‹ FragolettaChapitre 49 sur 152 · CHAPITRE ym · texte numérisé non relu

CHAPITRE ym

pêches ? Il y a , je crois , un papier au fond de l'eau?

— Laisse, il est bien là. C'est un monument de

honte qu'il faudrait fouler aux pieds. C'est leur

capitulation.

— Je n'en avais pas entendu parler Qu'est-ce

que c'est, mon amour, qu'une capitulation ?

— Ne ris pas, petite. C'est ici un acte de lâcheté de ce misérable cardinal et de nos prétendus alliés. Ces délégués subalternes, ces minces commandans d'une poignée de Russes et d'Albanais ne se sont-ils pas crus, ma chère, autorisés à transiger au nom de notre puissance, à disposer de notre volonté dans mon propre royaume? Ils ont avili le trône Jusqu'à le faire composer avec des sujets. Sais-tu ce qui se passe, en un mot? Les révoltés des forts ont la vie sauve ^ ils peuvent quitter ou habiter Naples à leur gré. Si nous rentrons chez nous, ce sera de leur consentement, ce sera de leur agrément Cela ne te

paratt-il pas bien royal ? 0 Emma ! j'aimerais mieux perdre dix fois la couronne que d'accepter un traité si révoltant!

— Mais s'il est fait, madame, s'il est signé, si ce aoDi là les chances de la guerre ?

— Et toi aussi, parjure, tu méconnais les droits de la couronne ? Tu mets donc quelque chose en balance avec l'imprescriptible pouvoir légitime? Écoute, Emma, mon espoir, ma providence ! Cet insupportable affront, nous ne le subirons pas si tu veux.

— Moi! Comment?

— Toi-même \ oui, tu peux nous l'épargner. Mais,

iW , rRÂGOLETtÀ.

tien», nous en parlerôhs plus lard. Rapph)clie>toi ^ récbauffe un peu notre bain *, occupons-nous d'abord de tout ce qui rititéresse. Èh bien ! cet ilhisire et cher amiral, il est donc parti depuis cinq jours !

— Oui, madame, quelques heures seulement ayant le roi. Le Fmâroydht , que Ferdinand monte, avait ordre de suivre les eaux du Royal-Georges, Mais, tetiei, Je hé puis être ici qu'à ce qui vous touche; achevez de m'èiivrir votre cœur et d'avoir confiance en moi. Gomment moi, chétive, je piiis rendre quelque bon offlôe à votre majesté?

— Le plus grand que je devrai jamais à persoi^he sur cette terre. Et envers quel autre que tdi voudrais-je prendre une reconnaissance dont Je serai toute là vie chargée? Le roi, je le sais^ ï-èserve à lordNelsod le titre, les honneurs, les retenus du duché de Brouté : c'est bieh peu pour ce digne guerrier; mais toi, ma belle Emma, ne pourrai-jè donc jamais essayer de j*écompènser tarit de dévouement, tant de ^rftces dans tdij amitié ?

— Vous me donnerez la Vôtre.

— Ingrate ! est-ce que Je donne deux foiâ la mèfne Cho^e ? Tous humiliez la munificence royale. Mais je prétends, madame Fambassadrice, que vous portiez, pour Tamour de moi et à cause dé vos services envers notre État, ce vilain diadème d'émèfaudeft et de diamans , (Jùi m'est venu, je crois, de la cour de Vienne.

— Le présent de Marie-Thérèse ! y pensez- vous^

— Eh ! mon Dieu, je n'ordonne pas que tu le poKes telquUlest, assez maladroitement monté à la mode

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autrichienne ; mais quapd il apra pfifsé ihi iqpfs chez Sarwel , à Londres, il te reviendra avec 1$ bon goût (Je la noqveauté, et ton front, déjàét)fouîssant, achë-yera de lui donner son prix.

— Mais songez que c'est |out un trésor !

— Mais songez que je le veux. Lady Hamiiton n'est pas ma sujette, c'est vrai \ rnais j'ai aussi \^ droi^ d'ordonner au npm de l'amitié jurée et de ces cinq ou quatre malheureuses années q^e je coin^ptp déjà de plus qu'elle.

— Mais que voulez-vous donc entreprendre?

dit fimma Lîonna après quelques minutes d'une réflexion qui l'avait rendue sombre.

— Qh! mon Dieu, rien de pénible, rien que de juste et d'honorable pour tous. Il faudrait, mon enfant, il faudrait seulement que tu allasses retfouver dans la baie de Naples le mortel que ta présence comblera de joie.

— Mais l'ambassadeur, que dirait-il?

-T- Eh ! c'est selon. Il dira que le clipiat est variable, que le sirocco est un mauvais vent, que notre port de Messine est plus sûr que celui de falerme. Tiens , ton ambassadeur, vois-ti| , je m'en charge. Sir William fera notre partie de whist tous les soirs, je lui parlerai du pays de Galles, il gagnera jusqu'à trois robbers : il n'aura jamais été si occupé de sa vie. Et puis le service du souverain prés duquel vous êtes accrédités ne peut être indifférent à sa politique; ^t puis nous vous rejoindrons bientôt.

— El à lui , que lui dirais-je ?

— D'abord qu'il est le plus fortuné des hommes.

^- Eh! moB Dieu, il le croit de reste.

«^ Et ensuite tu lui exposeras comment on a méconnu nos droits et les siens ; tu lui diras qu^en qualité d'amiral et de commandant suprême des forces britanniques dans le golfe, les prétendus armistices qu'il n'a point ratifiés sont nuls. Je te rédigerais au besoin quelques instructions à la façon de notre vieille chancellerie; mais cela est si simple! Que notre héroïque ami déclare la capitulation non avenue et

qu'il renvoie les rebelles à la clémence de leur

gracieux maître.

-^ Et qui a signé cette capitulation de la part des aOiés?

— Un Bonnieu pour les Turcs, un Kérandy pour l'empereur Paul de Russie que sais-je !

— Et au nom de l'Angleterre ?

— Le Commodore Edward.

— Edward! il n'est pas bien vu de Tamiral; je doute qu'on lui ait remis de tels pouvoirs. Mais enfin si, comme il le paraît, presque toute l'Europe est représentée dans cette paix déjà faite, ne craigne^-vou8 pas qu'il devienne bien difficile

— Sans doute. N'en parlons plus. J'avais compté sur votre zélé, lady Emma; mais nous trouverons

quelque autre moyen ou nous nous résignerons

à l'oubli des injures. C'est une si belle chose que l'oubli des injures! ajouta Caroline en pleurant. Oui, par Notre-Dame-des-Sept-Douleurs , nous saurons pardonner; nous saurons recevoir avec des sourireS ces mêmes hommes qui avaient déjà passé leur vie à nous outrager, à nous déplaire avant ce dernier acte

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