CHAPITRE IX. 2TÔ
monseigneur, vous m'avez bien fait prince un jour malgré moi ; quand vous me feriez beureux malgré vous!
— Mai» vous ne savez pas ce que vous perdez, dit le cardinal. Savérelli assure que vous êtes
— Je 8ui8 ce que je me sens, dit Mastrillo avec
quelque orgueil. Et quant à Savérelli mais ne
courons pas deux lièvres à la fois.
• - Au nom du Père et du Fils, commença enfin le cardinal.
Mastrilto et Léona s'agenouillèrent. Les bandits armés imitèrent tous ce pieux exemple. On entendit retentir le bruit des lourdes carabines abaissées sur les pavés du temple ; puis le silence et le recueillement devinrent tels que les timides réponses de Léona furent distinctement saisies à travers les accens du prêtre.
— Et à présent, dit Mastrillo en se relevant, de la célérité.
Il confia Léona aux femmes, aux nombreux ser* vileurs de sa maison nouvelle, et d'Hauleviile à plusieurs de ses compagnons d'armes.
— Partez, cnfans, j'ai encore ici un devoir à rem^ plir. Je vous rejoindrai pour célébrer la fôle si le sort de nos amis le permet.
Léona poussa un douloureux soupir en quittant Tèglise.
— Monseigneur, dit l'aventurier, demeuré seul avec lui, sur quelle terre croyez-vous marcher et qu'espérez-vous, s'il vous platt, de l'avenir?
— Peu de chose. J'ai l'ambition de reprendre ma vie de campagnard et l'espérance d'être oublié pour récompense.
— Vous appelez cela peu de chose! On n'oublie pas facilement l'homme qui, n'ayant que cinq soldats
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d'escorie et trois mille ducat», a replacé sur la tète d'Aoton la couronne dqs Deux-Siciles. Vous vous faites d'étranges imaginations sur la mémoire d'un ministre. On ne vous oubliera que mort, et oomme c'est un fardeau que la reconnaissance, craignex qu'on ne s'arrange pour n'en être pas importuné longtemps. Il y a peu de semaines que je me suis approché de la cour; en saurais-je d^è plus que vous?
— Et que savez-vous donc. Maslrillo ? dit le cardinal en sonriant.
— Je sais qu'une bonne voiture, de l'or, de vigoureux chevaux et tout ce que peut désirer un voyageur se trouvent placés dans la première vigne à gaucho après avoir dépassé Capo di Montée et je sais que si j'étais à la place de voire éminence, pondant qu'Aclon me croit encore en Galabre
— EnCalabre!'
— Oui, monseigneur, dans une certaine berline escortée cette nuit par une cinquantaine de ses hommes ; mais laquelle, au lieu d'un brave général comme vous, ne conduit qu'une assez vieille femme vers la forteresse de Gantazarro.
— Se peut-il?
— Acton voulait vous mettre en jugement : n'êtes? vous pas entré dans cette capitale sans son ordre? Il voulait vous faire condamner : n'avez-vous pas soutenu les droits de la capitulation? Mais une personne plus politique et plus fine a décidé qu'on échapperait à l'éclat d'un tel procès. On m'a cru, moi, le plus obligé des officiers de l'armée envers votre éminence, et par conséquent, c'est à moi qu'on a pensé pour cette trahison. Je devais vous enlever mort ou vif avec l'assistance de Savérelli , que voilà. A quoi réfléchissez-vous donc?