CHAPITRE IX
Tèlre qui avait appartenu à Lillo, laiidis que Tautre ne Tavait frappé qu'à Tépoque d'une liberté plus entière? £xistail-ii au fond de cette prédilection quelque secret de jalousie bizarre ou se rappelail-ii que c'était en l'entendant nommer Fragoletla qu'il l'avait perdue? Ce nom prenait*il enfin dans son imagination la solennité, la douleur et le charme d'un adieu, mais d'un adieu qui ne pouvait être éternel?
11 résolut de défendre des jours objet d'un si courageux dévouement. Sur le soir un prêtre vint lui demander s'il voulait descendre avec lui dans un cachot.
— Pourquoi ?
— Pour aider à mourir à un méchant patriote qu'ils n'ont pu condamner. Trois piastres et un mois d'indulgence.
£t voyant que d'Hauleville s'éloignait :
— Par le sang du diable! voilà un homme suspect et qui n'est pas d'ici.
A la nuit tombante il entra dans une hôiellerie. A toutes les tables le sujet des conversations était l'évasion de plusieurs condamnés, l'adresse qu'on avait eue d'en prendre quelques-uns , l'espérance que nul n'échapperait. Les voisins de d'ilauteville l'engagèrent à venir voir le pieux spectacle de la chapeUe : il feignit de les comprendre et de mettre up vif em-* pressement à les suivre ] mais il ignorait complètement ce qu'il était réservé à voir. Cette chapelle est le lieu tendu d'étoffes noires, éclairé de cierges et orné d'un tombeau déjà semé de larmes, où l'incroyable atrocité des moines enferme vingt-quatre heures une
victime avant de la livrer à Texéculeur. Là tout ce que la séduction des langages mystiques, la promesse de faire grâce ou les menaces de Fenfer peuvent exercer de puissance sur l'âme qui se prépare à mourir, on remploie pour la torturer ou pour arracher d'indignes aveux ou des accusations mensongères. Il n'est pas sans exemple que ce supplice ait été subi jusqu'à trois fois par le même condamné.
Une femme était là -, elle était assise en face d'un christ, sans prêter aucune attention aux litanies des pénitens qui l'entouraient et aux discours du familier qui l'exhortait.
— Éléonore, disait le prêtre, la vie peut être encore belle pour vous. Le mauvais usage que vous avez fait de vos talens n'a peut-être pas corrompu dans leurs sources toutes les jouissances que ces talens peuvent procurer. Écrivez en faveur delà cour; faites comme tant de poêles qui sont toujours du parti du vainqueur et n'ont jamais changé d'opinions. L'abbé Métastase souriait à vos essais, mais on n'a de génie que sous les mspiralions monarchiques.
— J'ai demandé le viatique, dit-elle, je suis prête à le recevoir... pourvu que ce ne soit pas de vos mains*
— Ainsi, nulle déclaration, nulle soumission ? ajouta Savérelli.
— Pardonnez-moi. Je déclare que je meurs contente d'abandonner un monde où triomphent Tadultèrc el le parjure. Une femme seule pouvait envoyer une femme à l'échafaud. Je déclare que je ne me crois pas tout à fait indigne, moi qui ai sauvé quelques malheureux des poignards d'une conspiration, d'aller
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rejoindre les amis que vous avez assassinés ce matin. Peut-être du haut de leur dernière demeure m'altendent-îls et daigneront-ils me sourire.
Ses yeux se levèrent en disant ces paroles et reneonlrèrent la pâle figure de d'Hauteville, qui, appuyé contre une colonne, tenait aussi son regard perdu \en ce ciel que tous les infortunés implorent. Éléonore poussa une exclamation de terreur et de joie^ elle erut, dans toute l'exaltaMon de son esprit et de son malheur, qu'un prodige était permis en sa faveur et qu'un envoyé de Vautre vie descendait pour l'encourager et la soutenir.
S^vérelli avait vu ce mouvement, avait suivi ce regard i mais le proscrit baissa la tête, et fendant la presse m peu brusquement, il s'éloigna de la chapelle.
— Tu as' raison, dit un des lazzaroni qui Ty avait amené, il n'y aura rien à voir ici tant qu'on ne lui aura pas apporté la communion^ ensuite ce sera VafFaire d'iina minute on deux. Nous reviendrons.
D'Haute ville s'élança, perdit son compagnon au premier parrefour ^t crut, avec Tair extérieur, respirer un peu d'huipanité et d'espoir.
