplaient cet uniforme redouté d'uo des soldats de Championnet, cette tête pâle à peine défendue par un bonnet de police et ce bras soutenu par une cravate sanglante, Proni eut honte de ce guet-apens et accourut de sa personne pour voir mettre en fuite les assaillans ; mais Mammoné jura dans son cœur d'assassin qu'avant la nuit il prendrait sa revanche.

. Cependant la^ colonne de Proni descendait tout entière et fit bientôt son entrée dans Maraléa. £11q prit possession des postes et des logemçm malgré la

présente dâiii te port de deut chalotrpes tûMmiëtés portant pavillon de la république. Aucun homme des deui équipages n'était à terré, et les marins n'eurent pa« Tâir de s'apercevoir de cette circonstance nouyelle ni de prendre aucune précaution. Un seul palais «'élevait au milieu des chélités maisons de la petite rille; il était occupé par le propriétaire môme, Une marquise Lucrécia LupicottlGuirlandaïa ; maisProrri^ qni avait des projets sur les trésors de la dame, se garda bien d'accepter îe logement qu'elle vint lui offrit elle-même pour lui et son état-major.

— Je suis cottfus de vos bontés, marquésina , mais cette campagne n'est pas un temps de Jubilation. Je ttiis d'ailleurs fort bien chez mes anciennes connaissances, les hôteliers du Soleil d'or^ et je ne souffrirai pas qpie la réputation d'uhc Jeune veuve , dévouée comnne vous Têtes à la bonne cause , ail à souffrir de la présence de nos officiers.

Lacrécla fit uù soupir au nom de veuve et releva coquettement la tête quand elle entendit parler des risques de cette vertu qui n'était pas de la première et peut-être de la seconde jeunesse.

-^Cependant ^ mon brave général, vous èles fort mal ici. Il y a dans cette chambre je ne sais quelle odeur de cocons et de vers à soie-, cette brasière ne consume apparemment que du marc d'olive, et qui sait si vous aurez quelque chose à mettre sous la dent.

— <Wi 1 dit l'huissier, j'ai déjà pensé à l'essentiel : une bonne épaule de mouton de San Secundo , un quartier de sanglier au vinaigre et aux confitures , le Jambon ûa Caisenlin -, du fromage de cav^ ^ du vi9

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de Marsalla à discrétion et peut-être quelques menues ressources de ma cantine particulière. Si

le cœur vous en dit, respectable marquise

— Les veuves de mon âge, général, ne doivent vivre que de figues et de grenades et s'exposer rarement à une nourriture substantielle et incandescente.

— Eh bien « vous êtes servie à souhait : je ne vous ai donné pour convives que des femmes et un blessé.

— Que voulez-vous que J'en fasse ? Songez donc que mon palais a besoin d'être mieux gardé. Les royalistes des environs ont déposé là leurs meubles précieux , leur argenterie et leurs bijoux.

Proni devint attentif.

— De quel secours voulez-vous que me soit un blessé?

— Pour moi, dit un gentilhommequi survint, je vous remercie, général.

On avait logé chez celui-là cent cinquante soldats, parce qu'il était suspect d'un peu d'indifférence pour le retour de Ferdinand.

— Charmé de pouvoir montrer mon dévouement à la cause légitime et à ses nobles défenseurs. Et souvenez-vous bien , ajouta-t-il en pinçant avec humilité de l'index et du pouce droit le parement de sa propre manche gauche , souvenez-vous bien que le vêtement que je porte n'est que la livrée de votre excellence.

— Race de punaises , dit à demi--voix l'huissier, vous êtes donc si plats qu'on ne saurait vous écraser!

Cependant il régnait sur la figure de presque tous les babitans de cette petite yille de Maratéa un air

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