CHAPITRE IX. 2ia
JLe matelot montra un câble et le haut du grand mât de la Minerve. Ses pleurs recommencèrent.
— Impossible, dit Garacciolo. Qu'on me sacrifie^ cela se peut; mais à Finstant, mais à moi la mort des malfaiteurs! Je suis amiral et j'ai quatre-vingts ans.
An détour de la me Saint-Joseph le cortège du roi s'était embarrassé dans un autre cortège : c'était celui des condamnés de la Yicaria. Ils allaient mourir sur la place du Marché-Neuf.
— Yiye la sainte foi, le roi absolu et meurent les traîtres ! criaient les lazzaroni.
Leur chef, le fameux Capo Lazzaro, tout brodé d'or et monté sur une rosse, caracolait à la portière royale, comme c'est son droit.
— Aggravation de peine, dit en souriant Caraffa : une heure de plus à vivre. Mais admirez cette populace qui se partage inégalement entre deux plaisirs et dont nous enlevons la plus belle moitié à son roi ! Je ne m'étonne plus du peu de goût que tous les étrangers ont pour elle ; il est certain que nos lazzaroni leur vendent le peu d'espace qu'ils leur laissent libre et que chaque aspect de cette ville est borné par la main d'un mendiant.
Gomme il disait ces paroles, un homme demi-vêtu le regardait, tandis que Fodeur de ces bûchers, qui continuaient à s'allumer sous les caprices de cette populace, arrivait jusqu'aux condamnés. Cet homme (si c'en était un) s'approcha ; il tenait d'une main un lambeau de chair demi-cuite dont il eût été embarrassé de dire le nom, et de l'autre il sollicitait quelque monnaie.
214 FBAGOLETTA.
— Ga yous portera l)onhear, ei^cellenee) dit-il et Caraffa avec un soqrire.
— Que (}eman4es-tu, tigre & foce humaine?
— Un peq (]e pain pour manger avec.
yne jeqne fille é(ai| évanouie, un placet à la main,
sops les pied$ des chevaux du roi. C'était elle qui
avai^ causé ce fêtard dans la marche. La marche fut
reprise, mais ai| moment où Textrémité du cortège
des condamnés allait dépasser le Yicoio d'Ogni Sanlf ,
un autre détachement imprévu des gens du roi se
• précipita à cheval et le saj)re nu à la main à travers
|a rue principa]e, comme empressé de rejoindre sa
[Uçijesté, et coupant ainsi à angle droit la file des vic-
iimes, il en sépara quelques-uns des sbires et 0u
peuple indigné.
D'Hauteville était du nombre. Un Calabrois inconnu, ?nais ()ont Façcent fortement prononcé ne pouvait être équivoque, le couvrit à Tinstant même il'Mn irpmense pastrapno, tel que les pêcheurs ont coutume de s'en envelopper la nuit. Upe main donce, peut-ê(re une main de femme, glissa un paquet sous son bras gauche, et pendant qu'on Tentraînait vers là porte entr'ouverte d'une petite maison asse^ voisine, où on l'enferma, i| ne put djstjpguer nettement que ces paroles, parce qu'elles furent répétées jusqu'à irqîs fois : « Ep sûreté ici pour deux heures. »
Les Napolitains avaient coutume ^o dire que Caracciolo valait une flotte. Cet otficief avait été l'ami particulier de Ferdinand, Û avait soutenu de glorieuses campagnes contre les Barb^re^ques, et si le royaume avait dû jamais posséder une marine, c'est