On ouvrait les portes du théâtre, et la représentation était gratuite. 1} pensa ne pouvoir être nulle part mieux en sûreté qu'au milieu des saturnales 4g cette populace, lie roi était dan^ «a loge : à sa droite Caroline 5 Nelson pGcupail |a gaqche 5 derrière Nelson la belle Enima, et iam uqe attitude familière, le gér néral Aclon s'appuyait sur le fauteuil de la rejqe. L'allégorie qui^ f|it représenté^, a|} mWm 4^^ chants
et des danses, montrait le roi soas la figure de Saturne; Caroline était Rhéa, et le dieu de la force, promettant d'éterniser Tàge d'or, était vêtu en officier de la marine anglaise. Nelson, si peu spirituel qu'il était, fut cependant choqué d'une si grossière parade et sortit un moment pour errer dans les corridors. Il y rencontra deux officiers de son escadre qui ne se détournèrent nullement pour rire de pitié.
— Je Yous avais prescrit les arrêts, monsieur le Commodore?
— Et je ne les tiens pas, monsieur FAmiral.
— Un officier méconnaît les règlemens?
— Un amiral viole bien la justice et l'humanité.
— Si je vous demandais votre épée?
— Je la tirerais contre l'homme qui déshonore ici le nom de l'Angleterre. Osez-le!
Mais Ferdinand, qui voyait bien que les friperies mythologiques n amusaient guère les spectateurs tout particuliers de cette représentation, profita de ce qu'il était laissé seul un moment pour faire venir à souper dans sa loge, comme au bon temps des premières années de son règne. Et quand il eut mangé des macaronis aux appfôudissemens de toute la salie, qui admirait sa bonne grâce et son adresse à imiter toutes les manières des lazzaroni, il se crut plus roi qu'auparavant.
La comédie fut reprise ensuite, non sans quelque Jalousie de la part du bouffon de la troupe. Mais au milieu d'une scène un peu moins tumultueuse que les autres , un des spectateurs vint à entendre passer au dehors la cloche du desservant qui précède le
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saint viatique. Il le dit à son voisin , qui le dit à un autre; on écouta : le bruit devint plus distinct, et bientôt on vit un autre spectacle, assez ordinaire dans les théâtres de Naples. Tous les fronts se découvrirent, les acteurs se retirèrent, et tout s'agenouilla, depuis le parterre jusqu'aux loges. Ferdinand se frappa trois fois la poitrine ; et quand le son de la cloche lugubre fut évanoui et que les comédiens reparurent, c'en était fait des jours d'Éiéonore.
D'Hauteville arriva avant l'heure indiquée dans l'église de Sainte-Glaire. Les grandes ombres des colonnes et des statues s'y prolongeaient comme des fantômes et se mouvaient comme eux sous les oscillations de la lampe d'argent suspendue au milieu du chœur. Il se retira dans l'épaisseur même d'une de ces ombres portées par un pilier de la nef, et il attendit là sans impatience, comme sans trouble, que son sort se décidât. Il vit venir des prêtres , il vit parer un autel , et ce ne fut pas sans surprise qu'il remarqua deux personnages connus commencer entre eux une conversation que l'un d'eux paraissait avoir intérêt à tenir secrète. Ce mystérieux causeur était lui-même à demi caché sous l'ampleur , de son vêtement. On ne pouvait deviner quel sentiment d'espérance secrète ou de ruse profonde l'avait porté à se glisser dans cette foule. Il y avait dans sa démarche , dans tout son maintien de la peur et de la témérité à la fois. L'aspect de celui qu'il aborda lui avait causé une de ces émotions qui nous atteignent si nous venons à rencontrer une personne ennemie que nous supposons sur une terre éloignée ou bien sous nos pieds un
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ol^jQt que nous jugions perdu. Il se remit Béanmoios assez promptement, affronta Fobjet de sa haine en homme qui saurait tirer parti de circonstances plus malheureuses encore, le salua même avec un respect affecté, et il Tentratna doucement vers le lieu où le proscrit se tenait caché, de sorte que celqi-ci aurpit pu tout entendre si de temps à autre le mouverpent des interlocuteurs, qui se promenaient devant la grille dorée de la nef, ne les eût pas éloignés et n'eût pas changé la direction de leurs voix. '
— Je m'étonne que vous ayez quelque chose à rpe dire après Tinsolente conduite qu'il vous a plu de tenir à la junte. Quel intérêt aviez-vous de sacrifier ce brave Français?
— Un très-grand Celui de la justice, ajouta le
moine en se reprenant -, mais vous y pensez encore, monseigneur ? C'est d'avenir et non de passé que je veux traiter ici avec vous. Le roi marie Mastrillo à votre parente -, il paraît que la cérémonie sera célébrée celle nuit même, et je crois vous rendre un service de famille si je puis enlever la tache qu'une mésalliance imprimerait à votre maison.
— Que voulez- vous dire?
— Que Mastrillo, dont vous et moi , monseigneur, avons vu commencer la singulière fortune, n'est peut-être pas ce qu'il paraû être. Il est originaire de Sicile. Sa famille était noble , ou du moins il appartenait par sa mère à une illustration fort ancienne. Je suis,, moi qui vous parle, informé de quelques secrets relativement à cette famille : vous le dirai-je ? c'est peut-être à une passion insensée, autrefois conçue